Le député Knock

 

 

Dans ma recherche effrénée de relier l'invention des frères Lumières (non, non je n'évoque pas Voltaire et Rousseau mais bien ceux nés à Besançon) à ce qui nous préoccupe, voici un petit texte que je viens de redécouvrir au fond d'un fichier et qui est inspiré de la lecture d'un petit ouvrage de l'insipide et soporifique gauchiste Marc Ferro.

 

Devant les membres de la classe politique, le citoyen n'a guère plus droit à la parole que le patient devant son médecin. La masse juge l’homme politique comme le détenteur d’un pouvoir insaisissable, et ceci suivant des critères similaires à ceux qui attribuent au docteur Knock (personnage créé par Jules Romain et interprété au cinéma par Louis Jouvet) – et non au patient – , le rôle de déterminer si ce dernier est bien portant ou s'il est malade. Les similitudes et les parallèles entre les deux mondes, classe politique et corps médical, démocratie et médecine, sont en effet nombreux.

L'apparition de la médecine moderne coïncide, chronologiquement, avec celle de la démocratie. Le laboratoire commence à prendre la pas sur la clinique, les nouveaux médecins ou les nouveaux hommes politiques (calvinistes,  républicains ou luthériens) font leurs expérimentations sans se soucier du malade. Un nouveau monde naît, le nôtre. La légitimité passent des garants traditionnels à ceux qui contrôlent dorénavant le mouvement des hommes et des choses : la bourgeoisie et l'idéologie.

A partir du XIXème siècle, la politique revêt complètement les oripeaux de la science infaillible, incontestée et incontestable. Un exemple de cette tendance : Karl Marx n’a pas envoyé son manuscrit à un député ou un élu mais à un savant, Darwin… Mais le pouvoir prétendit très vite incarner le savoir. C'est en ce sens que Staline à la fin de son règne peut juger que la répression politique n'a plus de raisons d'être appelée de la sorte car celui qui conteste les décisions du gouvernement ne saurait plus être considéré comme un opposant – puisque s'opposer à la science est illusion, folie. Celui qui conteste est déraisonnablement malade, anormal. C'est ainsi qu'il n'est plus envoyé en camps de concentration mais à l'asile… C'est en ce sens également que la loi Fabius-Gayssot a été voté en France par l'Assemblée dite "Nationale" interdisant toutes recherches scientifiques sur les camps de concentrations allemands de la Seconde Guerre Mondiale car la science du politique est devenue incontestable, les vérités politiques suppléent dorénavant toutes les autres, tant historiques que naturelles. Une autre traduction scientifique de la politique, cette fois libérale, va se traduire - principalement après la crise de 1929 et à travers des hommes comme Keynes – par la suprématie des lois de la statistique sur l'esprit des lois. Le discours et l'idéologie cèdent ici la place à la courbe et au chiffre. Au même moment, Knock triomphe : la médicalisation du corps social le concerne autant, si ce n'est plus, que la guérison du corps humain… Le politique lui ne s'intéresse qu'à une chose : la politisation du corps social. Le docteur Knock est irrité et déconcerté par le statut de l'homme bien portant, médicalement indéterminé et qui, n'étant pas médicalement défini, échappe à son contrôle. « Je le met au lit, regarde ce qui va en sortir; un tuberculeux, un névropathe, mais quelqu'un bon Dieu, quelqu'un ! ». Au même titre, l'homme sain de corps et d'esprit, pragmatique, sans idéologie, ne peut, en démocratie, que susciter au mieux le mépris, au pire la haine de l'intelligentsia progressiste

Pour terminer, je reprendrai l'extrait d'un texte écrit par Alexis Archambeaud au temps où il était à la fois membre de VR et célibataire, si je ne m'abuse (... un autre docteur que voilà ;-) : « Pour ma part, je suis intimement persuadé que le suffrage universel est contre nature. En effet, il ne fait semblant de fonctionner qu'au prix d'une énorme propagande; il veut que tout le monde s'intéresse à la politique et il le veut éventuellement par force. Au lieu que la nature veut que certains s'intéressent à la politique alors que certains s'en désintéressent, comme il y a des adeptes du football qui ne veulent pas entendre parler de rugby et réciproquement. Quelle liberté bien plus grande sous nos Rois ! Il y avait de multiples moyens de s'intéresser à la politique et de la servir et si vous ne vous y intéressiez pas personne ne venait vous faire suer. En ce sens, il est pour moi évident que la désaffection des urnes montre que le naturel reviens quand les leurres, aussi puissants soient ils ont fini de produire leur effet. Aussi cette désaffection est-elle un recouvrement de santé et non pas le signe de je ne sais quelle aspiration à la dictature. La menace de cette désaffection ne pèse aucunement sur la nation mais sur le régime et sa clique d'inutiles rhéteurs.

Amitiés contre-révolutionnaires. »

Message de Mac Guffin (VR) 20-11-2001.