Chiens de paille

 

Message d'André Clert, 7-04-2003.

Ce texte du SdR traduit mieux que je ne saurais le faire ce que j'ai ressenti en lisant cet après-midi mon exemplaire du Libre Journal. Le voici donc avec l'autorisation de son auteur.

AC

 

De : le schtroumpf du roi

Envoyé : lun. 7 avril 2003 19:23

Objet :  Chiens de paille

 

"Une amitié peut être orageuse. Elle peut être traversée. Elle peut être malheureuse. Elle peut-être douloureuse. Elle peut être combattue.  – Elle peut être rompue. A la rigueur ; et elle peut même être rompue pour une cause également honorable de part et d'autre, également honorable pour les deux parties. Il ne faut même qu'elle ne soit rompue que pour une cause également honorable pour les deux parties. Elle peut être comme ajournée, prorogée, (quand on touche la quarantaine on y regarde à vingt fois avant de rompre), suspendue comme pour un temps et par exemple sous condition. Pourvu naturellement que ce soit sous condition honorable et loyale. Elle peut entrer comme en sommeil. Elle ne peut être ni inquiétée, ni troublée, ni suspecte, ni malade en dedans. Ni inquiète, ni trouble."

 

Ces lignes de Péguy sont au début de la première partie de Victor-Marie Comte Hugo. Cette première partie s'intitule solvuntur objecta et s'ouvre sur le différend qui opposa gravement Péguy à son ami Daniel Halévy à l'occasion de l'affaire Dreyfus.

 

Je crois être un ami du Libre Journal de la France Courtoise. La page intitulée "Les chiens de paille" que signe Patrick Gofman dans le numéro 290 a quelque peu blessé cette amitié. Qu'on ne se trompe pas : Patrick Gofman m'est sympathique et qu'il écrive dans le Libre Journal ajoute à cette sympathie. Je ne parle donc du Libre Journal que parce qu'il m'est moins indifférent que d'autres publications, parce que je ressens de l'amitié pour le Libre Journal.

 

Expliquons-nous.

 

Que certains, pour quantité de raisons, soient opposés à la guerre irakienne, je peux le concevoir. Il se trouve que je suis favorable à cette guerre. Nous n'avons ni les uns ni les autres de moyen de peser réellement sur ces événements, ni pour les empêcher ni pour les favoriser.  Il y a des idées que je ne partage pas et qui  paraissent importantes pour les gens qui soutiennent la même position que Patrick Gofman : le sort des populations irakiennes ne m'émeut guère, l'Irak ne me paraît aucunement un pays laïc, la légalité internationale me préoccupe assez peu, etc. Inversement, il y a des éléments que je crois importants et auxquels les opposants à cette guerre restent sourds : je me sens plus proche des Etats-Unis que de l'Irak et ne peux tenir de milieu dans ce conflit, qu'il favorise les intérêts d'Israël ne me gêne pas, et les Etats-Unis me semblent y incarner autre chose qu'eux-même, dont nous Français participons aussi. Chacun a des raisons de ne pas recevoir les arguments de l'autre. C'est une affaire d'appréciation et nous pouvons discuter de tout cela. Ou nous devrions pouvoir en discuter, ce qui n'est plus tout à fait le cas.

 

Car s'entendre traîter - même par personne interposée -  d'"américanolâtre" qui "se prosterne" ou s'entendre dire que l'on prend cette position pour des raisons pécuniaires comme le fait Patrick Gofman en parlant de Maurice G.Dantec, cela mêle quelque chose de désagréable à ces discussions. Cela inquiète et trouble l'amitié. Une fois ces accusations lancées, le débat n'est plus possible. Comment en effet débattre en gardant de l'amitié pour mon contradicteur quand celui-ci présuppose des raisons déshonorantes à l'avis que j'exprime ? A ce compte, il me traîtera de mondialiste-sioniste vendu, je le traîterai en retour de national-musulman acheté et tout sera dit avec la satisfaction d'avoir ajouté une division de plus à une sensibilité qui n'en a pas besoin.

 

Il ne me semble pourtant pas avoir jamais traité ceux qui soutiennent l'Irak de vendus ou de traîtres. J'ai pu dire qu'à mon avis ils se trompent, qu'ils sont aveuglés par des conceptions vieillies desquelles ils ne veulent rien remettre en cause, qu'ils refusent de penser de manière globale au profit d'une conception que je crois dépassée de la nation, ou encore j'ai pu dire que leur anti-sionisme excessif les amène à des positions pro-musulmanes qui me semblent difficilement tenables. J'ai pu dire tout cela et bien d'autres choses encore. Mais je n'ai jamais supposé de raisons déshonorantes à leur opposition à cette guerre. J'aimerais donc qu'ils en fassent autant, et que chaque parole venue de ceux qui soutiennent cette guerre ne trouve pas pour écho une accusation péremptoire de traîtrise.

 

Traître à quoi d'ailleurs ? Y a-t-il donc un minimum idéologique que l'on devrait pouvoir réclamer des gens de "notre camp" ? Et faute de ce minimum provisoirement identifié avec l'engagement contre la guerre, doit-on les considérer comme traîtres, "kollabos", "soutiens de parpaillot" ? On sait pourtant que de telles épurations n'ont pas de fin.

 

Serait-il interdit de penser dans "notre camp" en dehors de certaines bornes précises, au-delà desquelles on devient un traître qu'il est permis de supposer payé ou dont on ne pourrait rendre compte de l'attitude qu'en faisant appel à des raisons infâmes ? J'espère que non, car je serais alors, de manière certaine, un traître de la pire espèce. "Les chiens de paille" est le titre du dernier roman achevé par Pierre Drieu la Rochelle. Ce titre est une allusion au tao-tö-king, où l'on peut lire : "Le ciel et la terre ne sont pas humains ou bienveillants à la manière des hommes, ils considèrent tous les êtres comme des chiens de pailles qui ont servi dans les sacrifices." C'est une invitation à voir le monde avec plus d'élévation et de lucidité, loin de querelles idéologiques ou morales que les enjeux de notre survie collective dans le monde qui s'annonce dépassent infiniment.

 

Montgarnaud, le 7-04-2003.

Je ne méconnais pas les positions prises par deux de nos plus brillants intervenants, le SdR et Paul le Hérisson. Pour ma part, je ne prends pas parti entre le clan des Yes et le clan des Sad, mais il me semble qu'en appuyant par principe l'interventionnisme  US, on s'expose, si la Monarchie de tradition est un jour restaurée en France, à justifier par avance que les Américains viennent nous "délivrer" pour rétablir "la république et la démocratie".

 

Claude Timmerman, le 8-04-2003.

Il y a des moments où je me demande si je sais lire, si je suis inconscient ou si je deviens débile...

Quelle est cette diatribe grotesque du S du R contre Goffman?

Je ne dirai qu'un mot : je ne comprends pas!

Les temps changent voyez-vous, et les alliés d'hier ne sont jamais ceux de demain!

Churchill avait même dit un jour : « We have killed the wrong pig ». Mais c'était trop tard...et aujourd'hui son pays est devenu le 51° état US...

Bon cela dit, passons au corps du sujet.

Je ne trouve pas l'article de Goffman outrancier, même s'il a un vocabulaire, comme moi, parfois un peu provocateur!

Sa conclusion d'ailleurs me conviendrait parfaitement s'il n'était pas si idyllique:

« La France vivra. Libre. Avec ses vrais alliés, l'Allemagne et la Russie, elle remettra l'Amérique à sa place et elle renverra l'Islam dans ses sables. »

Je n'avais rien contre les USA jusqu'au jour où j'ai commencé à m'intéresser à leur histoire et à leur volonté hégémonique, à "Our Destinity Manifest" et au célèbre "Europe must perish!", aux honteuses exactions américaines en Allemagne en 45, etc...

J'ai assez écrit là-dessus.

Lorsqu'il y a quatre jours j'ai entendu sur Fr 2 Daniel Cohn-Bendit parler des bolcheviques de Washington, j'ai sursauté...et puis j'ai pensé à Prague et à Budapest...

Il est normal que des gens s'émeuvent!

Il y en a eu pour dire que c'était normal que la Russie se protège en envahissant la Hongrie, la Tchécoslovaquie, puis l'Afghanistan...ou en construisant le mur de Berlin!

Il y en a aujourd'hui pour soutenir Bush au Moyen Orient sous le même prétexte toujours aussi fallacieux...

Dans les deux cas, ce qui est grave, c'est que ce soutien est à terme préjudiciable à notre pays.

Dans un cas parce qu'on consolidait la suprématie marxiste, dans l'autre parce qu'on applaudit à une stratégie qui vise à étrangler l'Europe sur le plan énergétique, voir à préparer sa disette par les ogm à semences stériles, dernier avatar du plan Morgenthau qui avait bien failli être mis en place en Allemagne en 45: ce n'est pas une fiction, c'est bien la réalité politique de ces gens là.

"Europe must perish", "le rapport de la montagne de fer", ne sont pas des "histoires" mais l'expression d'une politique qui ne se dément pas depuis cent cinquante ans!

Aujourd'hui j'ai peur de l'Amérique car cette guerre idiote en Irak - qui ne vise qu'à amuser la galerie pour ramener la cohésion de la société américaine en proie à une grave crise économique, avec accessoirement la mainmise sur des réserves énergétiques qui vont nous manquer cruellement en Europe - est le prélude à une balkanisation totale du Moyen Orient au profit d'Israël selon le plan de la stratégie sioniste élaborée depuis plus de vingt ans : après l'Irak, la Syrie, voire l'Iran, puis le Liban, la Jordanie et peut-être même l'Egypte...

Croyez-vous que face à cette menace judéoricaine qui se concrétise tous les jours, le monde arabe, que vous n'aimez pas, c'est votre droit, mais qui a aussi le droit de vivre, restera les bras croisés?

Cette guerre est une folie parce qu'elle est irréversible...et les Américains sont aujourd'hui "les chiens de paille de Jérusalem".

Cette guerre peut conduire à l'éclatement de l'ONU comme un certain Adolf provoqua la dissolution de la S.D.N....et on sait comment cela a fini!

Cette guerre peut être le prélude au conflit sinoaméricain...pour des motifs autant politiques qu'énergétiques, et cela dégénèrera en conflit mondial.

Quand on a cela présent à l'esprit, je ne crois pas qu'on puisse cracher sur la présentation de Gofman, que je n'ai d'ailleurs aucune raison de défendre ; il en est très capable tout seul!

Dans l'intervalle la question est simple demain à qui le tour? L'Iran ou la Syrie ?

Je suis prêt, si les Américains restent en Irak où l'amgot est en place derrière un maranne, Garmer, aussi proche du lobby que du complexe militaro financier, à faire amende honorable...

Alors rendez-vous dans trois mois!

Dans l'intervalle, je ne crois pas qu'on puisse respecter un peuple qui, fort d'une écrasante supériorité technologique, écrase sous les bombes des femmes et des enfants...dont nombre sont parmi les plus anciens chrétiens du monde.

Faut-il croire que le Moyen Orient de Bush sera l'Amérique Centrale de Pizzaro, ou les us de Custer ?

D'ailleurs, cela n'est pas l'oeuvre du peuple américain mais du lobby qui l'a aujourd'hui totalement colonisé.

Pour moi, "ils" resteront ce qu'ils sont, des barbares guidés uniquement, comme leurs frères de Jérusalem, par l'argent.

Je suis normand, vous le savez.

Ce que vous ne savez peut-être pas, ce que j'ai découvert il y a peu, car on évite d'en parler bien sur, c'est qu'il y a des villages normands qui refusent depuis soixante ans de fêter le débarquement, parce qu'ils ont été stupidement rasés par des bombardements aussi fortuits qu'inutiles et sanglants...Plus de morts civils en quinze jours que durant tout la guerre!

S'il y a eu une bataille de Caen, Lisieux, par exemple, n'avait aucun intérêt stratégique et a entièrement été écrasée...

Cela peut être gênant à entendre, mais vous ne trouverez jamais une trace de la moindre exaction des troupes allemandes en Normandie! Pour ce qui de celles liées aux troupes US, la liste est trop longue!

Tout cela n'est que la réalité historique! Et il y a plus de cent cinquante ans que cela dure!

Alors n'en voulez pas à Gofman s'il stigmatise des réactions qui en ont choqué certains, comme les assertions de Guy Millières ou la ridicule proffesion de foi de Sanders, quand ce ne sont pas les diatribes de Dantec que vous devriez être le premier à relever ;

Et il est clair, jusqu'ici, que cela n'a rien à voir avec l'Islam, c'est encore un autre volet de l'affaire!

On ne peut pas avoir une étique, être royaliste, catholique et Français et cautionner ce genre de chose!

Cela ne va pas!

Meilleures amitiés

Claude T.