Droits et devoirs des gouvernants

 

 

J'écoutais ce matin Chirac et quelques autres gémir sur "l'égoïsme" de la Grande Bretagne, défendant les intérêts des Britanniques et la comparant défavorablement à l'esprit altruiste des petits pays entrants, prêts à sacrifier une partie des avantages qui leur étaient promis.


Et j'ai été frappée par un phénomène que je connaissais déjà et qui m'est apparu très clairement : nous avons des hommes politiques qui ne savent pas ce qu'est la politique et le gouvernement des États et qui (bien qu'ils soient parfaitement incapables d'appliquer à la gestion intérieure des pays qu'ils gouvernent les simples règles de la comptabilité familiale, en ne dépensant pas plus qu'ils ne gagnent) voudraient que les règles morales qui s'appliquent aux particuliers soient valides pour les responsables des gouvernements.


En effet, un particulier n'est responsable que de soi (et de ses enfants pendant leur enfance), il lui est donc permis et même recommandé de ne pas faire preuve de l'égoïsme qui consisterait à préférer ses propres intérêts à ceux d'autrui.


En revanche, le responsable d'un gouvernement est responsable de l'ensemble des ressortissants de son pays. Son premier devoir, son "devoir d'état" est d'assurer le bien être et la prospérité de ceux-ci. Il a donc parfaitement raison quand il refuse de les sacrifier à ceux des ressortissants d'autres États, lesquels doivent compter sur leur propre gouvernement et non sur celui d'autres pays.


Tant qu'il ne tourne pas à l'abus (de la force militaire notamment) l'égoïsme national est non seulement le droit, mais le devoir des gouvernants.


Monsieur Blair est donc dans son droit et dans son devoir quand il défend l'argent des Britanniques, et M. Chirac serait dans son droit et dans son devoir s'il défendait les intérêts des agriculteurs français au lieu de défendre les intérêts des pays nouvellement adhérents à l'UE, pays dont les gouvernants ont, eux, le droit et le devoir de défendre les droits qui ont été accordés aux ressortissants de leurs pays.


M. Chirac en blâmant le premier, en louant les seconds, montre clairement qu'il n'entend rien aux droits et devoirs des gouvernants. Sa conscience privée en est sans doute agréablement chatouillée, mais il manque à ses devoirs de gouvernant.


Amitiés

Anne

18 juin 2005.