Comment et pourquoi la Loi salique est devenue les lois fondamentales du Royaume

 

C''est un abus de mot (venu principalement des juristes huguenots du XVIème siècle qui ont fait dire à la "loi salique" n'importe quoi, y compris qu'elle réglait les problèmes de régence, de Conseil du roi, etc.) que de dire que "la loi salique" est devenue loi fondamentale du royaume. En effet, la partie de la loi salique à laquelle on fait allusion concerne le droit privé et la dévolution de la terre "franque". C'est en fait le bon sens et la coutume qui ont fait prévaloir la succession de mâle en mâle par ordre de primogéniture : au début de la période capétienne, la dévolution de la Couronne n'était nullement assurée et les rois y remédiaient en associant leur fils aîné à la couronne de leur vivant (heureusement pour eux, il ne s'en est jamais trouvé un qui n'ait pas de fils). Puis, jusqu'en 1316, un providentiel hasard a voulu que les rois aient tous des fils pour leur succéder. L'habitude prise depuis plus de trois siècles de voir le fils aîné du roi succéder à son père avait fortement marqué les esprits, aussi lorsqu'en 1316 le fils posthume de Louis X, Jean Ier, est mort à l'âge de cinq jours, il était difficile d'envisager que sa soeur aînée, Jeanne, pût lui succéder, entre autres parce que sa légitimité était douteuse (scandale de la tour de Nesle) et que son oncle Philippe, solide gaillard, déjà régent pendant la grossesse de la reine, se voyait fort bien devenir roi de France. On écarta donc la demoiselle, et quand Philippe mourut à son tour, ne laissant que des filles dont la légitimité, elle aussi était douteuse, Charles IV imita son frère et les écarta du trône. En fait le problème se posa en 1328 quand Charles IV mourut, laissant des filles nées de mariages postérieurs au scandale et dont la légitimité n'était pas douteuse. En outre, après ces princesses, la plus proche héritière par le sang était Isabelle de France, soeur des rois précédents, et mariée au roi d'Angleterre, qui revendiqua le trône (c'est d'ailleurs l'origine de la guerre de Cent ans). Philippe de Valois, cousin des feus rois, sut toutefois exploiter le sentiment généralement répandu qui refusait un roi étranger comme l'était ou le serait le mari d'une fille de France et invoquer à ce sujet le texte de la "loi salique". Près de trois siècles devaient alors s'écouler avant qu'un problème de succession se pose à nouveau (car Jeanne d'Arc sut restituer son royaume à Charles VII) et c'est alors la question de la catholicité qui se posa.

 

Texte de Merlinchaz (VR) du 15 mai 2001.