Désertion des églises.

Echanges entre Paul Turbier, Patagon, Anne et la Mary-Poppin’s

 

Cité du Vatican, le 13 mai 2003.

Quarante ans après le concile de Vatican II, après quatre décades "d'essais" liturgiques qui ont troublé beaucoup de fidèles, Rome est sur le point de publier un document directif majeur, mettant fin a des années de comportements et de messes "faites maison".

Ce texte, encore à l'état d'ébauche devrait être publié entre octobre et Noël cette année.

Dans un passage explosif, ce texte encouragera une utilisation beaucoup plus large de la vieille messe, la messe du rite tridentin, en latin, à travers toute l'église catholique.

Les nouvelles règles, beaucoup plus sévères, sur la célébration de la liturgie, et le mandat de célébrer la vieille messe latine beaucoup plus largement, même de manière hebdomadaire dans chaque paroisse du monde, seront incluses dans un document qui doit être publié par la Congrégation du culte divin et de "discipline" des sacrements, dirigée par le Cardinal nigérian Francis Arinze.

Dans une interview exclusive à "Inside the Vatican" Arinze a dit: "Nous nous attendons à ce que ce document soit publié avant Noël. Nous voulons répondre aux demandes d'attente spirituelle et à d'amertume que tant de nos fidèles nous ont adressées à cause de célébrations liturgiques qui semblaient irrespectueuses et indignes de la véritable adoration due à Dieu."

Vous pouvez résumer notre document par les mots qui clôturent la messe: la messe faite-maison est dite. Allez en Paix."

 By Robert Moynihan

Texte transmis par Paul Turbier et traduit par PATAGON.

 

Je livre ici une impression parfaitement subjective que je ressens à chaque fois que je pénètre dans une église inconnue, c'est-à-dire souvent . J'observe l'autel et je remarque fréquemment qu'il est facile soit d'en inverser le sens, soit simplement le déposer. A chaque fois, j'imagine que l'église (l'édifice) attend un renversement liturgique comme la neige attardée au creux d'un vallon semble attendre la prochaine chute.

La seule exception que j'ai pu noter est la basilique souterraine de Lourdes où l'autel est central à cause probablement des dimensions impressionnantes de l'endroit.

Paul T.

 

La désertion des églises ne date pas d'hier, loin s'en faut. Lorsque j'étais enfant (disons 60 ans de cela), on ne parlait pas de Vatican II mais l'église de mon village était déjà bien vide. Aux messes des dimanches, seules quelques vieilles, enchâlées de noir et une poignée de gamins qui préparaient leur première communion solennelle, garnissaient les bancs de devant. Dès la confirmation, les confirmés remisaient leur missel au fond d'un tiroir et on ne les voyait plus aux messes. Pâques et Noël qui rameutaient le troupeau étaient les seules occasions de voir l'église pleine. Lors des enterrements, tout le village était là mais les hommes n'entraient pas et quelques uns d'entre eux levaient le coude au bistrot du coin. Il n'y avait plus de curé, et c'est le Père Vacheresse qui venait d'un village voisin dire la messe en faisant, malgré son âge, 8 km sous le soleil, l'été, et dans le froid et la pluie, l'hiver, sur sa bécane de curé. Trois ou quatre villages des environs étaient dans la même situation. Et pourtant la messe était belle, en latin avec l'autel du bon côté. Mais il y avait le catéchisme qui était déjà, dans les années 40, laissé à des dames de bonne volonté et simplement supervisé rapidement par les prêtres. Tout les enfants y allaient, certes, mais la parabole du grain tombant dans un sol aride s'appliquait, faute soit d'une pratique familiale concrète, ou d'une présence de jardinier compétent. Au cathé, nous, les enfants devions simplement apprendre par coeur des réponses préfabriquées à des questions préfabriquées. On ne posait jamais de question embarrassantes , questions auxquelles la brave dame n'aurait probablement su que répondre; il ne faut donc pas s'étonner si la plante ne portait pas de fruit. Ailleurs, tout commence à l'école coranique, ce qui devrait donner matière à réflexions.

    Des bruits d'un retour plus ou moins rapide et d'une ampleur non indiquée, vers la liturgie tridentine courent un peu partout en ce moment et beaucoup, dont moi, espèrent qu'un réveil de la chrétienté s'ensuivra. Mais, la chute de la pratique religieuse ne sera vraiment enrayée que si l'éducation chrétienne est initialisée dans les familles et relayée par les prêtres ou les religieuses. Le décalage entre le réalisé et le nécessaire est tel qu'il faudra bien activer, en plus, une catéchèse vers les jeunes adultes récents ou futurs parents. J'ai l'intuition que si ces tâches de formations étaient reprises par le clergé, plus de jeunes gens et de jeunes filles écouteraient l'appel secret d'une vocation clairement évangélique et que dans vingt ans, la crise des vocations ne serait qu'un mauvais souvenir.

Paul T.

 

Cher Paul,

Votre témoignage est à la fois tout à fait véridique et partiellement inexact.

Véridique, j'en peux témoigner pour avoir constaté exactement la même situation dans mon propre village (qui se situait à une vingtaine de kilomètres du vôtre, si je ne me trompe).

Mais partiellement inexact, parce que cette partie de l'ancienne Seine-et-Oise était particulièrement déchristianisée et qu'il restait de grandes îles de foi et de pratique religieuse, dans certaines campagnes (notamment en Bretagne) et aussi certains quartiers des villes, quartiers bien entendu désignés péjorativement comme "bourgeois" tandis que les campagnes étaient dites "retardées"

Dans ces îles, la pratique religieuse et le catéchisme étaient toujours bien assurés, les familles entières allaient à la messe et les enfants "persévéraient" après la communion solennelle.

Même dans nos tristes campagnes à nous, le total des vieilles enchâlées et des enfants préparant la communion solennelle était bien supérieur à la fréquentation actuelle dans des villages aujourd'hui largement repeuplés, précisément de "bourgeois" jadis pratiquants. Il y avait même, mais oui, quelques "persévérants" après la communion solennelle (un cinquième ou un dixième, soit, mais c'était mieux que la proportion quasi nulle d'aujourd'hui, d'autant que presque tous les enfants préparaient cette communion solennelle, alors qu'aujourd'hui il n'y en a guère plus de 30%, parfois beaucoup moins : j'ai vu, dans mon village actuel, une "promotion" d'enfants faisant leur profession de foi qui ne comptait que  DEUX enfants sur un total de TRENTE-CINQ enfants du même âge, parmi lesquels il n'y avait d'ailleurs ni musulman, ni juif..)

Il existe certes quelques îlots de ferveur, souvent animés par des prêtres d'"Ecclesia Dei", en tout cas toujours par de saints prêtres.

Mais aujourd'hui, comme le pape le rappelle dans sa dernière encyclique, il y a des prêtres qui considèrent la messe, le catéchisme et la prière comme du superflu, le nécessaire étant à leurs yeux des réunions de toute sorte et des activités souvent éloignées de toute perspective chrétienne et des évêques qui les encouragent dans cette attitude....

Donc, s'il ne faut pas être inconditionnellement "laudatores temporis acti", il ne faut pas nier la dégradation considérable de la pratique religieuse depuis Vatican II.

N'oublions pas que pour "regonfler" les statistiques de la pratique religieuse, il a fallu incorporer dans la maigre cohorte des "pratiquants réguliers" ceux qui vont à la messe une fois par mois ... et non seulement le catéchisme n'enseigne plus l'obligation dominicale, mais bien souvent la catéchiste ou le curé la découragent chez les enfants, parfois formellement ("Ce n'est pas la peine avant l'âge adulte" ; "l'obligation entraîne la désobéissance, si on ne leur dit pas que c'est obligatoire, ils ne pèchent  pas en ne venant pas" ; "on ne peut pas faire une messe pour enfants chaque dimanche et la messe habituelle ne leur convient pas" et autres raisonnements du même type), souvent par la longueur et la fadeur des  "messes pour enfants" et l'insupportable bla-bla-bla qu'on y entend souvent.

Vive le Christ-Roi ! vive le roi !

Anne

 

Bonjour à tous,

Témoignage du passé récent.

Je ne dois être qu'une demi-Paul si je me fie au nombre des années, pourtant mon expérience est différente.

Lorsque j'étais enfant (disons il y a moins de 30 ans), nous étions en plein bouleversement avec Vatican II... mais les églises de ma petite ville étaient encore bien pleines ! Aux messes des dimanches, si vous arriviez en retard, vous aviez de fortes chances de rester debout ! Et oui debout ! Les femmes sous leur foulard, les hommes le chapeau ou le béret à la main, les enfants du cathé devant ,qui venaient entendre le bon curé qui leur enseignait la bonne parole (mais nous y reviendront) le Comte et la Comtesse au premier rang aussi sur le coté habituel, plus loin vers le fond de l'église les familles et sur le coté droit du choeur, les soeurs de l'école privée, pas toutes jeunes mais actives, assuraient la partie chantée... Certes comme chez vous Paul, quelques hommes oubliaient d'arriver jusqu'à l'église, mais c'était simplement parce qu'ils étaient passé au café en face prendre des nouvelles des voisins qu'ils retrouvaient là,  après une semaine de travail sans grand répit !

C'était un temps bizarre, ou l'autel était encore dans le sens qui va bien... mais où après la messe, il en a entendu des conversations enflammées le café d'en face !

"L'Abbé *** risque l'excommunion s'il continue ainsi..." Et oui, tout sauf l'excommunion !!!

C'était le sentiment des paroissiens... parce que l'Eglise les avait habitués à l'obéissance et au respect des règles. Et une règle qui vient de Rome, quand on était un pratiquant obéissant, et bien on se devait de l'appliquer... N'ayant pas la culture qui leur permettaient d'y voir un mal, nos paroissiens se résignaient à voir là un unique changement de leurs habitudes. Il est vrai que Monseigneur Lefebvre faisait déjà des vagues... et la messe de Lille en 1976, devant un très grand nombre de fidèles, provoqua un tremblement de terre des consciences... D'ou les discussions nombreuses, dans le café d'en face, mais ou l'on sentait l'interrogation plus que la passion : fallait-il ou non risquer l'excommunion ? Il est aisé de dire aujourd'hui qu'on souhaite un retour à la Tradition. Cela ne l'était pas dans ces années là, où, quand on était un catholique obéissant et peu averti, on avait l'habitude de suivre et sans réticence, les consignes du Pape !

L'Abbé de ma petite ville, qui nous enseignait lui-même le cathé !, a vieilli... Et il est passé progressivement aux consignes de Rome... Progressivement, mais à la demande de ses paroissiens ! qui ne voulaient pas risquer l'excommunion... Le pauvre homme partagé entre deux mondes a du bien souffrir, devant enseigner la religion à l'aide d'ouvrage "moderne" dont il ne maîtrisait rien, et notre éducation religieuse fut à mi-chemin entre la rigueur et le n'importe quoi. Le mercredi finissait ensuite chez les sœurs qui généreusement nous accueillaient pour une séance de bricolage Fripounet!

C'était un temps récent, ou les hommes et les femmes souffrirent tous de cette modification fondamentale de l'Eglise.. Mais ce que ces hommes et ces femmes n'avaient pas vu, c'était que les modifications essentielles de leur société étaient engagées depuis 1945, et que finalement l'évolution de l'église n'était qu'une suite logique de ces engagements post-guerre ! L'Eglise n'est pas en dehors de la société, elle est dans la vie des hommes.

Notre Abbé est mort, il y a maintenant longtemps... mais on m'a dit qu'à ses obsèques, il y eu beaucoup de monde... Je n'y étais pas, mais je me souviens encore de lui quand il nous recevait pour notre cathé du mercredi... une leçon qui finissait toujours par le petit goûter d'un homme d'un autre époque qui tentait de ne pas trop quitter celle qui arrivait.

C'était en France, et il y a moins de 30 ans !

La_mary_poppin_s