Eléphantasmes mahoudiens

 

 

(St Plaix, 13-06-2002.)

D'aucun parmi les conjurés s'inquiétait avant-hier de ce qu'ayant "renvoyée Mahoud à ses chameaux", celle-ci ne se prenne des envies de représailles briquetières à visées glandulaires à son encontre.

Je crois utile de le rassurer pleinement.

Il importe d'abord de souligner auprès de cette honorable assemblée, que contrairement aux allégations du provocateur, les préoccupations de Mahoud, comme son nom l'indique d'ailleurs explicitement, ne se portent nullement vers les Camélidés, mais bien vers les Proboscibiens...

En effet, "Mahoud" est une des traductions de "Cornac" utilisée en Insulinde...(On notera au passage que si cette profession au combien prestigieuse reste encore de nos jours du domaine strictement masculin, cela n'implique nullement que notre mahoud vexillarégienne ait rejoint la grande famille des transsexuels si "tendance" de nos jours.)

L'éléphant d'Asie (Elephas indicus) présente la particularité, par opposition à ses cousins africains (Elephas cyclotis - forêt, Loxodonta africana - savane), de n'avoir de défenses que chez les mâles... Or on sait que les soigneurs ont fortement tendance à s'identifier aux animaux dont ils s'occupent. Il s'en suit que Mahoud, pauvre femelle sans défenses, ne saurait en aucun cas manifester d'intentions belliqueuses! En outre l'usage des briques, recommandé pour les chameaux récalcitrants à la boisson, est totalement impossible avec les éléphants : outre que la taille des briques serait insuffisante (des cimbales conviendraient mieux par exemple) il faut savoir que comme les Pinnipèdes, les Proboscibiens sont cryptorchides!

Il s'en suit que la discutable pratique suggérée plus haut ne saurait en aucun cas faire partie des habitudes de notre amie...

De quoi calmer donc les anxiétés glandulaires de l'intéréssé....

 

St Plaix

 

 

(Le Lieutenant, 13-06-2002.)

On ne saurait trop conseiller l'Elephas cyclotis comme compagnon de nos enfançons. Il possède outre les caractéristiques morphologiques déjà évoquées qui intéressent peu les petits, une autre caractéristique située du coté par lequel les enfants les abordent habituellement : frontale ne nous trompons pas, qui est extrêmement formative en matière d'esprit de décision et de capacité de raisonnement politique. Cette caractéristique, que ne partage pas l'Elephas indicus qui n'en a qu'une et est de ce fait impropre à l'éducation de nos enfants, est d'avoir été pourvu par Dieu et la nature, non d'une seule, mais de deux narines en sa trompe, là sous son doigt préhensile hautement symbolique.

L'usage préféré fait par les enfançons des Proboscidiens, outre la promenade sur leur large dos, est le nourrissage par cacahuètes. Ce nourrissage se fait par introduction de la cacahuète dans la narine. Avec l'Elephas cyclotis, l'enfançon est confronté à une nécessité décisionnelle qui l'oblige à une réaction rapide (malgré la taille relative négligeable de la cacahuète vis à vis de celle de l'Elephas cyclotis, ce dernier est impatient de recevoir la première): faut-il introduire la cacahouète dans la narine droite ou la narine gauche ? Cela développe le raisonnement logique (en ce qui me concerne j'ai même envisagé la double introduction simultanée d'une cacahuète dans chaque narine, mais cela m'obligeait à poser le sachet de papier brun contenant les cacahuètes sur le sol et des chimpanzés venaient le piquer - j'ai fait mon apprentissage au zoo de Lisbonne-), le sens de l'orientation (utile pour développer la capacité de choisir entre gauche et droite), la sûreté du geste (nécessaire à l'introduction de la cacahuète dans la trompe frémissante d'impatience), les sens éthique (découvrir que les grands de ce monde peuvent être achetés avec fort petite offrande), le sens de l'organisation et la découverte de la complexité de la vie (décomposition du mouvement alimentaire de l'éléphant : s'assurer de la cacahuète avec  le doigt préhensile, fixation d'icelle par aspiration trompale, transport par mouvement de la trompe à la bouche, expulsion tompale et ingestion buccale par expiration).

Vous reconnaîtrez qu'un hamster n'offre pas la même richesse éducative.

Je ne saurais trop conseiller l'acquisition d'un éléphant ; si jamais les dépendances de votre habitation principale ou la surface de votre salon vous feraient hésiter, il est possible de se rabattre sur les disques (ou CDs) de Babar qui pour être un elephas plus virtuel n'en est pas moins royal et très éducatif.

Je sais que Thérèse R. (si je ne me trompe énormément) a fait option pour l'éléphant réel et Mahoud pour Babar. Nous pourrions avoir là un avis éclairé de parents attentifs sur ce choix si important pour notre jeunesse et donc l'avenir de la France.

 

le Lieutenant éducateur cornac

 

 

(St Plaix, 13-06-2002.)

Remarquable analyse psychoéducative qui mériterait d'être inscrite dans les programmes d'initiation décisionnelle des cours pédagogiques des IUFM!

Le recours à  l'Elephas cyclotis encore effectivement peu pratiqué dans les écoles élémentaires aurait en effet d'immenses avantages:

 

- une approche naturalistique de la civilisation africaine originelle

- une distanciation salutaire des enfants d'avec les bandes dessinées et la

réalité virtuelle

- une économie substantielle de devise liée à la diminution d'importation des films de Walt Disney

- le sauvetage d'une espèce totalement en voie de disparition suite au braconnage d'ivoire et à la déforestation équatoriale

- une source d'emploi pour nègres congolais sans papiers qui pourraient bénéficier d'une formation de palefrenier-soigneur éléphantin dans le cadre de stage ANPE chez Maurois et réaliser ainsi pleinement leur insertion.

- un débouché supplémentaire pour les exportations d'arachides sénégalaises.

- un moyen de tempérer les délires psychopédagogiques d'enseignants trop verbeux corrigés à coups de trompe si la quantité de cacahuètes présentée est inversement proportionnelle au baratin du dit pédagogue: imaginez Lacan ou Dolto ainsi dessoulés intellectuellement !

- une source de phantasmes pour Jack Lang...

- une consolation pour Martine Aubry qui trouverait plus grosse qu'elle, - une incitation matérialisée au respect pour tous les petits beurs qui-se-croient-plus-forts-que-les-autres...

- une cause d'apostolat pour Mahoud qui pourrait fonder une école de cornacs pour les africains...qui n'ont jamais été foutu de domestiquer leurs bestioles...sauf en Afrique du Sud sous l'influence de quelques blancs...

Finalement beaucoup trop d'avantages pour que cela puisse arriver dans la

démagocratie qui nous étouffe...

 

St Plaix

 

(Le Lieutenant, 13-06-2002.)

Intéressant développement. Je constate qu'avec l'Elephas cyclotis nous nous sommes attachés à un sujet de poids qui nous entraîne vers les hauteurs sublimes du génie de l'intelligence humaine (comme dirait le maire de Champignac). Les développements de St Plaix dont le raisonnement comme le nom sont si bien charpentés, me font craindre d'avoir un peu négligé les risques psychopédagogiques  de l'Elephas cyclotis qui, s'il semble stimuler le développement cérébral dans la plus part des cas, pourrait bien créer un blocage en dessous d'un certain seuil d'intelligence ; sinon, comment expliquer autrement le moindre étincellement historique du génie des peuples de ce continent évoqué par St Plaix qui recèle le plus d'Elephas cyclotis ?  Le sens du rythme et de la danse est peut-être également un résultat, en l'absence de cette étincelle de sapience, de l'hésitation et du balancement consécutif entre narine bâbord et narine tribord. Il me prend de rêver d'avoir Monsieur Lugan dans notre liste. Une discussion scientifique sur le sujet, autour d'un bol de cacahuètes, serait passionnante. On y trouverait peut-être aussi une explication freudienne à la mode tribale de l'os dans le nez dont l'unicité transversale conjurerait

le sort néfaste de la bi-narinité sur les individus rustiques ?

 

Le lieutenant qui balance entre deux approches.

 

 

(Le schtroumpf du roi. 13-06-2002.)

Oserai-je faire remarquer dans ce réjouissant feu d'artifices qu'il y a une particularité qui rend l'Elephas encore plus royal, antique, généalogique et recommandable ? C'est qu'en 1903 les travaux de construction du métropolitain ont permis de mettre au jour une molaire fossile de l'ancestral Elephas Primigenius.

 

Si l'on suit les paléontologues dans leurs délires les plus fous, on apprend que l'Elephas Primigenius vivait bourgeoisement sur les hauteurs de Belleville, et qu'il descendait boire au bord d'un bras de la Seine, formant par là le plus ancien chemin de Paris, le long de l'avenue Mathurin-Régnier, de la rue de la Grange-aux-Belles et de la rue Saint-Denis dans sa partie la plus ancienne.

 

C'est Elephas qui a tracé la rue la plus royale, la plus ecclésiastique et la plus parisienne de Paris, et quand on se trouve au coin de la rue Saint-Denis et de la rue de Rivoli, si l'on s'avance un peu vers la Seine, on se retrouve dans un abreuvoir à éléphants. Avec un peu d'imagination et en bloquant la circulation, on se représente tout à fait bien la chose à la fois royale, gigantesque et éléphantesque. C'est un rare plaisir de l'esprit.

 

(Le tout est narré dans le guide du Paris Mystérieux, collection des guides

noirs, édité chez Tchou et infiniment plus intéressant que tous les guides

du routard.)

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Le schtroumpf du roi.

 

 

 

(St Plaix, 13-06-2002.)

Eh oui mon cher, il faut nous y résoudre : le faubourg poissonnière fut d'abord un faubourg mammouthien...

La rive gauche ne dépare pas: la rue Saint Jacques semble bien avoir été une sente d'accès à l'eau, à la rivière, depuis les collines des Gobelins et la montagne Ste Geneviève...

Voyez l'importance de l'arrivée massive de Cyclotis dans nos écoles : à dix mille ans d"écart, c'est un de ces retours aux sources cher aux théoriciens puristes qui nous cernent...un pont vivant entre la paléontologie et l'Histoire...(Ca y est, j'ai l'impression de commencer un cours....) Et puis à l'heure de l'invasion africaine obligatoire et quantifiée, il me semble scandaleusement injuste d'exclure de la culture noire qui doit régénérer l'Occident, la présence symbolique d'un animal aussi fabuleusement facétieux  et tellement magnifique que les chimpanzés du coin se sont empressé de le faire disparaître!

Revenons donc aux sources du monde chanté par Rousseau, à l'âge où l'homme était un bon sauvage...

On installerait les Cyclotis à la Sorbonne...et les bons sauvages au Jardin des Plantes, à mon avis, chacun y serait plus à sa place

A mon avis chacun y sera plus à sa place...

 

St Plaix