"Complot"

Message de Pierre de Meuse, 17-08-2004.

 

Michel SEGUY a écrit : on pourrait voir un "complot" dès la renaissance par exemple et la naissance du protestantisme, comme dit Paul ou dans les luttes scholastiques et le "clan abelard", etc...

Les philosophes des lumières ?d'ou tirent ils leurs racines? et ces racines, d'ou viennent elles?



Bravo ! De quoi parle t-on ? de l'évolution des idées. Or; personne ne parle de complot au temps d'Abélard, ni du protestantisme ni de la Renaissance. On commence à en parler à partir de la  Révolution. Et pourquoi ? Parce que les contre-révolutionnaires ne trouvent pas d'autre explication à leur échec. Si, malgré le bien fondé de leur cause et le dévouement dont ils font preuve, ils échouent, c'est qu'il y a un complot, et pour faire bonne mesure, ce complot doit être conduit par Satan en personne, que Dieu laisse faire provisoirement...à cause de nos péchés, sans doute.



En réalité, si les contre-révolutionnaires échouent, c'est parce qu'ils ne savent pas choisir. Prenons par exemple le cas exemplaire, quoique peu connu, de la révolte du cardinal Ruffo, à Naples. En 1797, les troupes françaises de Championet envahissent le Royaume de Naples et renversent la monarchie bourbonienne, aidés par la plus grande partie de la noblesse, acquise aux idées révolutionnaires. Une minorité, cependant, se révolte contre l'occupation française, conduite par le cardinal Ruffo (qui n'est autre que l'arrière grand-oncle de la reine Paola de Belgique). Cette petite cohorte nobiliaire enrôle le petit peuple dans une immense armée qui prend le nom d'"Armée Catholique et Royale"(cela nous rappelle quelque chose) commandée par un muletier, Michele Pezza dit fra Diavolo, une sorte de Cathelineau local (en plus féroce) qui sera fait duc par Ferdinand IV, avant d'être pendu par les français, qui tentent, malgré une répression sanglante (300.000 morts) d'écraser l'insurrection. Elle triomphe cependant à travers dix ans de guerre. En 1812, les troupes françaises sont ignominieusement chassées dans la liesse générale de la quasi-unanimité du pays. Hélas, le Cardinal Ruffo, dès le pouvoir royal rétabli sur une partie du royaume, se garde bien de récompenser les fidélités et de punir les traîtres. Les nobles francophiles sont rétablis dans leurs domaines, prêts à trahir à nouveau, et les pauvres soldats "sanfédistes" rendus à leur misère.



Pourquoi cette attitude, qui justifie les analystes marxistes ? Non pas par simple réflexe de classe, mais parce qu'une autre attitude supposerait un choix de société, et que la contre révolution souffre, selon l'expression de Stéphane Rials, d'une maladie congénitale qui est le refus acharné de la volonté.