Lundi de pentecôte

Paul Turbier, 29 octobre 2003.

 

  L'abondance des réactions concernant le Lundi de Pentecôte est révélateur de la perception vague d'une réalité diffuse . Derrière l'utilitaire et le raisonnable, se cache l'important, voire l'essentiel, comme la forêt se cache derrière l'arbuste.  Il y a cinquante bonnes raisons, toutes rationnelles mais matérialistes, de supprimer le Lundi de Pentecôte, et même, pourquoi pas dans quelques années ou lustres, le Jeudi de l'Ascension ainsi que, pourquoi pas encore,  Pâques, la Toussaint et la Trinité.  Je crois que le fond de la question est ailleurs.

    Deux colonnes de la première page du Figaro vilipendent les "bobos" . Comme je ne connaissais pas ce terme, j'ai tenté d'en saisir le sens en lisant l'article. j'a cru comprendre qu'il s'agissait d'habitants qui tentaient de conserver dans leur quartier (maladroitement peut-être) un style de vie à la française. Quel crime abominable, s'il en fut !

    Le rapprochement de ces informations apparemment disjointes suggère que tout ce qui tient à la culture et à la civilisation française doit être gommé. La cuisine et en particulier les fromages, la musique qui parle à l'âme, la peinture qui parle au coeur, le style vestimentaire, l'élégance sont autant de champs de batailles ou, comme à petits coup d'aiguilles, on inflige à la bête que l'on veut faire périr des micro blessures qui finiront bien par l'emporter. mais surtout, cible privilégiée entre toute, la religion qui est la pierre d'assise de notre civilisation, est de préférence visée. On tourne le pape en ridicule comme jamais on se le permettrait pour un imam de banlieue ou pour un rabbin du Sentier. On y va par touches légères, quasi-indolores et l'affaire de Lundi de pentecôte est l'une d'entre elles. On s'effarouche , comme cents vierges déflorées, de ce qu'une allusion même indirecte soit faite pour rappeler les racines chrétiennes de l'Europe.

    Il est justifié et licite pour un palestinien de défendre son pays par tout les moyens, il est bon pour un indien du Mexique de préserver sa culture, il n'est pas réprouvé qu'un musulman importe sa religion en France sans tolérer que quiconque importe la sienne en terre d'Islam,  mais tout ce qui rattache les français à leurs racines est interdit  Les uns peuvent exiger des réparations, les autres doivent faire repentance.

    Ceux qui, pour une bonne laïcité approuvent la suppression du Lundi de pentecôte, ne se sentent pas concernés par le sciage d'une branche qui ne soutiendrai, croient-ils, que les catholiques, mais ils leur faut cependant voir que, sur cette branche, eux aussi, sont assis. Moi, qui tient à ma branche, je ne me repentirai de rien à ce qu'on m'oblige, je festoierai le lundi de pentecôte et, même si je n'étais pas chrétien catholique convaincu, j'irai à la messe chaque dimanche rien que pour montrer que j'existe car c'est bien le seul moyen qui me reste.

 

Paul T..