Hans-Adam II a obtenu les pleins pouvoirs qu'il demandait


Liechtenstein : le sacre démocratique d'un «monarque absolu»

Stéphane Kovacs    [17 mars 2003]


Il en avait assez de n'être qu'un prince d'opérette, ses sujets l'ont sacré monarque absolu. Il est vrai que Son Altesse Sérénissime le prince Hans-Adam II von und zu Liechtenstein les avait placés devant un dilemme effroyable : si les quelque 33 000 habitants de ce «confetti» de 160 km2, coincé entre la Suisse et l'Autriche, avaient décidé, lors du référendum d'hier, de rejeter son projet de réforme de la Constitution, le souverain aurait immédiatement bouclé ses valises, pour aller «commencer une nouvelle vie»... à Vienne !

Le projet de réforme du prince a recueilli 64,3% des suffrages des quelque 17 800 électeurs de ce micro-Etat, selon les résultats officiels. Aucune des onze communes de la principauté n'a rejeté le projet. Hans-Adam II s'est félicité de ce résultat «extrêmement réjouissant» : il n'avait osé espérer que 60% de soutien.

Voilà plus de dix ans que Hans-Adam, lassé d'être «un prince de parade», un «clown qui salue les foules», tentait d'imposer cette réforme qui accroît considérablement ses pouvoirs. A 58 ans, il passe du rôle de simple représentant de l'Etat à celui de «monarque absolu», capable de dissoudre le Parlement, de limoger le gouvernement ou encore de nommer des juges.

Son initiative avait recueilli plus de 6 000 signatures, un record dans l'histoire de la principauté. Le Parlement national (25 députés) la soutenait, mais de justesse (13 voix pour, 12 contre). Après une décennie de batailles politiques autour de ce dossier, le prince pouvait cependant tabler sur une certaine lassitude de la population, ainsi que sur la peur de l'inconnu...

«Sans prince, nous ne sommes rien», avait martelé, tout au long de la campagne, le président du Parlement, Klaus Wanger, du Parti bourgeois progressiste (FBP, au pouvoir). Avec un «non», le Liechtenstein «courrait à sa perte», renchérissait le prince, qui n'hésitait pas à présenter ses adversaires comme des ennemis de la patrie, voire des «républicains !»

Selon Sigvard Wohlwend, du «Secrétariat pour la démocratie», «M. Liechtenstein lui-même ternit la réputation du pays.» «Il a déjà bien assez de pouvoir, commente ce membre de l'opposition. Un chef d'Etat incontrôlable, qui peut dissoudre le Parlement et le gouvernement dès qu'il en a envie, ce n'est pas démocratique.» Les adversaires de la réforme dénoncent une dérive dangereuse vers un régime autocratique. Ils rappellent que le Conseil de l'Europe avait qualifié la réforme de «sérieux retour en arrière», estimant qu'elle isolerait le Liechtenstein au sein de l'Europe.

Mais pour le prince, «il n'est pas difficile de trouver des ennemis de la Principauté à l'étranger, que ce soit à cause de sa place financière, de sa monarchie, ou simplement parce que c'est un petit pays qui a du succès !»

Dans cette principauté d'ordinaire paisible, la controverse a déchaîné les passions. Des opposants ont reçu des lettres d'insultes et même des colis remplis d'excréments. Quant à l'ancien chef du gouvernement Mario Frick, il a trouvé, cloués à la porte de son bureau, les restes d'un groin de cochon, accompagnés d'une queue en tire-bouchon...

«C'est le Conseil de l'Europe ou nous !», avait lancé, la semaine dernière à la télévision, Hans-Adam II, balayant d'un revers de main les critiques de l'organisation pan-européenne – dont la principauté fait partie depuis 1978. Hier soir, le Conseil de l'Europe, par la voix de Walter Schwimmer, son secrétaire général, a averti qu'il «examinera attentivement l'application des réformes» constitutionnelles au Liechtenstein. «Vaduz s'expose à des problèmes, prévient-on à Strasbourg. Le Conseil pourrait commencer par un «monitoring», procédure déjà utilisée pour des pays comme la Russie ou la Turquie, et pourrait aller jusqu'à l'exclusion. A ce moment-là, le Liechtenstein se retrouverait au même niveau que le Bélarus, seul pays qui demeure en dehors du Conseil !»

Du haut de son château médiéval, la famille princière ne se laisse pas impressionner : «Dans ce cas, ce n'est pas pour le Liechtenstein que cela serait dangereux, réplique le prince héritier Aloïs, mais plutôt pour le Conseil de l'Europe...»

Source : Le Figaro

Transmis par Ulianov 17-03-2003.