Légitimité

 

Message de Pierre Van Ommeslaeghe, 9 octobre 2004.

Bonjour,

 

Certains sur la liste se veulent "légitimistes", rejetant de fait les prétentions des autres dans l'illégitimité. il me semble important de préciser ce qu'on entend par "légitimité".Il convient tout d'abord de le distinguer de "légalité". Est légal ce qui est conforme à la loi positive (loi écrite d'un pays pour faire court, les juristes pourront préciser s'ils le désirent). Mais cette loi peut être considérée comme injuste. C'est Antigone. C'est au nom d'une loi supérieure, non écrite, que cette injustice est proclamée. La conformité à cette loi supérieure est la légitimité. Remarquons de suite qu'il s'agit de supériorité et non d'antériorité. On ne peut donc se réclamer d'une loi antérieure sous prétexte de légitimité. Pour être clair, on ne peut se dire légitimiste en se référant à la loi salique. Il est peut-être un peu difficile de la qualifier de loi positive, du moins avant le 17ème siècle, mais on ne peut considérer qu'elle est une loi supérieure.

 

On peut, me semble-t-il, parler de légitimité en deux sens. Tout d'abord on peut se référer à l'esprit de la loi positive, à ce qu'ont voulu les législateurs. Ce qui permet aux juges d'interpréter la loi lorsqu'elle n'est pas claire dans l'affaire qu'ils jugent. Mais aussi on peut se référer à l'esprit, aux principes, aux valeurs du régime dans lequel la loi s'insère. Il s'agit bien de quelque chose de supérieur à la loi positive. En ce sens il y a une légitimité démocratique. Mais il peut y avoir des conflits d'interprétation selon qu'on considère comme valeur suprême la volonté (en fait le désir) du peuple à un moment ou les "droits de l'homme". De même chez nous, si personne ne conteste la loi salique, il y a divergence sur l'interprétation de son esprit. Il me semble même (mais j'espère me tromper) que ceux qui se disent légitimistes refusent de l'interpréter.

 

Mais cette conception de la légitimité est insuffisante. Nous sentons bien que la "légitimité" démocratique est une fausse légitimité. C'est que celle-ci est encore immanente à la loi positive. Qu'importe l'esprit de la loi si le régime qui l'inspire est néfaste ? Nous parlons alors de la légitimité du régime, de la loi fondamentale du pays, par rapport à un droit supérieur. Peu importe que ce droit supérieur soit d'origine divine ou ancré dans la nature humaine. Pour un croyant cela revient au même.  La question est alors de savoir si le régime politique d'un pays, la France ici, est juste en fonction de ce droit.

 

Il me semble qu'il est de droit naturel que l'État soit au service du bien commun du pays. Je ne discuterai pas ici de ce qu'est ce bien commun. Si je suis royaliste, c'est que je considère que la république ne peut pas, structurellement (institutionnellement si l'on préfère) servir ce bien commun. Elle ne peut que servir des biens particuliers. Elle n'est donc jamais légitime. La royauté pourrait servir ce bien commun. Pas nécessairement; cela dépend du souverain. Mais elle le peut quand la république ne le peut pas. La royauté peut donc être légitime.

 

C'est en ce sens que je veux bien me dire légitimistes. Mais cette légitimité n'est pas liée à une personne ou à une dynastie.

 

Salutations.

 

 

Message de Paul Turbier, 9 octobre 2004 :

Bonsoir, en ce qui me concerne.


    Je suis toujours très heureux de lire les messages, trop rares à mon gré, qui nous viennent de l'homme du Nord et particulièrement le dernier dont je partage l'essentiel.

 

    J'en extrais deux  éléments.


    L'un qui concerne le république lorque PvO écrit   

         "Si je suis royaliste, c'est que je considère que la république ne peut pas,  structurellement (institutionnellement si l'on préfère) servir ce bien  commun. Elle ne peut que servir des biens particuliers. Elle n'est donc jamais légitime. La royauté pourrait servir ce bien commun. Pas nécessairement; cela dépend du souverain. Mais elle le peut quand la république ne le peut pas. La royauté peut donc être légitime."

    Moi itou. Comment mieux dire que le mal dont nous souffrons collectivement et individuellement est consubstantiel à la république et qu'il n'y a donc dans cette direction aucun espoir de guérison. Les virus qui infectent le système sont au nombre de  deux : le fait majoritaire, jamais démontré et la l'auto-candidature aggravée par la coutume oligarchique de l'investiture.


    L'autre, présent dans tout le message, est la définition en profondeur de la légitimité . Lorsque je lis " pour
être clair, on ne peut se dire légitimiste en se référant à la loi salique.
"  je discerne un parallèle avec le fait majoritaire des républicains car on est ici également devant un argument non démontré. Est-ce que pour autant, la mise à bas de ce socle qualifie ipso-facto l'orléanisme ou tout autre voie dynastique  autre que la capeto-bourbonnienne ? Bien sûr que non, car m'appuyant sur la solide démonstration de Pierre, je m'avise que les évènements successoraux indirects ne procèdent pas toujours de façon évidente d'une légitimité réelle qui selon Pierre, est celle qui "  sert  ou peut servir le bien commun ". Lorsque le fils succède au père, pas de problème car l'éducation et l'exemple sont présents dans la formation du successeur, mais lorsqu'on en arrive à l'arrière petit cousin du neveu du fils de la soeur de la reine-mère, les choses s'obsurcissent quelque peu.


    Tout ceci me conforte dans la conviction que les positions dynastiques bloquées sont nuisibles à la cause royaliste parce qu'elle privilégient des voies spécifiques et oublient le principe immanent. Chacun dans sa chapelle et rien ne bouge. Il me parait plus que jamais important de défendre le principe royal plutôt que tel ou tel éventuel prétendant au pourrait éventuellement l'incarner. Pour la personnification, le temps viendra mais n'est pas encore là.


Paul T.

 

Message du Libre Journal, 9 octobre 2004 

Une fois de plus, me semble-t-il, le débat ouvert par PVO et poursuivi par Paul T. achoppe sur le contenu du mot  ³légitimiste².

Selon PVO, « on ne peut se dire légitimiste en se référant à la loi salique». Selon Paul T « les évènements successoraux indirects ne procédent pas toujours de façon évidente d'une légitimité réelle (et, donc) Lorsque le fils succède au père, pas de problème car l'éducation et l'exemple sont présents dans la formation du successeur, mais lorsqu'on en arrive à l'arrière petit cousin du neveux du fils de la soeur de la reine-mère, les choses s'obsurcissent quelque peu. ».

Sommes nous d’accord, au moins, sur les points suivants ?

- le légitimisme consiste à ne reconnaître que la Providence (et nulle autre puissance) comme principe fondateur de la Royauté

- Il consiste à considérer la naissance (et nul autre moyen) comme signe de cette Providence.

En résumé, sauf à considérer que le seul Roi légitime serait celui qu’un cortège angélique porterait sur le trône au son des buccins embouchés par des chérubins, l’Homme, dans sa misère, n’a pas d’autre moyen que la légitimité pour reconnaître son roi. Dès lors, je ne vois pas

- comment nous pourrions nous affranchir sinon de la loi salique qui n’est que l’aménagement humain (trop humain) d’un processus providentiel.

- Comment nous pourrions borner le libre choix de la Providence à la première génération en ligne directe et lui dénier le droit, pour des raisons d’Elle seule connues, de porter à la pourpre royale l’arrière petit fils du cousin du beau frère du monarque défunt.

Nous arrêter à ce genre de considération oblige à décider par décret jusqu’ou la Providence a le droit de porter son choix ce qui, vous en conviendrez, serait un peu vain. Reste que refuser les deux points évoqués plus haut interdit à mon sens de
se dire royaliste pour ne se revendiquer que monarchiste. Dans ce cas, n’importe quelle tête bien pleine dotée d’un bras bien armé peut revendiquer le sceptre et nous nous trouvons dans la pittoresque mais ductile situation de l’Empire russe dont le trône, comme on sait, était « occupatif » ce qui permettait de remplacer la célèbre formule « le premier arrivé à Reins [à cheval] a gagné » par la non moins fameuse règle du « qui part à la chasse perd sa place »

Au roi (de droit), et vite !

SdeB