De la "citoyenneté royaliste"

 

Texte de Térence POLYCARPE  (VR) dans le cadre des débats sur le vote "utile" ou non vote pour les cantonales du 18 mars 2001.

 

Je suis très étonné de la frénésie qui règne autour de l'occasionnel loto politique que constituent les élections municipales (et cantonales) organisées par la Respublique...

    En effet, il me semblait que le propre du Royaliste était de se tenir à l'écart de tout le battage politique des élections au nom de la Respublique. J'admets pouvoir sur ce point me tromper. Et certainement un Royaliste peut aussi exprimer sa préférence pour telle ou telle couleur.

    Seulement, j'oppose cette participation royaliste à des élections respublicaines, 2 séries de contre arguments, d'un point de vue théorique, puis sous un angle plus pratique au moyen d'une comparaison. Sur ces éléments je me suis déjà exprimé avec un Conjuré (hors Liste). Aussi je me permettrai de me citer (ce qui fait très prétentieux...):

     "En ce qui me concerne, je suis persuadé qu'un Royaliste ne doit participer à aucune élection organisée par la respublique, que ce soit en tant que candidat politique ou comme électeur. Personnellement je n'ai encore jamais voté, et pour cause; je ne suis même pas inscrit...

    Pourquoi ? Le fondement, la clef de voûte de la respublique c'est le vote; c'est la participation des "citoyens" au fonctionnement et à l'organisation du système politique respublicain, qui légitime l'inspiration démoscratique de la respublique. Or le Royaliste, par hypothèse, s'oppose à l'axiome "voix du peuple, vérité de la majorité", car le peuple est aveugle et incapable de choisir celui qui saura le mieux défendre ses intérêts, les intérêts de la société (ordre public, le droit au bonheur etc...). Et le Roi, désigné par le doigt de Dieu, constitue la source unique de la justice sociale (sur le fondement des commandements de Dieu), et le guide majestueux de la voix de la Nation. Et point n'est question de partis politiques; le Royaliste n'est ni à gauche (comme les NARsiens...cf "le Lys rouge"), ni à droite (du moins plus maintenant; la droite politique ne désignant plus comme vers 1875, l'assemblée des Monarchistes).  Certainement, avons-nous plus d'affinités avec la droite politique, historiquement conservatrice, qu'avec l'engeance gauchiste. Seulement nous sommes au delà des partis politiques; nous voulons plus que le libéralisme capitaliste, l'intégrité nationale etc... Nous voulons une Monarchie, et cela ni la droite, (et encore moins la gauche), ni aucun parti politique ne pourra nous le proposer, car ces partis veulent des électeurs. Et le seul moyen des Royalistes, outre un coup d'+tat (ou toute forme d'intervention violente), c'est l'abstention, car la respublique serait ainsi désavouée. Le silence, le plus grand des mépris, et si tous les Royalistes de France demain (à côté de ceux, qui sans être Royalistes, préfèrent pêcher ou aller à la messe, le dimanche matin) ne participaient plus à ces lotos de promotions politiques, la respublique serait à l'agonie. Le système politique serait bloqué, les institutions remises en cause, un grand vide politique s'en suivrait, et là nous interviendront pour donner le dernier coup et achever la bête; S.A.R. Louis XX avec sa Glorieuse Blanche Armée (des Martyrs), soutenus par le Pape, donneront à la France son réel visage, d'une Nation respectée, puissante et omnipotente."

    Voilà pour l'aspect théorique, envisageons maintenant la perspective concrète de la participation à des élections.

    Je développe l'idée qu'une élection politique, inspirée du cauchemar démocratique, s'apparente à un match de foot qui oppose 2 équipes, 2 camps adverses. Notez que j'ai horreur du foot, la métaphore est d'autant plus facile à développer... Ainsi comme pour un match "sportif", pour une élection vous avez 2 courants de pensée principaux, c'est la loi de la majorité qui impose cette distinction (les coalitions étant rendues nécessaires pour obtenir une majorité nette, les petits partis politiques coagulent avec les grands pour lesquels ils se trouvent le plus d'affinités politiques), donc 2 courants de pensée essentiels: la gauche (bahhh!), et la droite (les gentils). Ce sont 2 familles de pensée: l'esprit réformiste, et l'esprit conservateur (autrefois simplement les Monarchistes). Ensuite, comme pour un match de foot, vous avez les "supporters" de l'équipe rose ou rouge, et ceux de l'équipe bleue (avec tous les panels de bleu...). Tout le monde s'excite, gros battage médiatique; échanges d'invectives, on se crache dessus (en politique comme au foot) etc... Dans les stades, les supporters ont sorti leur batte, pour se livrer à un sport plus primitif... et sur le terrain, les joueurs s'envoient réciproquement des coups bas (relevons qu'avant le jeu, certains auront reçu de généreuses contributions financières particulières visant à atteindre un succès relatif à l'issue de la partie...). Et c'est à ce niveau, lors du tiraillement de la foule entre les 2 équipes, les 2 familles politiques, que la Respublique trouve une nouvelle jeunesse, qu'elle se retrouve légitimée, crédibilisée. En effet, régulièrement dans ces moments on entend, par la voix des médias, que "l'extrême droite constitue une menace pour la démocratie". Et les rouges, ce sont des angelots ? Mais j'ajouterai surtout, que c'est faux et au contraire, l'existence des extrêmes droite et gauche constituent les 2 pôles à la source de l'émulation politique qui règne autour des élections. En effet, le français très français qui ne veut pas payer des impôts qui serviront à son voisin Momo par des allocations "pour l'insertion sociale", votera FN dans le meilleur des cas, ou une droite plus modérée, parce que quand bien même ce parti n'aura pas de programme politique, que le candidat politique est un incapable majeur, plus que tout le français ne voudra pas des rouges dans sa ville, qui sont très amicaux avec nos amis de l'outre Méditerranée... Le rouge contre le bleu et vice versa. Attention, il est aussi des personnes, notamment dans les campagnes très reculées, qui votent sans tenir compte de "la couleur politique" du candidat, c'est l'effet "personne", (ou intuitu personnae, si on veut); "j'le connais ben le gars Dédé depuis qu'il est tout ptit, tandis qu'l'autre c'est un parigot, pas très confiance moi!". Cela reste encore très marginal.

Mais voilà, à l'issue des élections, à l'heure du bilan, on constate la tendance générale et on s'arrête sur les victoires locales... Et c'est tout un peuple qui gémit ou jubile à l'aulne des résultats. Dans un match de foot, jamais les supporters n'iront se substituer aux joueurs sur le terrain, et pourtant unanimement ils crient à l'écho des points rapportés par leur équipe correspondante; et c'est toute une ville qui fête la victoire de son équipe, et on entend "on a gagné", alors que cette victoire reste une victoire de l'équipe, certes l'équipe jouait au nom de telle ville, cependant il n'en demeure pas moins que la ville en question ne recueille en substance aucune réalité de ce résultat. Et pourtant, le commerce du foot rapporte des sommes énormes du seul profit médiatique tiré de l'excitation populaire. Et c'est parfaitement identique pour le loto politique des élections de la Respublique; les électeurs de droite comme de gauche tirent un profit personnel du succès de leur candidat porte-drapeau d'une couleur politique. Et on me dira évidemment, que selon la couleur d'une ville, la politique menée ne sera pas axée sur les mêmes préoccupations (plus "sociales" pour les roses, plus "policières" pour la droite etc...). Seulement il appert que ce souci de l'électeur, pour l'avenir, le long terme de son bien être, reste marginal dans le phénomène ambiant, l'événement que constituent des élections pour la Respublique: le rouage institutionnel du pouvoir politique respublicain repose sur la clef de voûte de l'effervescence politique, l'agitation du peuple, son tiraillement, (car ainsi le peuple oublie de remettre en cause la Respublique même), et non la Respublique n'obtient pas sa légitimité sur le résultat des élections, que ce soit la gauche ou la droite, c'est l'excitation de la masse qui régénère la crédibilité de la Respublique.

    Au bilan, que penser de tout ceci, entant que le Royaliste? Je suis persuadé que le Royaliste doit se désintéresser des élections, et notamment de leur issue. Certainement, j'avoue aussi ma préférence pour la droite, extrême quant à faire, seulement ce n'est pas elle qui nous apportera la Restauration (d'autant plus hui, au regard de la socialisation de la droite actuelle). Et de surcroît, le Royaliste doit s'abstenir, et rester passif vis à vis de ce battage politique. C'est le seul moyen pour bloquer les institutions de la Respublique et de poser une nouvelle perspective pour la France aux français, la Restauration. Vous me direz alors ce n'est pas la minorité (à voire) de l'abstention des Royalistes qui va paralyser la Respublique. Et pourtant, il suffit de constater que les français n'ont pas besoin de nous, pour s'abstenir de voter...alors imaginez si nous nous y mettions.

    Cette conception peut sembler très originale, cependant elle est la ligne de conduite de tous les Royalistes que j'ai rencontrés; et elle me paraît découler naturellement de la conviction royaliste. Bien sûr, je ne détiens pas le monopole de la pensée royaliste, et je reste ouvert à toutes les objections éventuelles, pourvu qu'elles soient argumentées et raisonnables…

    Il est vrai que certains Royalistes préféreront rester citoyens.  

 

Le lieutenant (VR) répondit brièvement :

 

Voila un intéressant texte…

Je ne partage cependant pas à 100% les conclusions pour la raison suivante :

(un petit dessin plutôt qu'une longue explication)

en cas d'incendie, feu ou eau sont destructeurs et indésirables mais cela ne justifie pas que l'on refuse de faire intervenir les pompiers.

Ceci dit il y a beaucoup à méditer et si les royalistes étaient nettement plus nombreux, il y  effectivement là une possibilité tactique.

 

S. de B. de Beketch (VR) répliqua :

 

L'argument est classique mais les gens qui ont connu un incendie vous répondront que, bien souvent, les dégâts commis par les pompiers sont  plus graves que ceux dus au feu.
En l'occurrence, c'est le cas : la gauche fait des ravages mais au moins on sait que c'est l'ennemi.
La droite molle fait exactement la même chose, elle pratique la même politique (avortement, immigration pseudo-antiracisme, adhésion aux menées antinationales  mondialiste, soumission au lobby etc.) mais elle est plus redoutable parce que, derrière  elle, la pourriture avance masquée
Un Seguin, une Bachelot, un Charette (!!!) sont plus malfaisants parce que plus trompeurs qu'un Jospin, un Hollande ou une Aubry.

Je sais  que l'on va me renvoyer à. Maurras : « la politique du pire est la pire des politiques +
Je réponds que c'est une affaire de point de vue et que, de mon point de vue justement, Chirac, larbin de synagogue est pire que n'importe qui parce que c'est un crétin vicieux, corrompu et totalement dénué de scrupules qui est tenu à la fois par les couilles et par le fric et qui est prêt a tout et à n'importe quoi.

Pour ma part, c'est clair : je ne voterai pas plus pour un candidat de la droite molle que pour un candidat de la gauche dans une élection nationale.

Au plan local, dans une petite ville, c'est différent. Il s'agit de personnes et je comprends très bien que l'on préfère élire un encarté RPR qui a fait ses preuves plutôt qu'une pédale socialiste ou un bon gestionnaire adhérent au PS plutôt qu'un crétin du  Front National. (il y en a, j'ai des noms)
Cela dit, la meilleure solution est encore de rester chez soi dans la mesure où :

1) Le pouvoir réel des maires est une peau de chagrin et que, de plus en plus, ils ne sont là que pour exécuter les directives technocratiques des préfets.

2) Le nombre croissant des abstentionnistes est ce qui effraie le plus les politiciens parce que cela les prive de toute légitimité. Considérez par exemple Aubry qui, à Lille, a été élue avec 49% des votants. Lesquels n'ont représenté que 47% des inscrits. Ce qui signifie que  la "légitimité républicaine et démocratique" (ouaf ! ouaf !) d'une femme que les médias présentent parfois comme une possible candidate a la présidence de la république se monte à moins du quart des électeurs (soit 10% à peine de la population totale) dans la métropole régionale la plus infestée par le socialisme.

 

 

Mac.Guffin (VR) ajouta :

 

En effet, et je pense que les exemples se comptent par centaine. Je prends celui de la grosse ville du coin où habitent mes parents. Au lendemain du 11 mars, on ouvre le journal toujours du coin et on lit en gros et gras : "superbe réélection du maire sortant au premier tour avec plus de 65 % des voix !!!". Suit une interview de ce dernier : "alors c'est une heureuse surprise Mr le maire ? demande le journaliste. L'autre réponds : oh oui, c'est un véritable plébiscite, je m'y attendais pas, je suis surpris, cela prouve que les habitants de la ville approuvent la politique que je mène depuis six ans". Maintenant, quand vous plongez dans les chiffres, vous constatez que : la population totale de la commune est de 6000 à 6500 personnes ; que le nombre d'inscrits est de 3702, que les votants ont été au nombre de 2119 (soit environ 57 % des inscrits sauf erreur de ma part... j'ai jamais été très doué en calcul :))), nombre d'exprimés : 1930 (soit 52 % des inscrits). MA (le maire sortant donc, tendance DL) remporte donc la mairie avec 65,08 % de 1930 soit 1255 personnes soit 34 % de la totalité des électeurs de la commune. On est passé de 65 % à 34 %. Ainsi, en gros, moins de 20 % de la totalité des habitants de la commune ont voté pour lui et pour autant les 80 autres % vont obéir...

C'est ça la démocratie. C'est pas les 50 % et une personne qui gouvernent les 49,999 % autres, c'est une ultra minorité qui dirige les autres qui ont la caractéristique d'être encore plus ultra minoritaires...

Mais il ne croit pas que : "Le nombre croissant des abstentionnistes est ce qui effraie le plus les politiciens parce que cela les prive de toute légitimité." :

Franchement ? Martine semble-t-elle effrayée ? Est elle mécontente ? Est elle frustrée ? Les politiciens perdent ils la moindre once de pouvoir ou même de légitimité ? Chez vous, dans votre cuisine, sûrement. Mais dans la rue, dans les palais, dans les administrations, y a t il quelque chose de changé aussi imperceptiblement que ce soit ?

réponse : RIEN !

 

Franck Gérardin (VR) répondit pour sa part à Térence :

 

La réflexion de Térence à propos des élections est susceptible de quelques commentaires.

1 - Les élections ne sont pas une spécialité républicaine, surtout les élections locales : l'Ancien Régime n'a pas manqué de ces consultations, effectuées dans des cadres paroissiaux, communaux, professionnels, provinciaux etc. Elles ne sont en soi condamnables que lorsqu'elles prétendent à l'expression d'une prétendue souveraineté de la majorité : ainsi des élections législatives ou présidentielles.

2 - Il en va tout autrement des élections authentiquement locales. On pourrait discuter des tartufferies régionales ou départementales. Quoique... La tendance est à la mise à l'écart des politicards "nationaux" au profit des acteurs réels de la région considérée. C'est dans l'esprit, sinon dans la réalisation effective, de la décentralisation si chère aux royalistes. Il est vrai que la fore de la "décentralisation" républicaine est plutôt celle d'une "déconcentration", encore bien liée aux intérêts partisans centraux.Quant aux élections municipales, elles sont exactement le reflet de ce que nous demandons : une gestion des affaires confiée directement par les personnes concernées aux personnes qui leur semblent qualifiées.Là encore, les "parachutés" ayant de plus en plus de mal à trouver une légitimité locale, les administrés choisisent leurs élus en fonction de critères extra-parlementaires. Ainsi de Lyon ou d'Angers, par exemple. Ce sont des villes résolument bourgeoises & conservatrices - nous sommes loin de la gauche parisienne chic - mais pourvues d'une municipalité de gauche. A Lyon, c'est pour fustiger les mic-macs de la droite institutionnelle : Millon, local & indépendant, est d'ailleurs situé loin devant Dubernard, l'apparatchik officiel. A Angers, c'est simplement parce que l'équipe de gauche en place a géré la ville "en bon père de famille", tout en ayant donné des gages d'anticommunisme propres à rassurer les cathos locaux ; de toutes façons, cela vaut mieux qu'une droite officiellement représentée par Bachelot !

3 - Les élections locales sont une des façons de pratiquer l'entrisme royaliste sans perdre son âme ni sa culotte. On sait ce que deviennent les roycos égarés dans les partis institutionnels - UDF, RPR, FN, MNR ou CPNT : ils sont toujours liés par leurs commanditaires et leurs éventuelles opinions originales ne pèsent d'aucun poids dans une assemblée ou un gouvernement.

En revanche, un royaliste muni d'une responsabilité locale réelle peut conduire son action selon de sains principe. Il faut particulièrement songer aux domaines sociaux, de l'éducation, de la sûreté publique, de la protection du culte ou de la distribution des subventions, dans lesquels plusieurs de nos amis parvenus aux affaires agissent très utilement.

 

Térence POLYCARPE  (VR) reprit la parole :

 

Votre raisonnement est très intéressant, et j'adhère volontiers à l'idée que l'élection d'un maire traduit simplement une participation nécessaire et naturelle de la part des administrés de la collectivité locale.

    De plus, lorsque vous relevez que le principe de l'élection municipale ne constitue pas une innovation respublicaine, au regard de précédents dans l'Ancien Régime, il est juste et vrai. Néanmoins et je ne développerai que ce point (le reste relevant plus du Droit administratif au niveau de la science politique...matière pas très simple!), vous serez d'accord avec moi, lorsqu'il sera remarqué la portée politique de ces élections locales élevées à une perspective plus nationale. Car en effet, l'Ancien Régime comportait des exemples d'élections de représentants locaux par les habitants, cependant d'une part, cette élection ne concernait pas tous les sujets (selon un système de suffrage élitiste, dont j'avoue ne plus me souvenir), et surtout, il ne s'agissait pas d'un vote de politique politicienne (terme à la mode). Etant donné que par hypothèse, une Monarchie ne comporte pas de partis politiques reconnus (une engeance d'opposition minoritaire pouvant exister), les élections organisées par l'institution monarchique (qui sont nécessaires, en raison du partage du travail impliquant l'efficacité de la prise de décision) ne se justifient que par des raisons utilitaires, pratiques, et en aucun cas ne traduisent une orientation politique, puisque seul le Roy restera le maître d'oeuvre de la politique de la France pour l'intérêt de ses sujets. Alors vous me direz, l'ubiquité n'étant point humaine, le Roy ne pouvant point adopter des mesures spécifiques pour chaque localité (il est évident que l'heure de passage pour le ramassage des ordures dans la ville de Saint Jean de Romeleu dans le Poitou intéresse moins le Monarque que la conduite économique de la France...), il appert alors que le représentant de la localité pourra prendre des mesures sans avoir consulté a priori le Roy. Mais alors que la justice fut déléguée par le Monarque aux magistrats, à tout moment celui-ci peut revenir sur sa délégation et rendre la justice seul, et de même le Monarque pourra ad nutum rendre des décisions concernant particulièrement une localité. La compétence absolue du Roy en matière de politique particulière à une localité, est une compétence déléguée, et cette délégation n'est que de signature. Or la Respublique en vertu de la décentralisation depuis notamment la loi du 2 mars 1982, détermine la fonction du maire comme le siège d'un dédoublement fonctionnel, c'est-à-dire que le maire représente l'administration étatique s'agissant des actes d'état civil et d'autres missions définies (il agit au nom de l'Etat), mais la commune étant dotée de la personnalité juridique morale distincte de celle de l'Etat, le maire dispose d'une relative indépendance dans la prise de décisions qui concernent plus particulièrement la commune (je simplifie au maximum). Et dans ce cas, l'Etat ne peut interférer que dans des hypothèses extrêmes qui établissent une faute grave du maire dans l'exécution de sa mission, et alors le maire peut être dispensé de sa fonction par décret du 1er ministre en Conseil des ministres, sur avis du Conseil d'+tat; il apparaît alors que la démarche est très difficile...

    Au bilan, il résulte que le maire de la Respublique dispose d'une importante indépendance quant à la prise de décisions concernant spécifiquement la commune, et de surcroît parce qu'il est aussi le représentant de l'+tat à certaines occasions et qu'il est soumis à un contrôle juridictionnel de la part du préfet de département, le maire constitue un élément clef des institutions respublicaines au plan local. Et en définitive, dès lors que le maire se présente comme le porte-drapeau d'une couleur politique, son élection revêt une signification politique nationale dans le loto politique de ces élections; c'est au parti qui a le plus de petites boules bleues ou rouges, que revient la palme de la faveur populaire du moment. Et à ce degré, on retombe dans le phénomène d'excitation populaire qui crédibilise la Respublique, entant que rejeton légitime de la demoscratie.

    Voyez donc, Franck, selon mon opinion, les élections municipales de la Respublique ne traduisent pas la même raison d'être que les élections locales de l'Ancien Régime, et par là, leur portée politique est plus orientée.

 

Une réflexion sur le plan moral de Bernard Gantois (VR) :

 

Des arguments ont été échangés sur l'opportunité pour un royaliste de participer aux suffrages organisés par la république. Etre partisan de la non participation systématique ne manque pas de justification, puisque le suffrage universel est un attribut technique important de la république, qui, sans lui, ne serait guère présentable. Etre partisan de la participation ne manque pas de justification non plus, puisqu'il est évident que le système actuel a infiniment peu de chances de s'effondrer spontanément et que seul son minage de l'intérieur le détruira.

Présenté en ces termes, le débat est insoluble. Il est donc susceptible de dégénérer et de desservir les objectifs antirépublicains.

Peut être pourrait-on tenter une approche morale : on peut admettre que la Monarchie héréditaire, d'essence divine, représente une - et peut être la seule - forme d'expression politique du Bien, et que la république, porteuse directe ou indirecte de nombreuses perversions, est fondamentalement une expression politique du Mal (ce que son origine philosophique et le "spectacle du monde actuel" tend à valider).

Sur ces bases, c'est un devoir moral d'agir, en cette matière comme dans les autres, dans le sens du Bien et de freiner la progression du Mal, ce qui exclut par principe moral de ne rien faire, puisque ne rien faire laisse entièrement le champ libre au Mal, ce qui est évidemment inacceptable.

Il se pose alors le problème qu'en votant on commet une action intrinsèquement regrettable - participation à un attribut du système du Mal - en vue de tendre vers le Bien : techniquement, c'est vrai, mais comme l'intention est de faire progresser le Bien, comme il s'agit en quelque sorte d'un "investissement" en vue de son rétablissement, cette action en soi fâcheuse est moralement justifiée, malgré les apparences.

Je pense donc, tout en comprenant techniquement la position de l'abstention systématique, qu'elle est moralement difficile à justifier puisqu'elle contribue à laisser le champ libre aux forces du Mal, alors que c'est un devoir incontestable pour tous de lutter contre elles, fût-ce au prix de l'utilisation de ses propres armes.

 

Térence POLYCARPE  (VR) respondit :

 

    Il me semble que l'Empire du Mal est plus obscur qu'il ne vous paraît, et vos lumières ne m'apparaissent pas comme éclatantes.

    La Respublique tient sa légitimité du vote de l'ensemble du peuple; "vox populi, voix de Dieu".

   En tant que Royalistes, notre "moralité" se résume simplement en une formule: "Un Roy, Un Dieu, La Loi", et nous pourrions ajouter, "pour l'Histoire".

    Vos suggestions ne renvoient simplement qu'à une sorte de "citoyenneté royaliste"... Et l'idée de "vaincre la Respublique par ses propres armes" n'est qu'une illusion, puisque dès lors que vous votez vous participez à l'émulation frénétique populaire, source de la force respublicaine. Et puis voter, mais pour quel parti? Les Royalistes, par hypothèse, ne peuvent pas avoir de parti politique royaliste, impliqué au même titre que les autres partis dans les activités politiques organisées par la Respublique. Voter PC comme voter FN, rien n'y fera, aucun parti ne peut remettre en cause l'existence de la Respublique; ces 2 partis agissent comme des aimants qui se repoussent, et le peuple est au milieu de ces aimants, attiré plus vers l'un que vers l'autre au gré des externalités magnétiques qui l'influencent.

    Non, seule l'abstention constitue la ligne de conduite raisonnable et naturelle du Royaliste face aux élections politiques organisées au titre de la Respublique, et à tout niveau.

 

Bernard Gantois (VR)  :

 

 

Certes, il ne s'agit pas, par le biais d'un moyen accordé par la République (et propre à celle-ci), de restaurer la monarchie par voie électorale, mais simplement de poser le problème aux yeux de tous les français. Il s'agit donc de jouer le jeu provisoirement. Il faut admettre, hélas, que le scrutin est souvent l'unique façon de proposer un débat (faire parler de ..., sans quoi on reste dans l'ombre). Il faut bien garder à l'esprit l'idée selon laquelle l'élection n'est pas une fin en soi, mais simplement un moyen de "communication".

 

 

Le schtroumpf du Roi (VR) entra en scène :

Je comprends bien que l’abstention peut sembler seule cohérente à certains royalistes. Il s’agit alors d’une position de principe dont on n’attend rien d’autre que ce qu’elle est : l’expression d’une opposition au principe du vote. Encore que sacraliser à ce point l'abstention puisse sembler une manière paradoxale de donner une importance qui me semble disproportionnée au fait de voter ou pas.

En revanche, croire que l’abstention peut abattre la république, ou simplement la gêner me paraît un peu naïf.

D’abord on n’a jamais vu une république être détruite par l’abstention. Certes qu’on ne l’ait pas encore vu ne signifie pas qu’on ne le verra pas. On peut toujours attendre de trouver un merle blanc… mais il est troublant que les républiques finissent en général par leurs propres maximes, que ce sont des votes qui portent les fossoyeurs des principes démocratiques au pouvoir et que ce sont même parfois les parlementaires de gauche qui élisent un vieux maréchal parce qu’il a une réputation de républicain fidèle…

De plus, croire que la république se fonde sur le vote est une illusion. Elle se fonde sur le vote exprimé, qui est fort différent. Le principe essentiel de la république, qui justifie dans son discours qu’elle détruise tout ce qui lui est contraire, c’est que les oppositions peuvent toujours s’exprimer par le vote et que toute opposition autre est illégitime. Si vous n’êtes pas content, dit Marianne, fondez un parti politique et faites vous élire ! Que ce ne soit que poudre aux yeux n’y change rien : l’abstentionniste n’est jamais pour la république que quelqu’un qui n’a pas d’avis à donner sur le sujet qu’il ne connaît généralement pas et sur lequel on l’interrogeait (par ereur pourrait-on ajoute).

Le mines graves des commentateurs stipendiés les soirs d’abstention électorale ne doivent pas tromper : les hommes politique, eux, sont d’autant plus contents qu’il y a d’abstention. Qui va en effet voter alors ? essentiellement leurs affidés, leurs clients. C’est à dire la partie la moins volatile de leur électorat. Il suffit alors d’être celui qui dépense le plus, qui distribue le plus de subventions, qui obtient la pension du grand-père et l’emploi du petit fils, pour être élu. Bref, l’abstention est une prime au plus roublard et diminue considérablement les aléas du vote. Les partis peuvent alors d’autant mieux, dans un jeu de simulacres à l’usage des gogos, se partager les sièges, les places, les prébendes comme ils se partagent le pactole de la corruption. Un socialiste est élu ? qu’à cela ne tienne, le RPR du coin sera président d’une société d’économie mixte, à charge pour lui de rendre la pareille s’il arrive à décrocher la timbale à force de clientélisme lors de la prochaine élection. L’abstention, en éliminant du vote les bulletins les plus indécis et volatiles, renforce de manière considérable la propension des élus à vivoter entre eux, à s’entre arranger alors qu’ils se déchirent pour la galerie… On s’insulte le soir des élections à la télé, on s’entre accuse d’être soutenu par des holocaustiques (beaucoup) ou des goulagueux (un peu), mais tout ce petit monde se retrouve à Davos, en loge, ou à la prochaine réunion du Siècle, avec d'autant plus d'impudence que le vote lui semble joué d'avance et sans surprises.

+ric Debavelaere (VR) intervint :

 

Les votants doivent être cohérents.

Soit ils votent pour un représentant. Ils assument alors sans se plaindre leur complicité morale avec un représentant à qui ils donnent un chèque blanc, le droit de parler en leur nom. Qu'ils assument les positions fantaisistes que prendront leurs représentants et que ces votants cessent de se plaindre ("Oh, mon Dieu. J'ai encore été eu. C'est trop injuste d'être trahi comme ça").

Soit ils votent blanc. Dans ce cas, ils disent "cette fois, je n'ai pas trouvé de candidat à mon goût, mais ce sera pour la prochaine fois. En tous cas, je suis heureux que le régime républicain mette à ma disposition régulièrement une petite boîte pour que je puisse mettre un bout de papier dedans et exprimer mes opinions profondes".

Ou alors qu'ils ne votent pas du tout :  L'absence de vote peut également être assimilé au silence du mépris et à de la résistance passive. "Je ne donne le droit à personne de parler en mon nom, à tort et à travers. JE me moque bien de la petite boîte mise à ma disposition. La France ne s'est pas construite ainsi, avec l'aide d'une petite boîte. La France mérite autre chose que cette petite boîte. ".

    Il peut en aller autrement des votes non représentatifs : référendums et élections locales ou syndicales.

 

Le schtroumpf du Roi (VR) répondit :

 

Certes, mais mépris et résistance passive ne peuvent être mis sur le même plan : le mépris est une position morale, qui n'a pas à être efficace. En revanche, la résistance passive, lorsqu'elle n'empêche rien et n'est donc résistance que nominalement, ne me semble pas avoir grand sens en tant que résistance... sinon le sens d'une résistance toute morale, mais alors qu'elle ne prétende pas à une quelconque efficacité pratique.

 

+ric Debavelaere (VR) à nouveau :

 

Entre une amoralité inefficace et complice ("j'ai voté pour mon député"), et une moralité tout aussi inefficace mais intègre ("je ne donne le droit à personne de me représenter ou de parler en mon nom"), je préfère le second choix. Mon refus de voter me permet de ne pas me demander chaque jour : "Quelle mesure criminelle mon représentant va-t-il voter aujourd'hui, ou quelles vont être les exactions du régime révolutionnaire auquel j'ai donné de la crédibilité, ne serait-ce qu'en votant blanc ?".

La résistance passive, c'est d'abord le refus de toute forme de complicité, la plus infime soit-elle.

 

Le schtroumpf du Roi (VR) objecta :

 

Vous auriez raison si l'abstention ne confortait pas la pseudo-élite républicaine.

Je crois que c'est Péguy qui dit quelque part que Kant a "les mains propres parce qu'il n'a pas de mains"

 

Pierre HARRIBEY (VR) interrogea :

 

Mais une question se pose alors :  comment faire apparaître une alternative (celle du régime que nous souhaitons tous sur cette liste) en dehors du jeu démocrasseux ? Si un royaliste prend la peine de s'encrasser dans ce milieu afin de faire resurgir un débat, donc une alternance, il ne faut surtout pas le laisser tomber.

(hélas, certains sont capables de mettre les mains dans la merde, il faut leur rendre hommage).

 

Et Paul Turbier (VR) apparut :

 

L'abstention ou le vote, voilà bien un faux débat comme nous les aimons . Pendant ce temps les ennemis rigolent. "Les " car ils sont plusieurs. Mettons nous à la place de l'Horace survivant face à trois Curiaces plus ou moins blessés. D'après le pépé, une seule issue: mourir en combattant ("Qu'il mourut!"), . Il préféra une tactique sélective qui

consiste à abattre le plus à portée, puis le suivant et enfin le troisième. Bien sûr, il fallut le statagème de la fausse fuite, sur l'instant peu glorieuse. Mais quoi ! à la fin, qui eut raison?

Pour les élections ( mais aussi pour d'autres problèmes tout aussi  actuels, comme le conflit israélo-arabe), c'est un peu la même chose, il y a des degrés dans l'horreur . Donc, classons, hiérarchisons, sérions, comme on dit aujourd'hui   Ennemi numéro un, puis ennemi numéro deux puis . . . etc.

La pire horreur c'est de voir un socialo- marxo-trotsko-écolo à la Mairie ou à la présidence. Hé bien! je vote, sans états d'âme, pour celui qui peut l'éliminer. L'élu ne peut s'empêcher de venir me remercier de mon vote, j'en profite pour lui dire ce que je pense. Et de deux! Et ainsi de suite.

Il se trouve que je ne porte pas la toge, je ne peut donc pas me draper dans une quelconque dignité électorale. Les radiateurs qui chauffent ma maison ne produisent pas de cendre et je manque de matériau pour me couvrir la tête. Je trouve aussi que l'autruche est une piètre politicienne.

A propos, je rencontre tout à l'heure madame Christine Boutin. Je m'en vais la féliciter pour des positions qu'elle prend et que j'approuve à propos de la famille et de l'avortement, mais je vais également lui dire, en levant mon verre à sa santé, que je trouve son étiquette UDF tout à fait déplaisante.

 

+ric Debavelaere (VR) reprit :

 

Puisque le système républicain permet aux royalistes de se battre librement, sur un pied d'égalité avec la Gauche et leur donne une possibilité de vaincre, je me demande pourquoi ce système devrait être combattu.

    La République est-elle un lieu de débat libre, à armes égales ? ou s'agit-il d'un régime révolutionnaire qui n'hésite pas à assassiner les hommes qui en savent trop, qui détient une police politique particulièrement vivace et hors-la-loi, pratique le lavage de cerveau sur les enfants (Education Nationale) et sur les citoyens (médias subventionnés), enseigne une Histoire falsifiée, pose des bombes à l'étranger (Rainbow Warrior), agresse sans déclaration de guerre (Serbie), etc, etc, etc...?

    L'adversaire est-il tel ou tel élément du régime ou le régime lui-même ? Etes-vous bien sûr de connaître l'adversaire en face ? Attaque-t-on une hydre avec une cuillère ?

    Je m'étonne un peu de voir autant de royalistes défendre la validité du modèle républicain, le justifier, l'encourager, se complaire avec lui.

 

Olivier (VR) brièvement :

 

Proposer une alternative, oui. Une alternance, non...

L'alternative, c'est le Roi; l'alternance est pour eux.