Entretien avec Serge de Beketch (à l’occasion de la parution du 400 ème numéro du Libre Journal)

 

Monday 12 February 2007     

Entretien avec Serge de Beketch (à l’occasion de la parution du 400 ème numéro du Libre Journal)

 

Serge de Beketch, vous êtes le fondateur et le rédacteur en chef du Libre Journal de la France Courtoise, “décadaire de résistance française et catholique”, qui fêtera prochainement son 400 ème numéro et sa quatorzième année d’existence. Pouvez-vous nous retracer votre carrière professionnelle de journaliste, jusqu’à la création du Libre Journal ?

 

Je suis entré à Minute en novembre 1966 alors que je n’avais pas vingt ans comme pigiste de la page parisienne. Ma seule expérience de presse était une collaboration à Carnet de Bord, la revue trimestrielle de l’EPA (Ecole militaire des Pupilles de l’Air), où j’avais été enfant de troupe pendant huit ans. J’y écrivais entre autres une rubrique intitulée “Gaëtan Pipin Modèle” qui était un plagiat éhonté (mais admiratif) des “aventures du Petit Nicolas” de René Goscinny.

Je suis entré à Minute par piston et par obstination. Le piston était une amie de ma mère qui m’a présenté au chef de la rubrique parisienne Jean Pierre Montespan. L’obstination était de moi : j’ai fait le siège de son bureau tous les mardis pendant au moins trois mois. À la fin, excédé, il m’a assis derrière un bureau métallique vide avec du papier et un crayon et il m’a dit : « écrivez un article !» J’ai mis un mois à y arriver et le papier faisait exactement trois lignes.

C’était un minuscule écho que, dans l’argot du journal, nous appelions un “noir” parce qu’il était composé en bold.

Quand le journal est paru, je crois que j’ai dû relire cet entrefilet une bonne centaine de fois. Je n’avais jamais rien vu ni lu d’aussi parfaitement réussi.

À ce moment est entré comme rédacteur en chef à Minute, Michel Lancelot qui allait devenir une des vedettes d’Europe Un avec sa fameuse émission “Campus”. Il m’a pris sous sa protection et m’a enseigné les rudiments du métier.

Dans le même temps, je suis devenu ami avec un monsieur qui, à l’époque, s’occupait de la publicité de Minute et donc vous avez peut-être entendu parler. Il s’appelait Jean-Marie Le Pen.

En juillet 1967, toute l’équipe des “pages parisiennes”  est partie en vacances et j’ai donc dû faire les pages tout seul. À partir de là, j’ai été intérimaire toutes mains : quand quelqu’un partait en vacances, je le remplaçais. J’ai tout fait : service photo, littéraires, parisiennes, reportage, gastro (mon boulot consistait essentiellement à accompagner le titulaire des pages, Philippe Couderc quand il n’avait personne d’autre sous la main). J’ai même remplacé le coursier parce que j’avais une mobylette. On m’aurait demandé de faire le ménage, j’aurais pris un balai.

Ça a fini par se voir. En avril 1968 j’étais embauché comme permanent ce qui m’a permis de me marier.

En 1969, le célèbre auteur de BD, Fred, m’a conseillé d’aller voir René Goscinny qui m’a intégré à l’équipe Pilote. J’ai fait des scenarii de bandes dessinées et des pages d’actualité jusqu’en 1975, date à laquelle j’ai quitté Pilote qui, n’étant plus dirigé par Goscinny, commençait à tourner politiquement correct ce qui m’emmerdait prodigieusement. Dans le même temps, j’adaptais en français les BD américaines Eerie, Creepie et Vampirella et je collaborais à la plus grande revue mondiale de photographie ZOOM. J’ai même fait, avec mon complice Loro, le scénario et les dialogues d’un film réalisé au ban-titre : “Liberta agent anti-mythes” qui a décroché un prix dans un festival de court métrage et un scénario de dramatique télé.

En 1970, j’ai quitté Minute pour voir du pays. Le journaliste écrivain Jean Montado m’a conseillé d’aller voir un de ses amis, Louis Henri de Lignières qui cherchait un collaborateur pour créer à Havas Conseil un département des ”médias spécifiques”. J’ai énormément appris de lui. Nous avons “inventé” des tas de journaux allant de l’hebdo d’une station de sports d’hiver (que je fabriquais sur place à la main en un week-end depuis la collecte de l’info jusqu’au tirage en passant par la maquette !) à des revues qui, par la suite , on été vendues en kiosque comme Implantations, magazine spécialisé dans l’immobilier d’entreprise.

Mais je ne collais vraiment pas avec l’ambiance Havas-Conseil. C’était plutôt costumes trois-pièces et moi je me baladais en bûcheron.

En Avril 1972, Jean Boizeau m’a proposé de réintégrer Minute ce que j’ai fait avec soulagement. Là, j’ai suivi le cursus classique : chef de service, chef des informations, sous les ordres de Jean Claude Goudeau, rédacteur en chef adjoint sous les ordres de Jean Bourdier puis rédacteur en chef.

En 1983, Minute a été vendu à un homme d’affaire un peu bizarre, Montenay. J’ai démissionné et je suis retourné travailler avec Louis Henry de Lignières qui, entre temps, avait fondé sa propre société Infco-Production. Là encore, nous avons créé plus de vingt titres différents de la presse professionnelle allant du marché de la restauration à celui du pneu.

En même temps, à l’invitation de Jean Ferré, j’ai créé un “journal inattendu” sur Radio Solidarité.

Puis en 1986, le directeur de National Hebdo, Roland Gaucher qui venait d’être élu au parlement européen m’a proposé le poste de directeur de la rédaction que j’ai accepté.

Et la directrice de Radio Solidarité m’a viré.

Jean Ferré ayant pris ma défense, il a été viré lui aussi . Nous avons donc créé ensemble Radio Courtoisie.

En 1990, Serge Martinez a racheté Minute et m’a proposé la direction de la rédaction. J’ai accepté. Malgré mes hurlements, Martinez m’a forcé à suivre un stage pour apprendre à me servir d’un ordinateur, ce dont je lui serai reconnaissant pour l’éternité et je suis resté jusqu’en 1993 date à laquelle Gérald Penciolelli a racheté le titre à Serge qui avait assez ri et m’a licencié, trouvant sans doute que j’étais politiquement encombrant.

À ce moment, ne doutant pas une seconde qu’on s’arracherait mes services, j’ai fait le tour de la presse “amie” et je me suis aperçu que personne ne m’attendait. C’est Le Pen à qui je proposais de reprendre NH pour lequel il cherchait un directeur de la rédaction qui m’a donné l’explication en me faisant, en même temps, un magnifique compliment : «  je ne te donnerai pas NH, tu es incontrôlable ! »

Sur quoi, il a donné le poste à mon excellent camarade Martin Peltier qui a montré assez rapidement, lui aussi, ce que voulait vraiment dire “incontrôlable”..

Conformément à la loi de l’emmerdement maximum, ayant perdu mon emploi, j’ai perdu ma maison saisie et vendue pour payer les amendes et frais de procès que la nouvelle direction de Minute avait refusé de prendre en charge comme c’était l’usage dans notre métier.
J’ai expliqué ça à ma femme en lui demandant de se préparer à des lendemains difficiles et elle m’a simplement dit : «  je me demande ce que tu attends pour faire ton journal. »

Et voilà comment est né le Libre Journal.

Nous avons constitué une toute petite équipe de départ avec ma femme, une amie Grecque, Philippe Varlet qui est aujourd’hui secrétaire général de Radio Courtoisie et sa femme que j’avais surnommée “l’ange tutélaire” et nous nous sommes mis au travail.

J’ai écrit à tous les lecteurs de Minute dont j’avais gardé les adresses, j’ai lancé un appel sur “Radio Courtoisie” en disant, comme les fondateurs de Présent l’avaient fait avant moi : « Il me faut cinq cents abonnés pour démarrer. Si je les ai, je commence sinon, je renvoie les chèques. »

Le premier abonnement a été souscrit au bar du Père Tranquille de l’inoubliable Jean Nouyrigat par un copain qui venait de décrocher un poste de direction dans une très luxueuse fabrique de montres suisses. J’en ai eu six cents autres. Nous avons lancé le premier numéro en avril 1993 et le premier désabonnement est tombé avec le numéro deux. C’est un curé qui avait été choqué par l’illustration de “une” : une vieille gravure montrant un soldat avec la légende suivante : “La race française”.

ADG qui avait accepté de me donner des papiers m’a dit : « tu ne tiendras pas trois semaines » ce qui était idiot puisque le journal était un décadaire. Et maintenant, chaque soir, dans mes prières, je ne manque jamais de demander à mon ange gardien d’aller lui rappeler qu’il était meilleur écrivain que prophète.

Quelles motivations vous ont conduit à lancer le Libre Journal ?

J’ai voulu faire un journal que j’aurais envie de lire. J’ai donc choisi un beau papier, un beau caractère, et j’ai décidé que je ne m’interdirais ni n’interdirais aux collaborateurs, aucun domaine, aucun sujet pourvu qu’il respecte notre devise “décadaire de tradition catholique et de résistance française”.

Comment définiriez-vous la ligne éditoriale aujourd’hui ? Ne déborde-t-elle pas largement du cadre de la “résistance française et catholique” qui aurait fait dire à certains que Le Libre Journal ne serait qu’un “bulletin paroissial” ?

C’est ce mauvais camarade de Daniel Hamiche qui a dit ça et il ne l’emportera pas au paradis. Pour l’instant je fais semblant de lui avoir pardonné parce qu’il continue de me “prothéser” à “Radio Courtoisie” mais il ne perd rien pour attendre, celui-là. Je l’ai déjà abondamment fustigé et j’ai l’intention de demander à Gofman qui est grand et fort et ancien champion universitaire de boxe de lui faire subir des violences d’une extrême rigueur. Mais je dois attendre pour cela d’avoir trouvé un autre remplaçant. Et pour tout vous dire, Gofman manque d’entraînement depuis qu’il a cessé de suivre ses propres conseils résumés dans le titre de son livre “Bats ta femme !”

Quant à la ligne éditoriale, elle n’a pas changé : Résistance française et catholique. Résistance à la pensée unique, au politiquement correct, à la censure ethnique, aux faux culs démocrates, aux avaleurs de parapluie, aux petits flics, aux mafias politiciennes, aux curés tordus, aux imbécile sectaires, aux voyous apatrides, aux détraqués normatifs, aux féminihilistes, aux tantes (à certains oncles aussi) aux beaufs, bref a celles-zé-ceux que j’épingle dans le “catalogue des nuisibles“…

Des plumes prestigieuses signent ou ont signé dans Le Libre Journal. Pourriez-vous nous en présenter quelques-unes, histoire d’appâter nos lecteurs ?

Ma grande fierté, c’est de publier François Brigneau qui est sans doute le plus grand journaliste et pamphlétaire français vivant. Je sais que ça lui fait friser la moustache d’irritation que je dise ça, mais tant pis. C’est ce que je pense. Et c’est moi que je flatte en rappelant qu’il m’a proposé, un jour, alors qu’il avait décidé de ne plus écrire dans la presse, de donner « une petite chronique de temps en temps au Libre journal. » Vous pouvez voir le résultat chaque décade. Je suis assez fier aussi, d’avoir défendu et accueilli des proscrits. Je pense au professeur Faurisson, au commandant Bunuel condamné par des ronds de cuir en uniforme trop bien repassé pour avoir mis son honneur d’officier avant ses intérêts, à Monique Beljanski dont le mari, le professeur Mirko, découvreur d’une thérapie du cancer a été lentement assassiné par une cabale de savants corrompus.

Et puis, bien sûr, j’ai eu la chance de publier une série formidable d’Aramis, une autre d’ADG, des billets irrésistibles de drôlerie de Daniel Raffard de Brienne, une chronique de Jean Pierre Cohen qui a été une révélation et qui en a défrisé plus d’un. Je regrette que Joseph Grec n’aie plus le temps de nous confier ses billets gatronomico-rugbylistiques qui étaient des perles d’un pur orient. Je me flatte d’avoir découvert Anne Merlin Chazelas, une historienne de très grande classe qui me donne des chroniques de “Bon sens interdit” qui sont des pieds de nez très élégant au politiquement correct. J’ai la joie d’avoir été choisi par Marie Claude Monchaux, une des meilleurs spécialiste mondiale de littérature enfantine qui nous donne son “journal des dames et des demoiselles”, véritable trésor d’humour, de sensibilité, de poésie, d’érudition discrète, bref, une grand mère comme tous les enfants voudraient en avoir une. Le front catholique est solidement tenu par les Abbé Guy Marie et François Marie-Paul, respectivement curé et vicaire de paroisses. Et je n’oublie ni Augusto Von Pickendorf, magnifique conteur de voyages, ni Nicolas Bonnal qui est à la fois un voyageur, lui aussi, et un observateur extraordinairement affûté de nos temps d’apocalypse.

Quant au Marquis, ses chroniques mondaines d’une vachardise achevée et les balades érudites et pertinentes sont un vrai bonheur. Enfin, tout récemment, j’ai eu la joie de voir revenir un ancien collaborateur, un garçon exceptionnel, Michel Blanzat, qui apporte avec sa série “routes à suivre” un éclairage passionnant sur la stratégie d’asservissement des mafias mondialistes.

Le Libre Journal a servi de “tremplin” à de nouveaux talents…

À propos de tremplin, une anecdote : Jean Nouyrigat, le Père Tranquille, avait pendant un moment employé comme serveur Michel Collinot qui par la suite, fut élu député européen. Le soir des élections, Aramis va boire un verre au bar du Père Tranquille et annonce la nouvelle à Nounours. « Alorrrs ça, ça ne m’étonne pas réplique Jean en faisant rouler tous les R comme les cailloux des torrents de son Béarn natal , j’ai toujourrrs su que le Pèrrre Trrranquille était un forrrmidable trrremplin ! »

Je pourrais dire la même chose du Libre journal qui a assuré le lancement de Laurent Glauzy et d’Henri de Fersan, par exemple. Quoique ce dernier ait été lancé tellement loin qu’il a disparu.

Vous êtes le cofondateur avec +Jean Ferré de Radio Courtoisie, dans laquelle vous animez depuis bientôt vingt ans une émission hebdomadaire de trois heures. Existe-t-il un lien - autre que vos talents de polémiste - entre le Libre Journal radiophonique et le Libre Journal papier ? ou, question posée autrement, qu’est-ce qu’un auditeur assidu de votre émission découvrira de plus en étant abonné au Libre Journal de la France Courtoise ?

À vrai dire, c’est une question d’esprit général, de point de vue, de façon de considérer et de dire les choses, de rire pour ne pas avoir à pleurer, d’aller chatouiller les flics de la pensée sous le menton. Pour le reste, je ne crois pas que l’on puisse demander à un journal d’être le reflet ou la continuation ou le complément d’une radio. Le premier, par exemple, impose un travail d’écriture très attentif et parfois très long. Il m’est arrivé de mettre dix-sept heures à peaufiner un éditorial d’une page alors que la radio est toute d’improvisation (avec les accidents inhérents à ce genre d’exercice…) mais c’est passionnant de passer de l’un à l’autre.

Quel groupe représentant une sensibilité particulière dans notre famille politique n’est pas encore doté de sa propre revue - et souvent de belle facture - mais dont la diffusion reste confidentielle. Ne serait-il pas plus judicieux de regrouper ces multiples publications en deux ou trois principales en vue notamment de les diffuser plus largement ?

C’est une question récurrente à laquelle je réponds de manière récurrente : non !

J’ai beaucoup de respect pour mes confrères et amis de Présent de Rivarol de National Hebdo, Faits et documents, Français d’abord etc. Et quand je dis “amis” ce n’est pas une façon de parler. J’ai vraiment de l’amitié, de la considération, et, je le dis, de l’affection pour Camille Gallic, Jeanne Smits, Jean Madiran, Jean Claude Varannes, Martial Bild, ou Emmanuel Ratier, mais nous avons chacun notre façon de voir et de dire les choses. Chacun a son caractère, ses passions, ses détestations, ses priorités, ses sujets favoris. Tout cela réuni ne donnerait pas un journal unique mais une espèce de tambouille insipide qui nous rendrait tous malheureux.

Vous savez ce que dit la sagesse populaire : mon chez moi est petit mais c’est chez moi.

Les agences de presse sur Internet - telles que Novopress - et les blogs d’informations locales ou spécialisés dans certains domaines (politique, géopolitique, religieux, culturel, etc.) ne sont-ils pas des concurrents dangereux pour la presse écrite en général, et pour Le Libre Journal en particulier ?

Je ne le crois pas du tout. Je crois que la concurrence est émulatrice. Elle nous empêche de nous endormir dans la routine et de nous satisfaire trop facilement de nos petits succès…

Dans le même ordre d’idée concernant les radio libres, créer une radio sur Internet est maintenant techniquement à la portée de chacun et pour un coût dérisoire, voire nul. On peut d’ailleurs écouter Radio Courtoisie en direct sur Internet à partir du site officiel (www.radiocourtoisie.com) ou encore écouter des émissions archivées sur de multiples autres sites dont Novopress et le site des “amis du LJ” notamment). Qu’en pensez-vous ?

Même réponse. C’est une chance extraordinaire que cette multiplication des source d’information, de commentaire, d’exutoires.C’est un remède contre le poison du politiquement correct. Cela excite le discernement, la réflexion, la remise en question permanente. En un mot, cela rend nos lecteurs plus intelligents et cela nous oblige à le rester ou à le devenir… Je dois d’ailleurs une fière chandelle aux créateurs du site Francecourtoise.info qui font un travail magnifique pour le Libre Journal en publiant le sommaire, de chaque numéro, des articles, des dossiers et, chose extraordinaire pour le nul que je suis, des enregistrements des émissions de RC.

Pour revenir au Libre Journal de la France Courtoise, auriez-vous des regrets, des souhaits ou des précisions à formuler ?

Je regrette de ne pas avoir su multiplier le nombre des abonnés par dix .

Je souhaite y parvenir avec votre aide.

Je précise que Libre journal est très beau et très cher. Il est vendu par abonnements annuels au prix (provisoire) de cent dix euros payables en une ou plusieurs fois. En espèces, par chèque ou mandat (nous regrettons de ne pas accepter les bons de la semeuse et les chèques Tintin) à l’ordre de SDB, 4 place Franz Liszt 75010 Paris.

Un mot pour conclure ?

Buvons à la crevaison de la gueuse !

Propos recueillis par Novopress.

 

Source http://fr.novopress.info/?p=7283