Le 8 mai 2001

 

Mesdames les maires de la Châtaigneraie, la Tardière et  Breuil Barret,

Messieurs les Présidents,

Messieurs les élus ;

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Chers amis.

 

Aujourd’hui, nous commémorons la victoire des Armées Alliées sur le National Socialisme. Nous fêtons la victoire de la liberté sur l’oppression. Le 8 mai 1945, la barbarie nazie était vaincue après un long et dur conflit qui devait être le dernier….

 

Depuis cette victoire, nous sommes en paix… dans un monde dangereux. Nous sommes en paix mais après avoir traversé les conflits de la décolonisation, et en  participant  à des interventions pour le  maintien de la paix dans de nombreux pays en Afrique, au Moyen Orient et en Europe.

 

Nos soldats, quelle que  soit l’époque, ont toujours eu 20 ans et ils ont accompli  leur devoir dans l’honneur, là où la république les a envoyés. Ils  ont exécuté les ordres de  leurs chefs qui les recevaient, ne l’oublions pas,  du gouvernement de la France.

 

La guerre traîne  avec elle son cortège de larmes, de peur, de sang, et d’exactions. Depuis quelques mois, des groupuscules manichéens remuent la boue..  Ils salissent nos soldats en les comparant aux barbares des années 40.

La torture en Algérie a existé des deux cotés, mais elle fut un phénomène marginal. Chaque camp a des actions à se reprocher et les accords d’Evian stipulent d’oublier, sinon de pardonner, ces actes inacceptables.

 

40 ans après, les anciens porteurs de valise du FLN et les traîtres à leur pays s’attaquent à l’honneur de cette génération, de votre génération. Quel est le but de cette campagne abjecte ?  Quels en sont les mobiles cachés ?

Peut-être ceux de culpabiliser une génération et de diviser les Français …  car lorsqu’un enfant  demande  «  dis Papi, toi aussi tu as torturé ? Es-tu un assassin ? +.. que  répondre ?

Ou bien, le but  est-il  à plus long terme… affaiblir moralement la France ?

 

Cette année, le Président de la République a demandé de rendre hommage aux Harkis, Les harkis, ces hommes, algériens et musulmans, qui ont toujours combattu  à nos cotés : en 14 et en 39 comme en Indochine et en Algérie et dont  la majorité d’entre eux fut massacrée après le 19 mars 1962. Ces hommes méritent notre reconnaissance.

C’est donc à nous, Associations de Combattants de lutter pour défendre l’honneur de tous les combattants, d’Indochine comme d’AFN, votre honneur. Car notre rôle est bien d’être le relais entre les Générations, de défendre les droits de ceux qui ont donné leur jeunesse, leur santé voire leur vie pour le Pays. 

 

Pour cela, nous devons témoigner. Depuis quelques années, les cours d’Instruction Civique ont été remis en place dans les collèges et les lycées. Alors, Messieurs les directeurs et enseignants des collèges, ne pouvons-nous pas organiser, ensemble, l’intervention d’anciens d’Algérie, d’anciens  de la guerre du Golf et autres conflits pendant ces cours ?… Et ils pourront  dire, à ces adolescents, qui sont leurs petits-enfants voire leurs enfants:  « Certes, nous avons fait la guerre, mais avec la peur au ventre, et toujours dans l’honneur. +

 

Et, je le dis de nouveau, le témoignage permet d’entretenir le Souvenir qui devient  Mémoire. Sans Mémoire, il ne peut y avoir de futur, sans Mémoire un pays meurt car la Mémoire est le premier signe d’une civilisation.

 

Mes chers amis,  fêtons aujourd’hui la Paix  en souhaitant qu’elle perdure et que Vive L’UNC

Et que Vive la France

 

 

Texte de jrap (VR) 08-05-2001.

 

 

Mac.Guffin (VR) ajouta le 11-05-2001 :

 

…je me propose de vous faire parvenir successivement quatre courriels thématiques relatifs à un sujet d'actualité... que vous reconnaîtrez sans peine...

 

1. Tout d'abord : séquence recadrage. Un communiqué de presse du président et des deux vice-présidents de chrétienté-solidarité, tous les trois membres du bureau politique du Front National.

 

2. Séquence témoignage : un récit, succinct, d'un attentat commis le samedi 26 janvier 1957 au soir à Alger. (je n'ai pu malheureusement retrouver un autre témoignage que j'avais gardé en mémoire d'un père racontant une scène de carnage causée par un attentat à la bombe du FLN et dans lequel il relatait qu'il avait vu dans la rue, devant lui, sa propre fille de 10 ans avec un bras arraché au niveau de l'épaule)

 

3. Séquence théorie. C'est un texte du colonel Trinquier. Je ne connais guère sa biographie mais je crois savoir que ce fut un homme remarquable. Je vous écrirai quelques mots d'introduction à son sujet dans le courriel en question.

 

4. Séquence contre-désinformation, sous la forme d'un tract distribué à l'époque par des patriotes français scandalisés par la propagande socialiste du journal... "Témoignage Chrétien".

 

En ces temps agités et confus où la propagande de l'anti France règne en maître …, je pense qu'il n'est pas mauvais de (re)lire ces quelques données nettes, précises et claires afin d'avoir un aperçu de ce qu'il s'agit réellement. Nous devons faire oeuvre de mémoire, une mémoire la plus juste et saine possible, et rejeter les attaques menées contre l'honneur de la France et de son armée. Richard a récemment mis en scène dans son discours du 8 mai un enfant qui demandait à son grand-père « dis papi, toi aussi tu as torturé ? es-tu un assassin ? + Que ces quelques lignes contenus dans ces courriels puissent contribuer à apporter une réponse le moment venu...

 

1. Séquence recadrage.

 

Communiqué de presse

ALGERIE FRANCAISE

LA REPUBLIQUE DOIT DEMANDER PARDON

 

Bernard ANTONY

Membre du bureau politique du Front National

Président de Chrétienté-Solidarité

 

Michel HUBAULT

Membre du bureau politique du Front National

Vice-président de Chrétienté-Solidarité

 

Thibaut de LA TOCNAYE

Membre du bureau politique du Front National

Vice-président de Chrétienté-Solidarité

 

communiquent

 

«Monsieur Aussaresses a droit à une large publicité dans les médias anti-militaristes, notamment au Monde et à l’Humanité, parce qu’étalant ses propres turpitudes, il veut faire croire que les soldats français en Algérie étaient comme lui des tortionnaires sadiques.

 

«Mais Aussaresses, disciple dans sa jeunesse, ainsi qu’il s’en vante, du stalinien Escarpit, (l’ancien chroniqueur du Monde et l’agent de propagande du dictateur communiste albanais Hodja), barbouze de la quatrième et de la cinquième républiques, carriériste appliquant les consignes d’abandon de l’Algérie, n’est aucunement représentatif de l’Armée française d’Afrique, héritière du maréchal Lyautey et du maréchal Juin, celle de tous les héros de l’Algérie française.

 

«La France n’a pas à faire repentance. Mais la cinquième république doit, pour sa complicité avec le FLN, demander pardon :

Pardon aux soldats français qui ont cru en 1958 aux promesses du fondateur de la cinquième république ;

Pardon aux Harkis, dont 150 000 furent massacrés par le FLN ;

Pardon aux pieds noirs, chassés de leur terre ;

Pardon aux Algériens, livrés par le traité d’Evian à la dictature du FLN ;

Pardon à la France, dont elle a bradé une des plus belles provinces : l’Algérie.+

 

2. Séquence témoignage

 

La mort sous le guéridon

 

Il est 17 h 10 lorsque Djamila Bouazza fait volontairement tomber son mouchoir à la terrasse, vitrée en hiver, de la bras­serie du Coq-Hardi, située rue Charles Péguy, près du plateau des Glières. En se baissant pour le ramasser, la jeune fille glisse rapidement son « truc + sous le pied en fonte du guéridon sur lequel un garçon en veste blanche a déposé un coca-cola. D'un rapide coup d'oeil Djamila s'assure que personne n'a remarqué son geste parmi les consommateurs attablés comme elle à la terrasse. Son regard accroche successivement quelques hommes mûrs tout prêts à rendre hommage à son charme. Une dame en manteau noir, la cinquantaine distinguée, lui sourit... Si elle savait !

 

Après avoir ramassé sa monnaie, Djamila Bouazza se lève, sort et va se mêler aux passants de la rue Michelet. Le jour s'obscurcit. La nuit approche. Çà et là, des lumières s'allument dans les vitrines des magasins. En cette veille de dimanche, la foule élégante du quartier chic d'Alger s'efforce d'oublier qu'elle vit sur un baril de poudre.

 

A 17 h 24 très exactement, la première explosion fige les passants. Elle vient de l'Otomatic. Au premier étage, la cloison des toilettes a été soufflée par la bombe de Danièle Minne. Il y a de la fumée, des cris de panique, des bruits de tables et de chaises renversées. L'agent de police qui réglait la circulation au carrefour des rues Charras et Monge se précipite et écarte les curieux. Au même moment, quatre garçons couverts de poussière, les cheveux en bataille transportent une jeune fille qui gémit doucement. C'est Michèle Rervé, étudiante de vingt-trois ans, qui est grièvement blessée. On la place délicatement dans une voiture particulière qui fonce aussitôt vers l'hôpital, de Mustapha. En entendant son klaxon, on saura immédiatement, dans les autres quartiers d'AIger, qu'il vient de se passer quelque chose. Soutenues par leurs camarades, d'autres jeunes filles, moins atteintes mais couvertes de sang, quittent l'établissement dont tout le premier étage a été ravagé par l'explosion.

 

La foule est là (…) quand la deuxième bombe fait trembler les murs de la Cafétéria. Alors, ce sont les mêmes hurlements de terreur, les mêmes cris de douleur, la même nausée devant le sang répandu, la même agitation. La police, qui est arrivée entre-temps, réquisitionne des voitures particulières pour évacuer les blessés car les ambulances ne sont pas assez nom­breuses. Des enfants qui ont perdu leurs parents courent dans tous les sens en pleu­rant, butent sur des grandes personnes affolées elles aussi.

  

Le hurlement des sirènes d'ambulance

 

 Au Coq-Hardi, les consommateurs de la terrasse sont sortis pour voir ce qui se passait plus haut. Ceux-là auront la vie sauve car, derrière eux, la belle terrasse ornée de plantes vertes saute à son tour dans un fracas épouvantable de vitres brisées. Les morceaux de verre et les éclats de fonte des tables pulvérisées par la bombe de Djamila Bouazza pénètrent dans les chairs, sectionnent les veines et les artères. C'est l'enfer. On patauge dans le sang. On voudrait se boucher les oreilles pour ne plus entendre les gémissements des blessés, les cris stridents des femmes en proie à une crise de nerfs, le hurlement des sirènes d'ambulance, le klaxon des voitures particulières chargées de victimes qui empruntent les sens interdits à tombeau ouvert pour gagner la clinique la plus proche.

 

Devant ce massacre, cette vision d'épouvante, la foule algéroise, d'abord frappée de stupeur, réagit. Elle se cabre de colère. Elle gronde. Les injures à l'égard des terroristes, les cris de vengeance des hommes montent dans l'air, qui sent la poudre, la mort et le sang, (…) cette foule aveuglée de douleur, révoltée. (…) On se trouve dans un quartier 100 % européen. De plus, les rares musulmans, qui s'y trouvaient ont vite déguerpi. Il n'empêche qu'un jeune mécanicien de vingt-quatre ans sera battu à mort.

Son corps disloqué est abandonné dans le ruisseau. Il ressemble à un autre corps disloqué qui repose sur un tapis de débris de verre et de fonte à la terrasse du Coq-Hardi : celui de la dame à la cinquantaine distinguée qui, moins d'une demi-heure auparavant, souriait gentiment à Djamila Bouazza.

Cinq morts en comptant le musulman lynché. Soixante blessés. Le bilan de cette nouvelle vague de bombes était lourd. Tel un acide, le sang innocent versé ce jour-là élargira un peu plus le fossé entre les deux communautés. Un fossé qui allait devenir un gouffre où s'abîmeraient à tout jamais, dans le sang et la peur, les illusions perdues et les espoirs trahis.

 

Texte écrit par

Francis Attard

dans une revue d'histoire

en 1972

 

3. Séquence théorie.

 

Le colonel R. Trinquier fut le créateur du Dispositif de Protection Urbaine qui quadrilla d'abord Alger, puis toutes les grandes villes d'Algérie. Son rôle, lors de la bataille d' Alger, fut essentiel. Dans ses ouvrages, il a expliqué ses opinions politiques, et son point de vue militaire. Il les reprend dans l'article qui suit, écrit à la fin des années 60.

Il fut un des très grands théoriciens de la lutte contre-révolutionnaire dans les années 50. Ses ouvrages furent étudiées dans les écoles américaines dès les années 60 puis soviétiques dans les années 80. Le sont il toujours en France ? Dans quelle mesure la dictature socialiste n'a-t-elle pas modifier, ou ne modifiera-t-elle pas l'enseignement à l'intérieur même des écoles militaires ?...

 

L'apparition de la bombe atomique a mis fin aux guerres classiques qui opposaient des armées régulières sur un champ de bataille, sauf sur des théâtres d'opérations secondaires, où les Grands s'affrontent par l'intermédiaire des armées de leurs protégés : Vietnam, Israël, Pakistan-Inde) et sous leur surveillance, pour que certaines limites ne soient pas dépassées. Si l'armée d'un des deux camps qui luttent pour la suprématie mondiale franchissait la frontière qui limite leur zone d'influence, elle déclencherait aussitôt la riposte atomique. Or chacun sait que le stock de bombes prêt en permanence à être lancé suffirait à faire disparaître en quelques heures le monde civilisé. La guerre classique comme la guerre atomique entre ces deux camps sont désormais inconcevables.

Désormais une guerre ne pourra être déclenchée que dans des conditions particulières où la riposte atomique ne pourra pas jouer. Elle ne commencera plus aux frontières de deux Etats par le choc de deux armée classiques. Elle commencera au sein même du pays convoité par l'affrontement de deux éléments de la population préalablement dressés l'un contre l'autre par la subversion. Elle sera révolutionnaire.

 

 Les théories de Clausewitz

 Les guerres classiques du passé suivaient un processus bien connu : destruction ou capitulation de l'armée adverse; soumission du gouvernement et occupation du territoire pour disposer de ses richesses.

Si la guerre révolutionnaire poursuit le même but - disposition des richesses - elle ne procède pas par les mêmes étapes. Elle vise essentiellement la prise du pouvoir dans un pays, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un gouvernement fantoche aux ordres de l'agresseur. Ce but atteint, le reste sera obtenu par surcroît.

Or la prise du pouvoir dans un pays étranger passe par la soumission inconditionnelle des populations. L'objectif pre­mier sera donc leur conquête et leur soumission.

Que les guerres soient classiques ou révolutionnaires, elles appliquent les mêmes principes. Clausewitz, dont Lénine a dit qu'il était le plus grand et le plus profond des écrivains militaires, admiré et suivi par tous les révolutionnaires, a écrit :

« La guerre est un acte de violence destiné à contraindre l'adversaire à exécuter notre volonté; il n 'y a pas de limite à la manifestation de la violence. Comme l'usage de la violence n 'exclut pas la coopération de l'intelligence, celui qui en use sans pitié prendra l'avantage sur son adversaire Si celui-ci n 'agit pas de même. Dans l'usage de la violence chaque adversaire dicte sa loi à l'autre. Le seul contrepoids possible, la seule limite à la violence, réside dans la possibilité de riposte. Il s'ensuit donc que les deux camps sont contraints d'employer les mêmes armes. Celui qui, par humanité, refuserait d'utiliser les plus efficaces donnerait à son adversaire des atouts tels qu'il serait rapidement réduit à capituler. +

 La guerre révolutionnaire ou subversive dispose de deux armes essentielles : l'action psychologique et le terrorisme. Nous parlerons peu de l'action psychologique. C'est l'arme du temps de paix destinée à préparer le champ de bataille, à conditionner certains éléments de la population pour les amener à s'affronter. Rationnellement conduite avec des moyens puissants, elle peut, à elle seule, atteindre le but fixé : la prise du pouvoir.

 

 Le terrorisme est l'arme de guerre de la subversion.

L'action psychologique visait à obtenir l'adhésion des populations à une cause ou à un parti et à les dresser contre le pouvoir établi par des moyens pacifiques. Le terrorisme brisera leur volonté de résistance et obtiendra leur soumission par l'emploi sans limite de la violence.

Disposant d'une organisation mise en place dès le temps de paix, le terrorisme s'est révélé, ces dernières années, comme l'arme la plus efficace des temps modernes.

 

  Une police impuissante

 Si le terrorisme visait autrefois les plus hautes personnalités d'un pays, aujourd'hui, il a changé d'objectif. Il n'attaque plus l'+tat au sommet, mais à sa base pour qu'il perde tout contact avec ses administrés et pour que ses rouages tournent à vide. Les petits cadres, tous les individus capables de faciliter l'exercice du pouvoir seront les premiers supprimés ou neutralisés.

Il est donc l'arme particulièrement indiquée pour soumettre la population, puisqu'il vise directement l'habitant. Dans les rues, à son travail, chez lui, partout il sera menacé de mort violente. Face au danger permanent qui l'entoure, il aura l'impression déprimante d'être une cible isolée et sans défense. La police, prévue pour lutter contre les délinquants de droit commun, sera rapidement débordée; elle ne sera jamais en mesure de protéger tous les habitants menacés.

La population, privée de ses petits cadres et de ses éléments actifs, ne résistera pas à une telle épreuve. Elle perdra confiance dans l'+tat, dont la mission première est d'assurer sa sécurité. Elle devra se soumettre à la volonté des terroristes, seuls, en définitive, capables de la ménager. Elle deviendra une masse confuse que les organisations subversives manipuleront à leur gré.

C'est dans cette situation que nous avons trouvé la population de la ville d'Alger à la fin de l'année 1956 lorsque le gouvernement décida d'engager la 10e Division .Parachutiste contre les terroristes pour la délivrer d'un cauchemar. La police avait disparu. Tout habitant, dans la rue, dans les transports en commun, chez lui, risquait d'être abattu par des agresseurs insaisissables assurés d'une totale impunité. La population était désemparée, particulièrement la population musulmane au sein de laquelle les terroristes s'étaient infiltrés et que personne ne songeait à protéger.

Ce qui caractérise le terroriste et fait sa force essentielle, c'est qu'il tue, dans le cadre d'une législation qu'il connaît bien, des individus sans défense, en évitant les risques que prend un criminel ordinaire, un soldat sur le champ de bataille, ou même un guérillero ou un franc-tireur.

Le criminel tue, pour un motif précis, un individu déterminé, et généralement un seul. Son crime a un mobile facile à découvrir, souvent suffisant pour le faire arrêter. Une procédure d'instruction criminelle peut, sans difficulté particulière, disposant de tout le temps nécessaire, obtenir une saine justice tout en respectant à la fois les droits de l'individu et ceux de la société.

Le soldat rencontre son adversaire en uniforme sur un champ de bataille. Il se bat dans un cadre de lois séculaires que les deux camps respectent. Conscient du danger qu'il affronte, il a toujours eu une haute estime pour son adversaire, qui prend les mêmes risques. Le combat fini, les morts et les blessés des deux camps sont traités avec la même humanité, les prisonniers retirés du champ de bataille et mis dans l'impossibilité de reprendre la lutte jusqu'à la fin du conflit.

Quant au guerillero ou au franc-tireur, qui pourtant affrontait une armée régulière, le fait qu'il transgressât les lois de la guerre en se battant sans uniforme (évitant ainsi les risques qu'il lui ferait courir) lui retirait la protection de des mêmes lois. Pris les armes à la main, il était fusillé sur-le-champ. (Ce n'est plus vrai depuis la dernière convention de Genève…)

 

Le refus des conséquences

 Or le cas du terroriste est autrement grave. Il se bat sans uniforme et ne s'attaque qu'à des civils désarmés, incapables de se défendre et normalement protégés par les lois de la guerre. Encadré par une vaste organisation qui prépare sa tâche, assure son repli et sa protection, il ne prend aucun risque, ni celui de la riposte de ses victimes ni celui de comparaître devant la justice. Quand des hommes ont décidé de faire tuer n'im­porte qui par des spécialistes dans le seul dessein de terroriser une population en semant un certain nombre de cadavres dans les rues d'une ville et sur les chemins des campagnes, il leur est facile, dans le cadre de nos lois actuelles, d'échapper à la justice.

Considérer le terroriste comme un criminel de droit commun ou comme un soldat n'aurait aucun sens. C'est un phénomène nouveau qu'il convient d'étudier objectivement.

Le terroriste se bat dans le cadre de son organisation pour une cause qu'il estime noble et pour un idéal respectable comme tous les soldats des armées qui s'affrontent. Il tue, sur l'ordre de ses chefs, des indi­vidus qui lui sont inconnus avec la même sérénité que le soldat sur le champ de bataille. Ses victimes sont souvent des. femmes et des enfants, presque toujours des civils sans défense. Mais à une époque où le bombardement des villes ouvertes est admis, où, pour hâter la fin de la guerre du Pacifique, nos alliés n'ont pas hésité à faire disparaître deux villes japo­naises avec la bombe atomique, on ne peut valablement le lui reprocher.

Youssef Saadi, chef des terroristes d'Alger, me disait après son arrestation :  « J'ai fait déposer en ville mes bombes à la main parce que je ne disposais pas comme vous d'avions pour les transporter. Mais elles ont fait moins de victimes que vos bombardements par l'artillerie ou l'aviation sur nos villages des djebels. Je fais la guerre, vous ne pouvez pas en toute bonne foi me le reprocher. +

Or cela était exact. Le terroriste est devenu le soldat de la guerre révolution­naire, comme l'artilleur, le fantassin ou l'aviateur sont les soldats de la guerre classique.

 Mais l'aviateur qui survole une ville sait que les obus de la D.C.A. peuvent l'abattre ou le mutiler. Blessé sur le champ de bataille, le fantassin accepte de souffrir dans sa chair, et souvent de longues heures avant de mourir lorsque, tombé entre deux lignes, il est impossible de le ramasser. Il n'est jamais venu à l'un d'eux la pensée de se plaindre et de demander, par exemple, de renoncer à l'emploi du fusil, de la bombe ou de l'obus qui l'a meurtri. Blessé, il va, s'il le peut, à l'hôpital se faire soigner, estimant que c'est là le sort normal du soldat.

Le soldat admet la souffrance physique comme inhérente à son état. Les risques courus sur le champ de bataille, les souffrances qu'il y endure, sont la rançon de son prestige et de la gloire qu'il y recueille.

 

 Faire vite !

 Or le terroriste prétend aux mêmes honneurs, mais il refuse les mêmes servitudes. Il veut tuer, mais il refuse d'affronter la souffrance et la mort. Il fuit ses responsabilités; il triche. Il ne doit donc pas s'attendre, lorsqu'il sera pris, à être traité comme un criminel ordinaire ni comme un soldat fait prisonnier sur un champ de bataille.

En effet, ce que recherchent les forces de l'ordre qui l'ont arrêté, ce n'est pas de punir l'auteur d'un attentat particulier, mais, comme dans toute guerre, de détruire son organisation. C'est en ce sens que les buts poursuivis par la police et l'armée étaient essentiellement différents. La police recherchait les auteurs d'un attentat bien défini pour les livrer à la justice; et la justice les réclamait. Or, nous l'avons vu, les conditions dans lesquelles il était commis rendaient cette recherche impossible. Pratiquement, la police n'arrêtait plus personne.

L'armée demandera donc au terroriste arrêté peu de précisions sur les attentats qu'il a commis ou non et dont, généralement, il n'est pas responsable, mais des détails précis sur son organisation. En particulier, chaque terroriste a un chef qu'il connaît. C'est son nom qu'il devra donner et son lieu de résidence pour qu'il soit possible de l'arrêter sans délai. Tout retard dans la réponse permettrait à celui-ci de s'enfuir et réduirait à néant tout un long travail de recherche.

 

 La violence contre la violence

 Pour cet interrogatoire, effectué sur les lieux mêmes de son arrestation, il ne sera certainement pas assisté d'un avocat. S'il donne rapidement les renseignements demandés - ce qui est le cas le plus général - l'interrogatoire sera rapidement terminé. Sinon, son secret lui sera arraché par des moyens appropriés. Comme le soldat, il devra affronter la souffrance, et peut-être la mort qu'il a su éviter jusque là. Or, cela, le terroriste doit le savoir et l'accepter comme une conséquence inhérente à son état et aux procédés de guerre qu'il a délibérément choisis.

Les résistants sous l'occupation alle­mande violaient les lois de la guerre. Ils le  savaient;  ils  étaient parfaitement conscients des risques auxquels ils s'exposaient. Leur gloire, c'est de les avoir, en toute connaissance de cause, sereinement affrontés.

Mais l'interrogatoire terminé, le terroriste aura sa place parmi les soldats. Il sera interné dans un camp jusqu'à ce que la paix soit rétablie. Le libérer, sous prétexte qu'il ne jouait qu'un rôle subalterne dans l'organisation - comme on l'a fait souvent en Algérie dans un dessein humanitaire - est un non-sens. Il sera aussitôt repris par son organisation.

Il serait aussi injuste et vain de lui reprocher les attentats qu'il a pu com­mettre que de rendre l'aviateur ou le fantassin responsables des morts causés par les armes qu'ils ont utilisées.

C'est la raison pour laquelle l'armée ne tenait pas à livrer à la justice les terro­ristes qu'elle avait arrêtés. La difficulté de constituer un dossier présentable, l'impossibilité de convoquer des témoins faisaient que la plupart n'étaient condamnés qu'à des peines légères ou remis en liberté; ils reprenaient aussitôt leur place dans l'organisation.

Cependant, Si la violence est une nécessité à la guerre, toute violence qui n'est pas strictement nécessaire doit être bannie. Les interrogatoires sur lesquels est basé le rendement d'une armée doivent être conduits par des spécialistes du rensei­gnement, connaissant parfaitement les techniques à employer. La première condition pour qu'un interrogatoire soit efficace est de ne poser au terroriste que des questions auxquelles il peut répondre. Pour cela, il est nécessaire de le situer exactement dans le cadre de l'organisation à laquelle il appartient. Il serait vain de demander à un collecteur de fonds où sont entreposées des bombes ou des armes. Toute organisation subversive est cloisonnée; il n'en sait rien. En revanche, il sait à qui il remet les fonds; c'est la seule question à lui poser et à laquelle il doit répondre. C'est donc cet organigramme qu'il est indispensable de reconstituer pour éviter toute erreur au cours des interrogatoires.

 Au début de la « bataille d'Alger +, en l'absence de tout renseignement fourni par la police, un colonel commandant l'un des régiments de la 10e D.P. procéda de la façon suivante pour prendre pied dans l'organisation terroriste. Il arrêta une trentaine de jeunes gens dans les rues de la Casbah. Il ne leur posa qu'une seule question, à laquelle tous les habitants de la Casbah pouvaient répondre

- Qui collecte les fonds dans votre quartier? Où habitent les collecteurs de fonds ?

La certitude de ne pas être soupçonnés de délation - aucun d'eux ne pouvait connaître la réponse de son voisin - et le nombre des personnes interrogées firent que tous donnèrent sans difficulté les renseignements demandés. Ils furent aussitôt relâchés.

Le premier échelon de l'organisation subversive était ainsi découvert. Il suffisait dès lors de demander à tous les terroristes arrêtés quels étaient leur chef et leurs subordonnés pour reconstituer tout l'organigramme. Tous les individus arrêtés par la suite faisaient partie de l'organisation terroriste. Si la population fut souvent bousculée quand on procéda aux arrestations, qui avaient lieu le plus souvent la nuit, elle ne fut jamais inquiétée.

 Ben Hamida déclare...

Ben Hamida, commissaire politique du FLN à Alger, le dernier qui fut arrêté et qui, en liaison avec des journalistes Français, avait lancé la campagne « contre la torture + pour freiner l'action des parachutistes, a écrit après son arrestation : « La population s'est trouvée préservée et le but a été atteint. A l'heure actuelle, je vois le système employé. Je rends hommage à ces hommes intelligents et forts, et surtout humains. Leur comportement à notre égard fut des plus nobles. +

Le terrorisme est devenu une arme de guerre. L'interrogatoire des membres des organisations subversives est la seule arme efficace pour le combattre. Tout mouvement qui déclenche le terrorisme est responsable de ce qui suivra.

Tout gouvernement qui engage l'armée de la nation dans la lutte contre la subversion doit le savoir.

Il a le choix  ou l'utiliser pour libérer la population de l'emprise des terroristes et assurer sa sécurité - ce qui est sa raison d'être -, ou y renoncer et la livrer sans défense à leur merci, puis finalement capituler et accepter leurs conditions.

C'est au gouvernement de prendre sans ambiguïté ses responsabilités et de ne laisser en aucun cas ce choix à l'initiative des exécutants.

Au fil des événements qui se sont déroulés depuis la guerre d'Algérie, on a pu constater qu'on admet facilement la torture lorsqu'elle sert son camp et qu'on la combat seulement dans le cas contraire. C'est de bonne guerre.

 La presse progressiste et de nombreuses organisations se sont élevées, en France, contre les interrogatoires pratiqués en Algérie par l'armée. Elles ont obtenu la création d'une commission de sauvegarde et un droit d'enquête à leur sujet. Mais elles se sont généralement abstenues de critiquer ou de révéler au public les affreuses tortures pratiquées sur une vaste échelle par le F.L.N., en particulier dans les campagnes, contre la population musulmane pour la soumettre à sa volonté.

Elles sont restées muettes sur les tortures infligés par une certaine police contre les membres de l'OAS qui se battaient pour que l'Algérie restât française. Aucune voix ne s'est élevée pour demander pour eux la création d'une commission de sauvegarde et un droit d'enquête. Leur silence n'était, en fait, qu'une approbation.

 

4. Séquence contre-désinformation

 

 

 

Texte par le Colonel Robert Dutriez, officier de renseignements en Algérie.

(A la tribune de "Présent", Présent NÝ4821 du 11 mai 2001)

transmis par Laurent Belkacem (VR) le 28-05-2001qui précise :

Pour illustrer une vieille discussion, et comme ce texte reprend tout de même quelques thèmes d'actualité, voici un petit article récupéré de Présent d'il y a une quinzaine (avant de me faire incendier, ma position est la suivante : oui, la république n'est pas la France, oui, dans l'ordre, je préfère le pavillon d'azur aux trois lys, celui à champ d'hermine, le Kroaz Du, et enfin les couleurs avec le Sacré-Coeur. Mais, bon, j'ai quand même une certaine sympathie pour les couleurs quand elles représentent vraiment la France).

 

"UN HARKI, UN DRAPEAU

L'action va se dérouler à la fin du mois de juillet 1962. Dans cette Algérie qui, depuis quelques semaines, n'est plus français. Précisons mieux dans le cadre : un terrain caillouteux et poussiéreux jouxtant la petite ville oranaise dénommée Le Telagh. Là, les nouvelles autorités avaient précipitamment installé un camp de concentration. Faut-il décrire ce genre de décor si fréquent en notre monde moderne ? De nombreuses tentes bien alignées, un entourage de barbelés qu flanquent quatre miradors, au centre un grand poteau en haut duquel claque au vent le drapeau de l'Etat propriétaire de ces lieux. Cette fois les couleurs étaient le vert et le blanc que frappaient, en leur milieu, un croissant et une étoile rouges.

Dans notre description gardons-nous d'omettre les prisonniers : une centaine d'habitants de la ville et du bled environnant. A savoir un groupe de notables ou de fonctionnaires locaux, une poignée de commerçants, quelques rares réfractaires à la perception de "l'impôt révolutionnaire" et, surtout, des harkis. Ces derniers, contrairement aux autres détenus, ne semblaient pas trop abattus. Etonnamment ils s'estimaient même assez chanceux. En effet on ne les avaient point encore égorgés...

Or, parmi nos frères d'armes capturés se trouvaient un certain Merzougi Yahia ben Abdelkader. Il avait été sergent au commando du secteur du Telagh. Brave, particulièrement actif, il reçut - récompense rarissime pour un harki - la prestigieuse médaille militaire. Certes, maintenant, il s'efforçait de jouer les insignifiants. Mais comment le FLN aurait-il pu l'oublier ? Aussi Merzougi préparait-il fébrilement son évasion. L'audacieux projet commençait à prendre corps, grâce à une complicité extérieure et au laisser-aller dont les gardiens du camp faisaient souvent preuve. Restait à choisir le moment le plus propice. Il survint un soir où les geôliers fêtaient, avec une ardeur excessive et prolongée, on ne sait quel évènement. Méchoui, chants, danses et en cachette, évidemment, sacrilège dégustation d'un vin 13 degrés découvert chez un colon français. Résultat : aux dernières heures de la nuit, personne dans les miradors. Alors Merzougi franchit les barbelés, rejoint son complice extérieur et miracle ! finit par arriver, via le Maroc, sur le sol de la métropole.

Formidable, direz-vous. Oui. Mais le plus extraordinaire reste à vous conter. Sur le soir, notre héros s'aperçut que la garde avait oublié d'amener le drapeau algérien. Or, inouï et pourtant vrai, un pavillon français, déchiré et souillé, traînait sur un tas d'immondices. S'ensuivit cette scène encore plus belle que la plus merveilleuse des images d'Epinal. Juste avant de s'éclipser l'ancien harki, au garde-à-vous, descendit les couleurs vert et blanc puis fit monter notre cher drapeau bleu-blanc-rouge.

"Honneur et fidélité". La devise de la Légion étrangère ne suffit-elle pas pour conclure cette surprenante histoire de notre douloureux passé ?"