Fleurs de lys

Héraldique – histoire

 

 

Du crapaud au lys

 

Le monde gaulois et celte avait tendance à porter en totem des animaux divers : sanglier par exemple. Ce doit être la raison pour laquelle le Béarn porte deux vaches, qui doivent représenter effectivement chacune une enseigne de bronze, en tête de colonne.

Le monde romain parait s'être tenu à des aigles diverses.

 

En aucun cas, il n'y avait idée que l'animal totem soit le dieu de la tribu, ou l'ancêtre, notion que l'on trouve en Egypte, et chez certains populations arabes ou africaines.

 

Le monde franc, par contre, portait comme enseigne des étendards : pour les saliens, semble-t-il, un étendard qui deviendra MONTJOIE.

 

Mais les guerriers francs, comme tous les autres combattants, portaient en arme défensive, un bouclier,, composé de deux couches de bois croisé, (riche), de bois et de cuir, ou de cuir sur des lattes, le tout assemblé par la partie centrale métallique, appelée umbo. Normalement, deux autres parties métalliques traversent le bouclier, pour fixer le système cuir de préhension du bouclier. Si le guerrier est grand chef, ou riche, on va renforcer par des clous serrés (qui deviendront le "semis")

 

Les forgerons vont s'efforcer de faire des choses aussi jolies que possible.

 

L'umbo des comtes de Toulouse va prendre la forme de la croix dite du Languedoc...

Celui des Amphernet va prendre la forme d'une aigle...

Mais dans les premiers temps, on s'applique à la forge à faire au mieux : et ce doit plutôt relever de la caricature que de l'art : les merlettes, très anciennes, ont connu un grand succès, sans doute parce que cet oiseau était plus facile à faire que l'oiseau becqué et membré...

 

Ensuite, interviennent les réparations faites par le forgeron : un chef ou une orle peuvent correspondre à une pièce de métal consolidant après le combat.

Le parti emmanché, comparable au trait de Jupiter des menuisiers... ou de la mythologie ... (Villèle) est soit une réparation de fortune que une bouclier quasiment mis en pièce, soit un défi à l'adversaire;

 

Le tout sur l'époque primitive, et qui sera bien sûr revu et corrigé par le temps, quand il s'agira de composition plus ou moins artistiques ou symboliques (armes des corporations, ou armes parlantes...) que le travail ne sera plus celui du forgeron, mais d'un peintre spécialisé.

Avec en suite les "hérésies" à la d'Hozier....

 

Les chefs des saliens portent un semis de têtes de clous, où leur forgeron s'est appliqué à représenter.... quelque chose que nous ne comprenons plus, mais qui peut provenir des marais, puisque l'habitat salien primitif, ou une partie aurait été à l'époque marécageux.

Il s'agit d'une boule (la tête du clou) avec 3 languettes vers le haut, et trois plus petites vers le bas..

Hypothèse, le crapaud; autre hypothèse la fleur d'iris.

Autre hypothèse : art abstrait géométrique.

Toutes aussi vraisemblables.

 

Sous l'influence chrétienne (?) on va finir pas les désigner sous le nom de "fleurdeli" (sans s). mais ce peut aussi avoir été la déformation du nom primitif franc de l'animal ou de l'objet.

 

D'où l'idée de fleur de lys, la devise Lilia neque nent, neque laborant, et le passage au symbole trinitaire.

 

 

Informations transmises par Ber.bre,(VR) le 19-01-2001, suite à une discussion où furent évoquées les hypothèses suivantes: "…les fleurs de lys, emblème héraldique de la France durant 7 siècles. Pour la petite histoire, c'est au XIIème siècle que le manteau des rois de France subit une transformation sous l'influence des idées de Saint Bernard : le ciel cosmique est changé en ciel des élus (les saints) cependant que le manteau devient bleu semé de fleurs de lys d'or, couleur de la lumière et du pouvoir." et "Le symbole des mérovingiens était le crapaud , qui n'avait alors aucune connotation péjorative.... avant que les capétiens ne prennent les fleurs de lys."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Crapaud ou grenouille ?

 

Selon Guenon, l'emblème porté sur les étendards de Clovis n'était pas un crapaud mais une grenouille. La confusion est aisée mais pas gratuite. le crapaud  est essentiellement un symbole négatif (sa connotation péjorative est non seulement ancienne mais universelle puisque dans la Chine ancienne, il était censé représenter le gardien du séjour des morts) .La grenouille, elle, symbolise, par ses métamorphoses, la démarche spirituelle vers la perfection ,  la résurrection et l'immortalité. Au début du XX siècle, la croyance populaire existait encore que les grenouilles ensevelies lors d'un séisme pouvaient survivre des années, voire des siècles et même des millénaires enchâssées dans la pierre. J'ai des coupures de presse des années 1880 qui relatent la "découverte" de terrassier qui, brisant des roches pour tracer une route, voient s'échapper du bloc de pierre des "grenouilles préhistoriques" . C'était à l'époque, un des bobards les plus prisés de la presse populaire. Et cette croyance était très ancienne. Elle était d'ailleurs sans doute liée au mythe du roi perdu, du roi endormi, du roi caché, du roi sous la montagne etc..

En tous cas, il est probable que les Mérovingiens utilisèrent l'emblème de la grenouille comme manifestation de leurs certitude d'appartenir a la race immortelle des rois de France. ( immortelle parce que le roi ne meurt jamais, comme vous savez)

La grenouille est aussi symbole de fécondité parce que les anciens croyaient (ou faisaient semblant de croire) que ces bestioles attiraient  par leurs chants les pluies bienfaisantes.

On peignait donc des grenouilles sur la peau des tambours utilisés dans les cérémonies propitiatoires. Par glissement symbolique, les tambours utilisés dans la guerre portèrent également ces images de grenouille comme symbole du cri des guerriers (imité du tonnerre qui, souvent, accompagne la pluie)

Ah ça, Grand Papa n'était pas un esprit simple !

Cela dit, la figuration symbolique de la grenouille des mérovingiens ressemble beaucoup a la fleur de lys des capétiens laquelle peut facilement être transformée en abeille, "totem" de l'usurpateur, comme on sait.

 

Transmis par SdeB (alias, "gnose toujours, tu m'instructionnes) 19-01-2001.

 

             

 

 

De l'abeille ou de l'iris d'eau  à la fleur de lys   ?

 

Les origines des blasons viennent du Moyen Age. En effet, lors des conflits antiques, les peuples se distinguait relativement facilement. Tout est différent avec l'apparition des guerres féodales où les combattants sont de la même race, portent les mêmes casques de fer battu, les mêmes casaques de cuir renforcé ou de plaques de métal. A la bataille d'Hasting, Guillaume dut enlever son casque pour se faire reconnaître de ses normands qui le croyait mort.

Les boucliers étaient assez grands, en bois ou en cuir renforcés par des plaques de fer. On eut l'idée de s'en servir comme panneaux de reconnaissance ou signe de ralliement en peignant d'une couleur vive les renfort métalliques. La Fasce, le Pal, le Chevron, les Ories, voire l'Escarboucle tirent leurs origines de ces pièces de bouclier. Dès lors chaque seigneur eut sa marque

Les Lys de France seraient apparu vers les règnes de Louis VI et de Louis VII. Ils prirent cet emblème comme l'Angleterre prit les léopard, l'Allemagne, l'Aigle et la Belgique, le Lion . Le lys est il une déformation de l'abeille que Childéric 1er portait en bijou? Vient il de l'Iris des eaux indiquant le caractère marécageux des pays d'où venaient les francs et qui depuis longtemps ornait déjà les sceptres royaux? est il la reproduction du fer de lance, l'angon, avec ses crocs latéraux? Toutes les hypothèses sont possibles, et aucune n'est certaine. D'abord en "semis" sur champ d'azur, le nombre des fleur-de-lys fut ramené à 3 sous Charles V en l'honneur de la Sainte Trinité.

 

Transmis par Richard jrap.fr le20-01-2001.

 

     

Note du Lieutenant : l'iris d'eau a été retenu comme emblème de la région de Bruxelles – Capitale (ci dessus)

 

 

Saint Bernard et les fleurs de lys  :

 

J'avais assisté, en 1990 ou 91, à une conférence du baron Hervé Pinoteau (président de la Société française de vexillologie, donc ce sujet est bien sa spécialité; il collabore aussi au Légitimiste, à Hidalguía et a rédigé, à la demande d'Alphonse II dont il était le secrétaire et chancelier, les quatre éditions de "L'État présent de la Maison de Bourbon" déjà parues, entre autres). Voici ce qui m'en reste touchant les fleurs de lys.

Avant Louis VII le Jeune (environ 1120 - 1180, sacré en 1137), les manteaux de sacre, en France comme ailleurs, étaient d'azur semé d'étoiles, pour signifier le caractère universel du souverain qui les portait... Louis VII avait lu un texte de Saint Bernard de Clairvaux  qui comparait la Jérusalem céleste à un champ semé de lys, et aurait eu l'idée de ce semis de lys sur son manteau de sacre, puis sur ses bannières. C'est plus tard que le nombre de lys s'est réduit à trois (figurant la Très Sainte Trinité et/ou la Sainte Famille ?)

 

Transmis par Thérèse Ribette 06-02-01.

 

Un an plus tard, le sujet revint :

 

Du crapaud  au lys  et au bonnet phrygien  !

 

Pour changer un peu, une petite acrobatie syncrétique de nature à faire méditer sur les antagonismes automatiques.

Le Père Ménétrier (jésuite du XVII° auteur de "le temple de la sagesse ouvert à tous les peuples") rappelle que les Francs primitifs portaient sur leurs enseignes  un semis de crapauds.

Une légende raconte qu'un ange apparut à Clovis pour changer  l'emblème du crapaud en fleur de Lys. ( on constate d'ailleurs que le  crapaud héraldique ressemble fort au Lys héraldique.)

En grec, le crapaud  se dit Phrynicé . Sa déesse tutélaire est Phrynia  (équivalent latin : Feronia .) C'était la protectrice des affranchis. Elle était  représentée coiffée du bonnet traditionnel de sa terre natale : la Phrygie..

Ainsi Les Lys et le bonnet Phrygien ont la même origine...*

*C'est évidemment rudimentaire. Le symbolisme du crapaud, des lys et de Feronia est infiniment plus riche, plus complexe et plus stupéfiant par ses implications notamment dans l'Histoire de France, mais ce serait trop long pour ce forum.

 

Transmis par S.de B. 29-10-2001.