Le tsarisme non autocratique retrouvera sa place en Russie.

 

 

Ci-dessous un entretien avec S.A.R Sixte-Henri de Bourbon-Parme, publié il y a trois mois dans Le Libre Journal de la France Courtoise n°299.

- Hervé – 5 novembre 2003.

http://www.france-courtoise.info/03/299/page.php?id=18itw

 

S.A.R Sixte-Henri de Bourbon-Parme :

« Le tsarisme non autocratique retrouvera sa place en Russie. »

 

Revenu de Saint-Pétersbourg où il avait assisté aux fêtes du troisième centenaire pour présider le dîner du dixième anniversaire du Libre Journal, Son Altesse Royale le Prince Sixte Henri de Bourbon Parme, tient aujourd'hui sa promesse de nous confier ses impressions de Russie.

 

LLJ : Monseigneur, après la chute du mur de Berlin, la Russie semble un phénix. Lors du retour des cendres du Grand Duc Wladimir, l'Occident stupéfait a vu rendre les honneurs par de jeunes officiers arborant les costumes et les armes des régiments de la Garde Impériale... Tenues impeccables sauvées mystérieusement et au prix de quels sacrifices, de soixante-dix ans de répression communiste. Effaçant Leningrad et même Petrograd, la ville a choisi de se rebaptiser Saint-Pétersbourg : estimez-vous, Monseigneur, que ces faits traduisent un renouvellement politique durable et soient portés par la majorité du peuple russe ?

 

Sixte : Tout d'abord, c'est le tsar Nicolas I qui rebaptisa Saint-Pétersbourg, Petrograd, dans un souci de "russification". Le nom initial lui semblait trop germanique. C'est une constante de tous les gouvernants russes que de marquer une différence sensible d'avec l'ensemble des démocraties occidentales (qu'elles soient des monarchies ou des républiques). Les cérémonies du retour des cendres du Grand Duc Wladimir étaient utiles à Yeltsine pour montrer le rattachement de son régime à cette légitimité institutionnelle qui est toujours passée, en Russie, par le respect dû à la famille impériale, colonne vertébrale de la société. Montrer ainsi la responsabilité et le rôle de la famille du tsar dans les éléments cristallisateurs de la Russie, peut servir l'avenir comme cela a servi dans le passé. Le général Lebed m'avait confié : « Je n'ai pas la chance d'avoir la Foi, mais je considère qu'elle est essentielle pour la résurrection de la Russie : sans l'Église et sans la Foi, il n'y a pas d'avenir russe. » Il en est de la monarchie comme de la religion : le tsarisme est un courant moteur de la reconstruction de la Russie et c'est pour cela que le retour des cendres du Grand Duc Wladimir a été célébré avec faste, tout comme ce tricentenaire de la naissance de Saint-Pétersbourg. Salazar avait coutume de me dire : « N'oubliez jamais qu'en politique, ce qui apparaît, finit par être. » Ainsi, une simple cérémonie peut avoir des conséquences beaucoup plus importantes que ce qu'elle laisse supposer au départ. Or le peuple russe est conscient du crime qu'a été le massacre de la société russe et en particulier celui de la famille impériale. Il en ressent profondément la tache. Comme un péché dont il lui fait faire repentance. Ce sentiment fort l'amène aussi à se retourner du présent vers le passé, les jeunes générations portent le poids du crime de leurs grands parents et expriment par ce retour aux valeurs traditionnelles leur volonté de rachat.

 

LLJ : Pensez-vous que le choix de cette célébration du Tricentenaire de la ville de conception la plus occidentale de Russie traduit une volonté de réouverture de la Sainte Russie vers l'Occident, ou un simple retour du pays des soviets vers ses racines historiques, et si tel est le cas, pour quel devenir ?

 

Sixte : L'ouverture à l'ouest est une constante politique russe depuis Yvan IV qui dès après la victoire de Kazan s'était empressé de conquérir Narva pour avoir une ouverture sur la Baltique. Pierre le Grand ne fut que le continuateur de cette politique. Le choix de Saint-Pétersbourg comme nouvelle capitale correspond à un triple souci de ce tsar :

- Se dresser face à la Suède et à Stockholm, la Venise du nord, qui s' affirmait comme capitale de la Baltique ;

- Manifester son fort sentiment antireligieux en délaissant comme capitale Moscou, la troisième Rome, "la ville aux quarante quarantaines d'églises", trop fortement religieuse à son goût ; - Créer une infrastructure commerciale nationale lui permettant de rivaliser avec la Hanse. Le tout pour réaliser une vitrine de l'autorité impériale compréhensible à l 'Occident et qui puisse s'opposer à celle présentée à l'avenir à la toute première puissance du temps : le Versailles de la France de Louis XIV. Saint-Pétersbourg a été construite comme Versailles, au prix de mille souffrances dans les marais, et autre analogie, elle a été réalisée par les meilleurs architectes et décorateurs occidentaux du temps français comme italiens. Pierre le Grand montrait ainsi qu'il voulait rompre avec un certain isolationnisme de ses prédécesseurs au Kremlin et qu'il entendait entrer de plain pied dans la politique européenne. La célébration avec faste de ce tricentenaire, qui suit d'énormes restaurations de la ville, est donc aussi une affirmation de la volonté russe de compter à l'avenir de nouveau dans la politique européenne.

 

LLJ : Ces restaurations spectaculaires de certains palais impériaux traduisent-elles l'attachement des russes à leurs valeurs ancestrales, ou bien une volonté palpable de rendre plus actuel le mythe du tsarisme, source de magnificence et d'une certaine légitimé socio-politique ?

 

Sixte : Je dirai d'abord qu'il s'agirait plutôt d'une mystique ! Laissons le mot de mythe pour qualifier le marxisme, nous en voyons les conséquences ! Nous constatons historiquement que l'Europe, après avoir été centrée sur le Mare nostrum latin, se convertit aujourd'hui en Atlantic nostrum anglo-saxon. Poutine marque ainsi son intention d'avoir une ligne politique originale et indépendante vis-à-vis de l'atlantisme, ce qu'il vient d'affirmer par ailleurs en manifestant son hostilité à l'entrée des Pays Baltes ex-soviétiques (Lituanie, Lettonie, Estonie) dans l'OTAN. On ne préserve un pays que par l'image et l'espoir donné à ses nationaux. Or le russe est naturellement très patriote : toute tentative d'approche visant une démarche globalisante de la conception européenne entraîne chez lui un réflexe de répulsion. Traditionnellement toute l'attitude politique russe conduit à la démarche inverse : retrouver une situation de contrepoids en Europe et dans le monde de demain. La Russie, depuis l'entrée en décadence intellectuelle et morale de notre monde occidental, apparaîtrait en outre comme un tabernacle de la spiritualité chrétienne de l'ancien monde, relayée par la tradition orthodoxe renaissante. De ce point de vue on peut considérer que le peuple russe dans son ensemble manifeste son souci de bannir définitivement la philosophie marxiste de son univers intellectuel et simultanément de supprimer l'impérialisme de type soviétique de sa politique internationale.

 

LLJ : Cette explosion de l'orthodoxie, ce retour vers "la Sainte Russie éternelle", ses mythes et ses symboles, sont-ils des données durables de l' avenir russe ou pensez-vous qu'il s'agisse d'un épiphénomène fondé sur le rejet du marxisme et de son athéisme viscéral ?

 

Sixte : Ce n'est pas un épiphénomène ! C'est une réaction en profondeur, face au génocide de plus en plus affirmé parce que de mieux en mieux connu, de toute une population et de toute sa société dirigeante. Un épiphénomène ne pourrait se manifester avec autant d'ampleur. Nous assistons à la reconquête par les Russes de leur propre histoire occultée par le marxisme, de leur religion éradiquée par le régime communiste qui a détruit plus de 80 % des édifices du culte, et de leurs traditions et de leurs diversités interdites au nom d'un égalitarisme impitoyable. On réalisera un jour, que malgré les blessures si difficiles à cicatriser qu’elle conserve, pour la Russie, c'est le communisme qui, à l'échelle historique, aura été un épiphénomène ! J'ai la conviction que, de ce point de vue, le tsarisme sous une forme non autocratique a toutes les chances de retrouver sa place en Russie: c'était le type de régime qu'avait d'ailleurs préparé Nicolas II qui ne put mener à bien la suite de ses réformes à cause de la révolution qui coûta la vie à toute sa famille et à des dizaines de millions de personnes de son peuple.

 

Propos recueillis par Claude Timmerman