NOBLESSE

(Débat)

 

Suite à divers échanges et critiques sur la noblesse et les nobles à notre époque dans le cadre d'autres sujets, quelques idées et opinions plus spécifiques furent échangés sur Vexilla regis.

 

 

Richard, le 13-06-01 :

 

Vaste débat.. ... qu'elle fut le rôle de la noblesse dans le passé? Qu'était elle devenue? Qu'en

faire  en cas de restauration?

Rappelons ce qu'est la noblesse. Rappelons qui étaient les premiers qui la reçurent.

La noblesse était un état conquis  par les armes ou donné par le Roy qui pouvait la retirer selon Son "bon plaisir"..

Les premiers nobles, la noblesse d'épée, étaient des soldats au service de leur Duc, de leur Roy  et de leur pays qu'il fut petit ou grand. A l'époque médiévale, c'était des hommes de guerre..voire des routiers.. Cette noblesse, l'élite de l'époque, formait l'aristocratie du régime  monarchique. et  était, intimement liée à l'église de France et non à Rome..Le concordat de Bologne signé par François I est sans ambiguïté.

Cette noblesse  n'hésitait  pas à comploter de temps en temps ...  souvent les révoltes étaient menée par le dauphin lui même ou un proche du Roy ( des Orléans bien entendu)

Après les Révolutions de 1789, 1830 et 1848, la noblesse traumatisée, décimée essaie de se refaire une santé en prenant malheureusement les valeurs bourgeoises issues des révolutions... La majorité d'entre elle devient mercantile et  recherche une nouvelle place dans la société bourgeoise de ce XIX ème siècle..le XIXème : siècle de la laideur, siècle de l'hypocrisie, siècle honni. L'église, qui a perdu pratiquement toute influence politique crée une foison d'ordres religieux, certain avec des buts louables, mais avec la volonté de reprendre un  pouvoir aussi perdu .et s'allie avec l'ancienne noblesse qui bien entendue fut trahie quelques décennies plus tard...  poignardée dans le dos par cet allié...

Aujourd'hui la noblesse, la vraie, pas celle du "dictionnaire des vanités", ... qui ne s'est pas renouvelée et pour cause, est devenue très minoritaire et risque de disparaître.. il ne reste que quelques milliers d'individus. Elle s'enferme souvent dans un carcan de préjugés, de règles, de code et de souvenirs qui n'ont plus lieu d'être.  Et si nous voulons perdurer, nous devons  retrouver  les vraise valeurs de la noblesse.

Ø Le Service du Pays pour défendre notre civilisation;

Ø La Justice envers les plus démunis, et là, je parle de la pauvreté intellectuelle.

Ø Le Service des Autres, dans la ligne d'Albert de Mun et de René de la Tour du Pin, pour le partage de la richesse,  pas forcement matériel mais celle de la Connaissance.

Ø Le respect des autres.

Ø La générosité et l'entraide .

Voilà les valeurs de la noblesse qui devraient être aussi les vraies valeurs Chrétiennes.

Dans l'hypothèse d'une restauration, Il ne s'agit pas de récupérer les privilèges d'un passé révolu mais de retrouver une vraie noblesse : " celle de l'esprit, celle du coeur." Quant à l'Aristocratie du nouveau régime.. cela doit être au mérite.. la définition même de ce mot...

 

S. de B. le 13 juin 2001 :

 

C'est peut être simplement du regret. Quand on voit ce que sont aujourd'hui les porteurs des noms les plus illustres de la noblesse française, quand on sait ce que sont les Charette, les Rohan, les Berenger , Broglie, Montgolfier, Clermont-Tonnerre, Kersauzon, Saint-Affrique etc.etc.etc. on ne voit vraiment pas au nom de quoi ces familles naguère distinguées auraient le moindre droit d'office à un quelconque privilège.

D'abord, elles ne répondent plus en rien à la définition du Noble-homme.

Ensuite, elles ont dérogé et ne sont donc plus nobles au sens coutumier du terme.

Enfin, elles se sont mésalliées et ça ne date pas d'aujourd'hui (lisez Drumont).

Aujourd'hui, les noms nobles sont comme ces inscriptions à demi effacées qui permettent de se souvenir qu'avant la boutique de frusques branchées,  se tenait là une librairie ou un magasin d'objets de piété.

Cela ne met pas en cause les services rendus jadis mais les privilèges obligent et il est évident que les descendants qui n'ont pas assumé ces obligations n'ont aucun droit aux privilèges y-attachés.

Si le Roi le veut, il instaurera une nouvelle noblesse mais rien ne l'oblige a relever l'ancienne.

 

MacGama, le 13 juin 2001 :

 

La noblesse n'existe plus depuis le 04 août 1792 (... en partie par sa faute). C'est un fait, et il a des conséquences.

S'il reste aujourd'hui encore quelques descendants dignes de leurs respectables ancêtres, il y a aussi beaucoup d'abus, de vanité et de trahisons.

A l'origine, la noblesse récompense des services éminents rendus à l'Etat, par l'octroi de privilèges. Elle n'a rien à voir avec une supériorité quasi magique acquise par la naissance. Lorsque ces services disparaissent, la noblesse n'a plus de raison d'être, et c'est le cas pour tous ces héritiers qui se sont embourgeoisés, qui sont devenus républicains, etc ... Ils conservent peut-être un nom à particule (et alors ?) mais ne sont plus nobles, d'évidence.

En effet, si l'on pouvait autrefois acquérir la noblesse, on pouvait aussi la perdre en dérogeant. Comme il n'y a plus actuellement aucun contrôle (Sceau du roi ?), tous les abus sont permis (titres à l'usage et à l'origine discutables, octroi abusif de titres inférieurs aux enfants, ce qui est une pratique anglaise et non française, ...).

D'autre part, particule et noblesse n'ont jamais été liées strictement. Il y a des familles nobles qui ne portent pas de particule et des roturiers qui en portent.

Enfin, si nous avions un roi, la noblesse aurait été régénérée, et nul doute qu'un Maréchal de France, par exemple, l'eût méritée.

Si nous devons avoir du respect pour certains grands noms de France, en revanche nous ne devons plus juger les uns et les autres que sur leurs actes.

Souvenons-nous de cette noblesse vendue à la Révolution et de ces colporteurs qui ont mené la contre-révolution à la place de princes (pas tous heureusement) qui préféraient ne pas s'y risquer.

 

"Quand le petit roi Louis s'en viendra chez nous,

Nous lui donnerons une Cour comme n'en a aucun roi,

Où compteront seulement le courage et la foi.

Une Cour de manants, de chevaliers et de seigneurs proscrits, plus droits que leurs épées."

(Chanson de ???)

 

Gregoire1793  le 14-06-2001 :

 

Les nobles ne sont pas tous des monstres acquis à la République, il suffit pour cela de regarder le nombre de nobles dans cette liste de diffusion.

Je suis d'accord avec vous pour dire que des gens comme Mlle de Clermont-Tonnerre (dont le titre de Princesse ne peut-être porté en France)ou Messieurs d'Aubert et de Charette (son ancêtre doit s'en retourner dans sa tombe) devraient être déchus de leurs titres mais le Roi le fera en temps voulu.

Quant à Honoré d'Estiennes d'Orves, il n'est malheureusement pas plus noble que mr toutlemonde mais reste un sujet de fierté pour la cause royaliste en France.

 

Le Schtroumpf du Roi, le 14-06-2001 :

 

Bref la noblese n'existe plus que comme un chimère ou un club de bridge. Tant mieux. Les bons se distingueront d'eux-même, avec ou sans particule, sans prétendre je ne sais quoi sur des services rendus (et encore il faudrait y regarder) par leurs ancêtres et où ils ne sont pour rien.

 

D'ailleurs il me semble qu'historiquement, la royauté s'est faite largement contre la noblesse, qui en 1789 n'était déjà plus depuis longtemps qu'une survivance bizarre et sans fondement. Si "l'impôt du sang" dont on nous rabat les oreilles n'avait été payé que par elle, les armées royales auraient compté bien peu de monde...

 

Et souvenons nous de la plupart des  nobles vendéens qu'on allait chercher avec une fourche pour les "contraindre" à prendre la tête de leurs paysans.

 

Enfin tactiquement, je ne sais pas si c'est très adroit de dire à nos cons citoyens que le roi ramènera la noblesse dans ses fourgons...

 

Pour le sgrands noms cités, "annuaire maçonnique" ou Siècle, rassurez vous, ils se sont toujours arrangés de tous les régimes, ils s'arrangeront d'une restauration... ils iront là où les pousse l'intérêt de leur portefeuille, c'est visiblement leur seule conviction un peu solide...

 

Le Lieutenant, le 14-06-01 :

 

Le débat sur la noblesse me fait l'envie de vous soumettre ces quelques réflexions.

 

Etre noble c'est avant tout avoir des racines. Une famille est comme un arbre généalogique. Etre conscient d'où monte la sève, cela ne peut qu'aider à se sentir responsable et chargé du devoir de transmettre quelque valeur propre. A priori c'est une garantie de qualité et d'indépendance d'esprit de pouvoir référer à d'autres valeurs que celles, anonymes, véhiculées par les médias. A titre d'exemple la foi catholique est restée bien plus vive dans les milieux de noblesse que dans le reste de la société. Ceci dit tout arbre  peut avoir des rameaux malades, mais le risque est moindre si les racines sont bonnes.

 

Et la noblesse où commence-t-elle où finit-elle ? Il est de grands chênes à la noblesse visible et reconnue par tous et d'humbles arbres aux confins de nos terres, où est la limite entre l'arbre et le buisson ? Hommes libres "usant de leur sceau", hommes d'armes, écuyers, chevaliers, seigneurs de robe et d'épée, au gré des charges et des générations les titres et les qualificatifs peuvent évoluer. Les titres étaient liés à des charges et pouvaient être héréditaires ou disparaître avec celles-ci.

La noblesse n'est pas synonyme de richesse, la petite noblesse de campagne en nos contrées s'est vite impliquée, par nécessité ou sens des responsabilités, dans la gestion locale et les libertés civiles et communales, se mêlant aux notables bourgeois. Par ailleurs une certaine forme de noblesse est parfois apparue au sein des corporations avec les lignages, par exemple . Les livres d'Ellis Peters de la série de Frère Cadfaël, illustrent bien cet aspect des choses, les limites entre castes n'ont pas un caractère aussi tranché qu'on le croit souvent.

 

Particulé et doté d'armes, est on noble ? Je ne sais trop et est-ce vraiment important ? Pour illustrer par l'exemple, l'attestation suivante est-elle garantie de noblesse ? Je n'en suis pas convaincu, mais que cela n'empêche pas de reconnaître son passé et d'en être fier (c-à-d pas de la fatuité, mais l'impression qu'il faut rester digne de sa lignée et qu'on ne peut s'autoriser veuleries ou lâchetés).

Voici le texte, il me semble bien illustrer ces zones frontalières :

"A tous ceulx qui ces présentes lettres verront et ouïront, salut. Nous, les prévôst et homes féodaux de la ville et prévosté d’houfalise au duché de Luxembourg savoir faisons que personnellement comparut pardevant nous le sieur Jean de ***. demeurant à Mont le Bant lequel nous at requis d’avoir act d’attestation de son extraction et généalogie ce que considérant et à quoy condescendant disons certiffions et attestons à tous qu’il appartiendrat que le dit sieur requérant est natif de Borcy village dépendans de laditte prévosté légitimement procréé d’honorable famille estant home d’arme pour le service de Sa Majesté Catholique ayant son feu père Gérard de ***. louablement exercé la charge d’échevin de la court féodale de Cherain comme pareillement Jean de ***. grand’père audit requérant et leurs devanciers tous hommes d’honneur, fame et réputation entière tenans et relevans biens ou fiefs de Messeigneurs deladite ville et prévosté et ayans en tems anciens usé de leur scel ce qu’avons attesté et certifié le 17 de mai 1676."

 

Une anecdote encore pour illustrer le flou des limites, un autre ancêtre de cette famille avait profession de mendiant ! Cette profession ne l'empêchait pas d'avoir statut de "franc bourgeois", statut officiel conférant le droit de n'être jugé que dans sa ville, et d'en faire ouvrir les portes pour y pénétrer, même en cas de siège. Selon nos critères modernes, cela semble totalement inconciliable. S'agit il d'un rejeton déchu ou d'un saint homme menant une vie d'inspiration religieuse ?

 

Voila : une petite contribution pour concrétiser le débat ; comme disait l'"usurpateur" : une petite illustration vaut mieux qu'un long discours.

 

Isabelle, le 14-06-2001 :

 

Messieurs les schtroumpfs,du Roi et de Lunettes,viennent d'émettre des reflexions, sages et complémentaires sur la question. Méritent compliments , et fin du débat?