DEVOIRS ET DROITS

 

Je viens de lire une citation de Chateaubriand qui me fait beaucoup méditer, aussi j'aimerais avoir votre avis sur ce qu'il dit... Dans notre société actuelle, nous n'entendons plus parler que de droit avec des simplistes réflexions tel que:"C'est mon droit", mais Chateaubriand dit, lui, "C'est le devoir qui créé le droit et non le droit qui créé le devoir". Je me demande par quels arguments je pourrais compléter cette citation ou si des personnes d'entre vous ne seraient pas d'accord et pourquoi. répondez-moi c'est important pour ma culture, merci...

 

 Romain (VR) 28-02-2002.

 

" Séparez l'homme de sa famille, de sa nation, de son métier, dites-lui qu'il est roi, dites-lui qu'il est Dieu, et enivrez-le de l'idée de Justice, vous verrez de quel cour il comptera les torts qui lui seront faits et quelles pourront être ses indulgences pour les torts qu'il lui arrivera de faire à autrui ! Ce juge est trop partie, une partie trop intéressée et trop passionnée pour qu'il soit raisonnable de lui déférer théoriquement tout litige. Celui qui se reconnaît tous les droits commence par imposer au monde entier tous les devoirs, sans oublier les sanctions qui correspondront à tout manquement. Là est la vraie folie de l'individualisme révolutionnaire, qu'il soit politique, social ou moral. Il est impossible qu'un animal aussi sensible, aussi triste, aussi vulnérable que l'homme, une fois placé sur l'autel intérieur que lui érige la dogmatique libérale, ne se croie pas, neuf fois sur dix, le créancier de ses semblables et de l'univers, au lieu que le plus misérable est au contraire leur débiteur à l'infini ! Cette illusion de la créance sur la société ne peut être qu'encouragée par l'absurde métaphysique des Droits. "

Charles Maurras in Mes idées politiques, Principes, Le droit et la loi.

 

André Clert (VR), 1er mars 2003.

 

Sans nullement polémiquer, je crois qu'il faut se rappeler une première distinction.

Pour nous, pour nos contemporains, un droit et un devoir sont deux facettes du même lien juridique. le droit bénéficie au créancier, dans la mesure du devoir (de l'obligation) du débiteur. Soit. Mais cela n'est qu'un raisonnement.

Une autre approche dans la société traditionnelle, peut se rencontrer : il n'existe aucun devoir qui ne soit en même temps un droit, et réciproquement. Ainsi, si le chef a le droit de commander au combat, il en a aussi le devoir ...

Et si ses subordonnés ont le devoir de lui obéir, c'est parce qu'ils ont le droit d'attendre ses ordres.

 

Ber.Bre (VR)

 

Pierre Van Ommeslaeghe nous avait transmis le 20-02-2002 un intéressant texte de Simone Weil, sur ce sujet, il est repris en chapitre 4 (éthique) du site des textes Vexilla.

Il exprime une différence de nature entre devoirs et droits  : "La notion d'obligation prime celle de droit, qui lui est subordonnée et relative. "

D'un point de vue catholique, on pourrait souligner l'aspect transcendantal du devoir qui relève de Dieu et du droit naturel. Si un devoir existe pour les uns vis-à-vis des autres, cela revient à une sorte de droit pour les autres, mais la nature de ce droit est inférieure au devoir, il n'est qu'une sorte de conséquence. Les droits sont l'empreinte en creux du devoir. Le non respect du devoir ne justifie pas la réclamation du droit, mais celle du châtiment de celui qui néglige ses devoirs. Le mendiant n'a pas un droit à l'aumône même si la charité est un devoir. Le droit sous ce point de vue est celui qui ne concerne pas l'homme qui a charge du devoir, mais les autres.

Si l'on considère par ailleurs les droits qui découleraient des devoirs pour celui qui satisfait à ces devoirs, ces droits sont aussi de nature inférieure au devoir. Celui-ci est absolu et garde sa valeur qu'il soit reconnu ou non. Le Texte de Weil aborde aussi ce point de vue et indique justement que le droit découle du devoir satisfait mais aussi d'autres conditions de reconnaissance ou de nature. Chez une personne, le devoir est une condition nécessaire mais pas suffisante pour les droits de celle-ci qui demandent la reconnaissance de ses pairs et certaines conditions (de naissance ou de nationalité par exemple).

 

Le Lieutenant (VR) 1er mars 2003.