DOCTRINE SOCIALE

 

Débat suite à la publication du texte du comte de Paris  sur l'attentat du WTC

 

Texte indiqué par Cocarde Noire (VR) :

 

UNE TOUR DE BABEL A   ETE   DETRUITE

 

    Les mots sont pauvres pour décrire l'horreur. Les mots demeurent vides pour circonscrire la magnitude du malheur d'un peuple. Restent les larmes du cœur, la peine de l’âme et le silence d’un moment de recueillement planétaire.

    Passé l'instant de révolte impuissante, la raison doit reprendre les rênes. Les questions alors affluent.

 

    Le symbole du capitalisme triomphant, de la dictature de l'argent vient d'être soufflé comme une chandelle. L’Occident envisage de se venger du bras armé qui a commis l'inqualifiable, sans vouloir pour autant remonter aux causes profondes qui ont fait naître et croître cette révolte.

    Notre civilisation agonisante a engendré par son comportement le fossé de plus en plus infranchissable séparant les riches de plus en plus riches des pauvres de plus en plus pauvres. Puis, afin de contenir les métastases de ce nouveau cancer, on a enfermé des peuples, des populations entières, dans des ghettos, dans des banlieues, dans des camps de réfugiés, tels la bande de Gaza ou les mouroirs du Rwanda, et d'autres encore.

 

Plus d’avenir pour ces jeunes, pas de travail, aucun respect de cette part d'humanité, d'étincelle divine, qui vit en chacun de nous. Alors mieux vaut, au final, la mort pour une « belle cause », si perverse soit-elle. L'au-delà plutôt que le présent. En 1993, je posais la question à un grand dirigeant socialiste « Que faire contre le chômage? » « Ne vous leurrez pas - me dit-il - de toutes façons trente pour cent de la population, en France comme en Europe, seront jetés sur le bord du chemin et une poignée réussira dans la course au mondialisme, c'est inéluctable ».

 

Nous vivons ces jours-ci les retombées perverses de « l’inéluctable ». Si nous ne modifions pas nos pratiques et nos comportements, alors nous assisterons dès maintenant aux prémisses d’un drame qui pourrait devenir planétaire. Nous récolterons des larmes et du sang si nous ne rétablissons pas les valeurs ontologiques qui nous furent enseignées depuis des millénaires. La recherche effrénée de l'argent a en effet ses limites. Vouloir gagner un défi financier est compréhensible mais pas aux dépens des peuples. Car la vraie politique, la seule digne de ce nom, la seule que je puisse concevoir, est celle qui se met au service du prochain, au service de toutes les communautés. Son fondement est éthique. C’est la responsabilité supérieure à l'opposé du pouvoir fondé uniquement sur l’égoïsme et l’argent.  Il est à croire que certains de nos dirigeants n’ont jamais étudié l'Histoire de France et encore moins celle de nos rapports avec le monde islamique. Toutes les alliances conclues avec l'Islam depuis les croisades, en passant par François Ier jusqu’à Louis-Philippe et Napoléon III, le furent avec les califes, chefs spirituels et religieux, orthodoxes sunnites, mais jamais avec les chiites, hérétiques dissidents. En l’an 1095, une délégation de l'Ordre du Temple était allée sonder les intentions d’Ibn Sabbah dans sa forteresse d'Alamut, près du mont Elbrouz. Ce dernier leur indiqua un de ses jeunes disciples qui se tenait près d'une fenêtre dominant un à-pic de quatre cents mètres. Il lui donna l'ordre de se jeter dans le vide … ce qu'il fit. Faisant face à ses interlocuteurs chrétiens, le « Vieux de la montagne » - ainsi le nommait-on - leur dit : « Ne vous y trompez pas, j'en ai des milliers ainsi ».

 

C’était le chef suprême d'une organisation secrète que l’on appelait « la secte des assassins », du mot « hachisch », drogue que cette confrérie utilisait pour entrer en transe « religieuse » afin de perpétrer les ordres de mort reçus du chef suprême chiite. En déstabilisant l'équilibre entre sunnites et chiites, c'est-à-dire en accueillant sur le sol de France un imam chiite, l’ayatollah Khomeny, nos responsables politiques de l’époque ont ouvert la boîte de pandore et, avec l'aide de la CIA, nous avons renforcé le fondamentalisme islamique pour lequel les ennemis héréditaires sont les chrétiens et les descendants des califes (dont il n'a jamais reconnu la légitimité), les rois arabes, tous les rois arabes.

 

    Ben Laden est le produit de ces erreurs, le descendant spirituel du « Vieux de la montagne » et, peut-être le croit-il ou le fait-il croire, la réincarnation du mythe chiite, celui de l' Imam Caché qui viendra sauver le monde à la fin des temps en le convertissant à la vraie religion, pour lui apporter justice, paix et félicité.

    On ne fait pas la guerre à un mythe. Il faut éteindre, étouffer cette flamme, pour qu'elle ne ravage pas tout sur son passage, d'autant plus que l’Occident l'a armée avec des moyens sophistiqués ultra modernes afin, à l’époque de contrer les soviétiques. Stratégie à courte vue.

    Comme pour un incendie, il faut construire des pare-feux et lancer au bon endroit des contre-feux.

    Ainsi, il est urgent de renforcer nos alliances avec toutes les royautés arabes sunnites. Il y va de la survie de l'Occident comme celle de ces royautés. Dans le même temps, il faut exiger d'Israël une paix juste et équitable avec les Palestiniens et créer les conditions nécessaires à une vie décente pour ce peuple.

    Enfin, il faut réactiver un vieux dossier, celui de nos rapports Nord-Sud. Investir dans les pays d'Islam et dans ceux du tiers-monde afin d’y stabiliser les populations.

    En France même, nous aurons des décisions à prendre et des actes forts à accomplir. Les problèmes des banlieues, de l'immigration sauvage, du chômage et de la drogue, doivent être réglés vite et dans un esprit de justice. Notre vie de demain dépend des choix et de la volonté de tous ceux qui sont conscients de la complexité de cette nouvelle donne. Ils doivent comprendre la nécessité d'assumer leurs responsabilités. 

Henri, Comte de Paris, Duc de France

15 septembre 2001

 

Frank Gérardin écrivit le 21-09-2001 :

 

Le passage le plus pertinent de votre message est son titre, qui fait une allusion fine & délicate à l'un de nos plus beaux opéras français.Le reste est un tissu de contre-vérités indigne des mots-croisés de Minute.NON, les monarchies saoudiennes ne financent pas en tant que telles les réseaux terroristes. Elles financent des mosquées & les écoles coraniques, ce qui n'est guère plus rassurant à long terme mais ce qui n'est pas du terrorisme. Les Arabes qui financent sont des milliardaires, princiers ou non, qui s'opposent aux moeurs des régimes en place, employant leur argent à de l'action sociale pan-islamique & au soutien de réseau du type d'Al Qaida. La famille Jaber & la famille Seoud ne sont tout de même pas assez cons pour entretenir ceux qui rêvent de les lourder des lieux saints pour y instaurer une république islamique purifiée !

OUI, il subsiste dans le monde un grave problème Nord-Sud, un grave problème riches-pauvres qui est très-exactement matérialisé par les flux migratoires & la carte des peuples agités. Ce n'est pas parce que c'est un poncif que c'est faux.NON, le capitalisme américain ne saurait constituer un modèle social acceptable pour nos esprits européens catholiques. Et je ne parle pas de nos curetons syndiqués à la CFDT mais des leçons d'Albert de Mun, de La Tour du Pin & de tous les légitimistes - les vrais - que nous connaissons.J'épargne à noa amis de la liste la glose complète de votre glose : tout y est de la même veine péremptoire & sophistique.Comme je ne pense pas, d'ailleurs, que j'aurai un jour prochain le plaisir de gloser sur un texte de géo-politique de don Luis, je préfère clore ici mes interventions sur la question.A vous lire, & sans rancune.

 

le Schtroumpf du Roi (VR) écrivit le 24-09-2001 :

 

Pour opposer quelque chose au communisme et au capitalisme dans une hypothétique 3e voie, il faut qu'elle existe. Je demande seulement : où a-t-on vu du catholicisme social jusqu'ici ? et accessoirement : où a-t-il fait la preuve qu'il est meilleur que le capitalisme pour nourir les hommes ?

Même pour une utopie catholique, je préfère ne pas avoir affaire à des utopies : un siècle entier qui en a été infesté aurait dû définitivement nous en guérir...

L'utopie, ce sont les cadavres au bout : pas de raison que l'utopie catholique soit meilleure que les autres...

 

Frank Gérardin (VR) écrivit le 25-09-2001 :

 

Il ne s'agit pas d'opposer un système à d'autres, mais de tempérer le principe de la libre entreprise par des mesures sociales dont l'intuition & l'application par quelques gouvernements souvent de gauche ont fait la grandeur de nos catholiques sociaux & la honte de la droite & du patronat prétendus chrétiens qui s'y sont opposés à toute force depuis la Restauration jusqu'à nos jours.

 - L'interdiction du travail des enfants.

 - L'interdiction du travail nocturne des mères de famille.

 - La semaine de cinq jours avec dimanche non ouvré.

 - Le droit d'association & de libre circulation des salariés.

 - Le principe du secours mutuel.

 - Le principe de la possession d'un métier.

 - Le salaire minimal décent.

 - Les congés payés.

 Ces mesures - d'Albert de Mun, de La Tour du Pin & des autres, qui furent autant de propositions de lois rejetées par la droite bourgeoise ou emborgeoisée - ne sont ni une douce utopie ni, surtout, contraires à nos principes. Elles sont en revanche une amorce de réparation estimable au criminel libéralisme bourgeois qui sévit dans les pays de capitalisme non réglé. Et puis, quelle leçon des chambordistes - les vrais - contre les orléanistes - ceux de l'époque !

 

Paul le Hérisson (VR) intervint le 25-09-2001 :

 

Si je peux me permettre de m'immiscer dans ce débat, je rappellerai ce que Simon Weil écrivait : "le social est irréductiblement le domaine du Démon" et, un peu plus loin, "c'est un nous [le social] qui veux dire je".

Je crois qu'il y a un problème de terminologie et que les mots sont d'une grande importance. Ce que nous appelons aujourd'hui "social" regroupe trois choses :

1) l'ancienne charité chrétienne,

2) l'idée de la solidarité des hommes entre eux et pour eux,

3) un habillage moral pour des idées qui le sont moins. Ces trois éléments sont inégalement répartis suivant qui se réclame du "social". Chez nos socialistes, c'est la troisième catégorie qui domine ; chez les catholiques sociaux, c'était la seconde car pour, eux, cette solidarité pouvait se substituer à la Providence. Il y avait chez eux quelque chose qui faisait écho à "l'homme-Dieu" de Feuerbach... Et que dire de ceux où la première catégorie, celle de la charité chrétienne, est la plus forte, me direz-vous ? La charité ne se partage pas. Elle est don simple sans "pensées de derrières". Elle exclut tout autre pensée et, sans mélange, il n'est plus nécessaire de l'habiller d'un nom devenu inutile - catholicisme social - et il suffit de l'appeler absolument Charité.

Certes, cette Charité ne fut pas toujours pratiquée avec autant de vigueur qu'il le fallait, surtout au XIXe siècle qui avant d'être stupide fut injuste. Mais il me semble une erreur de vouloir remplacer une belle et bonne chose, certes un peu oubliée, par un mensonge qui serait présent à l'esprit. Les justes mesures que vous attribuez aux catholiques sociaux ou à la gauche - et après tout, n'est-ce pas la même chose ? - ne furent que les fruits de la résurgence de la vieille Charité chrétienne qui n'était, alors, pas encore entièrement étouffée. Ce ne furent pas des nouveautés, mais des restaurations. Ce ne furent pas des progrès, mais des retours en arrières. Car il y a antériorité de la vérité sur le mensonge.

Là où vous avez parfaitement raison, c'est quand vous dénoncez les idéaux bourgeois. Mais, ces bourgeois étaient-ils de droite ? Je précise, étaient-ils de droite comme - je ne sais pas - Chirac est de droite ? Dans ce cas, c'est le nom de Droite qui est galvaudé.

Là encore, j'en reviens aux mots.

En d'autre terme, le "catholicisme social" est une hérésie, c'est-à-dire, un choix fait parmi ce qui est vrai. Il est une déformation de la charité et en cela, il est comme toutes les hérésies : une vérité tronquée.

Relisons Léon Bloy.

Paul le Hérisson qui pense comme Koestler pensait en substance : "il vaut mieux se battre pour les demis-vérités capitalistes que pour le mensonge absolu communiste"

P.S. : Je m'excuse d'avance pour leurs inexactitudes, mais les citations ont été faites de mémoire...

 

Le Schtroumpf du Roi (VR) répondit à Frank, le même jour :

 

Mais mon cher Franck, vous vous placez sur un terrain (je n'ose dire un terreau ou un compost) moral qui n'est pas du tout celui dont je parlais.

Qu'ici où là quelques mesures pas trop mauvaises, voire de simple bon sens, aient été prises à l'initiative de catholiques royalistes, c'est fort possible et point ne le contesté-je.

Reste que les mesures que vous évoquez ne forment pas un système cohérent, loin de là. Aussi quand on me rabat les oreilles avec la doctrine sociale de l'Eglise qui serait à appliquer pour que tout aille mieux, je les ai qui s'échauffent, les oreilles.

Pour tout vous dire, ça m'a furieusement l'air de ressembler à ce que chez d'autres on appelle "le règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ". Je n'ai jamais réussi à savoir ce que c'était. J'ai eu beau chercher, et cela m'arrive encore...

Exemple : à Chiré, une petite dame m'a dit ne pas vouloir voter parce que cela allait "contre l'avènement du règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ". Elle l'a dit en prenant une grande repiration avant, pour bien être sûre d'arriver au bout de sa phrase. Je n'ai pas voulu lui dire que je ne comprenais pas de quoi elle parlait, comme si elle proférait le nom d'un fétiche ou d'une idole, d'une entité abstruse et problématique. Une sorte de dahu dogmatique. Je n'ai pas voulu lui conseiller de lire Dostoïevski non plus et ses histoires à base de grand inquisiteur et de parabole. J'ai cherché pendant une bonne partie du retour en train ce qu'elle voulait dire. Mais je n'ai pas trouvé. Poitiers-Montparnasse ce n'est pas assez pour trouver de réponse à ces choses. J'ai conclu qu'elle se livrait mystérieusement à une perroquetterie insensée. Peut-être ai-je tort...

La "doctrine sociale de l'Eglise" c'est pareil. je ne comprends pas. Un bêteblocage sans doute...

D'abord il me semble que si l'Eglise s'occupait un peu plus des âmes et un peu moins de la société, les églises seraient plus remplies. C'est une remarque générale, mais qui me semble de bon sens.

Ensuite, de royaume qui n'est pas de ce monde en rendus à César, il me semble que Notre Seigneur Jésus-Christ, précisément, a proféré quelques mises en garde générales contre la tentation pour l'Eglise de trop se mêler des affaires de ce monde.

Que l'Eglise dise devant une situation insupportable qu'elle est insupportable est contraire aux principes évangéliques, c'est son rôle. Qu'elle se mêle en amont d'organiser toute la société en vertu de ce qu'elle dit conforme à l'Evangile, c'est déjà plus contestable. Qu'elle se mêle enfin d'organiser la société selon des principes humanistico-droidlomistes au nom de l'Evangile c'est encore pire.

Car je vois une continuité entre ces deux dérives : c'est parce que l'Eglise a commencé à se mêler trop des affaires du monde qu'elle est tombée dans le travers moderniste. Elle s'est mise à voguer au gré des idées du moment, les habillant plus ou moins bien de pureté évangélique. C'est comme ça qu'un prête de la FSSPX en Argentine doit, quand il parle de l'Eglise à des jeunes officiers de la marine, leur expliquer en préambule que le marxisme n'est pas la doctrine de l'Eglise catholique, contrairement à ce qu'ils croient. Et que l'Eglise n'est pas une sorte de parti politique qui poursuit des buts sociaux.

Savoir si les femmes ont ou non la possibilité de travailler la nuit, si les enfants peuvent ou non travailler, ce sont des problèmes d'organisation

sociale. Les catholiques ont sans doute leur mot à dire en tant qu'ils sont catholiques sur ces sujets. Mais les catholiques ne sont pas l'Eglise, ces catholiques ne sont pas que catholiques, et ladite Eglise n'a pas à engager son autorité dans ces domaines. Sauf à vouloir qu'elle se mêle de tout et que la société soit entièrement et exclusivement orientée par des idéaux religieux, ce que nos rois ont, justement, toujours combattu.

 

Frank Gérardin répondit le 25-09-2001 :

 

Mettons que nous soyons globalement d'accord.

Je ne parlais du reste pas de la doctrine sociale de l'Eglise mais de celle de la monarchie. Et encore ne s'agit-il pas d'un terrain "moral" mais d'un strict terrain "social", ceci étant dégagé des credos économique ou politique - au sens institutionnel de ce dernier mot.

Je crois que l'une des missions du gouvernants est d'assurer la dignité matérielle de vie de leurs administrés. Elle passe par des mesures que le communisme n'a jamais les moyens de financer & que le capitalisme sauvage n'a aucune envie de payer - & faites-moi grâce de "la main invisible" de l'autre tartempion.

Je ne crois pas que le roi doive se mêler de doctrine économique : qu'il laisse faire l'initiative privée. Mais s'il ne l'encadre pas de protections sociales & politiques, nous aboutirons à ces deux extrémités que nous connaissons : l'exaspération des classes humbles contre les entrepreneurs & la main-mise des entrepreneurs, des banquiers & des spéculateurs sur la vie institutionnelle. Qu'est-ce que l'Europe que nous rejetons, sinon la mise en conformité du droit public aux intérêts particuliers d'une ploutocratie apatride - comme disait l'autre ?

 

Macgama écrivit, toujours le 25-09 :

 

On peut pourtant parler d'une Doctrine Sociale de l'Eglise à une certaine époque. Je l'ai constaté lorsque, bûchant un mémoire de fin d'études sur "la procédure de licenciement dans la vie économique moderne", j'avais dû porter un regard critique dans la conclusion. Pour ce faire j'ai été amenée à lire (entre autres textes) les encycliques "Rerum Novarum" de Léon XIII, "Quadragesimo Anno"  de Pie XI et "Mater et Magistra" de Jean XXIII, pour pouvoir ensuite les citer en connaissance de cause. Les conseils prodigués par ces 3 papes sont loin d'être nocifs aussi bien en matière sociale qu'économique et ne sont pas non plus posés en principes "dogmatiques" pour autant.

 

En tout cas c'est intéressant à lire.

 

Merlinchaz (VR) écrivit :

 

Le schtroumpf.du.roi a écrit :

<< Ensuite, de royaume qui n'est pas de ce monde en rendus à César, il me  semble que Notre Seigneur Jésus-Christ, précisément, a proféré quelques  mises en garde générales contre la tentation pour l'Eglise de trop se mêler  des affaires de ce monde. >>

 

Or, moins l'Eglise catholique "qui est en France" compte de pratiquants réguliers (parmi lesquels certains ne sont plus guère capables de réciter leur Credo autrement qu'en en réfutant intérieurement presque chaque mot), plus elle veut "se mêler au monde", "être présente au monde" si bien qu'elle finit complètement par oublier que le "Royaume n'est pas de ce monde" et qu'il faut "être du monde comme n'en étant pas".

 

Pierre Van Ommeslaeghe (VR) écrivit à Paul le Hérisson (VR)  le 26-09-2001 :

 

Votre distinction entre charité et catholicisme social ne tient pas. La charité est d'ordre privé. Le politique ne peut pas s'en contenter. Autrement dit on ne peut contraindre personne à la charité, c'est une question de foi et de salut personnel. Le politique doit faire régner une justice temporelle qui comprend une justice sociale.

L'encyclique "Rerum novarum" de Léon XIII a été grandement inspirée des travaux du catholicisme social. Dire que celui-ci est hérétique revient à dire que celui-là l'est aussi. Et pas seulement Léon XIII, mais aussi Pie XI (Quadregesimmo anno) et Jean-Paul II (Centesimus annus) qui ont repris cette encyclique et les papes qui ont fait du catholicisme social la doctrine de l'Eglise... Paradoxal !

Laisser la justice sociale à la charité, c'est croire qu'il n'y a que des

agneaux et pas de loups. C'est une utopie, meurtrière comme toutes les

utopies.

 

Paul le Hérisson (VR) répondit :

 

(Concernant la distinction entre charité et catholicisme) Dans un régime où ce sont des hommes qui décident et non un État abstrait, ce qui est d'ordre privé devient la norme publique. Ce que pense un roi, même dans le secret de son coeur, est important pour tout le royaume.

(Concerant le catholiscisme social) Je m'opposais au catholicisme social dans ce qu'il avait d'extérieur à l'Église. Ce que je voulais mettre en exergue, c'est qu'il y avait eu une tentation de croire à un salut par l'économie au XIXe siècle. Cela ne veut pas dire que je considère tout ce qui a été fait par ces gens comme étant mauvais ! Au contraire, j'ai bien précisé qu'il s'agissait d'un certain détournement de la vérité, d'où mon emploi - provocant - du mot d'hérésie. Que cela ait servi à l'Église à mieux définir le Dogme ne me choque ni ne me surprend ; les erreurs ont toujours été fécondes pour l'Église qui a pu définir la juste voie par rapport à elles. Pour aller plus loin, je considère, par exemple, que les théologiens de la libération n'ont pas eut qu'un rôle négatif et même - je vais en choquer certains - qu'il avaient raison ! Mais partiellement, d'où la remise en ordre nécessaire.

Je vous rassure donc, pour moi, ni Rerum Novarum, ni Octogesima adveniens ne sont hérétiques ; tout ce qui est dans le Denzinger est vrai ! Mais je préfère tout de même le Syllabus de 1864... l'année qui suit le célèbre discours de Malines !

(Concernant : Laisser la justice sociale à la charité, c'est croire qu'il n'y a que des agneaux et pas de loups. C'est une utopie, meurtrière comme toutes les utopies.) : Je ne dis pas ça ! même si l'idée de justice sociale ne va pas sans me poser des problèmes... Ce que je pense, c'est que c'est la Charité qui doit animer nos dirigeants et qu'ils doivent en tirer les conséquences logiques par des lois. Mais deux choses : on n'oblige pas à la Charité ; et le monde où nous sommes est un monde marqué par le péché.

 

Pierre Van Ommeslaghe (VR) répondit le 27-09-2002 :

 

( Concernant :Dans un régime où ce sont des hommes qui décident et non un État abstrait, ce qui est d'ordre privé devient la norme publique. Ce que pense un roi, même dans le secret de son coeur, est important pour tout le royaume.) : Si je vous comprends bien, vous considérez que la seule justice sociale valable est celle qui vient de la charité d'un Roi ? Si c'est cela, je suis d'accord. La République ne peut avoir de politique sociale, encore moins de charité. Tout au plus a-t-elle une politique clientéliste qui se pare du nom de sociale.

 

Paul le Hérisson (VR) répondit :

 

Oui, mais pas directement. Ce sont les sentiments profonds du roi et de ses serviteurs qui doivent irriguer et animer des lois évidements nécessaires. Ces lois ne doivent pas être inspirées par une doctrine fut-elle sociale et de l'Église, mais par la foi de leurs auteurs, et leurs modalités pratiques doivent être strictement pragmatiques. La Charité doit guider, mais cela n'implique pas de théorie économique ou sociale particulière. Ainsi, la mise en commun des biens (que l'on doit se garder, dans ce contexte, d'appeler communisme !) au sein des communautés des premiers chrétiens ou des réductions jésuites du Paraguay sont légitimes autant que les corporations médiévales ou que la libre entreprise mais seulement si ce qui l'inspire - au sens fort du terme - est la Charité.

Il y a peut-être là un lien avec le débat qu'a lancé Paul T. à propos de ce qui devrait être le système fiscal d'une royauté nouvelle car, il n'est évidement pas possible de rétablir l'ancien système fiscal... Moi, je vois une des bases d'un système juste dans la foi de ceux qui ont l'autorité. Au moins dans leur honnêteté...

Car, qu'on le veuille ou non, en matière de finance pour un pays, il vaut mieux des gens honnêtes que compétents !

 

Laurence Habasque (VR) intervint le 28-09-2001 :

 

(Concernant : Ce sont les sentiments profonds du roi et de ses serviteurs qui doivent irriguer et animer des lois évidements nécessaires. Ces lois ne doivent pas être inspirées par une doctrine fut-elle sociale et de l'Église, mais par la foi de leurs auteurs, et leurs modalités pratiques doivent être strictement pragmatiques. )

Tout d'abord, il ne me semble pas que la doctrine sociale de l'Eglise aie jamais prétendu se suffire à elle-même, mais tracer des lignes directrices, donner des éléments. Toute mesure d'application doit de toute façon lui être extérieure. Lui attacher de façon définitive un cadre pratique serait contraire à la Tradition qui se veut par nature raisonnablement évolutive.

Ensuite, votre raisonnement ne peut à mon sens se concevoir que dans le cas où le roi a été sacré, donc qu'il agisse en tant que symbole au sens premier du terme (c'est à dire comme lien entre le monde visible et invisible).

Vous vous placez dans un monde "parfait", dans lequel chaque homme serait inspiré "très directement" par l'Esprit Saint. Rappelez-vous, seule l'Eglise est sainte. Faire davantage confiance à la réflexion des hommes qu'à une doctrine de l'Eglise - fut-elle sociale - est une théorie qui, si mes souvenirs sont bons, a eu cours au XVIII ème siècle et ne nous a pas forcément apporté le bonheur...

 

(Concernant : Car, qu'on le veuille ou non, en matière de finance pour un pays, il vaut mieux des gens honnêtes que compétents ! ) :

Je serais également dubitative sur ce principe. De façon générale, je préfère - c'est bien évident - les gens honnêtes aux gens compétents; mais s'agissant de finances, cela me laisse un peu rêveuse... N'oublions pas que les finances ont une implication des plus décisives dans l'économie d'un pays. Vous acceptez de placer celle-ci entre les mains de n'importe qui, pourvu qu'il soit honnête

 

Réponse du  schtroumpf du Roi (VR) , qui croit que qui fait l'ange fait pire que la bête :

 

"Seule l'Eglise est sainte", c'est vrai. Mais seule elle a à l'être.

 

Le Royaume n'est pas de ce monde, la société n'a pas à se parer d'une perfection impossible (surtout quand les quêtes de perfection tournent régulièrement aux carnages les plus atroces...)

 

Ce qui n'empêche pas que l'Eglise dise son sentiment et même ait quelques exigences qu'une société chrétienne doit entendre devant des situations manifestement contraires à l'Evangile.

 

Paul le Hérisson (VR) répondit :

 

Malgré le mépris que je peux avoir pour Fabius, Barre ou Delors, il faut leur reconnaître une qualité : ce sont tous d'excellents économistes. Quand je parle d'honnêteté, je ne parle pas uniquement de probité, c'est-à-dire d'honnêteté à l'égard des hommes mais surtout d'honnêteté à l'égard de soi et, par là même, à l'égard de Dieu.

Fouquet était un génie de la finance... Il a fini à Pignerol et malgré l'ignominie de la procédure, on ne peut pas vraiment condamner le siècle de s'en être débarrassé. D'autres moins doués furent finalement moins nuisible à la France.

Si je peux me permettre une maxime : "il vaut mieux un peu d'argent dans les poches de l'État que beaucoup dans celles des ministres."

 

Pierre Van Ommeslaeghe (VR) ajouta à l'attebntion de Paul le Hérisson (VR) le 29-09-2001 :

 

En partie d'accord seulement.

Si le Roi est un chrétien sincère tant mieux. Mais c'est exceptionnel. Je préfère faire confiance à la mesquinerie des hommes et à leur appât du gain.

C'est plus courant. C'est pourquoi il me semble que la justice sociale est mieux assurée par un roi DU FAIT DE SA POSITION ET DE SON INTERET.

(Excusez-moi de crier)

Il est de son intérêt, par ce qu'il ne règne pas à temps comme un président et que son successeur sera son fils, de faire en sorte que la paix sociale règne. D'autre part, le roi ne doit pas avoir de domaine propre (privé) de sorte que sa fortune dépende entièrement de la fortune du pays. Ce qui 'est possible qu'en monarchie.