NOSTALGIE DE L'ANGE GARDIEN

ou les jeunes d'aujourd'hui ne savent plus se tenir !!!

Echange socio-culturel, philosophique et historique.

 

 

Richard, le 26 Janvier 2003 :

 

L'enfance dans les années 40,50, 60 et 70.

Si on regarde en arrière, c'est dur à croire qu'on a réussi à vivre si longtemps.

Lorsque nous étions enfants, nous nous promenions en auto sans ceinture de sécurité ou de coussins gonflables pour nous protéger ou même être passager à l'arrière d'un camion à caisse ouverte par une belle journée d'été.

Nos couchettes étaient peintes de couleurs vibrantes au plomb. Il n'y avait pas de couvercle de sécurité sur les bouteilles de médicaments, ou des serrures sécuritaires sur les armoires. Et lorsque nous partions à bicyclette, on le faisait sans un chapeau de sécurité. On allait même en ville sur le pouce.

On buvait même de l'eau directement des boyaux d'arrosage; pas d'une bouteille. Horreur.

On se faisait des petites voitures (boîte à savon) avec des vieux patins à roulette et des vieilles roues de voiturette et on se laissait aller dans les côtes pour s'apercevoir qu'on avait oublié de mettre des freins. Après être entré dans les buissons à quelques reprises, c'est comme ça qu'on apprenait à solutionner le problème.

On partait de la maison le matin et on revenait souvent en même temps que les lumières de rue s'allumaient. Imaginez donc ça, pas de téléphones cellulaires, personne ne pouvait nous joindre de la journée.

On jouait des jeux dangereux et souvent, on se faisait mal, il y avait des accidents, il y avait des coupures aussi des os cassés, mais personne n'était blâmé.

On se battait entre nous, on avait des rougeurs et des bleus, mais on apprenait à passer par-dessus.

On mangeait des gâteaux, du pain et du beurre, on buvait de la liqueur douce et nous n'étions pas obèses....il faut dire que nous jouions presque toujours à l'extérieur. On buvait souvent à quatre ou à cinq d'une même bouteille et il n'y a jamais eu de décès à cause de ça.

On avait pas de Nintendo 64, de Playstation ou de X Boxe, sans compter les jeux vidéo ou même les 99 canaux à la télévision, les VCR, les téléphone cellulaires et les ordinateurs personnels, etc. etc...mais nous avions des amis et si nous voulions les voir, tout ce qu'on avait à faire, c'était de sortir dehors ou de se rendre chez eux, de sonner et d'entrer pour pouvoir leur parler. Imaginez donc ça, sans même demander la permission à nos parents. Comment faisait-on pour faire ça, sans gardiens, dans ce monde cruel?

On inventait des jeux, avec des bâtons et des balles de tennis, on mangeait toute sorte de choses, mais contrairement à ce qu'on nous disait, rarement quelqu'un perdait un oeil ou était infecté.

Certains étudiants n'étaient pas aussi futés que les autres et ils manquaient leur année et devaient recommencer une autre fois la même classe. Dégueulasse. Les examens n'étaient pas ajustés pour compenser, quelle que soit la raison.

Nos actions étaient les nôtres. Nous en supportions les conséquences. Personne pour nous cacher. L'idée de se faire protéger par nos parents si nous commettions une infraction était impensable. Nos parents étaient sur le côté de l'autorité, c'est t'y pas effrayant?

Cette génération a produit les meilleurs preneurs de risque, solutionneurs et inventeurs. Les dernières 50 années ont été une explosion d'innovation et d'idées nouvelles. On avait la liberté, le succès, aussi la responsabilité ainsi que la défaite, le plus important, c'est qu'on a appris à vivre avec tout ça.

Voilà ce que nous sommes les vieux de ces années là

A vous de réfléchir à ceux que vous avez aujourd'hui les jeunes.

A méditer

R

 

F B, le 27 Janvier 2003:

 

Tu ne parles pas des bonbons que l'on ne trouve plus...les boites en fer de coco hummmmmmmmm...

Des cabanes, et des feux de camp improvisés, les pommes de terre piquées dans un champ, cuites dans une gamelle trouvée, et ...bon sang qu'elles étaient bonnes ces pommes de terre... Bon, avec les pommes c'était pas toujours pareil...les vertes finissaient toujours chez l'âne voisin...après tout autant que ce soit lui.

Lorsque j'arrivai en internat pour la première fois, dans le même collège que mon père arrivé là avant la guerre, nous étions tous les deux surpris... Moi, de découvrir la vétusté des lavabos et des chambrées, lui de retrouver exactement ce qu'il avait connu 40 années plus tôt! Une rangée de robinets sur 30 mètres, un bac unique...tout le monde en ligne.( l'eau froide bien sur !! )

Les couvertures grises ont ensuite disparu et les temps ont du changer. Je parie qu'a présent ils ont de l'eau chaude...ah les saligauds !

Frederic

 

Annelysdefrance, le 27 janvier 2002 :

 

<<Une rangée de robinets sur 30 mètres, un bac unique...tout le monde en ligne.( l'eau froide bien sur !! )>>

J'ai connu la même chose ; c'était d'ailleurs curieux dans un pensionnat de filles où la pudeur n'était pas une mince affaire ; il y avait bien de petites cabines pour "la toilette intime", mais comme on ne pouvait pas y rester longtemps (pas assez pour le nombre d'élèves), tout ce qui se trouvait entre les épaules et "l'intimité" n'était jamais lavé...

   Les dortoirs de cent à deux cents lits (lits de fer remontant au temps de Napoléon : authentique !) avaient plus de huit mètres de hauteur sous plafond et n'étaient évidemment pas chauffés.

Le matin, avant le petit déjeuner, il y avait une bonne demi-heure de promenade quel que soit le froid (quand il ne pleuvait pas) ou de gymnastique à l'intérieur, dans une salle bien entendu non chauffée, quand il pleuvait.

Jamais de sortie, sauf à Noël, Pâques et aux grandes vacances, et l'on étudiait même la plus grande partie du dimanche, sauf pendant la messe.

J'ai aussi connu le goûter de pain et de "chocolat de guerre", le hachis parmentier du jeudi, pour utiliser les restes depuis le samedi précédent (même en plein été), les épinards servis précisément le jour où l'on tondait la pelouse... et de tout cela, ni moi, ni aucune de mes compagnes ne sont mortes ni tombées sérieusement malades  (d'ailleurs les plus fragiles - dont j'étais - étaient heureusement envoyées l'hiver dormir à l'infirmerie, chauffée)..

Aujourd'hui, pour protéger "nos chers petits", il ne faut leur donner que des goûters industriels "sous cellophane", prohiber le fromage au lait cru et le veau élevé sous la mère (pour celui-là, on se demande bien pourquoi ?).

Ce qui est triste, c'est que les risques courus hors de la maison ont cru en proportion de la "liberté sexuelle" et de la pornographie à tout-va (sans parler de la circulation automobile). A dix ans (avant d'entrer en pension), je faisais sept kilomètres à bicyclette aller et retour pour aller au "petit cours du père Clément", à Senlisse parce qu'il n'y avait aucun établissement plus proche qui assurât la classe de sixième et que je paraissais trop jeune et trop fragile pour la pension (et puis je crois bien que la famille avait du mal à payer l'internat avant que j'obtienne une bourse à la fin de la sixième : avant, j'étais trop jeune).

J'y allais seule, et le seul danger contre lequel on me prévenait, c'était celui des colonnes allemandes : je devais, si j'en apercevais une, dissimuler ma bicyclette et moi-même dans le fossé.

Aujourd'hui, je n'oserais jamais envoyer un enfant de cet âge dans les mêmes conditions ... même sans colonnes allemandes.

Amicalement

Anne

 

Henri de F., le 27 janvier 2003 :

 

Il faut dire que les Allemands se tenaient quand même beaucoup mieux que nos occupants actuels.

Pour les soldats qui agissaient mal, c'était le tribunal militaire. Pour ceux de la Wehrmacht, c'était le camp de concentration avec l'infamant triangle rouge pointe en haut (signifiant : criminel de guerre). Pour ceux de la SS, c'était au mieux la mort, au pire... la brigade disciplinaire SS Dirlewangler (et je peux vous dire que ceux qui y étaient regrettaient rapidement la mort...)

 

 

Edern, le 27 janvier 2003 :

 

Et pour les "jeunes" qui ont connu les lycées militaires, et qui étaient un peu indisciplinés, il existe encore les PV (privations de vacances ou PS (privations de sorties) A balayer la cour... Comme quoi tout ne se perd pas!

 

Paul Turbier, le 27 janvier 2002 :

 

Tout ce que tu nous dit Richard, me revient en mémoire à chaque fois que je vois un marmot pédaler sur son tricycle, caparaçonné comme un joueur de hockey sur glace dans les allées cavalières du parc de Rambouillet - où il n'y a ni véhicules à moteurs ni animaux féroces-.

   Pauvre enfant en danger malgré ce qu'en croit sa mère. Pas formé par sa vie de gosse, pas armé pour faire face à la moindre anicroche, convaincu que sa sécurité s'achète à coup d'équipements chez Décathlon ou à Auchan. Personne ne lui dit qu'elle est en lui, faite d'adresse, de vigilance et d'expérience. Personne ne lui dit qu'en fin de compte quand la vie le mettra en face d'évènements limites, lui seul devra décider et vite.

    La peur est l'alibi de la sécurité qui est l'alibi de la servitude.

 

Paul Turbier.

 

Serge, le 27 janvier 2003 :

 

J'habitais un camp militaire.

On était toute la bande des six. Jacky, René, Claude, Michel, Jean-Yves et vot'serviteur, fils de militaire, gendarme, pompier, fonctionnaire.

Le samedi et le dimanche, le camp ( 9km2) était un désert humain. On était chez nous. On allait partout. On entrait où on voulait. On se faufilait par les égouts, les portes mal fixées, les vitres cassées, les toits troués, trois briques descellées.

Il y avait des hangars avec des centaines d¹avions en bois et en toile. On grimpait dedans, on mimait des combats aériens.

Il y avait des cabines radar désaffectés. On s'y faufilait par les hublots déboulonnés pour essayer de faire marcher "la télé".

Il y avait des blockhaus . Un jour on a trouvé dans l'un d'eux une boite de bandes de mitrailleuse dont on a tenté de faire péter les balles en les coinçant entre deux pierres et en tapant dessus avec une troisième . (en vain, puisque je suis là pour le raconter) .Un autre jour, dans un autre blockhaus, on a découvert une caisse d¹ampoules emplies d'un liquide jaunâtre. On s'est battus pour leur possession jusqu'au moment ou l'une a éclaté à mes pieds. Une minute plus tard, je n'avais plus de chaussettes et je hurlais sous la brûlure de l'acide.

Il y avait une voie ferrée. On y faisait rouler une plate-forme à levier qu'on essayait de faire dérailler en restant dessus. Un jour, on a foutu le feu a un wagon de bois.. Un jour, j'ai repeint mon petit frère avec du goudron.

Un autre jour encore, le fils du capitaine des pompiers a piqué la carabine 22LR de son père et on a joué a celui qui ne bougerait pas pendant que l¹autre tirerait à ses pieds . Quand on en a eu assez, on a cassé pour l¹équivalent actuel de deux mille leuros de carreaux dans les bâtiments du camp. Le capitaine des pompiers nous a enfermé dans la prison des bidasses.

Il y avait une immense citerne de douze mètres de profondeur. On s'en servait comme piscine.

Il y avait des routes goudronnées qui desservaient les hangars et sur lesquelles on essayait de battre des records de vitesse avec une vieille mob. dont j'avais fait souder les pédales en position cale pied et qu'on alimentait avec  un mélange de trichlo, d¹essence et d'huile. Un jour, un gars a raté son virage et est allé se planter tout droit dans un mur. Il est resté K.O dix minutes et il a repris le guidon (un peu tordu).

Il y avait une vieille juva 4 dont je savais ou on cachait la clé, on la volait et on allait se balader dans le camp

Il y avait des entassements de caisses a moteur d'avion ( 8m3 l'une ) qu'on avait transformés en cité interdite ( quinze mètres de haut) en ouvrant des passages verticaux et horizontaux d'une caisse a l¹autre .Un jour, en sautant d'une caisse sur une plus basse, je me suis planté sur un clou de charpentier.

Il y avait des plate bandes où on semait des radis. Il y avait des pelouses où poussaient des pissenlits qu'on récoltait pour faire des salades. Il y avait des escargots qu'on rapportait à la maison pour les faire jeûner. Il y avait des iris qu'on arrachait pour faire cuire le bulbe et le manger (une fois, une seule !)

Il y avait des tuyaux de pompier qu'on volait et qu'on enterrait sur des dizaines de mètres pour se fabriquer des téléphones secrets entre cabanes.

Il y avait des tonnes de ferraille . Un jour, avec le fils du capitaine, on en a empli une brouette et on a essayé de la sortir du camp pour aller la vendre à un ferrailleur du coin. Si vous ne savez pas ce que c'est qu'une fessée administrée par un capitaine de pompiers au sommet de sa forme physique ( j'étais orphelin de père et ma mère déléguait facilement ce genre de corvée) , demandez moi !

Il y avait un chenil avec les chiens de guerre des sentinelles. On passait par dessus les grillages pour aller caresser des bêtes dressées à tuer (les adultes seulement, sans doute)

Ça a duré des années. Jamais, absolument jamais nous n¹avons eu le moindre accident grave. Même pas une jambe cassée.

Et il y a des gens pour ne pas croire aux anges gardiens ???

 

Annelysdefrance, le 27 janvier 2002 :

 

Quand j'étais en 4ème (classe "Aurore"), en 1944-1945, il restait en plein milieu de la promenade (dite "bergerie")réservée aux "Aurores", un char français, désarmé certes et immobilisé, mais ayant encore apparence de char.

Ma classe "Aurore A" se l'était attribué ; c'était notre territoire et nous le défendions bec et ongles contre les "Aurore B" qui ne faisaient pas de grec et les "Aurore M" qui ne faisaient ni latin ni grec et que nous considérions, évidemment, comme des créatures inférieures.

Ah les belles bagarres, à mains nues évidemment, où personne n'était jamais blessé (si l'on ne compte pas les piqûres des orties qui défendaient notre bien !). Les surveillantes, qui veillaient pourtant à faire de nous des "demoiselles bien élevées", ne s'en sont jamais mêlées...

Mais rien qui puisse se comparer à votre beau camp vide d'adultes où faire les quatre-cents-coups...

Amitiés

Anne

 

Montgarnaud, le 27 janvier 2003 :

 

Dites donc, les anciens, z'avez quand même pas eu vingt ans en 1914 ?