Evangiles et Coran : transmission comparée.

(De l'authenticité des textes -1-)

 

Alors que l’Eglise catholique reconnaît le droit de s’interroger scientifiquement sur le texte de la Bible, et singulièrement celui des Evangiles, cela depuis Léon XIII et l’encyclique Divino afflante Spiritu de Pie XII (de bienheureuse mémoire) il y a peu d’actes plus blasphématoires pour un musulman que de s’interroger sur l’authenticité du Coran.

S’interroger sur l’authenticité de ces textes, c’est s’interroger sur leur transmission : le texte que nous avons en main aujourd’hui est-il conforme à l’original ?

Que peut-on dire de la transmission des Evangiles ? Que peut-on dire de la transmission du Coran ?

I – La transmission évangélique :

L’Evangile précède le Coran d’environ 5 siècles. C’est un texte de l’Antiquité, au même titre que les textes classiques de la littérature grecque et latine, il a été souvent écrit sur les mêmes supports et à suivi les mêmes traitements, subi les mêmes aléas. On connaît de nombreux manuscrits anciens des Evangiles, plus nombreux et plus anciens que pour la plupart des auteurs de l'antiquité classique. Aucun de ces manuscrits n'est bien sûr autographe : on ne possède de tels autographes de la main de l’auteur pour aucun texte antique.

Les plus anciens manuscrits complets des Evangiles datent du IVe siècle : le codex Vaticanus (Bibliothèque du Vatican) et le codex Sinaïticus (British Museum). Ils appartiennent à une grande famille de manuscrits rédigée dans un caractère baptisé ultérieurement “ onciale biblique ”, dont les plus anciens (incomplets, eux) remontent au IIIe siècle.

Au total, on recense 157 manuscrits "majuscules", c’est à dire d’une grande importance et complets, d'avant le IXe siècle ; et 35 papyri des IIe IIIe et IVe siècles. A ces manuscrits grecs s'ajoutent les traductions syriaques dont les plus anciens témoins datent de la fin du IIe siècle. Ces textes concordent parfaitement la plupart du temps. Les seules différences significatives, celles introduites par la tradition dite "occidentale" (à tort mais le terme est consacré) du codex Bezae (IVe siècle) ont été expliquées par la philologie et ne posent plus problème aujourd'hui.

Comparons avec la situation des autres auteurs de l'Antiquité :

·         Sur les cinquante manuscrits d'Eschyle, pas un n'est complet.

·         Des Annales de Tacite, on ne connaît qu'un seul manuscrit ancien.

·         Les trois manuscrits principaux de Catulle dérivent tous du même archétype datant du XIVe siècle seulement.

·         Euripide, Cicéron, Ovide et Virgile bénéficient chacun d'une centaine de manuscrits anciens environ ; 157 pour les Evangiles, sans compter les papyri.

Il apparaît donc que les Evangiles sont – et de très loin – le texte antique dont les sources sont les plus nombreuses, les plus anciennes et les plus complètes.

Un autre paramètre important est la distance temporelle entre la composition supposée du texte et le plus ancien manuscrit connu : une centaine d'années s’est écoulée, disent les philologues, entre la rédaction définitive du 4e Evangile et le papyrus "Bodmer II" (IIe siècle), plus ancien support qui nous en donne le texte complet. Pour Virgile cet écart est de quatre siècles. Pour Platon de treize siècles. Douze pour Démosthène, seize pour Euripide...

Les Evangiles sont donc le texte ancien dont la transmission est la mieux connue, la plus fidèle et la moins suspecte.

 

II – La transmission coranique :

Le texte original du Coran date de la vie du Prophète, on peut retenir comme date approximative les environs de l’Egire (622).

C’est donc un texte beaucoup plus récent que celui des Evangiles. On s’attendrait à ce que ce texte plus proche de nous dans le temps ait une transmission mieux connue, plus sûre.

Il n’en est rien.

Au moment de la mort du Prophète, le texte coranique était inscrit sur divers supports de fortune : parchemins, omoplates, tessons, etc.

Ces “ unités de révélation ” ont donné naissance aux Sourates actuelles par un procédé qui nous reste inconnu ; les mystérieuses lettres qui ouvrent certains chapitres sont sans doute la trace de cette transformation en un texte unique des textes divers consignés sur des supports eux aussi divers. Mais rien ne permet d’apprécier dans quelle mesure le texte ainsi remanié est resté conforme à l’original.

La tradition musulmane parle en outre de deux “ collectes ” du Coran, l’une sous le Calife Abû Bakr (mort en 634), l’autre sous le calife Uthmân (mort en 656). Mais rien ne permet là encore de dire ce qu’ont été ces collectes, ni si le texte a été remanié à leur occasion et dans quelles proportions. Ajoutons qu’une troisième “ collecte ”, dont on sait peu de choses, qui aurait eu lieu sous le règne du Gouverneur ommeyyade al-Hajjâj. Le texte actuel correspond en gros au canon Uthmanien, mais sans que le problème de l’unité du texte ait été résolu avant le Xe siècle.

A cela s’ajoute l’incertitude quand à l’écriture même des textes sur les premiers supports de fortune : ces textes archaïques étaient pour autant qu’on puisse les apprécier susceptibles de lectures diverses, voire contradictoires.

Alors que l’on aurait pu croire qu’un texte si récent par rapport aux Evangiles avait une transmission beaucoup mieux assurée que ceux-ci, l’histoire de l’établissement du texte coranique est donc extrêmement confuse, sans aucune garantie que le texte que nous possédons soit conforme au texte original.

Comment donc les musulmans peuvent ils maintenir dans ces conditions le mythe que constitue la dictée du Coran par l’Archange Gabriel à Muhammad  tel que nous le connaissons ? le mythe aussi d’une “ mère du Livre ”, original céleste gardé à la droite de Dieu et déclaré conforme au Coran que nous connaissons ?

Les études islamiques ont d’ailleurs prouvé que ces deux mythes sont largement postérieurs à la vie du Prophète et ont sans doute été créés pour expliquer les difficultés de la transmission du texte coranique et les couvrir d’une aura mythique.

On consultera avec profit sur cette question la Geschichte des Qorans de Theodor Nöldeke (1860) remise à jour en 1909 par Friedrich Schwally, lequel devait donner un tome II en 1919, œuvre poursuivie en 1938 par Gotthelf Bergsträsser. C’est cette tradition poursuivie qui inspira la monumentale Introduction au Coran de Régis Blachère (1958), encore essentielle. Plus récemment on lira Le Coran est-il authentique ? de Mondher Sfar (2000).

 

Texte du Schtroumpf du Roi (VR) 28-02-01.