SUJETS DU ROI / NATION / CONTRAT

 

Message de Paul le Hérisson (VR), le 17/12/2001 :

 

Chers amis,

Il y a quelque temps, il y eut un débat autour de ce qu'était qu'être français. Plus récemment, la notion de contrat social fut évoqué. C'est autour de ces deux notions et après une lecture rapide et cursive des Discours à la nation allemande de Fichte et de l'excellente introduction qui y est faite par Alain Renaut laquelle m'a fait réfléchir et reprendre le petit ouvrage d'Alain Finkielkraut, La défaite de la Pensée que j'ai décidé d'aborder ces problèmes et surtout de la relation qui les unit.

 

Il y a essentiellement deux conceptions de la nation et par-là même de l'appartenance à ladite nation. Il y a celle des Lumières qui s'appuie sur le contrat et celle des romantiques où le "vivre ensemble" est le fruit du génie propre de la nation. Il est aisé de schématiser cela en disant qu'il y a là les conceptions française et allemande qui s'opposent ; d'une part le libre droit du choix de la nation, celui du cosmopolitisme : "je suis français parce que je le choisis, je le veux et nul ne peut m'en empêcher" ; d'autre part le droit du sang et du sol sur l'homme, le "es denkt in mir", le "ça pense en moi." Dans un cas, la nation fait la nationalité, dans l'autre c'est le choix d'une nationalité commune qui crée la nation.

 

Les choses sont néanmoins plus complexes. La conception romantique, dites allemande, est aussi - et surtout ? - celle de Joseph de Maistre ou de Maurice Barrès. Le droit du sol et du sang sur l'homme est le poids de la terre et des morts sur les épaules du Lorrain Barrès, pas seulement la nostalgie médiévale de Herder. A l'inverse, malgré l'extrême ouverture de "notre" pays face à l'immigration, nous n'en sommes pas encore à la décision unilatérale de chacun dans le monde de devenir français s'il le souhaite (mais on s'en approche...). Je rappelle qu'au début de la Révolution, c'était un projet et qu'ainsi le jeune Fichte se considérait français.

 

Justement, c'est de Fichte que vient l'explication de la situation actuelle. Pour lui, il fallait concilier les deux : le terreau et la plante. Le terreau, c'est le sol et le sang. Le nier ne sert à rien. La plante, c'est le choix. Ne pas le prendre en compte, c'est s'exposer à n'avoir que des esclaves ou des traîtres en puissance pour membres de la nation. Dans son introduction aux quatorze discours de Fichte, Alain Renaut explique cela très clairement : le terreau minimum, c'est l'"éducabilité" et le libre choix est assuré par l'éducation (enfin, j'ai lu tout ça vite...). Au fond, tous les systèmes actuels découlent à divers titres d'une telle approche. Il ne me semble pas possible ni même souhaitable d'aller unilatéralement vers le système barrésien - qui fut celui de notre famille de pensée - et ce d'autant que Barrès lui-même était nuancé notamment dans Les différentes familles spirituelles de la France.

 

Le libre choix nous mutile de notre passé. Chacun est à tous moment libre d'adhérer ou non au projet commun ; au fond, c'est la situation de la noblesse aux époques de faiblesses monarchiques ; au fond, ce pourrait être le modèle communautariste vers lequel nous nous acheminons résolument... avec l'assentiment de certains d'entre-nous. Le "es denkt in mir" n'est pas sans défaut lui non plus car il supprime la liberté de l'homme. Il faut se plier à sa naissance. Je naît ici, je me marierais avec une voisine, fille d'un compagnon (au sens corporatiste) de mon père, je ferais le même métier que lui et mon fils de même et ce jusqu'à la Fin des temps... En faisant du génie de la nation ce qui domine l'Histoire, nous supprimerions tout génie particulier, tout progrès. Oh ! je n'en suis pas un adepte inconditionnel, mais comment ferions-nous sans ? Et puis, j'ai toujours pensé qu'il y avait d'autres mérites que celui d'obéir aveuglément à l'ordre établi le fut-il par des siècles de monarchie. La culture occidentale est prométhéenne (ou faustienne, cf. Spengler), c'est comme ça.

 

Il faut pleinement assumer le fait d'être un héritier, mais ce ne dois pas être pour lâchement renoncer à devenir un ancêtre.

 

Je ne sais pas si ces remarques vous intéresserons, mais comme je ne me passionne guère pour l'AR ou le nom que nous pourrions donner à l'euro, je tente un "détournement de débat" :o).

 

Paul le Hérisson

 

P. S. : n'étant pas philosophe, j'ai dû, sans doute, commettre des erreurs d'interprétations (...), j'espère que l'on sera indulgent avec moi et que l'on me corrigera fraternellement.

Par ailleurs, je relance cette idée que nous devrions tenter de "récupérer" les mouvements de modes en faveur de la musique et de l'art baroque qui ont la double qualité d'être marqués par le christianisme et par la monarchie.

Enfin, on notera mon louable effort pour me plier à la "tripartition fonctionnelle" du titre des message !

 

Message du Schtroumpf du Roi (VR) du 17/12/2001 :

 

Mais est-ce que l'erreur n'est pas, justement, de rester le nez collé sur cette notion de nation, comme si elle était à tout jamais la forme idéale, indépassable et parfaite de ce que peut-être la France ?

 

Je veux dire : la nation n'est-elle pas une forme circonscrite dans le temps, appelée à se développer, à avoir un maximum, puis à mourir ? Vers l'an mil, il devait sembler évident que la France n'était pas une nation, mais un ensemble de liens de vassalité et de suzeraineté. Cette conception a duré un certain temps, puis elle a disparu pour faire place à autre chose. De la même manière, pourquoi rester fixé sur la notion de nation comme si la France ne pouvait exister sans être une nation ?

 

Dans le monde entier les nations reculent, au profit d'organisations nouvelles : organisation encore sans nom dans les pays anglo-saxons les plus avancés dans leur mouvement, organisation clairement ethnique ou religieuse dans d'autres pays  (Chine, Afrique, pays arabes), au profit d'une pensée civilisationnelle parfois (Inde).

 

Pour plagier Viguerie, croire que la nation comme en 1920 a encore une pertinence aujourd'hui - quelles que soient les théories mises dessous - n'est-ce pas danser autour d'un cadavre ?

 

Ne doit-on pas remarquer d'ailleurs que la nation a son apogée avec la révolution ? que la mystique nationale n'a jamais mieux cohabité qu'avec la mystique révolutionnaire ?

 

Pour reprendre Aristote, la motivation du "vivre ensemble" c'est la vie bonne, le "bien vivre". Si les hommes vivent en société ce n'est pas parce qu'ils sont des nations ou je ne sais trop quelle construction, c'est parce qu'ensemble ils vivent mieux qu'isolés. Ce phénomène peut prendre des visages divers. La nation est l'un d'eux, mais il y a des moments où la nation a été inexistante, et l'on ne s'en est pas plus mal porté.

 

Il me semble que, comme certains théoriciens du nationalisme, vouloir que la France soit une nation ou rien, c'est une position exagérée : la France existe au delà de la forme particulière de la nation. Il me semble que la France n'est pas essentiellement une nation, mais la France, au delà des formes particulières que cela peut prendre. Et si demain la France est prise dans un monde où le concept de nation n'est plus pertinent, elle sera autre chose qu'une nation... tant qu'elle reste elle même et autant que possible maîtresse de son destin, je ne vois pas ce qu'il y aurait d'inacceptable à ce qu'elle cesse d'être une nation. Inversement, se satisfaire d'une vague construction nationale, mais où en fait la France n'aurait que la satisfaction de se dire qu'elle est encore une nation, mais sans plus être ni elle même ni réellement maîtresse d'elle, je n'en vois pas trop l'intérêt.

 

Bref : la nation est-elle le seul cadre possible d'existence de la France. Pour moi je réponds non.

 

N'est-il pas temps de sortir une bonne fois de ces concepts nationaux forgés en grande partie par la république et auparavant par les mouvements d'idées qui l'annonçaient ?

 --

Le schtroumpf du roi, ni étatiste, ni national : français ! (comme qui dirait).

 

Message de Pierre Van Ommeslaeghe du 17/12/2001, en réponse au Schtroumpf du Roi :

 

  je veux bien, mais quelle organisation peut remplacer la nation ?

Vous pouvez bien dire que la France existe au-delà de la forme particulière

de la nation, mais il faudrait définir cette forme. Ce que vous exposez me

paraît bien platonicien (il y a une idée France que la France existante imite

d'une certaine façon et qu'elle pourrait imiter d'une autre façon). Invoquer

Aristote me semble donc abusif. Celui-ci part du réel. Quelle forme réelle

peut-on trouver pour la France ? L'Empire ? La France s'est formée contre

l'Empire. La Cité grecque ? Elle n'existe plus depuis 2500 ans, il doit bien

y avoir une raison. Quoi alors ?

De plus rempacez "nation" par "royauté" ou "roi"... votre deuxième paragraphe

devient :

... la royauté n'est-elle pas une forme circonscrite dans le temps, appelée à

se développer, à avoir un maximum, puis à mourir ? Vers l'an mil, il devait

être évident que la France n'était pas une nation, mais un ensemble de liens

de vassalité et de suzeraineté. Cette conseption a durée un certain temps,

puis elle a disparu pour faire place à autre chose. De la même manière,

pourquoi rester fixé sur la notion de royauté comme si la France ne pouvait

exister sans être une royauté ?

N'est-ce pas saissisant ?

Salutations

 

Message du Schtroumpf du Roi en réponse à Pierre Van Ommeslaeghe, 17-12-2001:

 

On va dire que je coupe les cheveux en quatre : mais si le roi peut faire office de nation (pour dire les choses rapidement) pourquoi tant tenir à ce simple terme de nation et le maintenir envers et conte tous ?

 

Ou alors faut-il distinguer deux nations : une nation originelle, qui est capable de s'incarner dans le roi quand il y a un roi et qui par défaut de roi s'incarne dans la nation au sens républicain ?

 

Message de Richard, le 17/12/2001 :

 

La Nation... vaste débat... mais cette notion de Nation n'est elle pas issue directement de la Révolution, du jacobinisme ?

Qu'a fait la Nation depuis deux siècles?

Elle a cassé les structures régionales en faisant un découpage du territoire en départements puis en région complètement débiles (Nantes pas en Bretagne.. vous vous rendez compte!)..

Elle a cassé ce qu'avaient construit en 8 siècles les "bons" rois de France (pas tous) qui  dans leur grande sagesse avaient  renforcé les structures ducales.. Louis XVI dans les réformes  qu'il avait envisagé (pas abouties malheureusement) voulait donné encore plus d'autonomie à ces duchés.

 

La Nation a renforcé l'état avec ce centralisme honni.. elle a spolié les français par des impôts iniques...

Le concept même de Nation a pour résultat une prise en charge par l'état de ce qui devrait resté du domaine de l'individuel.. en fait la Nation c'est une socialisation, dans le sens de socialisme ( voire plus) de la société. Oui, le concept de nation nous mène droit au marxisme, au communisme. De Gaulle, qui prônait la nation avant tout, a amorcé ce mouvement  en 1946...

 

La loi naturelle doit être remise en vigueur.. On est un pays où nous vivons ensemble par ce qu'on se plaît... pas parce qu'on est une Nation... et ce sont ces différences, ces complémentarités qui donnent la civilisation Française dont on a lieu être fière..

 

Je ne vous parlerai jamais de la Nation bretonne mais de la civilisation bretonne qui a apporté sa pierre a l'édifice de la culture française et a son rayonnement...

 

Alors nous pouvons dire que la civilisation française a réussi à imposer un modèle du temps de nos rois car ceux ci ont toujours été à l'écoute de LEURS peuples et non d'une entité abstraite qu'est une Nation... La Convention, elle, se glorifiait de la Nation, ce qu'il lui a permis d'engendrer toutes les exactions possibles...

 

Donc je ne crie pas Vive la Nation, mais Vive la France

Amitiés Celtiques

Richard

 

Message de Pierre Van Ommeslaeghe du 17/12/2001, en réponse à Richard :

 

L'ancienne France n'avait pas besoin du concept de nation parce que la France

s'incarnait dans le Roi. Mais l'absence de Roi a poussé la République à ce concept pour maintenir l'unité de la nation (qui existait avant le concept).

Mais ce concept désincarné ne peut maintenir l'unité qu'au prix de l'uniformité quand le Roi la maintenait dans sa personne en préservant la diversité. Alors oui, le concept de nation est révolutionnaire, mais la nation France lui préexiste.

 

 

Message de Mac Guffin , le  17-12-2001 :

 

Alain Renaut explique cela très clairement : le terreau minimum, c'est l'"éducabilité" et le libre choix est assuré par l'éducation (enfin, j'ai lu tout ça vite...).

 

Non, non. Enfin, c'est difficile de communiquer par écrit dans toutes les subtilités de le pensée et de comprendre l'autre via les courriels, mais "le libre choix" n'est pas du tout assuré dans ce sens là. Il n'y a pas eu de libre choix. Il y a une double imposition : naturelle et étatique.

 

Comme vous l'écrivez, la vision manichéenne d'un concept républicain d'un coté (socialisme actuel, cosmopolite, etc) et d'un concept allemand de l'autre (exclusivement racial : le pangermanisme, plus connu sous le nom de "nazisme") est totalement faux et résulte d'une vision imposée, fabriquée par les socialistes eux-mêmes, et récemment qui plus est (cf. la préférence nationale "républicaine" des années 20 et 30).

 

Ainsi, l'Etat prussien (puis allemand) qui, prétendument, était déjà (fin du XIXème siècle) basé sur une conception "ethnique" de la nation, curieusement, avait forgé sa force et sa réussite sur.............. = l'éducation scolaire.

 

1. Ne trouvez vous pas un brin contradictoire qu'on soit obligé d'embrigader toutes les jeunes générations dans des écoles d'endoctrinement et de formation culturelle et quasi paramilitaire si réellement la nation était contenue dans une unique et simple définition biologique ? Si un mec devenait simplement prussien rien qu'en naissant, alors pourquoi l'envoyer, comme les prussiens le faisaient avant 1870, à l'école pour l'endoctriner et lui apprendre qu'il était prussien et non polonais ?

 

2. cette éducation est imposée et ne résulte pas d'un choix ! elle est imposée par l'état.

 

Le déterminisme naturel avait donc ses propres limites que les allemands (prussiens) eux mêmes avaient été les premiers à reconnaître mais sur lequel néanmoins ils se basaient pour exister identitairement et se développer.

 

La combinaison des deux, la tradition ethnique associé à l'éducation politique et culturelle dans les écoles a été un des facteurs, si ce n'est LE facteur de la victoire prussienne durant la guerre de 1870. La guerre fut remportée plus grâce à l'école, que grâce à la race, mais l'un et l'autre furent reconnu et utilisé, en un mot : associés de manière complémentaire.

 

Les dirigeants républicains en ont été conscients ! Et c'est ainsi que l'école républicaine de Ferry, école d'endoctrinement et de propagande, n'a été que la simple copie de ce qui s'était fait et se faisait depuis des décennies en Prusse et qui était généralisé depuis peu dans toute l'allemagne. Les républicains entre 1880 et 1914 ont copié le modèle prussien, rien d'autres. Mais le sentiment national dépasse très largement ces 30 années là. Il convient de ne pas se laisser enfermer dans les visions inoculée par nos ennemis. Le sentiment nationale existait avant la République, a existé en dehors d'elle, et existera de nouveau sans la République.

 

Enfin, lorsque vous lisez Renan dans le texte, étant donné qu'il arrive à se contredire et à dire un truc puis son contraire en l'espace de deux pages, ses pensées sont tout autant libres d'interprétation dans un sens "contractuel, socialiste et cosmopolite" (comme cela a été le cas en 1987 je crois lor d'une réforme de la nationalité initié par les maffieux de la droite courbe) que dans un sens déterministe et ethnique.

 

Disons qu'entre les conceptions "françaises " et "allemandes", les différences sont quasiment inexistantes. Elles emploient dans leur raisonnements et reconnaissent toutes les deux, les mêmes éléments constitutifs de l'identité nationale, sauf que l'une met un peu plus en avant "le biologique-inné" et que l'autre met un peu plus en avant "le culturel-acquis". Mais en réalité, toutes les deux reconnaissents l'influence des mêmes facteurs. C'est juste une question de proportion qui les différencie.

 

Voilà ça été rapide mais c'est difficile de développer un pareil thème par écrit sur une liste de diffusion.

 

PS : quand on dit que la conception actuelle gauchiste est celle du "libre choix" et du contrat, c'est en partie faux. Aujourd'hui, on devient "français de papier" sans même le savoir !... il n'y a pas de choix, bien au contraire... Le but est d'attribuer la nationalité au premier bohémien ou au premier nègre qui passe afin de détruire précisément la nation et les liens sociaux, naturels, traditionnels, raciaux, qui unissaient les français. Les forces du chaos sont passées à une étape supérieure de leur oeuvre...

 

Message du Lieutenant le17-12-2001 :

 

La notion de nation varie fort selon les sociétés et les cultures, et mon expérience portugaise, me suggère les réflexions suivantes.

Dans les années cinquante la société portugaise vivait encore des structures largement agricoles. Le concept de nation y était nettement plus vague que dans un société de type industriel plus intégrée.

Les Portugais ressentaient pour leur village  des sentiments tout à fait barrésiens. Si l'on demandait à quelqu'un de quel "pays" il était, il précisait sa ville ou son village, la "terre" était l'entité  sur laquelle on vivait, le village de ses pères, la communauté restreinte où l'on ne se sentait pas étranger et où l'on se connaît ou se reconnaît.

La nation était perçue comme une entité plus abstraite, plus administrative, avec quand même une unité de destin et de langue et une notion de grandeur historique que n'offre pas le village et sa réalité quotidienne.

Cette dualité permettait d'assimiler facilement la notion de territoires d'outre-mer, et de les considérer comme faisant partie du Portugal (l'Etat du temps de Salazar affirmait les territoires d'outre mer comme n'étant pas des colonies mais des territoires nationaux, dont le traitement en matière administrative et de développement devait différer le moins possible de celui du Portugal continental, certains y ont d'ailleurs vu une des causes de la lenteur du développement du Portugal et reproché à cette politique de ne pas favoriser le développement du Portugal européen en consacrant moins de ressources aux territoires d'outre-mer).

Un Portugais de Sintra pouvait ainsi considérer un noir de Cabinda comme Portugais autant qu'un habitant de Porto, ils faisaient partie d'une même entité politique et culturelle sans être de la même "terre".

Ce sentiment était une réalité tellement incontournable, que lors des guerres d'outre-mer, les unités militaires furent progressivement constituées de soldats des mêmes villes ou village. Un esprit de solidarité et une compréhension naturelle amélioraient nettement l'efficacité tactique, le revers de la médaille était le danger de voir décimer un village entier par une seule embuscade.

Ceci illustre la primauté , dans cette société de structure encore agricole et patriarcale, de la notion d'appartenance barrésienne à une "terre". La notion nationale alors réelle déjà, mais accessoire à celle d'appartenance à sa "terre", ne s'est développée qu'avec la société industrielle et le déplacement des populations vers la ville et l'usine, l'attachement à la "terre" de ses pères se dissout de génération en génération. La notion de nation prend alors la primauté, le besoin d'une appartenance restant une réalité de base de la nature humaine.

Avec la mondialisation actuelle, la même évolution est en train de se produire un pas plus loin. Le sentiment d'appartenance à sa nation d'origine se dissout avec les déplacements successifs, on y substitue soit un nouveau sentiment d'appartenance à un pays d'accueil si le sentiment national y est toujours vivant, soit un autre d'appartenance à une culture ou une religion, si le nouveau pays n'est pas un substitut convainquant à celui d'origine ou en cas de nomadisme individuel plus poussé.

 

Message de Paul Turbier, le 17-12-2001 :

 

Paul Le H et SdR élèvent le débat qui s'enlisait un peu ces temps derniers. Les bons messages et comme je voudrais en lire souvent de tels.

 

1 )  Nationalité.

Paul nous  nous parle d'un problème de fond intéressant et le remercie de le poser si clairement et si brillamment.

    Le terreau et la plante. L'image est belle et riche. Ni  nous ni personne  ne  pouvons rien sur le terreau, il est ce qu'il est. Notre seul pouvoir, en ce qui le concerne est de l'aimer ou de le rejeter. Comme un jardinier peut judicieusement choisir la plante qu'il faut pour le terrain qu'il a, le Roi, quand il viendra, devra agir pour savoir quoi et comment planter. C'est typiquement un problème de greffe. Greffon inadapté, ou mal préparé et rejet s'ensuit.

 

L'ouverture physique, plus ou moins béante,  d'un territoire comme le nôtre est inévitable dans les temps modernes ne serait-ce qu'à cause des progrès des moyens de communication. Donc des allogènes se fixent sur le sol. Dont acte.  Quel est alors leur projet ?  Souhaitent-ils  faire souche ici ou seulement passer la partie active de leur vie pour se retirer, l'âge venu , sur les terres qui les ont vu naître (leur terreau) ?

    Dans le premier cas, le problème est relativement simple et le greffon doit s'adapter. Il doit adopter usages, moeurs, coutume, culture et religion afin d'être, sans réticence, adopté. C'est une question de formation pour lui même et ses enfants puisque, au départ de la démarche, le coeur y est.

    Le second cas est plus difficile et je souhaite bien du plaisir au ministre à qui le roi confiera la  tâche de débrouiller cet écheveau. Il devra avoir à l'esprit l'adage (américain ou anglo-américain?) :  "quand tu es à Rome fais comme les Romains font", car il est intolérable que des communautés culturelles s'établissent , telles l'ivraie, parmi le bon grain. L'attitude des politiciens républicano-démocrasseux actuels qui est de dire comme Mitterrand, " Vous êtes ici chez vous " est démagogique et irresponsable. Elle ne peut qu'engendrer le malheur à commencer pour ceux que l'on prétend accueillir.

 

2) Nation

    Sdr dit : nation ou autre chose.  Que mettez vous en face de nation ? Qu'entendez-vous par "autre chose" . Vous donnez la réponse dans votre texte : rien.  Ce qui cimente un groupe et lui donne sa solidité c'est un sentiment de partager chose de commun. La religion (La France, jadis), le langue (L'Allemagne encore de nos jours) ont été des ciments, mais la certitude d'une solidarité contre tout ce qui tendrait à désagréger a forcément été unificatrice. Le résultat a été la constitution naturelle de nations ("Famille de familles").  L'idée de nation n'est pas seulement d'ordre administratif ou politique. On retrouve le mot à tout bout de chapitre dans le nouveau testament. Dans un tout autre domaine, on parle de nation dans un tournoi de rugby qui aux origines ne rassemblait que des brittons. Les choses politiques et nationales sont donc bien découplées. La France n'étant plus aujourd'hui agrégée par la religion, ne l'étant pas beaucoup par la langue que beaucoup massacrent même sur VR, ne peut l'être encore que par l'histoire, surtout la géographie ou par un style de vie particulier dans lequel la cuisine a été élevée au niveau d'un art ( mais, pas de triomphalisme, MacDo est arrivé). Voilà la nation française, indépendante de toute considération de régime politique.

    Un groupe aggloméré par un art de vivre et une histoire n'est-il pas une nation et peut-il être lui-même en dehors de cette valeur ? Comment expliquer et comprendre les problèmes que posent l'immigration si la France ne peut même pas être définie en elle-même.

 

    J'avoue être perplexe.

 

Paul T.

 

Message du Schtroumpf du Roi du 17/12/2001 :

 

Je ne sais pas par quoi la remplacer. Mais le fait est là  : un peu partout la nation recule. Je pense en disant cela à ces sociétés anglo-saxonnes qui mettent de plus en plus en cause les deux idées de nation et d'Etat par leur propension à justement mettre sur la touche l'Etat dans lequel la nations'incarnait. Je pense au Japon et aux Etats-Unis, dont les économies sont tellement interpénétrées que s'il n'y avait des signes hérités du passé on aurait bien de la peine à les distinguer l'une de l'autre, je pense aussi à l'Inde, que l'on nous présente comme nationaliste alors que c'est bien plus et que ce pays se pense comme une civilisation et pas comme une nation (un indien ne dit pas "India", il dit "Bharat" : la mère). Il me semble qu'il y a là des phénomènes qui échappent au concept de nation auquel on veut les réduire, il me semble que ces phénomènes sont suffisants pour se demander si l'idée de nation est encore pertinente.

 

Platonicien pour platonicien,  je vous retourne le compliment : la nation ? Qu'est-ce sinon une idée ? quelle chair cela a-t-il ? est-ce un gibier à plumes ou à poils ? a-t-on jamais vu une nation autre part que dans les beaux discours ? j'ai beau chercher, je ne vois pas... si justement vous pouviez me définir la nation à laquelle vous tenez...

 

Est-ce un territoire ? il semble que les territoires hermétiques soient un peu mis à mal... est-ce une race, une communauté de naissance ? gare aux bombes humanitaires si vous le soutenez !... Est-ce une volonté de vivre ensemble (mieux qu'une race c'est une nation disait Bainville) ? mais où est-elle encore cette volonté ? et comment la nation survivrait-elle alors au manque de la volonté justement qui est patent aujourd'hui ?

 

Pour le remplacement de terme que vous faites, il me semble qu'il n'est pas recevable : justement, la royauté a prouvé qu'elle savait s'adapter à des formes différentes d'organisation sociale, politique, etc. Alors que la nation, elle, n'a je crois prouvé son existence que sous la république, comme vous le remarquez justement, par manque de roi. Si je vais jusqu'à l'exemple belge, il me semble même que la Belgique n'existe que par son roi parce que justement elle n'est pas une nation, tout comme la France n'était pas un seul peuple sous l'idée de nation quand Louis XIV disait "mes peuples".

 

Il me semble qu'il y a un long passage chez Viguerie qui dit comment on est passé de l'appellation simple "France" à des appellations plus élaborée héritées de l'antiquité pour finalement arriver à cette nation rêvée par des révolutionnaires qui se croyaient des romains en train de donner des lois à la République romaine.

 

Message de Paul le Hérisson (VR), le 17/12/2001 :

 

Justement, mon but était de montrer la double aporie que constituent les conceptions des romantiques allemands ou des lumières françaises (je n'ignore pas les remarques de Mac Guffin). Je voulais montrer que la vision qui est traditionnellement la nôtre (Maistre, Barrès) n'est pas, n'est plus si elle ne l'a jamais été, pertinente. Je partage la méfiance de Richard pour la nation, idée révolutionnaire s'il en est. Mais du strict point de vue de la situation immédiate, je ne vois pas quoi lui substituer car j'ai peur que l'octroi de droits légitimes aux bretons ou aux corses doivent s'étendre aux algériens de Marseille ou aux turcs de Strasbourg en vertu de principes absurdes et d'une logique perverse mais commune.

Je suis d'accord avec le SdR, la France est au-dessus de la nation ; la nation n'est qu'un moment, la manifestation accidentelle d'une idée plus grande. Mais il n'en reste pas moins que d'une part, je ne pense pas que cette idée soit morte - même si elle est mortelle - et d'autre part, je ne sais pas sur quoi nous pourrions nous appuyer sans cela...

Enfin, soit, comme à mon habitude, je dois apparaître pusillanime et mou, mais je continue à réfléchir sans trancher pour le moment. Mais comme l'essence du pouvoir est la décision et que nous ne l'avons pas, je suspend la mienne...

 

Message de Pierre Van Ommeslaeghe du 17/12/2001 :

 

Analyse assez pertinente et en tous cas intéressante. J'y ai même appris que Alain Renaut pouvait écrire des choses intéressantes :-)

Comme par un réflexe pavlovien ce texte me fait replonger dans Maurras. Je livre au débat le texte qui suit, tiré de "Mes idées politiques", 7° "Retour aux choses vivantes", L'homme et sa nationalité :

... Il est vrai que la nationalité n'est pas n phénomène de race. Il ne s'en suit pas qu'elle soit le résultat artificiel d'un acte d'une volonté contractante. Sans doute, et avec une certaine liberté, nous adhérons à notre race, à notre nationalité, à notre nation, mais on adhère comme on consent, de la façon la plus tacite, est l'adhésion est sollicitée, elle est emportée par une multitude de forces bienfaisantes, aimées et chéries contre lesquelles nous ne sommes même pas en garde et que nous subissons de tout coeur 9 999 fois sur 10 000.

      Entre la Nature brute, celle qui est entendue au sens strict et direct, et l'artifice, juridique ou autre, issu de la volonté plus ou moins arbitraire de l'homme, il existe un intermédiaire que l'on pourrait appeler une seconde nature : la Société. La vie sociale fait essentiellement partie de la nature de l'homme, lequel ne peut absolument pas exister sans elle. La nationalité est une modalité de cet état naturel. On peut l'appeler un fait social. Il n'est point aussi rigoureusement nécessaire pour l'homme que le besoin de vivre en commun. On ne peut pas échapper à ce besoin, ni à la société qui le satisfait, au lieu qu'on peut changer de nationalité et même profiter de la diversité des nations pour vivre plus ou moins en marge de toute nationalité.

      La nationalité dérive donc de la nature humaine définie et qualifiée par la

société. Loin de figurer le simple voeu de notre volonté personnelle, elle correspond à une masse énorme de désirs, de passions, de besoins, d'aspirations, de coutumes, de moeurs, de manières d'être, de penser, de parler, qui va souvent jusqu'à modeler le physique et dans laquelle la conscience réfléchie et la volonté délibérée des personnes jouent un rôle qui peut être le premier, mais qui ne l'est pas toujours, ni le plus souvent.

      Pour s'en convaincre, il suffit de considérer deux cas : réduite à elle-même, la formule juridique de l'idée de nation se détruit, c'est le ubi bene, ibi patria : si la patrie est où l'on est bien, là où l'on est bien est aussi la patrie ! Au contraire, dégagée d'ornements juridiques, l'idée de nationalité, telle que nous venons d'en montrer les composants naturels, sociaux, historiques, tient parfaitement debout; on peut la décorer ou la polir encore, pourtant le principal y est...

      La double épreuve juge la valeur des conceptions en présence.

N'est-ce pas lumineux ? On devrait toujours revenir à Maurras...

 

Message de Pierre Van Ommeslaeghe du 17/12/2001 :

 

Peut-être pouvons-nous tomber d'accord. Il n'y a pas de Nation, il y a des nations si vous préférez des pays, réalités concrètes et charnelles, entités forgées par l'histoire et qui ont chacune leur principe vital (disons leur conatus de manière analogique). Pour la France, ce principe vital, cause de son existence, c'est la monarchie capétienne. Pour d'autre ce peut être la religion, la langue, l'ethnie, le territoire etc...

Cette synthèse vous convient-elle ?

 

Message de S. de B. le 17/12/2001 :

 

Pourquoi pas la patrie. La terre des pères et ses fruits humains, le sol sacré et ceux qui y sont enracinés, le pré carré et ceux qui sont prêts à donner leur vie pour le préserver ?

La Patrie, valeur humaine et le Roi principe sacré.

 

Message deRichard, le 18/12/2001 :

 

Lorsque je parlais de la France, mon cher Serge, je pensais patrie.. bien que la mienne fut la Bretagne...

 

Message de S. de B. le 18/12/2001 :

 

Voilà exactement où je voulais en venir !

Lorsque vous parlez de patrie vous pensez France bien qu'étant de Bretagne.

L'analogie la meilleure est celle de la souffrance. Vous dites "j'ai mal au dos" ou "mon dos me fait mal" mais vous ne dites pas "mon dos a mal" Eh bien quand il arrive quelque malheur à la Bretagne, c'est la France entière qui a mal. Chaque province est un membre du corps qu'est la patrie. Et il est aussi stupide de vouloir couper la Bretagne, ou la Corse, ou le Pays basque de la France que de vouloir amputer un bras parce qu'il est douloureux ou un pied parce qu'il est bot ou des oreilles parce qu'elles entendent des choses qui déplaisent au cœur. Vous connaissez bien sûr la fable du corps et de la tête : les organes et les membres excédés de servir le cerveau qui ne fait rien d'autre que penser et rêver se mettent en grève : les pieds ne conduisent plus le corps au marché, la main ne porte plus la nourriture a la bouche qui refuse de mâcher et d'avaler des aliments que, de toute façon l'estomac est décidé à ne pas digérer etc... le cerveau tempête, donne des ordres, mais rien. la grève est totale. Si bien que, finalement, le cerveau,  privé d'énergie décline et meurt.... Les membres ont-ils gagné ?

AU Roi (et vite !)

S de B

 

Message deRichard, le 18/12/2001 :

 

Certes .. mais un duc vassal du Roi de France et un parlement.. comme avant.

 

Message de S. de B. le 18/12/2001 :

 

En somme, vous pensez la France comme un dinosaure qui doit avoir des cerveaux-relais ? ;-)

 

Messages divers imbriqués les uns dans les autres et dont le Webmestre de ce site un peu dépassé par les évènements ne retrouve plus bien qui en est l'auteur, les couleurs sont celles du message d'origine enrichi au fil des échanges et ne correspondent pas à celles réservées aux autres interventions, vous voudrez bien l'en excuser.

 

Mais est-ce que l'erreur n'est pas, justement, de rester le nez collé sur cette notion de nation, comme si elle était à tout jamais la forme idéale, indépassable et parfaite de ce que peut-être la France ?

 

Mais est-ce que l'erreur n'est pas, justement, de rester le nez collé sur cette notion de père et de mère, comme si elle était à tout jamais la forme idéale, indépassable et parfaite de ce que peut-être la famille ?

 

Habile cher Mac Guffin, mais il vous reste à démontrer que la nation a le même caractère naturel que la famille...

 

Il me semble que la notion d'(Etat)-Nation que l'on connai(ssai)t en gros depuis quelques siècles est similaire à bien des égards à la cité grecque. Elle favorisait l'épanouissement des hommes et préfigurait le présent (ou le proche passé, vu l'état actuel de décomposition de notre société). N'est ce pas Aristote qui qualifiait le sentiment de bienveillance réciproque qui relie naturellement les citoyens entre eux, de "philia" ? car c'est bien de sentiments qu'il s'agit. Du "nous".

 

Je veux dire : la nation n'est-elle pas une forme circonscrite dans le temps, appelée à se développer, à avoir un maximum, puis à mourir ? Vers l'an mil, il devait sembler évident que la France n'était pas une nation, mais un ensemble de liens de vassalité et de suzeraineté. Cette conception a duré un certain temps, puis elle a disparu pour faire place à autre chose. De la même manière, pourquoi rester fixé sur la notion de nation comme si la France ne pouvait exister sans être une nation ?

 

parce que c'est la réalité, un sentiment naturel (qui a grandit petit à petit au fil des siècles depuis Bouvines) et la conscience du "nous".

 

Est-ce à dire que la France n'existait pas avant Bouvines ?

 

La France juridico-institutionnelle ? culturelle ? spirituelle ? ou géographique ?

 

Naaann. Aucune d'entre elles. Je ne me place pas vis à vis d'elles. Le sujet ne le traite pas. Il s'agit de sentiment national. La fierté par exemple en découle.

 

D'autre part il me semble que vous ne voyez que l'accroissement de ce sentiment. Mais vous oubliez un certain amoindrissement récent dont il faudrait, en bonne logique, tirer les conclusions inverses de celles que vous tirez de l'accroissement.

 

Le sentiment national a évolué au gré de l'histoire. Il a fluctué. La nation est un ordre naturel spontanné, charnel, qui peut prendre différentes formes, différentes intensités, parfois assez laches (décentralisation), parfois resserrées (en cas de guerre)...C'est un peu comme l'amour. Au boulot ou avec des amis dans une soirée, vous oubliez un peu "la bien-aimée" ;-)

 

Aujourd'hui, il s'agit de disparition pure et simple du sentiment national car il s'agit de l'extermination pure et simple des êtres vivants qui ressentent et consituent par leur vie, ce sentiment.

 

Nier l'existence de ce sentiment, c'est recommancer le coup du drapeau blanc... Mais aujourd'hui, combattre contre la survie de ce sentiment et son existence équivaut, en plus, à la substitution du peuple français par d'autres venus des quatre coins du monde.

 

Dans le monde entier les nations reculent, au profit d'organisations nouvelles : organisation encore sans nom dans les pays anglo-saxons les plus avancés dans leur mouvement, organisation clairement ethnique ou religieuse dans d'autres pays  (Chine, Afrique, pays arabes), au profit d'une pensée civilisationnelle parfois (Inde). (vous avez oublié de complèter la description du phénomène... je complète donc) => "au profit d'une seule super-Nation qui a gardé, elle, précisément toutes les caractéristiques de la Nation : les Etats-Unis d'Amérique."

 

Non : relisez Zinoviev. Les Etat-unis ne sont ni un pays, ni une nation : c'est une supra-société, la seule qui reste des deux qui étaient en compétition. Si la France ne s'était pas ridiculement tournée pendant des siècles vers l'Europe au lieu de se tourner vers l'Océan, elle aurait conquis l'Amérique et la supra-société du moment ce serait elle. Ajoutons Que la france continue de se tourner absurdement vers l'Europe.

 

... ça se discute... J'ai gardé souvenir d'un courriel du Lieutenant qui décrivait bien il me semble les principaux caractères de cette grande nation que sont les Etats-Unis. Il l'avait écrit au lendemain du 11 septembre... Vous vous souvenez Lieutenant des Belges ?

 

Tenez S du Roi...

 

A la place de Jimmy Endrix, écoutez voire un peu Bruce Springsteen ;-)

 

Pour plagier Viguerie, croire que la nation comme en 1920 a encore une pertinance aujourd'hui - quelles que soient les théories mises dessous - n'est-ce pas danser autour d'un cadavre ?

 

si, d'une certaine manière, mais un vieux monsieur avec un chapeau ridicule mais bien vivant et riant, tape dans ses mains juste à côté de vous pour vous donner le rythme, et il vous regarde crever : c'est Oncle Sam ! ;-)

 

Faut-il alors croire que sans le vieux monsieur qui tape,dans ses mains le cadavre ressusciterait ?

 

Tour d'abord, y aurait plus de réjouissance. Il n'y aurait plus, de même, de meutrier ou d'empoisonneur, voire de charognard.

 

Admettons que la nation soit morte. Ressusciterait-elle ?

 

hmmm... :)))

 

Vive le Christ Roi !

 

;-)

 

Disons que tant que les hommes resteront ce qu'ils sont, elle ne mourra jamais... ou plutot se reconstituera toujours... tout comme, malheureusement, les forces du chaos qui ont toujours existé et qui existeront toujours...

 

Pour en revenir à la nation française, pourquoi voulez vous que ce que les Rois de France ont créé soit incompatible avec la royauté moderne ? Si celle-ci s'est adaptée à bcp de bouleversements, alors pourquoi voulez vous qu'elle ne puisse pas retrouver la nation qui lui fut arrachée avant de lui être opposée puis identifiée comme une incompatibilité, incompatibilité que rien ne justifie si ce n'est l'idéologie ?

 

De plus, pourquoi vouloir la mort et la disparition de la nation ? Qui la souhaite d'ailleurs aujourd'hui ? ceux-là même qui l'ont instrumentalisée hier contre le Roi et qui souhaite aujourd'hui la disparition définitive de toute référence au nom même de "France".

 

Ne doit-on pas remarquer d'ailleurs que la nation a son apogée avec la révolution ? que la mystique nationale n'a jamais mieux cohabité qu'avec la mystique révolutionnaire ?

 

la Nation ne fut qu'un outil tranformé en idée qu'ils ont depuis peu abandonné au bord du chemin, outil que le Roi avait laissé filé et n'avait pas su retenir. A nous de le reprendre.

 

Les outils changent, ils ne sont pas des buts, mais seulement des moyens.

 

ben je vous le fais pas dire...

 

le sentiment national, qui n'avait rien de politique, fut instrumentalisé, manipulé, exacerbé suivant les intérets, parfois idéologiques, des uns et des autres (philippards, républicains, bonapartistes, ma belle-soeur, etc). Il suffit à notre tour de se servir de cette chaleur humaine, de cette vie, cette foi(s) avec une finalité royale.

 

une nation, en réalité, n'est pas une idée, c'est un être vivant. Vous pouvez donc la tuer...

 

Non, ce n'est pas un être vivant. Ce qui vit, ce sont les hommes, tantôt réunis en nation, tantôt pas. La nation n'a donc rien d'absolu ni d'indépassable.

 

peut-on dépasser l'ordre naturel ? je ne le pense pas. On peut le nier, mais on y revient toujours à termes... peut pas faire autrement. Mais la nation n'est en rien, je crois, "absolue"... rien sur cette terre n'est "absolu" dans le sens "d'entier" ou de parfait... C'est juste "comme ça". La famille non plus n'est pas parfaite... connaissez vous une famille parfaite ?

 

Bref : la nation est-elle le seul cadre possible d'existence de la France. Pour moi je réponds non.

 

ce n'est pas un cadre, c'est un support.

 

Si vous voulez. Est-ce encore un support pertinent ? tant qu'on ne me l'aura pas démontré autrement qu'avec une rhétorique façon fin XIXe, guerre de 14 ou au mieux Vichy recalibré de Gaulle, je ne le croirai pas.

 

c'est comme si vous vous interrogiez de savoir si un cours d'eau naturel est pertinent ou pas...

 

tout ce que je sais, c'est que j'ai jamais trop apprécié les canaux...

 

J'entendais français XVIIIe, Mac Guffin...

 

Mac Guffin est français de toujours... ;-)

 

c'est à dire anglophile et faisant son voyage d'Amérique... Mais il y a un moyen de me rendre moins atlantiste : que la France ait une armée, qu'elle ose s'en servir sans états d'âme, et qu'elle poursuive ses intérêts et exclusivement eux sans aucune considération humanitaire ou pseudo-chrétienne-pleurnicharde pour appeler les choses par leur nom. Bref, que la France fasse comme les Etats-Unis. A défaut je serais preneur d'un Sharon.

 

tiens, j'ai l'impression de lire quelqu'un d'autre !... ;-)

 

cf ci dessous :

 

Quand ce sera arrivé, je croirai l'OTAN superflu. En attendant, je reste otaniste...

 

Vous finirez le peniste ! ;-))

 

Extraits de la conférence de presse tenue vendredi 14 décembre à saint-Cloud :

 

Jean-Marie Le Pen a noté que les euromondialistes qui dirigent notre pays « s’en remettaient aux Etats-Unis » pour tout ce qui concerne notre politique étrangère. Une démission de notre diplomatie et un asservissement au Nouvel ordre mondial dont on a eu l’illustration au moment de la guerre du Golfe, qui a vu la France participer à la croisade américaine contre un pays ami. Un scénario qui s’est répété en 1999 en Serbie, «  la France a participé à la mise en place d’une tête de pont islamique dans les Balkans ; actuellement la France se couvre de ridicule en jouant les pauvres supplétifs de Big brother, l’une des raisons principales du conflit afghan étant la satisfaction des intérêts pétroliers anglo-saxons. Parallèlement, on assiste avec la complicité du « gouverneur Chirac », à un affaiblissement programmé de l’armée française »  dont « le seuil d’inefficacité est déjà atteint ». Le candidat des patriotes a aussi rappelé un évènement passé inaperçu aux yeux du grand public, à savoir la conférence de l’OMC qui s’est tenue à Doha (Qatar) laquelle a entériné le souhait de Washington, « d’éliminer l’agriculture européenne au profit des pays de l’hémisphère sud », sans que les dirigeants européens ne s’y opposent vraiment. (...) Il a également noté que les récentes manifestations de gendarmes et de policiers étaient « révélatrices d’une fin  de règne », « le reflet d’une atmosphère plus générale de déliquescence et d’anarchie » et que jamais  « le parallèle entre la Rome décadente du Vème siècle et la France d’aujourd’hui » n’avait été aussi vrai. » (...) Il a enfin rappelé que « l’homme n’est pas bon par nature » et qu’il « lui faut des règles, surtout à la sombre époque  dans laquelle nous sommes plongés, où les pertes de repères moraux et sociaux n’ont jamais été aussi grands ». « Le cœur du mal français est intellectuel et moral, la classe politicienne étant englué dans le politiquement correct et la pensée unique »

 

Fin de la communication.

 

Message du Schtroumpf du Roi suite à cet échange, le 18/12/2001 :

 

Mais je ne veux pas la mort de la nation, de la France et du petit cheval en plus !... seulement, à force de défendre une conception extrêmement datée (en gros le XIXe, toujours lui décidément bien funeste comme siècle, et ses prolongements dans le XXe) ne risque-t-on pas de se retrouver dans la peau de ceux qui sous Philippe le Bel regrettaient la monarchie de Saint Louis ? Peu m'importe que la France qui doit survivre dans le monde de demain, et je suis quand même un peu intéressé à ce qu'elle y survive plutôt pas trop mal, réponde aux desiderata des uns ou des autres qui veulent qui sauver la nation, qui sauver la patrie, qui sauver je ne sais quoi qui leur a plus dans le passé. De toutes façons les changements du monde sont tels que si la France survit ce ne sera pas sous ces formes anciennes et datées il me semble. Aussi je laisse pointer un certain agacement quand on me rabat les oreilles de ces formes poussiéreuses, de ces ombres qui sont nées dans des circonstances autres que les nôtres et encore plus éloignées de celles de demain en refusant d'envisager autre chose simplement parce qu'on ne comprend pas bien ce qui se passe. Les hommes de la Renaissance comprenaient-ils ce qui leur arrivait ? non, la preuve en est qu'ils ont voulu à toute force maintenir les structures plus anciennes. Et que malgré leurs efforts ils ont été emportés, parce qu'on ne fait pas de digue contre un raz-de-marée... résultat, certains pays ont été très en avance, d'autres beaucoup moins. La France à l'époque, en grande partie grâce à quelques rois qui ont été très admirables (je pense en particulier à François Ier) ne s'en est pas trop mal sortie.

 

(On remarquera au passage que François Ier était un roi qui regardait précisément vers le large plus que vers l'improbable hinterland européen où allaient s'exténuer Louis XIV et Louis XV avant que Louis XVI ne revienne bien tard à une vision océanique du rôle de la France. Chose qui se répète aujourd'hui  puisque la France a le 2e domaine maritime du monde mais n'en tire aucun avantage, obnubilée qu'elle est par l'absurde construction européenne qui ne pourra jamais construire qu'une Europe allemande en raison même de la géographie, passons...)

 

Je sais bien qu'il est confortable de se rattraper au passé quand le monde va trop vite, mais on ne peut pas en descendre pour autant.

 

Que direz-vous quand il faudra remettre en cause la notion de territoire ? (et ça vient, n'en doutez pas... non en raison d'un complot obscur et anglo-saxon, mais parce qu'il sera demain plus important de posséder des points et les lignes de communication qui les relient qu'un territoire au sens ancien du mot)

 

Pardon de prendre encore le même exemple caricatural , mais je l'aime bien : quand Lockheed fait sérieusement des plans pour faire extraire par des nano-machines de l'oxygène de la roche martienne, que voulez vous que la France puisse faire si tout ce qui la préoccupe c'est de rester doctrinairement sur des concepts qui datent d'un siècle ? Encore une fois, la France ne sera pas indépendante demain parce qu'elle aura ressassé je ne sais quelles idée et qu'elle sera remontée à je ne sais quelle source pure d'unité, objet de tous les fantasmes nationalistes depuis 62.. non pardon 45... non, encore pardon, depuis l'affaire Dreyfus... ou alors depuis la guerre de 70 ?... enfin j'sais plus :o) Savez vous par exemple que le peuple macédonien a une grande conscience de son unité nationale, avec flonflons, hymnes, poèmes épiques nationaux, et l'oeil sourcilleux pour défendre tout cela au nom d'Alexandre le Grand, qu'ils disent... Et après ? est-ce que ça fait de la Macédoine quelque chose d'autre qu'un vague escarpement balkanique dont tout le monde se contrefout tant qu'aucun trajet d'oléoduc ne passe dessus ?

 

La France sera indépendante non si les hommes qui la composent rêvent de la nation et en entretiennent le feu sacré ou je ne sais quoi, mais sera indépendante si elle est forte et riche. Et cela n'en prend pas le chemin, et aucune mystique nationale du monde ne pourra ralentir le déclin : une armée, et de l'or. De l'or pour avoir une armée, une armée pour avoir de l'or. Les américains l'ont compris : ils ne sont pas méchants à vouloir notre perte, simplement ils poursuivent leurs intérêts, et comme de notre côté nous n'osons même plus je ne dis pas défendre mais seulement identifier les nôtres, eh bien ils avancent quand nous reculons. C'est un effet presque mécanique.

 

Pour Springsteen, non, décidément... je préfère Hendrix... un peu comme vous avec le Dalwhinnie... :o)

 

Message de D Farel du 19-12-2001 :

 

Pour moi la nation n'est pas une idée, et encore moins révolutionnaire, mais un terme qui désigne une réalité charnelle indispensable à l'homme. Le terme de "nation" pour désigner la France est bien antérieur à la Révolution et aux folies des Lumières. Jugez-en :

 

 «Si la grande piété qu'avec les nobles Français vous avez toujours, avec tant de valeur, montrée à l'endroit de votre patrie & de vos Roys, lesquels vous avez par dessus toute autre nation, révérés comme vraies images du Dieu vivant.»

S. BANOUY, Apologie ..., 1596, p. 3.

 

Au cours du 17e siècle, les distinctions entre nation et État se définissent:

 

(1684) - (Nation) se dit d'un grand peuple habitant une certaine étendue de terre, renfermée en certaines limites ou sous une même domination.

(État): royaumes, provinces ou étendues de pays qui sont sous une même domination.

FURETIÈRE, Essai d'un dictionnaire universel.

 

Dix ans plus tard, l'Académie française attache, à la notion de nation, l'idée de communauté de langage:

 

(1694) - (Nation) est constituée par tous les habitants d'un même État, d'un même pays qui vivent sous mêmes loix et usent de même langage.

(État:) le pays qui est sous une même domination.

Dictionnaire de l'Ac. fr.

 

Louis XV déclare en 1766:

 

«L'ordre public tout entier émane de moi: Que j'en suis le gardien suprême: Que mon peuple n'est qu'un avec moi; et que les droits et les intérêts de la nation, dont on ose faire un corps séparé du Monarque, sont nécessairement unis avec les miens, et ne reposent qu'en mes mains.»

 

(Procès-verbal de ce qui s'est passé dans la séance du Parlement de Paris, tenue par le Roi le 3 mars 1766, p. 7»

 

La Nation ne se résume pas non plus à l'actualité ; c'est pour moi une continuité, un héritage. Etre nationaliste est un devoir de tout Français quand les institutions sont défaillantes.  Je me permet de citer mon ami Jean L. qui nous rappelait récemment dans une petite conférence pour l'association St Michel Archange :

"Nous sommes nationalistes parce que nous savons que jamais l'individu ne constituera une unité sociale. Ce n'est que dans la famille, le métier puis la patrie que le petit homme deviendra l'animal social et politique qu'il était en puissance à sa naissance. L'individu demeure le plus insolvable des êtres. Il est accablé par l'immense héritage dans lequel il évolue, il ne peut que constater son immense dépendance envers cette terre qui l'a nourrie, envers les cadavres qui sont sous ses pieds. C'est pourquoi la démocratie est une imposture, car elle ne fait pas voter les morts, ni les enfants futurs. Or depuis deux siècles, l'homme moderne entend se construire une société en mettant de côté l'antique cimetière dont nous sommes les héritiers. Immense orgueil de la Révolution! Seul le recours à l’humilité pourra conjurer le dessein de l’homme moderne.

 Humilité envers cette civilisation sans laquelle nous serions démunis, humilité envers ces cadavres qui ont fait la France. Le nationalisme rejoint ainsi tout naturellement le catholicisme, lequel abhorre cet homme qui se divinise. Le nationalisme tel que nous l'entendons est donc l'exacte Contre-Révolution. Il secourt l’individu effrayé par sa solitude. Il est ce soulagement qui s'épanche sous la plume d'un Barrès  qui écrit "l'individu s'abîme pour se retrouver dans la famille, dans la race, dans la nation". L'existence de la nationalité éclate ici dans toute son importance. Elle est une modalité de l'état naturel de l'homme qui est de vivre en société. Elle est presque nécessaire à l'accomplissement de la vie chrétienne, car l'accomplissement des vertus est subordonnée à la vie sociale" 

[D'ailleurs comme nous l'a fait remarquer P. Ploncard d'Assac, le Christ commande à ses disciples d'aller et d'enseigner toutes les Nations. Il n'a pas, en l'occurrence, demandé d'enseigner son prochain, ni l'humanité entière, mais tous les humains par le biais des nations, même si le terme n'avait pas forcément la même acceptation qu'aujourd'hui]

 

"« Nous sommes ce que vous fûtes, nous serons ce que vous êtes » dit ce chant spartiate qui résume si bien la démarche nationaliste"

 

Enfin le terme "nationaliste" fut employé pour la première fois par Adam Weishaupt, chef de la secte maçonnique des Illuminés (acteurs essentiels de la Révolution dite française). Il désignait par là ses ennemis, les opposants à la Révolution, partisans de la nation "traditionnelle".