NATION, NATIONALITE, REGIME, IMMANENCE, TRANSCENDANCE

 

Réflexions issues du débat sur VR en juillet 2000,

portant sur nation,  nationalité, droit du sol , droit du sang, ou droit des gens etc.

 

Le Lieutenant écrivit :

 

Mon affirmation : " J'aime mieux la définition qui parle de communauté de destin pour une nation : fait partie de la nation celui qui ressent, assume et partage totalement cette communauté de destin dont ne peut être dissocié le passé et l'héritage culturel local " suscita quelques commentaires et critiques et cela relança ma réflexion.

Après avoir précisé que ressentir, assumer et partager totalement ne peut en aucun cas s'interpréter comme monter dans un train en marche pour en profiter jusqu'au moment où on préfère en descendre, mais en accepter activement les devoirs et toutes les implications sans exception, il m'a semblé utile de poursuivre :

Le destin n'est pas seulement un avenir commun mais quelque chose de transcendant relevant de la volonté divine et qui peut se découvrir par l'examen du passé de la nation et reste marqué, de façon parfois profondément enfouie dans l'inconscient du peuple de cette nation. On trouve ici une expression devenue immanente des aspirations profondes d'une nation, aspirations qui ne sont pas toujours exprimées et conscientes comme les revendications purement matérielles mais liées à ce destin voulu par Dieu.

Ces aspirations souvent inconscientes sont en accord avec l'héritage historique et culturel. La royauté fait selon notre conception partie de cet héritage.

La réflexion rejoint ici le livre de Merel "Fascisme et monarchie, une tentative de réconciliation d'un point de vue Catholique". Il observe deux principes, d'abord le principe royal qui est transcendant et hiérarchique : le souverain est le Lieu-tenant du Christ et gouverne en son nom de façon hiérarchique, ensuite le principe fasciste qui est organique et immanent, où le chef incarne et exprime ces aspirations immanentes issues du peuple dans une organisation de type organique où chaque personne joue un rôle personnel mais interdépendant dans le corps collectif commun qu'est la société. Selon Merel les deux ne sont pas incompatibles, la royauté aurait probablement disparu de n'avoir pu ou voulu inclure le second principe, et en si l'on avait d'avantage soutenu, dans certaines familles politiques, de droite conservatrice et royaliste entre autres, les régimes basés sur ce second principe, leur survivance aurait bien pu favoriser le retour au premier principe transcendant de la Royauté. Je vous renvoie à la lecture de ce livre complexe (où St Thomas et St Augustin sont souvent cités) qu'il n'est pas possible de résumer en quelques lignes sans le trahir.

En ce qui me concerne, je partage ce point de vue pour les raisons suivantes. La notion de communauté de destin peut à mon avis réconcilier les deux concepts.

La légitimation des régimes fascistes s'affirme dans la ferveur populaire qu'ils ont suscité ; ce soutien exprime la conformité entre la politique choisie (qui n'est pourtant pas de satisfaction seule des besoins et souvent exigeante) et les aspirations profondes révélées par le régime et qui n'auraient pu être rencontrées dans un système démocratique (dont l'organisation favorise la facilité et le refus de l'effort et du dépassement de soi).

Le principe royal est par essence transcendant et exprime la volonté divine. Dans les régimes de type organique et immanents, c'est l'écoute attentive des besoins immanents de la nation liés à l'histoire et aux mentalités (ce n'est pas écouter les cris de la populace, ne me faites pas dire cela), qui permet de cerner les exigences de ce destin voulu par Dieu.

Si cette identité entre volonté divine et destin perçu par la nation est possible et que leur conciliation peut-être réussie au sein de l'état, en tant que catholique je le pense, une construction durable est réalisable et à terme le Roi y trouvera nécessairement place.


Fin du pensum.


le Lieutenant,
Message du 26-07-01.

 

Paul Turbier, écrivit :

 

Il reste que la question de fond pour savoir qui est français se résume à mon sens en trois mots que je vais coudre en ribambelle :

 Amour, Service, Culture.


Dieu nous garde, les picards et les autres. Paul T.
Message du 27 juillet 2001.

 

 

Mac.Guffin ajouta :

 

"Le destin n'est pas seulement un avenir commun mais quelque chose de transcendant relevant de la volonté divine et qui peut se découvrir par l'examen du passé de la nation et reste marqué, de façon parfois  profondément enfouie dans l'inconscient du peuple de cette nation. On trouve ici une expression devenue immanente des aspirations profondes d'une nation, aspirations qui ne sont pas toujours exprimées et conscientes comme les revendications purement matérielles mais liées à ce destin voulu par Dieu. Ces aspirations souvent inconscientes sont en accord avec l'héritage historique et culturel. La royauté fait selon notre conception partie de cet héritage."

 

La première manifestation de cette union "spirituelle" je crois s'est réalisée au lendemain de Bouvines en 1214. En rentrant chez eux, les différentes milices ont ressenti une même fierté, un même sentiment, une même pensée et ont été les premiers propagateurs "nationaux" de l'histoire de France. La victoire royale (divine...) sur le champs de bataille faisait naître la Nation.

 

En ce qui concerne la suite du courriel du Lieutenant, en effet on ne dira jamais assez l'importance qu'a pu avoir le sentiment national dans l'histoire de France depuis deux siècles, ou plus exactement de son utilisation, car il fut utilisé par les révolutionnaires, non créé par eux bien évidemment. La Royauté laissa la Nation se dissocier de la Monarchie, éloignement qui permit son "usage" politique et sa récupération pour transformer une entité bien naturelle en utopie politique afin de justifier l'existence de la République. Les révolutionnaires par définition sont incapables de créer quoique ce soit de sain et de naturel mais ont la faculté redoutable de récupérer le réel, le naturel - en l'occurrence le sentiment national -, au service de leur idéologie et des forces du chaos.

 

Depuis deux siècles, les victoires politiques se sont résumées à réussir cette récupération du sentiment national au profit des régimes successifs en l'exacerbant ou en le modelant passagèrement. Chaque régime a trouvé sa légitimation et sa force au sein du peuple-Nation, pas forcément sous la forme parlementaire mais aussi sous la forme référendaire (Empires-septennat de De Gaulle) travestissant souvent la réalité à son profit. A travers ce sentiment, le vestige du passé fut conservé et avec lui un fondement propice à la survie de l'idée, du souvenir et du patrimoine culturel de la France de l'Ancien Régime. Ce dont nous devons affronter depuis un quart de siècle et plus particulièrement depuis une dizaine d'années, est la mort pure et simple de ce qui avait pu survivre grâce à son utilisation par les républicains pour leur propagande. Nous assistons actuellement à un abandon de la Nation par ceux là-même qui avaient su ou pu - eux - la récupérer. Aujourd'hui, le pouvoir et la classe dirigeante (et avec eux la masse bêlante) ont trouvé un outil, une arme, qu'ils croient plus puissant, plus porteur : le combat antinational, à savoir le fédéralisme européen**, avatar de la globalisation américaine.

 

Cet abandon peut être une chance à saisir. Les bobos et les Lilis nous facilient la tâche en quelque sorte.

- Tout d'abord créer une mythologie européenne antinationale, ça risque d'être coton. L'Europe Fédérale me fait penser au IIème Reich. Le culte de la dynastie régnante et le développement d'un Etat tout puissant à l'époque montraient que la nation allemande ne possédait pas à la fin du XIXème siècle de réalité culturelle suffisante c'est à dire pas de référent historique pour assurer le ciment. Alors aujourd'hui et demain à l'échelle européenne... je doute que nos amis fédéralistes y arrivent. Ils ne réussiront à faire tenir ce patchwork fédéral un certain temps qu'en abrutissant les masses par une propagande effrénée, ou bien encore par une substitution de peuplement comme il en est question, deux méthodes typiquement "soviétiques". L'histoire retiendra que l'UE avec son euro-rouble aura tenté de créer une URSS post mortem. 

- Mais de plus, il suffit de ramasser la Nation où ils l'ont jetée pour nous en faire notre. Le combat politique présent et à venir se résumera à deux camps : les apatrides d'un côté (la majorité), les nationaux de l'autre (la minorité). Au sein de ce combat, à nous de rendre indissociable la Nation au Roi.

 

C'est ce moment historique de l'abandon de la Nation par la classe politique dont il faut se saisir. La Nation mène à la royauté. Or certains royalistes se crispent à la seul pensée de ce combat politique. Certains d'entre eux semblent se laisser tenter de considérer la Nation, l'identité et le sentiment national comme une création révolutionnaire, artificielle, dont il faut se méfier, tout cela parce qu'ils confondent le silex avec lequel ils ont été agressés avec leur agresseur qui s'en est servi. Il suffit que les royalistes prennent conscience que l'Homme de Neandertal qui les a agressés a laissé tomber par terre son silex pour aller écouter un Juke Box qui passe de la musique d'Elvis Presley. Qu'ils se fassent une raison et qu'ils ramassent ce silex-Nation. Qu'ils se transforment en agresseur et en conquérant en sachant que le combat politique est un combat "mythologique". Or les royalistes ont une tendance absurde de se battre sans arme... et à être en définitive des contre-produits d'une propagande républicaine qui date au mieux d'un siècle, au pire de deux siècles. La Nation n'est pas républicaine et ne peut l'être. Et les premiers qu'il conviendrait de convaincre, ce sont les royalistes eux-mêmes.

 

Cette réappropriation du "populo", de la mythologie populaire, à travers la Nation, sera, si elle se produit, un tournant historique dont l'importance est comparable à sa perte qui a eu lieu au cours du XVIIIème. Cette négligence du populo était à l'époque flagrante. La royauté a laissé la Nation la quitter sans réagir, sans la retenir. Elle l'avait créée . Elle n'a pas su la garder (voyez le nombre de fois que Louis XV répète le mot "Nation" dans son discours de la flagellation en 1766, répétition qui ressemble au rappel d'un être cher qui s'éloigne, un rappel de la voix qui n'a pas suffit... la Nation étant tirée de force dans la direction opposée). A l'époque, la presse et l'édition n'étaient utilisées que par les éléments subversifs alors que, comble de l'absurdité, une Censure existait officiellement. L'action de masse, la communication de masse, populaire, fut négligée par la royauté (excepté je crois en ce qui concerne l'intervention en Amérique du Nord et, bien évidemment, avec Necker, deux actions isolées qui furent en définitive récupérées, une fois encore, par les ennemis de la Monarchie...). Cette action aurait été doublement indispensable du fait qu'une frange importante et influente de la population se déchristianisait et par la même ne reconnaissait plus le droit divin comme une légitimation de l'exercise du pouvoir. Les Etats-Généraux par exemple avaient été précisément (re)créés lors d'un conflit avec le religieux (pour une affaire de sous...) afin non pas de fournir une autre légitimité mais pour s'assurer de l'appui populaire et court-circuiter les prêches dominicaux et le réseau du clergé. Une communication de masse (pas forcément par l'intermédiaire des E-G) sur le thème de la Nation aurait permis à la fin du XVIIIème cette fois-ci de court-circuiter les apprentis révolutionnaires.

Privée du soutien de l'Eglise agrippée à ses privilèges, privée de l'apport de la foi chrétienne au sein de l'élite (ce que la phrase de Louis XVI « Je voudrais qu'à Paris au moins l'archevêque cru en Dieu + symbolise bien), privée du soutien de ses élites aristocratiques et dissociée de la Nation qu'on dressera à terme contre elle, il était impossible à la Royauté de se maintenir... Si je puis dire, et pour reprendre le couple du Lieutenant, transcendant-immanent, le régime n'était plus viable ni par le haut, ni par le bas, ni par le haut d'en bas, ni par le bas d'en haut ;-))

 

Le travail de mythologie nationale effectué depuis deux siècles par les républicains (et même par une frange des socialo-communistes avec l'absurde "parti de la résistance" en 44) doit servir la Cause à partir du moment où ils l'ont abandonné et qu'ils se mettent à le combattre. La Nation doit devenir un moyen de communication royale.

 

Message de Mac.Guffin du 28 juillet 2001.

 

** Il est d'ailleurs révélateur que l'embryon du sentiment charnel de la Nation soit précisément apparu au lendemain d'une bataille qui scella le fondement de l'identité française, Bouvines qui vit le Roi de France affronter une coalition "EUROPEENNE" avec à sa tête, déjà, les germains... (comme dans un mauvais film,... « toutes ressemblances avec une situation contemporaine ne serait que fortuit et indépendant de notre volonté, etc, etc ...)

 

 

Le Schtroumpf du Roi :

….On ne peut entièrement s'en remettre au passé, même au prix de certains aménagements. Le drame de la scolastique d'inspiration aristotélicienne, c'est qu'elle n'a jamais (allez, presque jamais) compris que nombre de réflexions d'Aristote, y compris dans le domaine politique, sont essentiellement aporétiques, et que vouloir en tirer une conclusion positive est hasardeux.

 

Prenons un sujet d'actualité : la notion de cité et de citoyen et leurs rapports. Saint Thomas n'en dit pas grand chose, il faut remonter directement à Aristote, livre III chap 1 et 2 de la Politique.

 

La question est d'actualité, elle recoupe ce qui a été dit ici même des notions de nationalité, de citoyenneté, de définition de qui est Français ou ne l'est pas. Est- on citoyen par la volonté de s'agréger à une communauté ou cette communauté a-t-elle une réalité autre que la réunion de ceux qui y sont compris ? (Dans le cas de la France, est-on Français parce qu'on est pondu sur le territoire français ? Ce qui est une sorte de volonté présupposée au nom de principes idéologiques, comme c'est l'esprit des réformes Guiguou d'il y a quelques années, qui supprimèrent jusqu'à la manifestation positive et personnelle d'une volonté d'être Français.)

 

On a vu en Grèce le cas de cités qui se sont mises à vendre le droit de citoyenneté à des groupes qui légalement ne faisaient pas partie de la cité. Les fameux "citoyens à six mines" à Ephèse sont connus, le cas des Samiens aussi. (A tout prendre, les grecs étaient mieux inspirés que nous, qui nous contentons de donner le droit de cité au lieu de le vendre et d'en retirer quelque profit...)

 

Les protestations ne peuvent tromper ; ce que l'on acquiert devient secondaire par rapport au fait qu'on peut ou non l'acquérir, être citoyen devient secondaire par rapport au fait d'être riche, puisque le second peut procurer le premier. De plus, la citoyenneté étant immatérielle et multipliable à l'infini, l'offre dépasse bientôt la demande et la citoyenneté est bradée pour rien. Dans ce contexte, Aristote se demande quel sens peut encore avoir le fait d'être citoyen.

 

Qu'on m'autorise par raccourci et commodité d'exposition à rapprocher provisoirement la question des études de Benvéniste qui a affirmé que chez les grecs c'est la cité qui est première par rapport au citoyen (politès est dérivé de polis, et les mythes fondateurs expriment bien le caractère premier de la cité par rapport aux citoyens à travers le mythe des autochtones en particulier : ils sont de toute éternité la cité, qui n'a pas été fondée par des hommes venus d'ailleurs). En revanche à Rome, civitas est dérivé de civis et c'est le citoyen qui est premier, la cité n'ayant pas de réalité hors des citoyens qui s'attroupent pour la constituer (Benvéniste évoque la fondation légendaire de Rome par Romulus qui, finalement, réunit des hommes pour fonder la ville qui ne leur préexiste pas.

 

Ce raccourci fait, qu'en est-il d'Aristote ? est-ce qu'il comprend la cité comme première par rapport aux citoyens ? On ne peut rien inférer de la structure même de la Politique : trop d'imprécisions sur la forme réelle qu'il aurait voulu donner à l'ouvrage (si seulement il y a jamais eu volonté de faire un ouvrage...) nous dérobent une vue claire du texte dans son développement entier.

 

Il faut donc s'en tenir au début du livre III où ce problème est abordé.

 

Le chapitre 1 nous laisse devant une sorte de dilemme de la poule et de l'oeuf : impossible de conclure ce qui peut bien être premier dans l'esprit d'Aristote : la cité est un tout, les citoyens des parties composantes du tout. Bien malin qui pourrait voir là dedans une antériorité chronologique ou seulement logique de l'un ou de l'autre. Par certains aspects la cité est première, par d'autres elle n'est que seconde par rapport au citoyen. Par exemple la cité peut être dite première par rapport à ses futurs citoyens (enfants des fondateurs ou citoyens "à six mines") mais pas par rapport aux fondateurs de la cité, Aristote semblant démentir complètement les théories de Benvéniste et adopter une manière de pensée qui en ferait plus un latin qu'un grec : la cité n'existe pas avant sa fondation par un regroupement d'hommes.

 

(Il n'est d'ailleurs pas étonnant qu'Aristote, qui se défie tant du langage, ne laisse pas les mots penser à sa place, comme le fait naïvement Benvéniste quelques siècles plus tard...)

 

On pourrait dire que pour Aristote, paradoxalement, la cité n'est première qu'en tant qu'elle est une fin. Mais c'est trop tirer les choses et résumer paradoxalement un enchevêtrement de considérations contradictoires, c'est déformer sa pensée.

 

C'est en fait dans cette réflexion la "constitution" (politeia) qui est première, qui est le support (upokeimenon, même mot que pour désigner ce qui subsiste sous le changement physique) de la cité et du citoyen. Sans politeia, ni cité ni citoyen. La politeia est donc le sujet premier du discours d'Aristote, la cité et le citoyen n'étant que ce dont on traite incidemment. On pourrait penser alors qu'Aristote va définir le citoyen comme il l'annonce depuis longtemps. Or ce n'est pas le cas : successivement il annonce une définition, en conteste la possibilité même, puis en parle comme s'il l'avait donnée.

 

A l'examen un peu serré du texte, on s'aperçoit qu'Aristote bute sur une réalité qu'il ne veut pas reconnaître et qui pourtant fonde son discours car elle constitue le problème dont il parle : l'existence de citoyens qui n'en sont pas, de citoyens par naturalisation, qui ne rentrent pas dans le cadre habituel du "citoyen" tel qu'Aristote continue de le penser. D'où cette pensée hésitante malgré de solides distinctions.

 

Si bien qu'Aristote est amené à distinguer une classe de citoyens qu'il assimile aux vieillards et aux enfants : ils sont dans la cité sans pouvoir y jouer un rôle plein et entier. Citoyens secundum quid, kata ti, si l'on veut reprendre une terminologie plus proprement aristotélicienne, alors que le citoyen simpliciter, aplaus,  est le citoyen à part entière qui correspond au modèle traditionnel.

 

(Gorgias n'est pas si loin qui notait la même chose en disant que les citoyens de Larissa étaient des cruches puisque les cruches grecques étaient originaires de Larissa et qu'on leur donnait ce nom : une Larissa = une cruche, et que c'étaient donc elles les autochtones au sens propre du terme.)

 

La raison de l'impossibilité d'Aristote à admettre que l'on puisse devenir par achat de la citoyenneté l'égal d'un citoyen tient dans sa conception de la justice : en distribuant ainsi sans critère certain l'isopoliteia, "l'égalité des droits" pourrait-on dire, on fait artificiellement des égaux de gens inégaux, on prétend égaliser l'inégalité sans autre base que le besoin d'argent de la cité pour en rendre raison.

 

Bref, Aristote est tendu entre deux conceptions : la conception traditionnelle grecque de la cité qui préexiste au citoyen, et d'autre part une sorte d'état social, qui est celui de son temps, où les hommes se regroupent suivant des critères d'intérêt pour sinon fonder les cités, du moins presque les refonder en agrégeant de nouveaux citoyens comme s'ils étaient des fondateurs de la cité alors que la cité leur préexistait. Une fiction qui a pour motif l'intérêt de celui qui achète le droit de cité et l'intérêt de ceux qui le vendent.

 

Alors que dans le domaine scientifique Aristote accepte qu'il y ait des régressions et des progrès, il ne comprend une période de recul en politique que comme une régression inacceptable qui l'empêche d'appliquer sa méthode habituelle et de trancher. D'où l'aporie, l'impasse dans laquelle est sa réflexion, qui ne tranche pas et ne définit finalement jamais la citoyenneté nettement, sans y revenir pour sans cesse se corriger, enfermée dans une alternative dont elle ne peut s'échapper sans se renier en partie.

 

Revenons à notre question : quel enseignement tirer de cette réflexion toute aporétique d'Aristote pour aujourd'hui ? Comment trancher ce qu'il n'a pas pu trancher en restant fidèle à ses principes ? Je ne vois pas... dans la discussion pour savoir ce que c'est qu'être Français et si les Français de papier sont vraiment Français ou non, Aristote ne nous sera d'aucune utilité. On ne peut même s'arrêter complètement à l'une des positions qu'il n'a pas tranchée car aujourd'hui il n'est plus question de vendre la citoyenneté, mais simplement de la donner, de la laisser ramasser.

 

Va-t-on considérer que les Français de papier ne sont pas Français ? alors sur quelles bases ? sur une base raciale ? C'est impossible, car la race française pure n'existe pas. Va-t-on considérer qu'ils sont Français ? à l'évidence ils ne le sont pas comme eux qui sont là depuis des dizaines de générations. Nous voilà, pour d'autres raisons, enfermés exactement dans le même genre d'aporie qu'Aristote : nous ne pouvons abandonner une conception pour privilégier l'autre sans être amenés à nous renier par ailleurs. Bref nous voilà exactement aristotéliciens. Mais pas plus avancés.

 

Et je repose ma question de l'autre jour : dans ces conditions, existe-t-il une philosophie politique ? n'est-ce pas une contradiction dans les termes que de prétendre faire de la philosophie politique, régler la politique sur la raison, n'est ce pas vain ?

 

Ou encore : les sophistes n'avaient ils pas raison ? la politique n'est-elle pas affaire de pratique, de moment opportun, de convention, et pas de raison ?

 

Message du Schtroumpf  du Roi, 29-07-01.

 

 

Pierre Thribette :

 

….je n'interromps pas le débat sur la philosophie politique et la définition de "Français". Simplement, pour pouvoir se poser la question en philosophe, il faut se mettre en état de philosophie. Certes, le Schtroumpf du Roi n'a pas d'effort à faire pour y arriver, mais le "vexillorégiste de base" doit bien essayer de trouver quelques références. Aussi, les précisions du SdR sont-elles particulièrement bienvenues. On peut penser que, si le point de départ est embrouillé concernant la citoyenneté au point que le précurseur (Aristote) ne s'autorise pas finalement à définir le citoyen, il faut se pencher sur la question différemment.

 

C'est là que le philosophe chrétien du XXIIème siècle peut apporter des éléments de réponse. Ce qui fonde les puissantes civilisations de nos mille dernières années est discernable. Inde, Chine, Islam, Chrétienté (la vraie) et, plus récemment, zétazunisd'Aymeric ont tous un, et un seul, point commun qui les rend fort : une forme de foi.

 

La cité des mille dernières années est donc basée sur une foi (y compris en la "nature" des communistes) qui tant qu'elle est suivie par tous fait l'unité de la "civilisation". Dès qu'elle est anéantie d'une manière ou d'une autre, la civilisation meurt.

 

Pour être français de nos jour il faut donc l'être par la foi. Mais laquelle? Les sornettes qui font vibrer les coeurs des midinettes de mai 68? La foi de ceux qui ont fondé la France?Il est clair que l'importation massive d'étrangers à la foi de ceux qui ont fondé la France, première des civilisations basée exclusivement sur ce socle, est une volonté de détruire cette France-là!

 

Qui donc est français?

 

Moi je réponds : les fidèles sujets du Roi des Rois, notre Seigneur Jésus-Christ, et de son Lieutenant sur terre, et tous ceux qui le seraient s'ils n'avaient pas été endoctrinés par les suppôts de Satan.

 

Pierre RIBETTE, message du 29-07-01.

 

 

Pierre Van Ommeslaeghe :

 

Remarquable exposé sur Aristote du SduR. Je vais le garder en archives.

Vous avez particulièrement raison de souligner le caractère aporétique de la politique d'Aristote. Mais elle me semble moins conjoncturelle que vous semblez le dire et plus fondamentale (mais je vous ai peut-être lu trop rapidement).

 

La raison ne peut certes pas apporter de réponse positive aux questions politiques. Faut-il pour autant renoncer à la raison ? Je ne le penses pas. Car alors on tombe dans le pragmatisme, dans un machiavélisme perverti.

La politique a un but, le bien commun. Quel est ce bien commun ? Il comporte au moins ce que Maurras appelait le salut public, c'est-à-dire la paix et la sécurité. La raison suffit à déterminer cela. Est-ce tout ? Il semble que c'est un peu court.

 

D'une part les moyens d'assurer le salut public sont contingents. Ils sont donc bien une "affaire de pratique, de moment opportun, de convention...". Mais la raison y a une part au moins pour écarter les moyens inopportuns.

D'autre part, que comporte le bien commun, outre la composante minimale de salut public ? La raison ne peut le déterminer. Elle peut bien écarter ce qui n'en fait pas partie (un peu comme la théologie négative peut parler de Dieu), mais pas dire de manière certaine ce qui en fait partie. Il s'agit là d'une question métaphysique. Les hommes doivent-ils seulement profiter des plaisirs de la vie ? Y a-t-il des vertus proprement humaines qu'il leur faut pratiquer ? Y a-t-il des prescriptions divines à respecter ? Autant de questions qui déterminent ce qu'est le bien commun et auxquelles la raison ne peut répondre (ou plutôt auxquelles elles peut répondre de manière contradictoire, ce qui revient au même).

 

En conclusion (partielle et temporaire), la raison a sa place en politique, mais ce n'est pas toute la place.

 

Pierre Van Ommeslaeghe, message du 29-07-01.

 

 

Jean-Claude LEPINE :

 

Tout d'abord bravo pour le S du R, il m'a donné un mal de crâne....mais quelle lecture !

Pour sortir de cette aporie aristotélicienne dans laquelle le S du R, se sent enfermé, j'ai bien envie, en tant que candide, ne connaissant rien à la philosophie, de lui poser, comme à P. RIBETTE d'ailleurs, la question suivante : Au lieu de s'interroger pour savoir si c'est le citoyen qui fait la cité, ou la cité qui fait le citoyen, et ainsi, déterminer qui est français ou ne l'est pas ? Ne conviendrait-il pas de s'interroger tout d'abord, pour savoir si cette notion de "cité" est encore d'actualité de nos jours ? Cette dernière n'a t-elle pas été remplacée depuis le 18ème siècle ou peut-être avant, par l'+conomie, qui régit l'activité humaine et se moque bien des valeurs de nos ancêtres, qui étaient d'ordre spirituel, religieux, familial, éthique ou morale...

Comment devient-on citoyen ? Mais cette notion de citoyenneté est en train de disparaître ? -tre citoyen c'est être subordonné, alors que l'homme tend à être propriétaire de lui-même. Nos devoirs envers la cité disparaissent, encore dernièrement nous avons assisté à la disparition du service national. Regardez autour de vous les jeunes diplômés s'expatrient. Nous sommes citoyens du monde....comme Mohammed, Rachid, Abdel....! Aujourd'hui et moins que demain, nous bénéficions de contrats temporaires et résiliables en échanges de service étatiques. (Possibilités de retraites, assurances sociales, éducation etc...dans tous les pays de la CEE et ce n'est que le début.)

L'économie l'emporte sur le politique ! L'+tat c'est fini, même les marxistes considèrent que c'est un moyen transitoire pour arriver à leurs fins : le grand marché et des citoyens libres et égaux. Dans notre monde la cité est une entrave qu'il faut détruire, déraciner pour assurer la libre circulation des biens et des personnes et assurer, sinon améliorer la prospérité. Il faut appliquer le principe du libre-échange, et transformer le citoyen en travailleur libre, libéré de la cité, de la patrie, de la famille etc...

Au hasard d'une lecture j'avais noté cette phrase : "On a tout fait pour briser les liens qui unissaient l'homme à la terre, pour décourager les velléités autonomistes et protectionnistes des communautés organiques. A l'échelon national, puis maintenant international, l'avènement de l'idéologie économique s'est accompagné d'un véritable génocide socioculturel, d'un monstrueux processus de DESOCIALISATION".

Ne nous trompons pas de combat et d'ennemi ! La chute de la monarchie ne fut qu'une étape et rien autre. Nous avons bu la coupe, mais hélas pas jusqu'à la lie.... "Le monde est gouverné par de tout autres personnages que ne se l'imaginent ceux dont l'oeil ne plonge pas dans les coulisses" disait Disraéli. Leur combat se poursuit, aujourd'hui, la cité disparaît, et demain ? Nos yeux ne plongent peut-être pas dans les coulisses, mais ils se dessillent. C'est l'avènement du veau d'or, il n'y a rien de nouveau sous le soleil, seulement, il manque depuis peu son plus valeureux ennemi, Henry COSTON.

 

Message de Jean-Claude LEPINE, 31-07-01.

 

 

"Le Schtroumpf du roi répond :

 

Ne conviendrait-il pas de s'interroger tout d'abord, pour savoir si cette notion de "cité" est encore d'actualité de nos jours ?

Ecrivez vous. Justement, je ne donnais l'aporie aristotélicienne que parce qu'elle est une aporie.

 

Mais il faut nuancer cela parce que la cité, la citoyenneté, et autres dérivés plus ou moins frelatés du même concept servent toujours. Il suffit d'ouvrir les journaux pour voir à quel point ces idées participent à l'entreprise de sidération. Si l'on pouvait s'en débarrasser, ou du moins la clarifier, on verrait sans doute plus clair.

 

Ensuite je crois que l'on ne peut pas aborder n'importe comment les problèmes : il n'est pas inutile, même en contestant la pertinence des réflexions sur la cité et le citoyen d'aborder les nouveau problèmes par ce biais. C'est un départ qui en vaut bien un autre, et surtout c'est d'un monde régi par ces concepts dépassés que sont sortis les concepts mêmes qui ont permis ce dépassement.

 

Les temps sont à une primauté de l'économique. Soit. D'abord ce n'est peut-être pas si néfaste pour nous : les idées qui ont amené aux lumières, à la révolution et aux démocratismes modernes sont précisément sorties d'une philosophie politique. Que cette primauté du politique soit remise en cause, ma foi, pourquoi le royalisme, qui s'est adapté à tant de choses durant sa longue histoire en France, n'en profiterait-il pas ? (Et si l'on peut en plus éviter de rester enfermés dans la philosophie politique, comme je le crois possible, en contestant l'idée même de philosophie politique, pourquoi ne pas le faire, la philosophie politique ayant abouti précisément là où nous en sommes rendus ?)

 

Allons un pas plus loin : tout semble indiquer que l'Etat comme modèle d'organisation sociale a vécu, qu'il serait extraordinairement difficile de le maintenir. Une nouvelle forme d'organisation de dessine : le roi y aura sa place autant que dans le modèle étatique. Si j'osais être un peu provocateur, je dirais que je ne vois pas de nécessité à ce que le roi soit chef de l'Etat. Dans la mesure où l'Etat n'est plus une organisation sociale viable, eh bien que le roi ait le pouvoir dans un autre cadre, peu me chaut du moment qu'il a le pouvoir. Imaginons que la France soit demain une sorte de société multinationale répartie sur tous les continents, sans plus de territoire uni sous son contrôle, mais avec des succursales. Sans armées sinon des milices privées. Cela ne signifie pas que j'appelle cela de mes voeux, mais imaginons que cela soit ; je pousse les choses à leur extrême pour les besoins de la démonstration. Faudrait-il refuser la réalité au nom d'un modèle étatique intangible ou accepter que le roi de France soit celui qui prenne la tête de cette organisation nouvelle de la France ?

 

Le Schtroumpf du Roi, message du 31-07-01.

 

 


Vincent De Schuyteneer :

 

Je n'ai pas eu comme vous le courage de lire tout la travail du S.du R., à cause notamment du manque de temps... Cependant, j'ai lu votre intervention avec beaucoup d'intérêt.
Vous posez des questions sur la légitimité des questions posées. Est-ce la cité qui fait le citoyen ou inversement, et vous demandez : la cité est-elle un concept valable en 2001 ? La réponse que j'aurai envie de faire est à plusieurs niveaux. Le premier niveau est : un concept en philosophie n'est pas censé être ou non d'actualité puisque la philosophie est basée sur la raison, et non sur la subjectivité. Ainsi si le concept de cité existe, il n'a pas de temporalité. Le deuxième niveau c'est que vous avez bien raison de noter que les choses ont beaucoup évolué. Aujourd'hui, effectivement, le politique a été remplacé par l'économique, et même les marxiste se sont adaptés au nouveau paysage. En fait si les marxistes se sont bien adaptés au paysage, c'est tout simplement parce qu'ils y étaient en terrain connu. Le libéralisme, qui est la philosophie politique et économique mise en œuvre dans notre pays depuis 250 ans, est fondamentalement orienté vers l'individualisme, la suppression des individualités au profit du marché, et par dessus la suppression des contraintes nationales au profit d'un système international mais sans nation permettant au marché de fonctionner librement. Les marxistes ont la même approche : supprimer le plan national pour le plan international, mais sans les nations permettant à l'individu de vivre en complète osmose avec le système... Ainsi, la révolution et l'instauration de la république n'est-elle qu'une étape dans le processus. Enfin, ce n'est pas parce que notre conception politique n'est pas à l'honneur aujourd'hui que nous faisons fausse route, et qu'il faille accepter les nouvelles règles du jeu. En particulier, notre ennemi s'ingénie à trouver des attrape-nigauds dans lesquels nous enfermer pour nous empêcher de nuire et servir ainsi son projet en jouant le rôle d'Emmanuel Goldstein dans "1984". A nous d'être plus forts et plus malins et de trouver les réponses aux questions qu'il posent. Ainsi ne réagissons pas à ses attaques, mais proposons de porter le débat sur un autre plan. Quand ils nous ont attaqué sur la PaCS, nous aurions peut-être dû choisir un autre angle de positionnement.

 

Vincent De Schuyteneer, message du 31-07-01.

 

 

Le Schtoumpf du Roi répond :

 

Le concept de cité existe. Certes. Mais il n'est pas interdit ni inutile de se demander si ce concept est pertinent, s'il correspond à une réalité, bref s'il est vrai. Et même s'il l'a jamais été. Et même l'on peut se demander s'il faut faire de la politique avec des concepts.

Je crois que de la même manière le problème n'est pas de savoir si notre conception politique est à l'honneur. On peut continuer très longtemps à défendre des conceptions qui ne sont pas à l'honneur. Il existe une inscription sur l'île de Philae qui est la dernière inscription hiéroglyphique. Elle est datée et notée pour telle. Des prêtres s'étaient réunis là, ils désiraient continuer à écrire en hiéroglyphique monumentale, ils refusaient toute forme d'écriture. Un jour le dernier prêter a gravé la dernière inscription. Il faudrait rechercher la date, Pascal Quignard la donne dans ses Petits Traités, mais je crois qu'à peu près dans le même temps Saint Augustin écrivait son De musica. On peut donc toujours défendre des conceptions qui ne sont pas à l'honneur, y compris jusqu'au moment où il n'y aura plus personne pour les défendre. Peut-être vaut-il mieux cependant s'adapter aux circonstances secondaires sans céder sur l'essentiel. Louis XIV n'a jamais prétendu gouverner comme Saint Louis en restant fidèle à des circonstances qui n'étaient plus à l'honneur.

 

Le Schtroumpf du Roi, message du 31-07-01.

 

 

Intervention de Richard :

 

La France est là où est le Roy.

Amitiés ducales,

Richard

 

Message du 31-07-01.

 

 

Note du Lieutenant : beaucoup de messages ont été échangés sur ces sujets, peu ont été repris ici, faute de temps et pour cause de dispersion de mes archives, si l'un des conjurés estime un de ses textes oublié à tort, qu'il me le transmette, je l'ajouterai.