Céline et la noblesse

Discussion sur VR fin mai 2004 suite à la présentation du livre de Monnier « Ferdinand Furieux »

 

 

 

 

 

 

Le Lieutenant, 29-05-2004.

Pierre Monnier « Ferdinand Furieux », L’Age d’Homme, 1979.

Grâce à Serge indirectement (merci Serge) car un  de ses livres lui était dédié, j'ai découvert Pierre Monnier. J'ai lu "à l'ombre des têtes molles" et "les pendules à l'heure", ouvrages remarquables pour découvrir l'entre deux guerres (période souvent méconnue) et les temps qui ont suivi et suis plongé dans son extraordinaire "Ferdinand furieux" consacré à Céline. Cet ouvrage contient 313 lettres de Céline, mais surtout le texte de Monnier sur son ami le docteur Destouches. C'est extraordinaire ! Il Avez vous lu Céline ?  Si oui, lisez "Ferdinand furieux" vous y découvrirez un complément indispensable. Si non, si vous comptez lire Céline, lisez d'abord "Ferdinand furieux" v vous serez prêt à lire Céline et à découvrir des richesses qui vous auraient peut-être échappé autrement. Si vous n'avez pas le temps de lire Céline, lisez "Ferdinand furieux" au moins vous ne serez pas passé à coté d'un monstre de la littérature française sans en avoir appris quelque chose.

Je ne résiste pas à l'envie de vous envoyer un gros extrait du livre de Monnier et c'est incroyablement riche, il y a tout dans ce texte, une soupe à la fourchette ! Il y a la France, la tradition, le peuple, la religion et la subversion et l'homme.

L’extrait est disponible sous forme acrobat ici.

 

 

 

 

 

 

 

Montgarnaud, 30 mai 2004 :

Petite réflexion sur cet excellent texte. Contrairement à ce que pensaient Monnier et nombre d'autres, Céline était issu de l'aristocratie, ou tout du moins d'une famille de petite mais ancienne noblesse normande, de l'élection de Coutances. Son trisaïeul, Thomas des Touches de Lentillière, écuyer, était originaire de Saint-Aubin-du-Perron [dép. Manche, cant. Saint-Sauveur-Lendelin]. Il fut administrateur du département du Morbihan en 1794, ce qui laisse évidemment imaginer qu'il n'ait pas été très royaliste, contrairement à son cousin, le chevalier Destouches, belle figure de chouan immortalisée par Barbey d'Aurevilly.

Armoiries (Colonel Arnaud) : "D'azur, à une branche d'or, à 3 branches de chêne de même".

(Autre source : E. de Magny) : "D'azur, à la rose d'or, accompagnée de trois branches de chêne à cinq feuilles du même".

Amicalement.

M.

 

Le Lieutenant, 30 mai 2004 :

Intéressante remarque qui pourrait rouvrir un débat. Céline était noble, je l'ignorais mais je ne conteste pas, cela n'empêche pas que c'était un petit bourgeois socialement. La noblesse est une récompense héréditaire en reconnaissance de services rendus au Roi et au pays (avec un titre octroyé au bénéficiaire qui contrairement à la noblesse peut être personnel et non transmissible). La noblesse n'est pas un statut social comme la bourgeoisie. Je connais un baron ferrailleur : les revers de fortune n'affectent que le statut social pas la noblesse. Un bourgeois ruiné est un prolétaire et plus un bourgeois. Un noble ruiné est un prolétaire et toujours un noble, à lui d'en rester conscient. Beaucoup de nobles sont devenus des bourgeois de nos temps...

Amicalement

 

Montgarnaud, 30 mai 2004 :

Je ne suis pas spécialiste de Céline, et donc j'ignore quels rapports put-il entretenir avec son extraction noble, question d'ailleurs fort intéressante. Au vu de sa généalogie publiée par J. Valynseele, ses ascendants Destouches furent, à partir de la Révolution, des employés et fonctionnaires de l'Etat, plus proches en effet socialement de la petite bourgeoisie que de la noblesse "terrienne".

 

Pierre Le chevalier blanc, 30 mai 2004 :

Même si la noblese n'est pas un statut social à proprement parler, il n'en demeure pas moins qu'un noble ruiné est/était parfois mieux respecté qu'un roturier qui avait de l'argent.Mon arrière-grandpère, fils d'un noble ruiné, voyait les gens ayant connu son père ou qui connaissaient sa famille s'adresser à lui avec le plus grand respect en lui donnant du monseigneur et du baisemain, alors qu'il n'était qu'un simple paysan travaillant dans une ferme.Ces mêmes personnes vouaient autant de respect à mon grand-père quand il était un petit garçon qui bien sûr ne comprenait pas pourquoi ils se comportaient ainsi envers lui avant que son père ne le lui explique.

Mais au départ il fallait quand-même avoir une certaine fortune pour être noble, même si elle s'est dissipée par la suite au fil des siècles....

Cependant il y a des bourgeois qui de part leur comportement, leur savoir-vivre et leur esprit mériteraient amplement d'être annoblis, mais cela n'est malheureusement plus possible aujourd'hui.

Bien cordialement,

P.

 

La Mary Poppin’s, 30 mai 2004 :

Dérogeance !

 

Marie, 30 mai 2004 :

<<Mais au départ il fallait quand-même avoir une certaine fortune pour être noble, même si elle s'est dissipée par la suite au fil des siècles... >>

Je ne suis pas si sûr que vous, nos ancêtres gagnaient leurs    lettres de noblesse à la guerre.......  

Pourquoi voudriez-vous anoblir certains bourgeois de part leur comportement et leur savoir-vivre......la noblesse du coeur n'est-elle pas aussi belle ?

 

Pierre Le chevalier blanc, 30 mai 2004 :

Bonsoir,

C'est bien vrai ce que vous dites, n'en demeure pas moins que même la noblesse pauvre était souvent au même niveau que la paysannerie aisée (ou avait au moins un proche parent aisée), il faut donc relativiser.

Et bien sûr que la noblesse de coeur est belle, très belle même, mais je doute que le roi anoblissait plutôt les nobles de coeur que les nobles de comportement... Vous savez, j'apprécie beaucoup plus une personne sans ancêtres illustres mais qui a du coeur qu'un bourgeois plein de manières, car ma propre expérience m'a bien montré que nombre de bourgeois sont avant tout faux-culs et ne pensent qu'à l'argent et n'ont que des relations d'intérêt, façon de penser que je déplore vivement et que je ne fréquente d'ailleurs pas. Mais dans le savoir-vivre j'incluais également, bien que cela ne soit pas évident, une certaine noblesse de coeur, mais je n'ai pas voulu le préciser car il n'y a pas que cela qui anoblit, il y a eu des gens accédant au second ordre sans aucune noblesse de coeur, mais qui avaient l'argent, et cela a suffit, c'est pourquoi je n'ai pas précisé ce point spécifique qu'il est souhaitable de posséder, mais qui n'est pas indispensable (malheureusement ?) pour accéder à la noblesse.

Bien cordialement,

P. 

 

Montgarnaud, 30 mai 2004 :

<<Mon arrière-grandpère, fils d'un noble ruiné, voyait les gens ayant connu son père ou qui connaissaient sa famille s'adresser à lui avec le plus grand respect en lui donnant du monseigneur et du baisemain, alors qu'il n'était qu'un simple paysan travaillant dans une ferme.>>

Attention à l'erreur ! "Monseigneur"... il était évêque ou prince ? Ne confondez-vous pas avec "M. le comte" ? ;-))

Amicalement.

 

Pierre Le chevalier blanc, 30 mai 2004 :

Aucune erreur de ma part, ils venaient d'Europe centrale, les coutumes diffèrent suivant les pays et régions.Monseigneur pour un prince ou dignitaire religieux en France, et Monseigneur pour de simples chevaliers qui étaient en même temps propriétaires de seigneuries.

M.le Comte c'était coté maternel, et non du coté paternel Montgarnaud ! :-) (bien que, le grand-père cela peut être des deux cotés....suis-je bête.).

Amicalement,

P.

 

Montgarnaud, 30 mai 2004 :

<<ma propre expérience m'a bien montré que nombre de bourgeois sont avant tout  faux-culs>>

Pourtant, le joli petit Q d'une roturière, il n'y a que cela de vrai !

 

Pierre Le chevalier blanc, 30 mai 2004 :

Vous allez faire rougir les jolies roturières mon cher Montgarnaud, attention ! Un peu plus de finesse d'esprit mon cher...

 

Montgarnaud, 30 mai 2004 :

Je fais des efforts surhumains pour affiner mon esprit. N'oubliez pas que je descends de forgerons et que j'ai consacré ma vie à l'animalité. La tâche est rude !

 

Yrieix-Eloi de Pourceaugnac, 31 mai 2004 :

En tant que gentilhomme limousin, frotté d'un peu d'histoire et de droit nobiliaire, je prends l'amicale liberté de vous donner à mon tour mon point de vue.

<<La noblesse est une récompense héréditaire en reconnaissance de services rendus au Roi et au pays (avec un titre octroyéau bénéficiaire qui contrairement à la noblesse peut être personnel et non transmissible)>>.

Il y eut, avant la révolution dite française, de nombreux cas de noblesse personnelle.

<<Un noble ruiné est un prolétaire et toujours un noble, à lui d'en rester conscient.>>

Sous l'ancien régime un noble ruiné, obligé de travailler dérogeait. Pour retrouver sa noblesse il lui fallait des lettres de relief. Depuis la Restauration et donc encore aujourd'hui, il n'y a plus de noblesse, il n'y a que des titrés et des familles d'origine noble. Donc qu'elle que soit son "ignominie", on ne peut plus perdre sa noblesse et bien -sûr on ne peut pas perdre ses ancêtres nobles.

<<Beaucoup de nobles sont devenus des bourgeois de nos temps...>>

 Au sens propre, un bourgeois est un citadin. Il n'y a donc que très peu de non bourgeois. Au sens de profession ignoble, seuls les fonctionnaires d'un niveau important, les juges, les militaires pourraient aujourd'hui se dire nobles (il semblerait que ce soit comme ceci que fonctionne aujourd'hui la noblesse espagnole, mais je n'en sait pas plus). Au sens d'un de nos écrivains du XIXe siècle "j'appelle bourgeois tout ce qui pense bas", j'ai peur que nous tous un jour ou l'autre été digne de ce stigmate :)

<<il y a des bourgeois qui de part leur comportement, leur savoir-vivre et leur esprit mériteraient amplement d'êtres annoblis, mais cela n'est malheureusement plus possible aujourd'hui.>>

Il faut s'exiler en Belgique :))

<<"Monseigneur"... il était évêque ou prince ? Ne confondez-vous pas avec "M. le comte" ?>>

Même en France tout noble était appellé Monseigneur par ses paysans. C'est le XIXe siècle qui a lancé tous ces titres sur le marché pour ne pas donner l'impression d'être "moins" que les titrés de l'Empire.  De plus les évêques français (qu'on n'appellait chacun jusqu'alors que Monsieur l'Evêque) s'étaient alors attribués du Monseigneur à l'exemple italien. Et cette prétention a réussi.

<<Mieux vaut le joli cul d'une roturière>>

Mon expérience personnelle ... me laisse penser qu'il est bien difficile de savoir statistiquement quel strate de la société présente le plus fort taux de jolis postérieurs :) De toute façon en France, la noblesse était toute masculine : vous épousiez qui vous vouliez (devant notre Sainte Mère l'Eglise), votre descendance légitime était parfaitement noble. Donc que les amateurs de beaux fessiers féminins ne s'embarrassent pas de scrupules.

<<Mieux vaut la noblesse de coeur...>>

Les deux ensemble, c'est bien aussi. Mais encore une fois la noblesse n'existe plus. Plus j'avance dans l'étude et la fréquentation de mon milieu social, plus j'adhère à la maxime de l'actuel duc de Brissac : "il n'y a pas de noblesse, il n'y a que des familles".

 

La Mary Poppin's, 31 mai 2004 :

Et vous faites la poussière quand chez vous ?

Et les toiles d'araignées ?

 

Montgarnaud, 31 mai 2004 :

Chez nous, on la balaie, on ne la fait pas. Ou pas encore : "Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris."

 

 

Montgarnaud, 1er juin 2004 :

Comme quoi Louis-Ferdinand Destouches, écuyer, fait encore des dégâts à titre posthume...

 

Anthony Chadwick, 1er juin 2004 :

C'est un fil de conversation intéressant, mais ce serait intéressant de réfléchir comment le Royaume de France pourraient bénéficier les gens ordinaires. Ce serait sûrement la base de toute réflexion et action pour sa restauration. Je crois qu'il faudra instaurer des idées pour faire sortir les gens précaires des grandes villes pour les remettre à la terre et aux métiers artisanaux. Y a-t-il des idées pour un programme complète de restauration? Connaissez-vous le "distributisme" proposé par G.K. Chesterton et par Hilaire Belloc, deux convertis anglais au catholicisme?

Abbé Anthony Chadwick

 

Andre Clert, 1er juin 2004 :

Lorsque l'abbé Chadwick écrit que "c'est un fil de conversation intéressant", il nous fait une petite démonstration de tact et de politesse bien britanniques, et c'est toujours bon à prendre (... dans les dents), mais il a raison d'essayer de nous ramener aux choses sérieuses.

Que le royalisme doive bénéficier au plus grand nombre et soit préalablement perçu comme tel, cela me paraît effectivement être la question importante, et pour le moment, "c'est pas gagné" comme disent nos enfants.

Je ne connais pas du tout le "distributisme" de Chesterton ou de Belloc (et je suis preneur d'une petite explication, Monsieur l'abbé), mais le plus anglais de nos humoristes du XIXème siècle, Alphonse Allais, avait bien proposé de transporter la ville à la campagne! Sérieusement, faut-il penser que toute forme de royalisme est impossible dans le genre de société que nous connaissons ?

AC

 

Montgarnaud, 1er juin 2004 :

Etes-vous sûr que Marivaux appartenait à la noblesse ? Il était né Carlet. Ce qui ne lui a d'ailleurs pas fait écrire des platitudes.

 

Mahoud, 2 juin 2004 :

Je suis une inconditionnelle de Chesterton, mais où parle-t-il de distributisme?

    Il y a un certain temps déjà, peut-être deux ans, nous avions parlé de la terre et de l'artisanat sur VR. C'est un sujet qui me passionne, et me concerne un peu puisque j'ai moi-même été "cotisante à la MSA"(façon poétique de dire qu'on est agriculteur ou éleveur), et j'ai un fils qui se prépare à être artisan, pour nous changer des intellos diplômés et chômeurs dont regorgent nos familles.

   Que dit Chesterton? Et dans quel livre?

 

Et le débat s’arrêta là.