L’apex Stalingrad.

Pour l’Europe et la Russie, le temps viendra…

Texte reçu pour VR le 25-11-2003.

 

L'évolution, dans le monde politique européen, ne saurait être ni stoppée ni évitée. Comme je l'ai écrit, ailleurs, tout empire, tout système politique, atteint son point d'expansion maximale, que je nomme l'apex Stalingrad 1. Alors commence la décadence. Ce que Hitler a inauguré, en 1933, a atteint son apex à Stalingrad, fin 1942, puis a disparu, deux ans plus tard, à Berlin. Ce que Lénine commença en Russie, au tout début du XXe siècle, atteint son apex Stalingrad entre la fin des années soixante-dix et le début des années quatre-vingt, culminant au Vietnam, en Afghanistan, au Nicaragua et au Salvador, pour disparaître, en 1991, dans les rues de Moscou, avec la disparition de

l'Union soviétique. À présent, c'est au tour de la Révolution, née en France en 1789, d'atteindre son apex Stalingrad. Cette révolution émergea après un processus long et soigneusement préparé : des siècles furent nécessaires à son évolution et pour lui donner sa physionomie.

 

La Révolution dont la France fut le théâtre, trouve son origine des siècles auparavant. Parce que plus puissante que la révolution bolchevique ou nationale-socialiste, elle est plus durable et ne touche que plus lentement à son apex Stalingrad ; néanmoins, en vertu de la règle de l'évolution en politique, elle l'atteindra.

 

Une de ses origines, c'est la Renaissance : avec elle, la philosophie scolastique et la relation de Dieu et de l'homme, passent au second plan. La Réforme en Allemagne, en Angleterre, en France et en Suisse, plaça un autre

obstacle sur le chemin de l'unité de l'Europe qui partageait, jusque là, une philosophie politique commune. Les oppositions et divisions internes créèrent ainsi un environnement propice à l'abandon de l'ordre ancien fondé sur la civilisation chrétienne, dans ses dimensions sociales et politiques.

Plus tard, Cromwell, et l'exemple de régicide qu'il donne, puis l'école des écrivains francs-maçons, à laquelle on peut rattacher des gens comme Voltaire ou Rousseau, fournirent le dernier instrument du déclenchement de la Révolution qui éclata en France. Le triomphe de la Révolution, aux États-Unis comme en France, inaugura un processus d'évolution politique qui n'est pas encore achevé. Les nouveaux gouvernements, élevés dans les idées des Encyclopédistes, s'affublèrent du nom de « démocratie », un concept né dans la Grèce classique, pour légitimer, par l'antiquité, un régime nouvellement inventé. C'était quelque chose d'absolument mensonger, car le vieux concept grec avait très peu de choses en commun avec cette invention née au XVIIIe siècle, à Washington

et à Paris.

 

L'apparition des théories de Darwin, fondées sur la croyance en une réalité purement accidentelle du monde, sur l'explosion de la vie sans création divine, et, donc, sur l'inutilité de la Providence, furent reçues avec joie par les nouveaux États libéraux et francs-maçons qui, sans perdre de temps, mélangèrent Voltaire et Darwin pour obtenir une recette parfaite d'apologétique. Elle deviendra un dogme pour l'endoctrinement des peuples et des masses. La théorie de Darwin fut dès lors un fait et un dogme, tandis que les œuvres des Voltaire et Rousseau devenaient une nouvelle Bible où la nouvelle société libérale européenne allait puiser « les secrets de l'Univers ».

 

Quand le libéralisme en arrivera à son apex Stalingrad, une nouvelle ère de l'Histoire universelle commencera. Cette ère aura pour moteur un grand pays européen comme la France, et une nouvelle Russie qui va apparaître dans quelques années. Il y a une théorie qui soutient que les intentions démocratiques de la Russie actuelle, ne sont qu'un bluff. Si elles le sont vraiment, alors la Russie fait un très bon travail en décevant le monde occidental. Selon cette théorie du bluff, la Russie ne fait juste que gagner du temps, obtenir des investissements étrangers, faire de bonnes affaires avec les États-Unis et les Européens de l'Ouest, etc. Tout cela avec l'intention patente de se

détacher au bon moment. Gagner du temps pour se reconstruire, tout en offrant une apparence non menaçante : ce serait cela la théorie du bluff. Le récent rapprochement de la Russie avec l'OTAN, n'est qu'une manière d'avoir des informations de première main sur la Russie. La Russie ne peut pas empêcher l'extension de l'OTAN et l'isolement de Kaliningrad 2 ; sa stratégie est donc d'être dans l'OTAN pour en réduire la menace, comme dans le film Le Parrain :

« Gardes tes amis près de toi ; et tes ennemis plus près encore ! ».

 

Le fait est que la Russie va changer; elle connaîtra une révolution qui ne sera ni

marxiste ni léniniste. La Russie qui connaît une extrême pauvreté, une progression du crime, une décadence sociale et militaire, cherchera une issue dans une révolution fondamentalement nationaliste. Il y a une logique derrière cela : si un pays moyen comme l'Allemagne, beaucoup plus petit que la Russie, sans pétrole et aux ressources limitées, a pu, après sa révolution de 1933, devenir une superpuissance capable de tenir le monde dans ses mains moins de dix ans plus tard, alors, la Russie peut faire la même chose en dix fois mieux. Si une révolution nationaliste, non marxiste, libérée du système monétaire international, survient en Russie, alors ce pays, qui possède des ressources quasiment illimitées et un attachement puissant à la vieille gloire de l'Empire

des tsars, deviendra quelque dix fois plus puissant que l'Allemagne.

 

Si la République de Weimar, chaotique et agonisante, a pu, en quelques années, se transformer en un puissant empire, alors la Russie peut faire la même chose en dix fois mieux : une superpuissance non marxiste, nationaliste et pro-chrétienne. L'ami tout indiqué et le point de départ pour une nouvelle Russie, sera un grand pays européen arrivé dans la phase finale de l'apex Stalingrad. Un pays comme la France, dotée de la force nucléaire – lui assurant sécurité et indépendance –, lassée des faillites du libéralisme, deviendra l'inspirateur et l'ami idéal pour une Russie entrant dans la nouvelle ère de l'histoire du monde.

 

Le « facteur Le Pen », dans les élections françaises, est une étape logique dans

l'évolution de la politique en Europe. Le caractère versatile de la politique européenne, détournera la France de son système politique actuel, pour la mener vers une nouvelle étape : l'apparition d'une VIe république contre-révolutionnaire : la récente victoire électorale du président Chirac, avec plus de 80 % des suffrages exprimés, ne pourra pas s'y opposer. La propagande libérale a tiré toutes ses cartouches et épuisé toutes ses réserves de munitions lors de la dernière élection présidentielle, une propagande totale et absolue. L'échec du gouvernement de Chirac étant inévitable, la machine de propagande et les médias libéraux se retrouveront sans réserves de munitions, sans argument, sans alternative. Les fournitures de la propagande libérale seront très vite

épuisées, très, très vite.

 

Le triomphe électoral de Chirac, c'est la dernière victoire de la démocratie libérale et de la république. Cette victoire massive a pour contrepartie l'absence totale d'excuses en cas de faillite. Dans peu d'années, les Français ne se retrouveront pas plus riches qu'aujourd'hui, et, même, sans doute plus pauvres, dans une insécurité similaire à celle d'aujourd'hui, voire pire, dans un « multiculturalisme » aussi présent qu'aujourd'hui, voire encore aggravé. Quand, dans quelques années, les Français constateront la détérioration de leur situation économique et sociale, et l'affaiblissement de la France, la

propagande libérale ne pourra rien leur répondre : elle ne fonctionnera plus. « Attendez un instant, diront les Français, n'essayez-vous pas de nous faire avaler les mêmes balivernes qu'en 2002 ? Pourtant rien de ce que vous aviez promis n'est arrivé. On en est toujours au même point. Cette fois-ci, nous ne vous écouterons pas. Nous voterons Front National ». Ce n'est qu'une question de temps. Les grandioses promesses de 2002, n'auront aucun effet sur la politique française. Un puissant séisme politique surgira en France avant peu.

 

Quand la Russie observera qu'un puissant pays de l'Europe de l'Ouest a atteint son apex Stalingrad et s'engage dans une révolution nationaliste de droite, elle suivra sans attendre. Un nouvel axe Paris-Moscou naîtra. La Russie tiendra compte de ce pays puissant, disposant de la force nucléaire, d'une économie forte, d'énormes ressources «capitalistiques », de la force technique et militaire.

Une relation parfaite naîtra, et un nouveau centre de gravité de la politique mondiale, émergera. Le monde unilatéral du libéralisme aura cessé d'exister.

Les aspirations de la Russie sont tournées vers son ancienne gloire. Elle ne supporte plus de se voir dans le même état que l'Allemagne de 1932 et de sa calamiteuse république de Weimar. Un jour, bientôt, lassée d'avoir été rétrogradée du rang de superpuissance à celui d'un misérable pays du tiers-monde, la Russie fera ce que l'Allemagne a réalisé en 1933. Cet ardent désir de retrouver la puissance et les gloires d'antan, conduira les dirigeants russes vers une révolution non marxiste. La Russie se moque de Rousseau ou de Voltaire, comme du credo libéral. Ce qui se développe, en Russie, c'est un nouveau nationalisme fondé sur une ferveur chrétienne renouvelée.

 

Une conception nouvelle de la civilisation européenne et chrétienne est en train de pénétrer profondément dans l'âme russe. Les contacts que les Russes ont avec l'Occident, leur font découvrir un niveau de vie qu'ils n'ont pas et… qu'ils n'auront jamais s'ils tentent de respecter les règles du jeu du capitalisme libéral occidental. Quand vous ne pouvez pas jouer selon des règles préétablies, il n'y a pas d'autres solution que de briser les règles et trouver un raccourci. La Russie cherchera d'autres chemins pour atteindre le niveau de vie de l'Europe occidentale ; des chemins qui seront inspirés par une révolution chrétienne et nationale. Rien ne pourra s'y opposer : la puissance et la gloire, le respect et la puissance ?

 

Le nouvel axe, que j'évoquai, sera une réalité. Ce n'est pas une illusion fantaisiste, mais le résultat d'une analyse sociale. Pour ceux, peu nombreux qui ne croient ni aux sciences sociales ni aux analyses politiques, je pourrais les renvoyer vers d'autres sources qui aboutissent à des résultats similaires. La lecture des prophéties de saint Séraphin de Tsarov, de sainte Hildegarde de Bingen, de saint César d'Arles, de saint François de Paule, du bienheureux Maurus Magnetius Rabanus 3, relatives au « Grand Monarque », pourraient être de grand intérêt à ceux qui n'accordent que peu de créance aux sciences politiques ou sociales. La conclusion est toujours la même : la Russie retournera à la grandeur, et pas seulement au plan géographique.

 

R. A. (Texas, U.S.A.)

 

 

1. L’auteur utilise la formule Stalingrad point, que nous avons essayé de rendre en français par le terme apex, plutôt utilisé en botanique, et qui signifie le plus haut ou l’ultime point de développement (note de la rédaction).

2. Kaliningrad, ancienne Königsberg, est une ville portuaire allemande (depuis 1256) sur la baltique, conquise par l’Armée rouge en 1946, puis rattachée à l’Union soviétique (traité de Potsdam).

Ce territoire ex-soviétique (désormais sous souveraineté de la CEI), était séparé de l’Union soviétique par la Lituanie et la Pologne, ce qui provoque, aujourd’hui, un véritable imbroglio juridique. À l’époque de l’URSS et de ses satellites, la ville bénéficiait d’une « continuité territoriale ». Ses habitants pouvaient y entrer et en sortir, sans visa. Désormais que la Lituanie et la Pologne entrent dans l’Union européenne, les habitants de Kaliningrad devront exciper d’un visa pour se rendre de Russie en… Russie. À moins que ne se réalise une espèce de nouveau « corridor de Dantzig »… (note de la rédaction).

3. Abbé de Fulda (Allemagne), archevêque de Mayence (776/784 - 856).