Message de Mac Guffin (VR) 01-06-2002.

J'ai piqué ce texte sur un site gauchiste. J'ai modifié une ou deux phrases, un mot par ci par là. Il semblerait qu'il y ait une certaine concordance des points de vue entre révolutionnaires de gauche et contre-révolutionnaires de droite. Cela débouchera-t-il sur une sorte de synergie ou même de syncrétisme ?



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« Je m'appelle Bel et je représente la majorité des  moutons. Frisés, javellisés, robotisés. Je suis identique aux autres :  je pense, parle, agis comme les autres. Je fais partie du troupeau et suis les autres moutons sans poser de questions. Je suis convaincu d'avoir raison car "tout le monde le fait".  J'impose ma vérité et exige que les autres y adhèrent.  Je suis suffisant et intolérant.

Moi, Bel, je suis normal.  Je suis conforme aux normes établies.  Je fonctionne bien. Je respecte les standards du bon mouton.  Je suis bien-pensant. Je suis la mode, lis les journaux, regarde la télé. J'obéis aux lois, paye mes taxes. Et j'impose aux autres d'en faire autant.  Je suis politiquement moutonnement correct !


Moi, Bel, je suis mort-vivant. Un véritable zombie. Métro-boulot-dodo, voilà le résumé de ma vie.  Ma conscience, de qui je suis, est morte. Comme les fleurs séchées, je suis là. Je suis disjoncté de mon âme.  Je suis branché sur le pilote automatique. Robot synthétique et artificiel, pure création de la société, je me prends au jeu que je joue, sans même m'en rendre compte. Je porte l'habit d'un personnage et finis par devenir le personnage.  Je joue mon rôle inlassablement, sans me poser de questions.  Dieu, les altérités ou le temps... arrangeront les choses.  Je suis un inconscient tranquille.


Moi, Bel, je baigne dans l'inaction. Pas de vagues, pas de troubles, pas d'ennuis.  Surtout faire comme les autres pour ne pas me faire remarquer. Je suis mort de peur.  J'achète la paix à tout prix. Je ne cours aucun risque.  J'observe l'omerta, la loi du silence. Je suis une tombe; je garde le secret... J'ai horreur du changement.  Tout n'est pas parfait, certes, mais ce pourrait être pire.  Tant que j'ai un toit et que je mange trois repas par jour, je peux m'estimer chanceux.... Je m'accroche au statu quo, je maintiens la stabilité. Je n'interviens pas car je nourris l'espoir que "le temps arrange les choses". Je fais partie de la majorité silencieuse.


Moi, Bel, je suis soumis.  J'obéis aveuglément aux ordres reçus et donne aux altérités le fruit de mon labeur.  Je suis un esclave avec une couronne sur la tête :  je m'appelle démocratie !


Moi, Bel, je reçois des carottes pour récompenser mon obéissance et m'inciter à continuer à servir le berger.  Ce sont des avantages sur les autres moutons. Je suis promu à un échelon plus élevé dans la hiérarchie sociale.  J'avance d'un pas dans les rangs des privilégiés. J'espère bien, un jour, devenir moi-même berger. Les altérités me font courir après trois carottes : pouvoir, argent, prestige.


1- La carotte du pouvoir

Je peux enfin dominer d'autres moutons.  Ils me respectent et me craignent. Je me sens important dans mes fonctions. Je peux moi aussi me comporter en chef, donner des ordres et exiger obéissance. Je ne suis plus un quidam, un simple mouton anonyme.  Je suis enfin quelqu'un.  J'ai du poids.  Je suis influent.


2- La carotte de l'argent

Avec ma promotion, je reçois les avantages financiers : bourse, meilleur salaire, bénéfices marginaux, voiture, logement, déplacements, comptes de dépenses... J'ai accès à l'information privilégiée qui rapporte bien... J'améliore mon train de vie, agrandis ma maison, change de voiture. J'impressionne les autres moutons. Je suis un exemple à suivre.


3- La carotte du prestige

Avec ma promotion, j'améliore mon score de prestige, de considération, de réputation :  titre, diplôme, certificat, nomination, consécration, médaille, décoration, position, grade, distinction, honneurs...  Je me distingue de la masse.  Les médias parlent de moi. Même mes cartes de visite et mon papier à lettres témoignent de mon statut : PDG, MD, ph. D, directeur, évêque, chef, contrôleur, vérificateur, percepteur, responsable, ministre, Premier ministre, etc.  Les autres moutons m'admirent, me respectent et me vénèrent.


 

Bel, tu crois que la seule vérité est celle qui te parvient par tes cinq sens. Seule la matière importe.  Tu crois tout ce qu'on te dit. On t'achète avec le pouvoir, l'argent et le prestige. Tu acceptes de survivre à condition d'être récompensé.  Tu crois que les altérités ont vraiment un souci de ta protection.  Tu as mis toute ta confiance en tes gouvernements sans te poser de questions.  Même si tu es en désaccord, tu ne feras aucun bruit.  Bel tu es un peureux !


Tu as peur de voir la réalité en face. Tu as peur d'avouer que toute ta vie tu t'es trompé. Tu as peur de sortir du troupeau et de dire vraiment ce que tu penses. Tu as peur d'être différent et intègre avec toi-même.  Tu as peur de démontrer que tu n'es qu'un peureux.


Bel, tu entretiens le syndrome de la victime et de l'impuissance parce que tu as peur.  Tous les moutons autour de toi sont semblables à toi : ils ont tous très peur ! »