Action, formation, rôle de VR.

Débat sur VR début avril 2001, extraits.

 

 

Vexilla Régis est intéressante pour certains documents transmis. Pour ce qui est de la réflexion ou d'une éventuelle action politique, les divergences sont trop importantes entre les intervenants pour que quoi que ce soit de concret en sorte. Se rassembler ? Sur quelles bases et pour quoi faire exactement ? Si c'est un rassemblement pour le plaisir de faire groupe et de se mettre au chaud, je ne vois pas l'intérêt. Si c'est sur une démarche trop précise, immédiatement nous avons droit à des cris d'orfraies du style "Oh, mon Dieu, c'est trop précis. Vous allez briser notre beau compromis dynastique, nationaliste, maçonnique etc... Nous ne serons plus assez nombreux pour nous tenir chaud."

Sur quelles bases précises seriez-vous prêt à vous réunir ? Je ne parle pas de position morale ou de valeur, mais de position politique exacte.

Eric DEBAVELAERE (VR)

 

 

Pour la liste, je crois que la multiplicité des opinions et les échanges en résultant sont justement une richesse et une garantie de non fossilisation des idées.

Quant aux actions concrètes, plus pourrait être fait, mais déjà diffusion des idées aux autres et à nos enfants, impressions de samizdats, campagnes de collages, ne sont pas rien ( à 160 on est moins que les colleurs d'affiches républicains et une sculpture de coeur chouan en pierre de plochères dure plus qu'une affiche électorale) et au delà de ces aspects pratiques le seul fait de pouvoir partager des idées est positif et peut sauver du découragement et de l'abandon auxquels un sentiment d'isolement répandu dans les milieux qui pensent différemment peut mener.

Sentiment d'appartenance, respect d'un héritage, définition des valeurs significatives de celui-ci et rappel de ces racines dans un monde où tout tend à la mondialisation et à l'uniformisation, sont des éléments plus vagues et moins définissables que la création d'un parti politique, mais probablement plus importants à long terme. On dit parfois que ce sont des grands-mères russes qui ont fini par faire tomber le régime soviétique par le peu qu'elles ont transmis de l'âme russe et chrétienne à leurs petits enfants.

Le Lieutenant (VR)

 

 

Ce que je propose, sans avoir envie de jouer au mégalo de service, est assez simple : et si nous formions ? Je veux dire : Et si nous nous formions RÉELLEMENT ? Connaissons-nous réellement les méthodes de conquête politique ? Connaissons-nous réellement le fonctionnement et la nature du régime dans lequel nous vivons ? Avons-nous des séances de formation solides deux ou trois fois par semaine? Avons-nous des dossiers argumentaires sur tous les sujets importants : démocratie, avortement, etc...(Je note ce qui me passe par la tête.)

    Bien sûr, il existe de petits cycles de conférences dans quelques associations. Ces formation sont, me semble-t-il, très généralistes et assez peu approfondie. Nous n'avons pas de formation réellement pratique. Nous réfléchissons et agissons en amateur, assez souvent dans l'autosatisfaction et sans volonté d'approfondir. Nous n'avons pas d'encadrement professionnel.

    Voilà mon sentiment. Vous pourrez me dire, et vous aurez raison : "Vous n'avez qu'à le faire, gros malin". Et bien non, je ne le ferais pas car je constate que je suis apparemment le seul à ne pas être totalement satisfait de la situation du mouvement royaliste tel qu'il est.

    Le pouvoir n'appartient ni à celui qui a raison ni aux plus nombreux, mais au plus fort et au mieux formé. Voilà pourquoi lorsque vous allumez votre TV le 1er janvier, c'est un président et non un roi qui fait ses voeux. Ce n'est pas "encore la faute aux républicains". C'est notre faute à nous qui sommes si près de la Vérité et ne sommes pas fichus de la défendre intelligemment.

Eric DEBAVELAERE (VR)

 

 

"Sur quelles bases êtes vous prêts à vous réunir ?" demandez-vous... il faut bien constater qu'il y a des divergences... et ce constat fait, il faut bien s'accommoder de ces divergences.

Permettez-moi de prendre un exemple. Il y a ici des conjurés persuadés que la mise en oeuvre de la "doctrine sociale de l'Eglise" serait un bien. D'autres ne jurent que par une sorte de protectionnisme, de colbertisme revigoré et réadapté. Il y a des adversaires de la mondialisation capitaliste. Il y en a (j'en suis) qui se contentent de sourire chaque fois qu'on leur annonce une fois de plus la mort du capitalisme. En cherchant bien on trouverait sur ces questions d'infinies nuances encore. Prenez tout ça, faite en une réunion claire sur ce sujet avec des orientations précises auxquelles tout le monde souscrirait... bon courage... je vous paye un gros bouquet de lys si vous y arrivez...

Formation il faut... certes... c'est même très souhaitable... mais quelle ?

Votre parallèle avec les militants de gauche m'amène deux questions  :

La première, faussement naïve pourrait s'exprimer en vous demandant "pourquoi vouloir à toute force rester nous-même si c'est pour ressembler aux autres ?"  Si c'est pour avoir des clones de la LCR ou de la secte trotsko-luttouvriériste ça m'inquiète un peu. Mais je pense que vous vouliez dire autre chose.

Reste donc à savoir comment former ces militants du roi...   et nous retombons sur le premier problème posé : comment le faire sans scissions infinies, en ayant en gros les mêmes vue sur les problèmes, en parlant des mêmes problèmes, etc.

Les militants de gauche ont derrière eux un édifice théorique sans cesse enrichi depuis plus d'un siècle. Cet édifice théorique imprègne entièrement les organes d'information, les chaires universitaires, les grandes écoles, les administrations, j'en passe... il est dès lors assez facile pour eux de se former. Ajoutons que ce corpus idéologique de gauche porte en lui une sorte de messianisme du progrès assez bébête, mais qui lui donne quand même plus de facilité pour se mouvoir dans un monde en changement qu'une sorte de fossilisation tradi souvent crispée sur ses positions du passé (crispation elle même en réponse aux débilités modernistes). Ca ne facilite pas les choses...

Laissez moi sur ce dernier point prendre un autre exemple : lors de la réunion autour d'Y.M Adeline à Versailles dernièrement, une brave petite dame a remporté un succès d'estime. En faisant quoi ? a-t-elle proposé quelque action ou réflexion saisissantes ? a-t-elle fait même un bon mot ? non... elle a dit, avec le plus grand sérieux, parfaitement scandalisée, que sur les pièces de 10 francs était figuré Lucifer. Elle parlait de la figuration du génie de la Bastille qui orne effectivement les pièces de 10 francs : un être vaguement ailé qui porte une torche c'était Lucifer, et toute action politique semblait pour elle tenir dans la lutte contre Lucifer, spécialement contre le Lucifer des pièces de 10 francs... effectivement il y a un gros travail de formation à faire... si toutefois la formation est possible dans ce cas... je vous avouerai que j'en doute un peu...

Bref, avons nous un édifice théorique qui permette d'en remontrer aux militants de gauche ? Evidemment il y a Maurras... Maurras c'est très bien, mais ses derniers textes datent quand même d'il y a 50 ans... Un peu avant (et qui personnellement m'intéresse plus que Maurras) il y a Bainville. C'est encore plus vieux. Un peu après, il y a quelques individualités : citons Boutang. Allez, je suis bon, je cite aussi le bien brave Gustave Thibon.

Quoi d'autre ? rien.

Le désert, ou à peu près. Ah si, citons la réédition des entretiens de Louis XVI et du duc de la Vauguyon !... j'oubliais ! un monument incontournable et bien propre à jeter les foules sur les routes du royaume (et du Royaume)... c'est certain... le mélange d'invertis, de mafieux, d'immigrés et de banquiers qui font la gauche n'ont qu'à bien se tenir ! (les côtes, surtout, de rire...)

L'évolution de la pensée des royalistes s'arrête à quelques noms, souvent assez anciens. Ils ne sont certes pas à mépriser (qu'il suffise de citer, encore plus lointain, Joseph de Maistre) mais l'évolution de la pensée depuis un bon siècle semble s'être faite absolument sans nous. J'y vois deux causes :

1 - la volonté de certains de penser le royalisme comme un retour au passé, à un ordre ancien, souvent magnifié à l'excès. Le monde est jouisseur, il va bien falloir s'en accommoder. En rappelant les principes sans doute, inlassablement... mais si l'on espère amener nos contemporains au royalisme en invoquant la chasteté, la tempérance et quantité d'autres vertus très ennuyeuses à pratique il faut le reconnaître, il n'y a plus qu'à attendre soit leur conversion miraculeuse, soit une divine surprise historique qui amènerait une situation radicalement nouvelle. Dans ces deux derniers cas, la formation me semble superflue... J'ajoute qu'il en a toujours été ainsi et que la France n'a jamais été ce royaume pur d'un christianisme parfait rangé en ordre de bataille sous les bannières du Christ roi... c'est dommage... ne confondons pas royaume et Royaume... ils correspondent sans doute, mais ne se superposent pas exactement... ou alors c'est la nature humaine qu'il faut changer.). Bref il va falloir apprendre à jouer sur l'intérêt plus que sur l'idéalisme de nos contemporains.

2 - la difficulté à penser plusieurs problèmes en même temps. Pour un gauchiste ou un droitier mol (ou même parfois un droitier dur) le monde est cohérent. Les problèmes qu'il pose se posent dans un cadre défini qu'il n'est pas question de remettre en cause. Il s'agit d'infléchir ici, de renforcer là, de donner un coup de lime à droite et de rectifier un peu à gauche... le républicain, même dans ses délires les plus féroces, ne sort guère du cadre préétabli qu'il est censé avoir approuvé magiquement d'après les théories contractualistes ; on peut résumer ce cadre par "république, vote, droidloms, état de droit" (sans préjuger des contradictions internes qu'il recèle). Ce cadre établi pense d'une certaine manière pour le républicain. Etre royaliste, c'est remettre en cause ce cadre confortable, c'est ne plus rien reconnaître de sacré dans les idoles du moment. Et là les problèmes deviennent plus sérieux, plus fondamentaux, plus imbriqués entre eux. Et la difficulté de les penser devient plus grande. Que l'on songe pour comparaison à la pensée de Leibniz, où tous les problèmes semblent être solidaires et où l'on ne peut se poser un problème sans engager tous les autres en même temps, sans les pouvoir séparer.

Ce dernier point explique en partie sans doute que la pensée d'un Bainville ou d'un Maurras ne soit plus tout à fait de mise : eux vivaient dans un monde où, malgré tout, de grands principes tenaient encore : la république n'avait pas encore assez progressé pour détruire ces principes, et Maurras ou Bainville avaient, alors même qu'ils remettaient en cause la république et son action, des leviers puissants dans la société, dans une pensée restée en partie commune même avec les républicains et leur propagande. Aujourd'hui, la république ayant encore fait quelques pas, la remettre en cause engage beaucoup plus profondément, oblige à remettre en cause plus d'habitudes de pensée, de matériau idéologique et propagandiste. Paradoxalement et par un retour curieux les penseurs de l'immédiate contre révolution (Maistre, Bonald, Burke) obligés d'être plus radicaux dans leur démarche de contestation parce que plus proches des "principes" révolutionnaires reprennent une plus grande actualité je crois que des penseurs chronologiquement plus proches de nous, à mesure que ces "principes" de la révolution continuent d'avancer et de se redévoiler.

Si bien qu'aujourd'hui, une large part de culture que nous pourrions annexer, en raison des deux causes que j'ai dites, nous est étrangère. Permettez moi de prendre encore un exemple, que je choisis volontairement pour choquer le royaliste (choquer le bourgeois est devenu un exercice exténuant et presque impossible) : Nietzsche. Il y a chez Nietzsche, au milieu de quantité de choses, quelques démarches de critique radicale et quelques pistes de solutions qui me sembleraient très intéressantes pour notre famille de pensée. Quand il déclare "Des vérités pour nos pieds, des vérités qui se puissent danser", si l'on veut bien y réfléchir deux secondes c'est infiniment plus profond que cela n'en a l'air. Quand il dit sentencieusement "Prenez un homme, faites le se battre pour des idées, vous en ferez un bourreau, faites le se battre pour une femme et son enfant, vous en ferez un guerrier", qui ici n'y souscrirait pas ? Hélas Nietzsche est victime à la fois des deux phénomènes que je disais : d'une part l'horreur pavlovienne qu'il déclenche chez certains, qui n'ont pas seulement l'idée qu'ils pourraient se le réapproprier au moins en partie au lieu de le laisser aux autres, et d'autre part la difficulté de penser des problèmes fondamentaux fortement liés entre eux, qui exigent non une simple réflexion politique mais bien une réflexion de philosophie politique, c'est à dire philosophique avant d'être politique. Si l'on veut modifier les fondations de la société, on ne propose pas de brosser les tuiles moussues de la république...

Si l'on veut former des militants, on ne peut le faire sans un édifice théorique solide. La difficulté est que le problème que je soulignais (penser plusieurs choses à la fois, fortement liées entre elles) s'étend jusqu'à cette exigence théorique même : il faut mener de front la théorie, la formation, l'action. Ce que l'organisation sociale même pense à la place des républicains depuis deux siècles, nous devons nous le penser par nous mêmes. Et pourtant, il faut aussi se former, agir... J'en suis là de mes réflexions sur ce sujet... si vous avez une piste, n'hésitez pas !

(Je donne quand même à la cantonade deux piste, en suppliant qu'on ne les juge pas sur ces quelques mots : d'abord la réflexion sur le langage et la sophistique, essentielle dans ce régime de propagande où le pouvoir passe et passera de plus en plus par les moyens de communication ; ensuite la piste explorée par Leibniz même, qui devant un problème théorique semblable trouva quelques instruments logiques dans la kabbale et sa théorie des sefirot.)

Nous sommes près de la vérité dites vous... certes... mais en face, c'est l'idée même qu'il existe une vérité qui est contestée, c'est sur ce point que tout se jouera.

Le schtroumpf du Roi  (VR)

 

 

    Je trouve réconfortant que certains piaffent et veulent en découdre. Je trouve non moins réconfortant que des signes de présence et d'existence apparaissent, ici ou là et même dans les médias à la botte. Les royalistes en ce début de millénaire son-ils rares ? Pas évident. Dispersés ? sûrement. Sont-ils honnis ? Je ne le crois pas.

    Ils sont dans le flou, en eux-mêmes et dans l'image du royalisme qu'ils donnent. Je ne crois pas cependant que se glisser dans un moule politique standard, à l'imitation des républicains, soit une stratégie efficace. Ce genre de structure n'est pas un garantie de cohésion , il n'est que de voir la mosaïque des partis politiques en action pour s'en convaincre.

    A défaut de structure, de moule formateur, de doctrine unificatrice, peut-on agir ?

    Je le crois. La lecture des messages de ma messagerie révèle certains talents. Dans VR, on  pense, on réfléchi, on sent et on ressent, ça se sent. De plus, on s'exprime clairement . Voici donc des armes. Il n'est que d'en user.

    Pour le moment, le plus efficace est peut-être de s'exprimer dans la rue, dans la presse, par parole et par courrier.

    Deux cibles se désignent d'elles-mêmes : la république et les princes.

     La République, d'abord. Ses contradictions sont tellement éclatantes qu'il n'y a qu'à ramasser, sans qu'il soit besoin de piocher. Vous voulez un exemple ? Comptez à haute voix dans n'importe quel cercle, le nombre de candidats potentiels à la présidence pour 2002. Ceux qui se sont déjà découverts et ceux qui ne sont pas encore sortis du bois mais dont l'impatience fait vibrer jusqu'aux pavés de la place d'armes de Versailles. Où seront les rieurs ? Dans votre camp, dans notre camp!

    Si l'auditoire est "sportif", parlez de Tapie, s'il ne l'est pas, parlez encore de Tapie. Là encore, c'est gagné d'avance.

     Ne négligez pas les intervenions dans la presse, même si vous n'en appréciez pas la couleur et même si vous craignez que vos messages soient tronqués. Qu'importe, au moins une oreille aura entendu et un oeil aura lu.

     Le Schoumpf du Roi vient de transmettre un message à mme Lebranchu qui est une très bonne manoeuvre mais qui en serait un meilleure si elle était dupliquée vers d'autres destinataires. Allons-y de notre message vers Jospin, Chirac, l'Evêque qui sais-je encore. Je m'y mets incontinent.

    Et les Princes ? Dites! vous ne le trouvez pas un peu silencieux, quelque soit celui vers qui vous inclinez? Faites-le lui donc savoir , que diable! Demandez-lui qu'il se signale pour nous dire qu'il nous aime. Qu'il fasse surtout connaître qu'il aime la France et les français. Ce n'est pas un langage courant par les temps que nous vivons, il sera bien le seul à le tenir. Le Comte de Paris (il faut lui rendre justice) faisait régulièrement des communications à la presse. Elles étaient lues. Alors pourquoi rien aujourd'hui ? Si de plus il pouvait confesser qu'il aime Dieu, alors là, l'espérance serait ouverte.

Paul Turbier (VR)