LE MYTHE ELECTORAL

 

     Une vieille dame de mon village, maîtresse femme, et tête solide me raconte son premier vote. Elle en parle gravement et me décrit la scène. Elle et sa mère ont gravit les marches de la mairie, se sont présentées au bureau de vote, très émues, se sont rendues dans l'isoloir, puis enfin, ont glissé leur enveloppe dans l'urne. Elles avaient accompli ces gestes avec émotion, et les derniers pas vers l'urne, lents et recueillis avaient ressemblé à ceux qu'elles faisaient chaque dimanche pour recevoir la communion au pied de l'autel. De même, l'isoloir avait eu le parfum confidentiel du secret qu'elles respiraient souvent au confessionnal.

    Aujourd'hui sa maman est morte depuis longtemps mais son émotion, me dit-elle, se renouvelle à chaque scrutin avec un point d'orgue lors des élections présidentielles. Evidement, elle ne sait rien de la tromperie dont elle est victime et croit sincèrement détenir un atome de pouvoir, atome qui lui sera aussitôt confisqué. Il serait vain de lui en démonter les ressorts.

    Ce témoignage me pose, comme ont dit de nos jours, question.

    C'est dans ce cérémonial que la république trouve son assise et c'est là que la tromperie démocratique prend racine. et pourtant, Odette, la dame en question, se battrait malgré ses 80 ans biens sonnés pour le conserver.

     Le vote majoritaire est plus qu'inutile, il est nuisible, mais il est considéré comme un rite sacré. Et si c'était, là dans ces cinq minutes d'illusion, que résidait le plus grand obstacle au retour du Roi ?

Paul T.

 

Message du 3 mars 2004.