NOTES DE LECTURE 

 

Message de Patagon (VR) du 26-11-02.

 

Bonsoir à tous,

 

Aujourd’hui, en rentrant de Singapour par l’avion du soir, et alors que je lisais le cinquième chapitre de « La Chute de Berlin » de Beevor, je me suis dit qu’il serait bien qu’en plus de nos discussions « sempiternelles » sur le lien dynastique, sur le sexe des anges et sur la meilleure blague de la semaine (au fait qui a gagné cette semaine ?) l’on puisse se parler de nos livres, ceusse que l’on lit, ceusse que l’on aime, et enfin ceusse que l’on conseille de ne pas lire.

 

Loin de tout –ou presque- sans télévision donc sans JT  et donc dispensé du sourire niais de la Chazal (c’est ma femme qui le dit), et condamné en plus à de nombreuses heures d’avion, j’ai le bonheur de pouvoir me plonger dans de fabuleux bouquins très régulièrement.  Puis-je vous en faire profiter, et ne pourrions-nous pas tous nous faire profiter de nos « coups de cœur » de la semaine, du jour, du mois ???  ET aussi, c’est justice, de nos « coups de fusil » ?

 

 

Je commence :

 

Il était une fois…

 

Mon livre de la semaine serait volontiers la biographie de Mgr Lefebvre par Bernard Tissier de Mallerais publiée aux éditions Clovis en 2002 (ISBN 2-912642-82-5).  Déjà le personnage n’est pas le premier trublion venu, car il fut l’un des seuls à s’opposer –en laissant un œuvre- au Concile Vatican II, et à la tempête moderniste qui bouleversa l’Eglise catholique.  En somme, un véritable réactionnaire dans toute l’acception du terme.  Historien de formation, ce qui m’inquiétais le plus était le biographe, que je craignais hagiographe.  Et bien pas du tout.  L’étude semble avoir été faite avec « toutes » les sources disponibles, sauf apparemment les archives du Vatican, et en tout cas avec un sens objectif louable, même si l’on peut regretter un usage un peu systématique des documents internes à la FSSPX à partir de 1974.  Ainsi, « Mgr » Tissier de Mallerais n’hésite pas a souligner que Mgr Lefebvre a signé TOUS les textes du Concile, y compris Gaudium et Spes et Lumen Gentium (les deux cibles préférées des tradis).  Là ou « Mgr » Tissierde Mallerais surprend le plus dans l’historiographie la plus classique, c’est qu’il ne se prétend aucunement historien rationaliste, mais bien chrétien.  En effet, il se refuse à présenter le bien et le mal comme deux aspects équivalents d’une même question, mais tranche et choisi en fonction de ses convictions, de sa foi, sans toutefois jamais être lourd, partisan, ou même sans oublier de citer l’autre point de vue. Simplement, après la présentation des points de vue, il commente en chrétien.

 

Comme toute biographie qui se respecte, La Vie de Monseigneur Lefebvre commence avec sa jeunesse  dans une famille de la bourgeoisie chrétienne du Nord et se termine avec sa mort (le dimanche de l’Annonciation 1991).Chaque période de sa vie est couverte par plus ou moins le même nombre de pages (106 pages sur 646 de la naissance à la fin du séminaire, contre 51 pages pour les 15 ans à Dakar, ou 68 pages pour le concile 3 ans)).  C’est donc une impression de grande régularité que l’on ressent en lisant cette vie.  Et puis, après la jeunesse, la vie apostolique, le combat, le recommencement, Mgr Tissier de Mallerais termine par un portrait incroyablement humain de Monseigneur, nous faisant partager ses derniers mois, ses derniers instants avec ses amis, et illustrant la profondeur de sa foi et son amour intraitable de l’Eglise catholique.

 

Je ne suis pas sûr que cet ouvrage fasse la moindre conversion, ce n’est certainement pas son but ; je ne suis pas sûr non plus que en le lisant le premier concilaire venu se frappera le front en disant, mais c’est bien sûr…  Inversement, je pense que les tradis en ressortiront plus respectueux encore –mais non béat- de celui qui a sauvé la liturgie romaine du néant que lui réservai(en)t Mgr Annibale Bugnini (et Paul VI ???)

 

 En espérant que mon idée vous plaira.

Bonne nuit à tous.

 

Message du Lieutenant (VR) du 28 décembre 2002.

 

Le Voyageur éveillé de Nicolas Bonnal publié par Les Belles Lettres en 2002 (ISBN 2-251-44223-5) sera non le livre de cette semaine, car un voyage ne se termine jamais tout à fait, mais l'objet d'un commentaire qui sera, lui, celui de cette semaine.

Ce livre conseillé par le Libre Journal dans un article que j'ai égaré est celui d'un grand voyageur. Il nous parle des voyages, non seulement sur les chemins, mais immobiles aussi dans le coeur et l'esprit car tout vrai voyage est initiatique. Il nous instruit des bagages à emporter et à laisser, de la légèreté indispensable à la communion, de la nécessité du temps et du sacrifice, de l'orientation personnelle que chaque voyage doit revêtir si l'on veut être un voyageur de ce monde que Dieu et les hommes ont créé et non un touriste qui consomme au rythme pressé des financiers un monde de pacotille emballé en série sous cellophane industrielle.

Nicolas Bonnal est un voyageur vif mais patient, il invite celui qui l'accompagne à son propre voyage et ne s'irrite pas si on le laisse un moment. Ainsi  page 58, nous dit-il : "...Pathétiques et estimables, les romantiques perçoivent en France et ailleurs ce qui va disparaître, ce qui a déjà disparu (les Dieux sont ailleurs, écrit Hölderlin) et ce qui peut être sauvé par les mots. Il faut toujours relire Sylvie chronique de la disparition de la France royale et sacrée, essentielle et mérovingienne. ...". Voyageur simple et pauvre d'esprit comme un pèlerin, je ne connaissais pas Sylvie. Je laissé là Nicolas Bonnal et suis parti en voyage ; toute bibliothèque est un voyage, on y circule en rêve et chaque livre est un chemin nouveau. On y circule aussi de quelques pas en des couloirs et des pièces et je parcourus la mienne, à la main une chaise dépliable qui se transforme en escabeau pour saisir une vieille Pléiade de Gérard de Nerval  et découvrir Sylvie dont je vous conseille aussi la (re)lecture.

L'auteur du voyageur éveillé est un musicien, en sa compagnie on découvre des musiques du monde que sans lui on n'aurait pas perçues ou autrement. Désormais je ne pourrai penser à Sylvie de Nerval sans l'évoquer comme je ne puis penser à une sonate de Scarlatti sans évoquer Scott Ross.

Et quand on revient de son petit voyage, Nicolas Bonnal est là qui vous attend sans impatience à la page où vous avez posé le signet en le quittant.

Mais ceci n'est qu'une lettre de voyageur aux premières étapes d'un livre fort et bien plus riche que le peu que je vous vous en ai livré. Je vous invite à le parcourir.

Bon voyage.

 

Message de Patagon du 3-01-2003.

 

Je vous ai envoyé il y a quelques temps un petit compte-rendu sur les livres de l'ex s.j. Malachi MARTIN. Suite à ce poulet, j'ai commandé trois de ses livres qui malheureusement ne sont pas traduits en français.

Celui que je viens de terminer à pour titre: WINDSWEPT HOUSE que je traduirai par "La maison balayée pas les vents".  MARTIN, Malachi. Windsept House. Broadway Books, New York, 1996 (N° ISBN 0-385-49231-6).

L'intrigue, moins élaborée que dans Le Trésor de Saint Pierre, nous entraîne dans une course de vitesse entre un camp moderniste cherchant à faire démissionner le Pape (pour pouvoir engager l'Eglise dans un Vatican III pendant lequel serait consacré la fin de la monarchie papale, l'entrée dans le monde, l'abandon de la morale sexuelle traditionnelle) et quelques fidèles parmi les fidèles: un dominicain irlandais, un vieux curé romain, un jeune prêtre américain qui cherchent avant tout à défendre la Rome Catholique qu'ils reconnaissent pourtant de moins en moins (et parfois même contre leur Pape dont les actions sur lesquelles ils sont extrêmement critiques leur échappent complètement).  C'est d'ailleurs dans l'analyse psychologique de Jean Paul II que se trouve le véritable intérêt de ce livre une fois la dernière page terminée et le suspens avec, il nous offre une grille de lecture pour le pontificat de JP II dont le message ne brille pas par la cohérence (c'est moi qui parle là).  Comment en effet réconcilier la morale sexuelle la plus traditionnelle, avec l'abandon de l'exercice de l'autorité du pontife sur ses évêques,  l'oecuménisme le plus échevelé (entre autres choses.) et l'acceptation de toutes les nouveautés liturgiques, et même certaines hérésies...

Pour Malachi MARTIN, en fait le Pape est un mystique, un "priant" faisant une confiance totale à la volonté divine, et incapable de décision en dehors d'elle, et des signes qu'il en verrait:

"Gladstone [Le jeune prêtre américain] stopped as abruptly as he had begun.  What was the use? He could feel the Pontiff receding into the inner sanctum of his own mind.  His words [un plaidoyer pour une reprise en mains] were like dead stones falling on tin; so much sound, and no more.

In the silence that fell between them, the Pontiff's face flushed with color.  It wasn't anger he felt, but a deeper emotion only he had known. A terrible consciousness.  A sense of standing completely alone.  Behind him was the whole people of God for whom, he, as Pope, was the Almighty's sole earthly representative.  In front of him, the abyss of God's immeasurable being and infinite power.

"Just a simple sign of God's intention."  The word came haltingly, gently from the Pontiff's lip. 

"All along I have waited for a sign of God's holy will."

The effect on Gladstone was devastating.  He was staring at failure; and the reality of the situation struck him so cruelly that his face went white.  In these two sentences, the Pope had given a summary of his attitude.  He had spelled out the rule by which he was judging his present situation, Christian's words, his own next moves."

Pour la chute, il vous faudra lire la dernière page de ce livre que vous pouvez commander chez Brentano's qui se trouve non loin des Templiers.

Vive le Roi.

 

Message d’Olivier (VR), 22-01-2003.

 

Bonsoir,

Je viens de finir "Bien entendu.. c'est off" de Daniel Carton. Albin Michel, 2003, ISBN : 2226134697.

Ancien journaliste politique au Monde et au Nouvel Obs, cette ancienne gloire livre un peu des "dessous" de la marmite politique.

Ce n'est pas un règlement de compte, plutôt un livre de quelqu'un qui se rend compte d'avoir participé à un jeu.

Mais certaines descriptions sont impressionnantes : tout est pourri !

Des éléments très intéressants :

- des exemples de la chasse "au Le Pen",

- vie des rédactions du Monde et du Nouvel Obs,

- croquis de certains hommes politiques et journalistes,

- Carnet "hot" : pas de noms (sauf une sorte d'hommage au journal Minute qui a révélé Mazarine, ainsi que quelques lignes sur un bâtard de....Giscard) mais des commentaires qui en disent long sur le rôle du sexe dans la politique (femmes, hommes, homos, "sénateur machin, toujours le même entrain pour les petits garçons de Marrakech")...

Bref : si vous avez quelques heures a perdre, cela vous conforte dans les abonnements à la mauvaise presse...

Olivier - membre de la réac académie

 

Message du Lieutenant, 01-02-2003.

 

J’ai dans mes mains un très beau livre conseillé par un ami rencontré à la sortie de la messe tridentine de St Joseph à Bruxelles : Jean Raspail, « L’anneau du pêcheur » paru chez Albin Michel en 1995, ISBN 2-229-07590-9 

Admirable Hérault des cause perdues, Jean Raspail évoque et rend vie a une vielle polémique qui remonte au moyen âge, et nous fait voyager de Rome à Avignon, de la fin du quatorzième siècle à celle du 20éme.

Et de page en page de ce livre qui se lit comme un roman historique et un roman policier, l’on rêve en pensant à cette Eglise de notre temps qui se force à écouter le présent sans parvenir à se faire entendre de lui, à cette liturgie de langue vernaculaire tournée vers l’homme et sans mystère. On rêve à l’Eglise ancienne de foi profonde, d’ombre et de mystère sur laquelle son époque avec ses fureurs, sa bêtise et ses excès parfois au sein même de ses propres institutions, se brisait et glissait comme la vague sur un phare immobile. On pense à cette lumière qui ne meurt pas dans le souvenir même si la tour s’est effondrée dans l’écume. On pense à ces saints, à ces pèlerins, à ces miracles, à la tradition qui survit en quelques-uns. Et la richesse de l’Eglise apparaît n’être pas dans les trésors qu’elle a -peut-être erronément- abandonnés. Elle se révèle dans la richesse de cette tradition qui survit secrètement dans quelques cœurs humbles et quelques pierres silencieuses. Une richesse qui ne fait plus que sourire notre monde, mais seule donne cette sérénité sans mollesse ni confort qui manque tant à nos temps et fait vivre.

Et ce livre ressuscite un monde comme le saint vagabond une cathédrale morte par sa seule présence.

Achetez ce livre et mettez vos pas dans celui des derniers héritiers de Benoît XIII.

 

Olivier, 01-02-2002 :

 

    Bonsoir,

Je viens de finir la lecture du livre "La censure des biens-pensants", de Emmanuelle Duverger & Robert Ménard, Albin Michel, 2003, ISBN : 2226136142

A posséder dans toute bonne bibliothèque non conformiste !!!

Commentaires :

- Thèse défendue : Liberté totale de la presse. Certains passages heurtent, mais...

- France = pays le plus répressif avec des lois qui empêchent la liberté d'expression.

- Des chapitres à lire avec délectation (Révisionnisme, Racisme,...)

Le livre démarre sur l'affaire "Yahoo & MRAP/UEJF/..."

Plein de remarques, d'exemples et de faits.

Ce qui est "jouissif", c'est que les deux auteurs ne sont pas de la Famille.

 

Ivan Kraljic, 02-02-2002 :

 

Jean-Claude Lozac'hmeur : Fils de la veuve - Recherches sur l'ésotérisme maçonnique

Nouvelle édition revue et complétée - Éditions de Chiré, 2002, 288 p.

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Le livre de Jean-Claude Lozac'hmeur, « Fils de la Veuve », vient lever le masque derrière lequel se cache la secte maçonnique. M. Lozac'hmeur est un spécialiste des mythes, professeur émérite de l'Université de Rennes II. Fils de la Veuve est une deuxième édition revue et complétée d'un ouvrage portant le même titre et paru en 1990. M. Lozac'hmeur est aussi l'auteur (avec Bernaz de Karer) de De la révolution (Éditions Sainte-Jeanne d'Arc, 1992), où il analysait l'objectif et la stratégie de la Révolution.

Dans Fils de la Veuve, en comparant les croyances et les rites maçonniques avec ceux des anciennes religions ou mythes païens, M. Lozac'hmeur parvient à répondre aux questions fondamentales : D'où viennent les rituels grotesques de l'initiation maçonnique ? Qui est la veuve dont les maçons se prétendent fils ? Qui est l'architecte Hiram que veulent venger les maçons ? Il est vrai que l'objectif de la secte maçonnique est connu depuis longtemps, et son oeuvre en témoigne. Au temporel, plus aucun pays n'est catholique ; au spirituel, la crise de l'Église, aux dégâts incalculables, n'en finit pas. Partie de rien, la secte maçonnique a tout entrepris et tout réussi, méthodiquement, patiemment, sans relâche. Tous les obstacles ont été abattus, les monarchies catholiques, le pouvoir temporel de l'Église, finalement Rome elle-même semble tomber sous l'infiltration maçonnique. Trois siècles d'activité maçonnique laissent un monde en ruine. Clairement, une telle oeuvre de destruction n'est pas humaine.

La franc-maçonnerie telle qu'elle existe aujourd'hui est apparue récemment, elle a commencé à s'organiser et à prendre de l'ampleur au début du XVIIIe siècle. Ses rites et ses croyances apparaissent aussi comme des nouveautés aux yeux profanes. M. Lozac'hmeur démontre qu'il n'en est rien. Son analyse de 53 mythes provenant de toutes les civilisations et de tous les pays (la quête du Graal, Jason et les Argonautes, Osiris, Prométhée, Krishna pour les plus connus) révèle l'existence d'un noyau commun universel : l'histoire du fils d'une veuve qui doit venger son père, après avoir découvert sa propre identité et celle de l'assassin de son père. Le lien avec la maçonnerie est évident. Cependant, M. Lozac'hmeur ne s'arrête pas là, mais décrypte ces mythes et ces symboles pour parvenir à leur sens caché : « une religion dualiste cohérente opposant un « Dieu civilisateur » [le père assassiné], ami des hommes, à un    « Dieu mauvais » [l'assassin], leur ennemi. Ce dernier, pour les punir de s'être appropriés la Connaissance [la Veuve], provoque le Déluge et se retourne contre son rival, coupable de la leur avoir transmise » (avant-propos, p. 12). Les fils de la Veuve - les initiés à cette religion - oeuvrent afin de détrôner le « Dieu mauvais » et d'instaurer le culte du « Dieu bon ».

Pour ce qui est de l'identité des deux « Dieux », elle est transparente. Le « Dieu bon » est Satan, le « Dieu mauvais » est le vrai Dieu, la Sainte Trinité. Satan a apporté aux hommes la connaissance du bien et du mal, et Dieu qui a puni les hommes coupables a aussi damné Satan. Les fils de la Veuve, les initiés, oeuvrent donc pour venger Satan contre le bon Dieu.

Le fait essentiel démontré par l'étude de M. Lozach'hmeur est que la franc-maçonnerie est, intrinsèquement et depuis ses débuts, la religion de Satan. Cette fausse religion, qui prétend à l'universalité comme la vraie, est de tous les temps et de tous les pays. Depuis les origines, en effet, se transmet secrètement l'histoire de la chute d'Adam et Eve et de leur expulsion du paradis terrestre. Cette histoire est cachée sous les mythes et les symboles, et seule une initiation rituelle permet d'accéder à l'interprétation. Elle est surtout faussée, déformée, car Dieu est présenté comme l'ennemi des hommes, et Satan comme l'ami qui leur a apporté la connaissance. Cette contre-tradition côtoie la vraie tradition, celle des adorateurs du Dieu vivant. « Tout se passe comme si l'humanité primitive s'était divisée en deux camps prenant chacun fait et cause pour leur Dieu » (p. 137).

Si la religion de Satan est une, son « église » a pris plusieurs visages, dont la franc-maçonnerie n'est qu'une forme récente. Accuser la secte maçonnique de tous les maux est donc incomplet : sa responsabilité est certainement immense, mais le complot est plus vaste. D'autre part, sauf à de rares exceptions, le culte satanique a toujours été clandestin ; il est caché sous les symboles et les mythes que M. Lozac'hmeur a décryptés. Même au temps du paganisme où le culte des idoles était religion d'état, la « croyance en Lucifer » (Albert Pike) était secrète.

 L'importance du livre de M. Lozac'hmeur est telle qu'un expert comme Christian Lagrave affirme que ce livre a « réussi à réaliser ce qui a été jadis l'ambition de Mgr Jouin, le fondateur de la Revue Internationale des Sociétés Secrètes » (Ch. Lagrave, postface, p. 165), à savoir, démasquer scientifiquement le complot antichrétien. Tous les contrerévolutionnaires devraient étudier et méditer ce livre, qui dévoile un pan du mystère d'iniquité. L'histoire est éclairée sous un jour nouveau, dès qu'on considère l'existence occulte de la religion des adorateurs du démon. Au delà des apparences, le vrai sens de phénomènes récents comme le mondialisme et la construction de l'Europe est révélé à la lumière de l'activité satanique : « les Francs-Maçons élaborent délibérément le règne de l'Antéchrist. La conséquence obligée, ou peut-être la condition préalable, de ce règne est l'instauration d'un État mondial » (Ch. Lagrave, postface, p. 173). De plus, l'activité antichrétienne de la maçonnerie n'est pas simplement une déviation due à quelques loges athées. M. Lozac'hmeur montre que toute franc-maçonnerie est satanique, puisque tous les maçons sont fils de la Veuve, et que toutes les loges basent leurs rituels sur le mythe d'Hiram/Satan et ses corollaires.

 Aujourd'hui, il peut paraître surprenant de voir la secte maçonnique en perte de vitesse. Depuis quelques années en Grande-Bretagne, son caractère secret est dénoncé officiellement. En France, les loges croulent sous leurs propres malversations financières et les affaires judiciaires. Dans l'ancienne Nouvelle-France, ce sont les candidats à l'initiation qui font défaut. Il est difficile d'en connaître la raison , mais il est possible que la secte, ayant accompli son oeuvre, ne soit plus utile. Abandonnée par Satan comme un outil devenu superflu, elle perd sa puissance et devient le jouet des ambitions humaines. C'est peut-être ce qui s'est passé avec l'Union Soviétique : sa tâche accomplie (répandre les erreurs socialistes), elle n'a plus de raison d'être. Il faut maintenant passer à une nouvelle étape dialectique, créer une nouvelle antithèse qui s'opposera à la thèse en vigueur. C'est ainsi que progresse la Révolution, à coups de thèse - antithèse - synthèse. Ignorer cette tactique, c'est s'exposer à être en retard d'un combat.

Car un nouveau complot se prépare, une nouvelle étape doit être franchie. La franc-maçonnerie a parfaitement déblayé le terrain pour la phase finale. Il faut que les nations périssent, que l'unité primitive du genre humain se refasse, que l'antéchrist se fasse adorer du monde entier. Sans doute, un cataclysme majeur, une nouvelle guerre mondiale, permettra de franchir l'étape. L'islam, ce vieil ennemi du nom chrétien, dont les héros comme saint Pie V, Jean Sobieski, saint Jean de Capistran, don Juan d'Autriche avaient triomphé grâce à la Très Sainte Vierge, sera-t-il la nouvelle antithèse ? On est allé lui insuffler une seconde vie, et après l'avoir importé massivement en occident, on est en train de le provoquer et de susciter la haine entre les peuples. C'est d'ailleurs le plan des sectes - une troisième guerre mondiale provoquée par un conflit entre juifs et musulmans - selon le maçon sataniste Albert Pike (lettre à Mazzini, 1871).

 Comme d'habitude avec le démon, le piège est parfait et « rien, à vues humaines, ne saurait entraver la réalisation du Plan » (J.-C. Lozac'hmeur, De la révolution, p. 169). Mais rien n'est impossible à Dieu, et si les catholiques, fussent-ils une poignée, déployaient la même énergie et la même persévérance que les adorateurs du démon, ceux-ci seraient balayés et leurs projets réduits à néant.

 - IK

Disponible chez l'éditeur au prix de 21 euros + port (Éditions de Chiré, B. P. 1, 86190 Chiré-en-Montreuil, France.) Au Canada : $35 + $5 de port à la Librairie Saint-Louis http://www.librairie-st-louis.com .

 

Patagon, 16 mars 2003 :

 

BIZOT, François. Le Portail. La Table Ronde, Paris 2000. ISBN:2-7103-0974-2

François BIZOT, de l’Ecole Française d’Extrême Orient, chercheur sur le Boudhisme vivait au Canbodge (à Siem Reap où se trouvent les fabuleux temples d’Angor Wat) quand les Khmers Rouges ont conquis cette région, puis à Phnom Penh quand la capitale du Cambodge est tombée entre leurs mains.  Il raconte dans un petit bouquin fort bien écrit ses aventures dans le camp de prisonier de Aniong Veng (près de OmLeang) sous la garde “bienveillante” d’un certain Douch (aujourd’hui accusé de crimes contre l’humanité.)  Puis la chute de Phnom Pehn et le “siège” de l’ambassade de France.

La première partie du livre commence par une anecdote qui illustre l’aveuglement de nos “élites” et la vision du monde qu’ils nous inflige. Invité chez un colon à raconter la chute de Siem Reap, il se retrouve à  table avec Jean Lacouture:

 -“Dès mon arrivée dans la capitale, Jean Rémy, le directeur de la plantation de Choup, m’avait convié à dîner au siège de la compagnie des Terres-Rouges.  Plusieurs planteurs étaient présents ce soir là, que j’avais connu quelques années plus tôt dans leurs belles demeures coloniales, au milieu des hévéas.  Certains avaient dû se replier sur Phom Penh avec leur famille, à cause des combats.  Jean Lacouture, de passage au Cambodge, était à ce dîner l’invité d’honneur.  Nous étions une dizaine dans la salle à manger, placés autour de la grande table.  Tout au long du repas, les conversations avaient porté sur les dernières nouvelles du front, sur la situation militaire et les coups de commandos qui s’intensifiaient un peu partout.  Le pays était plongé dans une dépendance totale de l’aide américaine.

Un des convives m’interpella sur les conditions de travail du personnel à la conservation d’Angkor.  Il posait des questions sur l’état de la route que j’avais empruntée pour venir.  Je racontai, sans vouloir entrer dans le détail, comment avant Battambang, les Viets avaient attaqué un pont.

-Vous voulez dire les “Khmers Rouges” repris Jean Lacouture.  Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de Nord-Vietnamiens au Cambodge!  Même si cette thèse arrange Lon Nol...

Tous les regards revinrent sur moi.

-... Je n’ai vu que des Vietnamiens, des Nord-Vietnamiens...

Un silence tendu me fit comprendre que le journaliste parisien me prenait pour une de ces victimes naïves de la propagande anticommuniste.  En fait, le planteur qui m’avait interrogé n’était pas innocent.  Il méprisait –comme beaucoup de témoins résidant en province- les positions défendues par Lacouture dans ses articles.  L’intelligentsia française, en effet, encore rivée dans son ensemble aux clichés de la guerre du Vietnam, voyait dans les raids de commandos menés contre l’armée gouvernementale, une rébellion populaire indépendante et spontanée.  J’étais jeune, et il était normal qu’un homme mûr, dont l’autorité était largement reconnue, n’eût pas prêté attention aux discussions de l’apéritif.  Les indications que j’y avais données lui aurait pourtant fait comprendre qu’il n’avait pas affaire à un coopérant frais émoulu de la capitale.

-Ne vous y trompez pas! Souligna-t-il du ton d’un connaisseur.  La distinction n’est pas facile à faire.  Et cette ambiguïté est largement exploitée...

Je ravalais ma salive.  Aux yeux de Lacouture, j’étais tombé dans le piège du discours officiel.  Je sorti mon laissez-passer et le lui tendis:

-Voici le sauf-conduit qu’on m’a délivré sur place, à Agnkor.  Il est écrit en vietnamien, et il m’est très utile aussi pour circuler dans les autres provinces!

Le papier fit le tour de la table! Lacouture affichant son scepticisme avec obstination, le regarda sans rien ajouter – et il n’en tira apparemment aucune conclusion, comme le montrent les articles qu’il continua d’écrire, plusieurs mois après, sans changer de point de vue.” (pp. 43-45)

Suffisance ou aveuglement idéologique?

Puis François Bizot est fait prisonnier pour espionnage par les Khmers Rouges et est envoyé dans le camp de Aniong Veng dont il sera un des rares à sortir vivant; ses deux assistants fait prisonnier avec lui devant y mourir après sa libération.  Ceux qui ont lu le Manifeste du Camp Numéro 1 ne découvriront rien: dénuement, asservissement, réduction à la famine, viol psychologique...

Enfin libéré, il retourne vers Phnom Penh pour assister à la réédition des troupes de Lon Nol, pantin des américains, aux premiers meurtres et à la mise en place de la politique criminelle des Khmers Rouges: Phnom Penh est vidé de ses habitants pour aller mourir en masse dans la campagne.

Il devient le traducteur de l’ambassade de France qui sert de refuge à tous les occidentaux en attente d’être rapatriés car les KR ne reconnaissaient pas le statut d’extraterritorialité aux ambassades, et les avaient donc vidées de force.  C’est donc une négociation permanente pour le chargé d’affaire qui doit demander aux membres de la famille royale réfugiés dans le parc de l’ambassade de se rendre à leurs ennemis, qui doit organiser le ravitaillement, mais qui doit aussi refuser tous ces gens qui espéraient trouver en la France un ultime rempart pour  échapper à cet ordre criminel qui se mettait en place.  Effrayant et désespérant.

Une scène intéresse plus que les autres les membres de VR, surtout ceux qui ont défendu Saint Denis occupé et qui ont du supporter un certain Père Berger .  l’Abbé Berger (le même ?) curé de Phnom Penh, devenu par la force des choses l’aumônier de l’ambassade refuse en effet de baptiser un petit Cambodgien (Fulro) que venait d’adopter un couple de fonctionnaires de l’ambassade qui le sauvait ainsi du massacre car, “cet enfant avait tout perdu, et on allait maintenant lui enlever sa propre religion, sa seule vraie identité...” (p. 322)  On croit rêver...  Il finira quand même par le baptiser.

Bien amicalement à tous,

PATAGON

 

Message de Jean-Luc d’Alleboy, 21-03-2003 :

 

Le Royalisme en questions d’Y.M. Adeline, préface de Vladimir Volkoff, postface de Jean Raspail, L'Age d'Homme - Editions de Paris, 311 pages, 25 euros.

C'est peut-être l'événement de l'année 2003 en matière de livres politiques. Une oeuvre qui bouleverse les milieux royalistes, et interroge l'ensemble du milieu politique français. Pour la première fois l'auteur présente ses propositions à travers une réforme de l'Etat et un programme.

B.M. Nous avons l'habitude d'être surpris à presque chacun de vos livres. Vous prenez souvent le lecteur à rebrousse-poil et nagez à contre-courant, mais en même temps, vous ouvrez l'esprit à des réalités nouvelles, au prix parfois de révisions déchirantes.

YMA. On n'écrit pas pour recevoir, mais pour donner. Quant à parler de " révisions déchirantes ", l'expression me paraît trop forte, mais enfin... En fait, ce livre aurait pu s'appeler " Théorie et pratique ", parce qu'il explique comment, s'agissant du royalisme contemporain, la pratique politique est indissociable de la théorie ; je dirais même qu'elle conditionne la théorie. C'est sans doute l'expérience pratique qui m'a conduit à faire un retour sur moi-même, à mener une réflexion d'ensemble sur ce que signifie, aujourd'hui en France, être royaliste. Alors bien sûr, j'ai été amené à prendre de la hauteur avec certaines choses.

B.M. Mais quel est donc votre fil d'Ariane ?

YMA. Mon fil d'Ariane, c'est de libérer nos énergies des ornières idéologiques et des replis sectaires dans lesquels nous les enfermons.

B.M. Certains commentateurs jugent votre parcours difficilement lisible.

YMA. Oui, ils croient volontiers, par exemple, que j'étais centriste quand j'étais directeur de cabinet de Jean Arthuis, et devenu FN auprès de Le Chevallier. En vérité je n'ai jamais pris de carte nulle part. Mais il suffit de lire mes ouvrages spécifiquement consacrés à la droite (La Droite piégée, et La Droite où l'on n'arrive jamais.) pour comprendre que j'ai traversé ces milieux en observateur et analyste indépendant des ghettos intellectuels et de tout esprit de système.

B.M. Et le milieu légitimiste ?

YMA. C'est ce qui a correspondu le mieux au fond de ma pensée, mais cela ne m'empêche nullement aujourd'hui de pousser plus loin ma réflexion. toujours dans le sens du fil d'Ariane dont vous parliez, car ce fil ne m'enchaîne pas à une pensée fossile mais me guide vers l'avenir.

B.M. Opportunisme ou pragmatisme ?

YMA. Ni l'un ni l'autre, je suis en fait dans un processus intellectuel qui hérite typiquement de la philosophia perennis chère à Saint Thomas d'Aquin.

B.M. Vous commencez par évoquer une " crise " de la République, et vous n'êtes pas le seul à faire ce diagnostic, mais ce qui vous revient en propre, c'est votre différence conceptuelle entre le " salut exogène " et le " salut endogène ". Selon vous, le système républicain, quand il entre en crise, est incapable de produire lui-même les conditions de son salut.

YMA. Eh bien oui, notre histoire l'a souvent montré. A chaque fois que la République a fait appel à un sauveur, elle a cherché quelqu'un qui était déjà investi d'une sorte de " légitimité ", au sens ordinaire du terme ; mais cette " légitimité " ne ressortissait pas de la République elle-même, il fallait que l'histoire ait parlé avant elle. L'histoire. donc le plus souvent une histoire turbulente, et donc guerrière : voilà qui explique pourquoi les " sauveurs " auxquels la République a fait appel sont si souvent des généraux : Bonaparte, Mac Mahon, Pétain, De Gaulle. On croit souvent que c'est un appel à l'armée, mais non, l'armée n'a rien à voir avec cela, c'est un appel à un homme déjà investi par l'histoire, en dehors du système républicain, lequel est par lui-même incapable de conférer une légitimité aussi grande. C'est pourquoi, en République, le salut ne peut être qu'exogène, il est à chercher en dehors du système. Tandis qu'en monarchie, le salut est endogène, il est intégré au système institutionnel. En France et ailleurs dans le monde, l'histoire l'a montré.

B.M. Un autre concept, plus inquiétant - et c'est la première fois que vous l'exposez - est celui des " tendances historiques lourdes ". Vous citez par exemple l'Allemagne, qui malgré les deux guerres mondiales perdues, domine encore l'Europe.

YMA. Oui, parce que, sous l'apparence cruelle de ses défaites militaires, et sous ses ruines, elle gardait en elle des " fondamentaux " : discipline, unité territoriale, poids démographique et économique, dont la durée de vie est plus longue que le siècle, et dont la vitalité a pu traverser les guerres les plus destructrices, comme nous le constatons aujourd'hui. Mais ceci n'est qu'un exemple parmi d'autres, qui me sert à illustrer le concept des tendances lourdes.

B.M. Parmi les éléments constitutifs de la crise de la République française, vous citez l'immigration, une tendance lourde aux conséquences difficiles à contenir. Vous allez désespérer beaucoup de monde.

YMA. C'est notre histoire, c'est l'histoire de la France aujourd'hui. C'est un défi majeur qui lui est jeté par le destin. Je prie pour qu'elle relève ce défi. Mais il est inutile de se voiler la face. Les Francs du VIe siècle étaient 5% de la population dans la Gaule romanisée. Les Musulmans aujourd'hui forment chez nous au moins le double de ce pourcentage, sinon plus. Et cette proportion augmente chaque année, car ces Musulmans sont dynamiques, tandis que les Français sont décadents. Où allons-nous comme cela ? Nous assistons à un mouvement naturel : naturel ! Comprenez-vous ? Il faut comprendre ce mouvement tel qu'il est, même si cela fait de la peine. Et dans notre réflexion politique, il faut tenir compte de cette réalité irrépressible, de cette lame de fond. Une seule banlieue musulmane, une seule cité, un seul immeuble où l'on voit des familles unies et pieuses, des épouses ayant conservé intacte leur vocation maternelle, vivant modestement et ouvrant en silence, sont plus porteurs de conséquences qu'un discours électoral, si enflammé soit-il. Que Dieu nous aide, c'est-à-dire : que la France se relève enfin, et pour cela qu'elle s'en donne les moyens institutionnels ; voilà tout ce que je puis dire, il me paraît plus honnête d'écrire cela que de jouer du pipeau devant certains électeurs en maillot de corps qui ne veulent pas sortir de leur décadence, mais votent Le Pen pour se rassurer.

B.M. On ne peut citer tout votre livre, riche de regards alternatifs. Je relève au hasard le chapitre sur les " préjugés républicains ". On y apprend qu'un président de la République française coûte au contribuable deux fois plus cher que la reine d'Angleterre aux Britanniques. Et il y a aussi votre développement sur la tendance de toute société à se créer une élite héréditaire, celui sur la différence entre les privilèges et les avantages, celui sur les impôts sous l'Ancien Régime et aujourd'hui. Ou encore votre sens de la provocation, quand vous citez Marx pour justifier vos propos sur l'influence de la pratique sur la théorie.

YMA. Marx poussait le bouchon trop loin, englobant l'idée de vérité, mais en soi, il est bien vrai que la pratique détermine la théorie, s'agissant notamment d'adopter une politique réaliste. C'est ce que j'ai compris en faisant l'expérience d'une action politique proprement royaliste à travers l'Alliance Royale. Je vous renvoie à la méthode empirique décrite par Frédéric Le Play au XIXe siècle, que Maurras a fait sienne au siècle suivant.

B.M. A cet égard, vous semblez prendre vos distances avec le légitimisme actuel.

YMA. Mes distances, je ne sais pas, disons plutôt qu'après deux cents ans de république, la légitimité dynastique ne veut plus rien dire si elle n'est pas nourrie par le réel. Or quelle est la réalité aujourd'hui ? C'est une question que j'ai voulu poser avec honnêteté, en oubliant les partis-pris. Les lois successorales ont été mises en sommeil il y a deux cents ans, et par ailleurs nous savons qu'elles ont toujours été destinées à prévenir un problème, ou le résoudre. Dans leur état actuel, c'est-à-dire un état correspondant à une époque qui nous transporte artificiellement deux cents ans en arrière, les cinq Lois Fondamentales suffisent-elles à régler le problème de notre querelle dynastique contemporaine ? Je n'en suis pas certain... En tout état de cause, le légitimisme du temps du Comte de Chambord ne saurait être comparable au légitimisme d'aujourd'hui.

B.M. Que vous appelez à présent " néo-légitimisme ".

YMA. En effet, en 1873 quand la Chambre est majoritairement royaliste, être légitimiste c'est désirer mettre sur le trône le successeur légitime plutôt que l'héritier de Louis-Philippe. A ce moment-là, les choses sont simples. Mais si le Comte de Chambord avait régné, il aurait tout de même rendu son âme à Dieu dix ans plus tard, en 1883. Qui, aujourd'hui, peut sérieusement croire que son successeur eût été alors Don Juan de Montizon, que la France ne connaissait même pas, et qui lui-même, espagnol jusqu'au bout des ongles, n'éprouvait aucun intérêt pour elle ? A moins d'être parfaitement borné, qui prétendra que notre peuple tout entier, ainsi que ses élites, eussent accepté cette solution invraisemblable ? On ne peut pas faire la France sans les Français. Or, le légitimisme actuel raisonne comme si nous vivions toujours au temps du Comte de Chambord. J'ai moi-même mis longtemps à mesurer la difficulté pratique de cet immobilisme, dans la perspective d'un royalisme authentiquement politique et militant.

B.M. Mais il existe aussi une différence doctrinale entre orléanisme et légitimisme.

YMA. Non, ça, c'était autrefois, mais plus aujourd'hui. Vous trouverez dans les deux camps la même proportion de réactionnaires et de libéraux ; cette division a complètement transcendé la querelle dynastique. Depuis Maurras, en fait, qui par le compromis nationaliste a " droitisé " le royalisme tout en reconnaissant les princes d'Orléans. Cela dit, pour répondre sur le fond à votre question, je ne prétends pas trancher la querelle successorale ni choisir moi-même, j'expose simplement les contraintes de la réalité.

B.M. Il faut reconnaître que sur la question successorale, à laquelle vous consacrez plusieurs chapitres consécutifs, vous apportez une analyse nouvelle, équilibrée en définitive... L'avenir dira comment vos idées seront accueillies. Mais passons à la suite de votre livre, c'est-à-dire au royalisme d'aujourd'hui. On ne peut pas dire que vous donniez dans l'illusion ! Y croyez-vous toujours ?

YMA. J'ai voulu montrer les forces et aussi les handicaps du royalisme français. Sa principale force, c'est de montrer à notre pays les voies du salut. Sa faiblesse, ce sont non seulement ses querelles internes, mais les mauvaises habitudes prises dans ce milieu depuis plusieurs générations : passéisme, attentisme, illuminisme, millénarisme, sectarisme, etc.

B.M. A cet égard, votre analyse psychologique des comportements est saisissante, quoiqu'elle en défrisera plus d'un !

YMA. C'est pourtant vrai, avouons-le. Sachons jeter sur nous-mêmes un regard lucide, si nous voulons nous corriger et repartir en avant.

B.M. Vous démontrez comment, à l'heure présente, dans sa forme actuelle, le royalisme ne peut guère être considéré comme une force politique en France. Alors pourquoi avez-vous fondé l'Alliance Royale, ce qui, d'ailleurs, vous a été beaucoup reproché par les associations royalistes ?

YMA. Mais précisément, pour sortir le royalisme de l'ornière ! A mes yeux, il n'y a pas d'autre chemin d'avenir pour le royalisme que de s'exprimer sur la scène politique, par le moyen électoral, le seul qui existe. Ceux qui le comprennent le moins sont précisément ceux qui, parmi les royalistes, s'enferment dans leurs rêveries du passé, et refusent de prendre le risque de l'avenir.

B.M. A la fin du livre, vous passez à des propositions concrètes : quelles réformes au sommet de l'Etat pour réaliser la monarchie, et même, quelles seraient les cent premières mesures à prendre, si l'on vous demandait votre avis.

YMA. Oui, en fait je ne veux pas imposer mes avis, mais j'ai voulu être concret, répondre aux questions de ceux qui jusqu'à présent pensaient que le royalisme, c'était une utopie, une bonne idée en théorie, mais qu'il n'avait rien à proposer en pratique. J'ai voulu briser ce préjugé, proposer une action gouvernementale, sortir pour la première fois de la pure théorie royaliste, écrire en effet un livre pratique, proposant un royalisme praticable au XXIe siècle.

B.M. Dans La Droite piégée, vous écriviez que le système électoral était un piège qu'il fallait éviter. " Elections, piège à c. ", comme on disait en mai 68. Or, vous créez un parti royaliste qui présentera des candidats. N'y a-t-il pas contradiction ?

YMA. Pas du tout : le piège fonctionne parce que la droite ne remet pas en cause la République. Mais nous, nous voulons incarner la visibilité politique d'un royalisme qui remet en cause le système lui-même. Il n'y a donc pas d'ambiguïté. Et par ailleurs il n'y a pas d'autre moyen de se battre aujourd'hui : voilà encore une leçon que la pratique a apporté à ma réflexion théorique.

B.M. J'ai noté la présence à vos côtés de Vladimir Volkoff qui signe la préface, et Jean Raspail la postface. Les deux plus grands romanciers royalistes vivants, c'est plutôt sympathique.

YMA. Oui, j'ai été profondément touché par leur geste. C'est un honneur.

B.M. Malgré cette présence significative, vos dernières lignes intriguent : vous méditez sur vous-même, sur votre propre rôle dans le royalisme français, et on a l'impression que, là encore, vous prenez de la distance. Vous écrivez par exemple : " Réaliste, je prends garde à ne pas dépenser mes forces en vain. "

YMA. Oui, mais dans le même paragraphe je rappelle aussi que je suis obstiné.

B.M. Vous concluez par un hommage au peuple de France, avec cet acte de foi : " Pour lui, j'avance dans le noir, conscient que le destin peut m'y perdre, mais trop désireux d'y être, si la lumière jaillissait soudain. ". Et cependant, à vous lire, il semble que vous ne soyez plus disposé à tenter n'importe quoi pour cette cause.

YMA. Disons plutôt que je ne suis plus disposé à faire des choses inutiles. Mais l'Alliance Royale, un véritable parti politique royaliste pour que la lumière surgisse de l'ombre : je crois toujours que c'est une bonne idée, et je la continue, ne serait-ce que parce qu'elle vous plonge dans la réalité et ainsi vous oblige à garder les pieds sur terre. Je crois que le Bon Dieu, s'Il aime les cours ardents, ne soutient pas les rêveurs. Et la vraie politique ne se fait pas autrement.

Propos recueillis par Benoît Mancheron.

( Et une réaction de Paul Turbier à ce message )

 

Message de Patagon, 06-04-2003 :

 

De Belleroche, Maud.  Le Ballet des crabes. Editions Dualpha. Paris 2001.  ISBN: 2- 912476-46-1

La dernière de couverture présente le livre ainsi: "Le fabuleux destin de la jeune épouse d'un Ambassadeur de la Commission gouvernementale française, invitant Mussolini à sa table, qui connût tous les grands noms de la Collaboration intellectuelle, de Jean Luchaire dont elle fût éperdument amoureuse, à Robert Brasillach, Drieu la Rochelle ou Céline qui furent tous sous son charme."

En fait, la dernière de couverture devrait se lire comme suit: "Qui saute, et qui ne saute pas Maud de Belleroche dans le petit monde de la collaboration en exil."

Le livre commence avec Jean Luchaire, (qui la saute et la passe à ses copains), se poursuit avec Bernard Guilbaud, qui la saute (et l'épouse) et continue avec une longue litanie de rencontres: Mussolini (qui ne la saute pas, mais elle aurait bien aimé), Oswaldo Valenti et Louisa Ferida (qui ne la sautent pas) un prisonnier allemand sur une plage de la narbonnaise (qui ne la saute pas: "Il me montra une photo de sa mère et ajouta en soupirant que j'étais très belle.  Je n'ai pas couché avec lui mais je lui ai offert un sourire et des cigarettes."  (On a eu chaud) son interrogateur lors de son retour en France en 1945 (qui la saute), le banquier lyonnais qui l'héberge (et la saute), et enfin toutes ses rencontres à Madrid et à Barcelone y compris Abbel Bonnard (qui ne la saute pas) mais "Gestapette' avait la tête ailleurs.

Faite comme lui, (ne la sautez pas), et non pas comme moi: lisez de bons livres...

 

Réponse du Lieutenant, 06-04-2003 :

 

Il y a de cela et d'autres excès comme la description d'un couple allemand (nazi) sadique (elle surtout) assez "convenu". Mais la description du livre me semble un peu limitative, et l'auteur n'est pas pire que beaucoup de femmes à notre époque ( OK, à son époque c'était plus rare). J'ai quand même trouvé que l'ouvrage apprenait assez bien de choses sur un certain milieu de la collaboration et que certaines ambiances, certains personnages et certaines poses étaient biens rendus. Peut-être ce regard du coté privé, ou "domestique" si vous préférez, sur ce qu'on analyse d'habitude plutôt coté public ou politique correspond-il à celui d'un petit garçon comme celui que je fus dans les années Salazar au Portugal, alors terre d'accueil et d'exil où se retrouvèrent le même genre de personnages que décrits par Maud, arrivés après guerre mêlés à ceux qui ,évitant les premiers, étaient arrivés avant guerre. J'y ai retrouvé avec plaisir une certaine ambiance comme à Lisbonne où princes authentiques (italiens) ruinés fréquentaient de faux nobles richissimes ou de discrètes vieilles demoiselles adorablement éduquées et étonnamment cultivées se nourrissaient exclusivement de banquets, de zakouskis et de champagne consommés lors de réceptions et taillaient leurs robes dans de vieux rideaux (Chère Frau Kitty, si attentive aux enfants que nous étions et nous comblait de cadeaux de rêve à deux sous, que votre mémoire survive un peu ici.). Un autre apport du livre est le descriptif de la terreur rouge en Italie utile pour ceux qui n'ayant, vu leur âge, fréquenté que des socialistes condamnés à partager le pouvoir en démocratie, n'imaginent même pas ce que peut être le socialisme "intégral". Mais n'ayant pas le livre sous la main - je l'ai mis dans une "tournante de livres" pour faire passer quelques considérations politiques dans un lectorat qui sera probablement attiré par l'aspect critiquable souligné par Patagon - peut-être que je prête au livre un peu de ce que j'ai lu dans Götterdämmerung. Et là il y a certainement un livre à rechercher pour avoir un autre regard sur la deuxième guerre mondiale, le nazisme et les rouges, on y trouve les bombardements alliés vus du sol et des abris de Berlin, un "monastère" SS avec ses rites et sa spiritualité où l’auteur rencontre Rebatet, la fuite vers le Sud sous la mitraille anglo-saxonne et la terreur rouge en Italie : cette "rencontre avec la bête " que nous avons pu découvrir vieillie et avachie (décadence oblige) entre les deux tours des dernières élections présidentielles françaises.

Ecoutons Saint-Loup : « Alors se produisit notre rencontre avec la Bête... On l'entendait venir depuis le milieu de la nuit.  Elle traînait dans les rues son cri épouvantable, sa bouche vomissait des serpents et des flots d'ordures.  La Bête hurlait sa rage à l'heure d'une victoire manquée.  Pas plus que le national-socialisme, le fascisme ne capitulait entre les mains de ses ennemis.  La Bête se lançait à la recherche de techniciens militaires pour recueillir des signatures sur son pamphlet de victoire.  Il lui manquerait toujours celles d'Hitler et de Mussolini.  La paix ne régnerait donc pas plus dans le sang des guerres civiles que sur les ruines de Berlin!  La guerre civile jetait son cri effrayant, orchestré par un million de bêtes invisibles.  Chaque bête invisible apportait sa voix au cri de la Bête... Tous les «hommes d'en bas» contraints depuis vingt ans à l'obéissance, clamaient leur haine de l'obéissance.  Les lâches, incapables d'attaquer le fascisme au sabre de bois, proclamaient maintenant leur lâcheté qui les jetait à l'assaut du fascisme à cent mille contre un... Enfin, les héros étaient abattus!  Plus besoin d'aller conquérir des empires.  Finie la construction des cités nouvelles dans les marais Pontins.  Plus de monuments, de tunnels, de viaducs, de terres à défricher sous le rude soleil.  Plus de carabiniers en gants blancs mais, demain, les flics aux ongles noirs... Un peuple entier qu'un seul homme maintenait debout depuis un quart de siècle, clamait sa joie de pouvoir vivre enfin couché sur le fumier de Job. »

Le chapitre du « Monastère des hommes noirs » qui s’achève dans l’incendie de Hildesheim justifie à lui seul la lecture du livre. Une découverte fascinante de la philosophie SS et et aussi d'un certain flou et de ce qui la différencie de nous et du catholicisme. Un petit extrait : « Dans ce cloître d'Hildesheim se préparait la transmutation de toutes les valeurs de Frédéric Nietzsche.  Il est sans exemple dans l'histoire de l'humanité qu'un philosophe ait eu une telle postérité, une telle équipe, avec ses armées, ses chars, ses avions, ses docteurs ses moines, ses chevaliers et ses administrateurs. »

Saint-Loup, Götterdämmerung, Art et Histoire d’Europe, 1986, ISBN 2-906026-03-4

 

Message de Patagon, 07-04-2003.

 

Raspail Jean, Les Royaumes de Borées. Albin Michel, 2003, ISBN 2226136975.

Il est un peu normal que ce soit le Patagon qui vous fasse la chronique des Royaumes de Borée.  Et sans mentir, c'est un très bon Raspail que nous avons entre les mains; du niveau du Camps des Saints, de L'anneau du Pêcheur et de Qui se souvient des Hommes (ses trois meilleurs selon moi.)

Le titre à de quoi surprendre par le pluriel de royaume, mais c'est parce que Jean Raspail décrit deux royaumes, celui de la famille de Valduzia, Grand Duché du Nord-Est de l'Europe, sis quelque part du coté de la Finlande et de la Carélie, et celui des petits hommes de la forêt qui couvre ce territoire de part et d'autre de: "La Frontière."  Les deux royaumes se croisent pour la première fois en 1631, c.f.,  le journal de bord du commodore Liechtenberg qui en explorait les côtes. Puis à nouveau en 1658 quand Oktavius von Pickendorff se voit nommé commandant de la place de Ragen (on prononce Rragaine), aux confins du Royaume.  A 26 ans, il arrive dans ce bout du monde, et commence la marche vers le Nord. Il construit une redoute 4 lieues plus au Nord-Est que Ragen, et un matin, il découvre une lance en bois, fichée dans le linteau de la porte du mur d'enceinte.  Première trace du second royaume.  Puis sur 357 pages qu'on lit d'une traite, J Raspail narre les rencontres, ou plutôt la manière dont les deux royaumes se fuient, se cherchent, et se faisant se détruisent.  En effet devant l'avancée des hommes blancs vers le Nord, et avec eux, leurs cortèges de guerres et de destruction, bref de progrès, les petits hommes de la forêt ne peuvent que fuir de plus en plus loin, mais se font immanquablement rattraper et détruire.  Il se font d'abord détruire dans leurs croyances (shamaniques), puis physiquement, et enfin de la mémoire, puisque avec leur dernier représentant -qui a pris la plume pour ce livre – meurt leur mémoire. 

On retrouve là un thème cher à Jean Raspail, qui a traqué durant sa vie les souvenirs des mondes perdus, des tribus indiennes disparues.  Aucun espoir.  Je me rappelle d'un bouillon de culture -ou d'une émission du même métal- pendant laquelle notre Consul Général avait tenu peu ou prou les propos suivants: -"quand deux peuples se rencontrent, le plus petit n'a que deux solutions: soit il s'adapte et il disparaît, soit il ne s'adapte pas, et il disparaît aussi."

Mais cette histoire n'est pas aussi simple, car avec la destruction des petits hommes de la forêt, meurt aussi la noblesse de l'homme blanc.

Avec Oktavius von Pickendorff qui part pour Ragen en 1658 et de là vers La Frontière par refus de la petite vie bourgeoise de province qui l'attend , jusqu'à Véra von Pickendorff, dernière représentante de cette longue lignée d'aventuriers, qui était médecin chef des troupes de lignes valduzienne lors de la ruée des troupes bolcheviques sur l'Est de l'Europe en 1945, Jean Raspail nous raconte aussi une quête d'infini et de grandeur (à moins que se ne soit une fuite continue des masses grouillantes et démocratiques),  quête qui butte un jour sur les limites du monde.  Alors la lignée s'éteint.

 

Le Lieutenant, le 13 avril 2003.

 

Vincent Reynouard, Manifeste pour le salut de la vraie droite – Editions Vincent Reynouard –décembre 2002 – ISBN 2-9509607-6-6.

Ce livre sous-titré « Les raisons de l’échec électoral de J.M. Le Pen et du F.N. » est disponible chez Vision Historique Objective, B.P.256, B-1050 Bruxelles-5. (34 EUR + 6,10 EUR port – liquide, chèques ou timbres postaux belges ou français)

Commençant par une intéressante étude de l’incroyable entre deux-tours de l’élection présidentielle française où toutes les règles démocratiques furent bafouées, il observe et démonte le mécanisme qui a permis ces faits. L’analogie-déduction est la méthode constatée qui permet l’écriture de l’équation Le Pen = fasciste = Hitler = génocide qui justifie par analogie avec l’élection démocratique de Hitler que toute l’histoire officielle de la seconde guerre mondiale se répètera si Le Pen devenait président de la république. La deuxième partie du livre démarre sur le constat de l’échec inévitable de la politique de jeu démocratique et de recherche d’honorabilité (telle que définie par ses adversaires) de la droite nationale qui, si elle permet certains succès, se trouvera toujours bloquée par sa diabolisation lorsqu’elle approchera du pouvoir. Cette partie  plaide pour une Ultra-droite décomplexée qui accepte le combat sur le terrain voulu par ses adversaires et revendique les héritages qui lui sont reprochés. Il s’agit alors de dire les vertus de ces choix et de démonter les mensonges dont on accable par analogie la droite nationale. Vincent Reynouard rejoint ici son sujet favori et une conviction personnelle dont le développement dans un des chapitres du livre rend malheureusement celui-ci probablement interdit à la vente en France. Ce n’est pas ce sujet qui fait l’intérêt du livre pour VR, mais les considérations sur un régime alliant monarchie, catholicisme et fascisme que développe le livre. « …il existe une tension, qui doit être assumée, ainsi dépassée sans être abolie, entre absolutisme dynastique et communauté nationale de destin. Cette tension, féconde, anime la société dans sa double exigence d’organicité (primat du tout sur la partie) d’une part, de séparation entre dirigeants et dirigés d’autre part. Le fait d’assumer et de dépasser une telle exigence, naturelle à la chose politique, ne fut pas réalisée par la monarchie d’Ancien Régime, et c’est pourquoi l’Ancien régime fut balayé. … » On rejoint, de façon plus accessible (encore que le chapitre sur la religion reste difficile) l’idée du Livre de Merel «Fascisme et Monarchie – Tentative de réconciliation d’un point de vue catholique » (disponible chez le même éditeur). On ne partagera pas toujours tous les avis exprimés et le monarchistes classiques en prennent parfois pour leur grade, mais la lecture est très intéressante et bien des définitions ou considérations sont à y puiser. Voici d’ailleurs quelques extraits : « Est de droite celui qui reconnaît qu’il existe un ordre des choses et des valeurs objectives, et que sa véritable dignité consiste à les dévoiler et à s’y conformer. Ou encore : est de droite celui qui considère que la subjectivité, le Moi, a vocation à se subordonner à une transcendance qui le finalise. » ou « Une idée de gauche est une virtualité devenue folle de la pensée de droite. Et il convient d’observer qu’elle ne peut naî­tre que dans la mesure où l'idée vraie dont elle est la maladie n'a pas été développée comme il l'eût fallu dans son élément natu­rel. C'est pourquoi la nation, l'écologie, l'organicité, les régions, l'Europe, la justice so­ciale, la solidarité, l'esprit communautaire, ont été récupérés par la gauche. » On trouve même une définition de la gnose : «  Entendons par «gnose» la philosophie de la maçonnerie, c’est-à-dire, parce que l’esprit humain serait consubstantiel à Dieu, la prétention de l’esprit créé, par lui-même, à connaître Dieu comme Dieu Se connaît. Au vrai, si, selon ce délire, l’esprit humain est consubstantiel à Dieu, c’est que Dieu est intrinsèquement dépendant de l’homme qui a pour projet véritable, loin de connaître de Dieu, de réaliser, sur le mode d’une humanité collective s'unifiant selon le mythe babélien, la déité de Dieu dans l’histoire » ou pour finir : « Un peuple devient décadent à partir du moment où ses membres en viennent à oublier que la société repose sur eux, pour se réfugier dans l’idée selon laquelle ils reposeraient sur elle. » Bonne lecture.

 

Loup blanc, 31 mai 2003.

 

A signaler : un livre remarqué de Arnaud-Aaron Upinsky, Enquête au coeur de la censure - édition du Rocher, 20/03/2003, 20 euros, ISBN:2268044963, 410 pages -.

L'auteur a fait condamner les éditions Albin Michel pour contrefaçon de son livre "La Tête coupée".  Il démontre grâce à des méthodes infaillibles que la contrefaçon de son livre pour fabriquer deux best-sellers (300 000 exemplaires) relève d'un système utilisé par les grandes maisons d'éditions pour détourner les idées. On vole les idées, le principe actif des manuscrits reçus ("pillables mais non publiables"). Les éditeurs les confient à des nègres talentueux, mais politiquement conformes pour les publier ensuite sous le nom de personnalités médiatiques gardiennes du temple, dont on n'est sûr qu'elle ne diront rien de dérangeant devant les médias. D'après Upinsky, on peut ainsi détourner les idées d'un auteur comme on détourne un avion. Voici comment on filtre, on censure la vie intellectuelle d'une nation.

    Upinsky ne s'arrête pas là. Il ne s'agit que du point de départ de son enquête sur la gigantesque entreprise de reprogrammation des esprits que nous subissons, de l'édition à la télévision et au multimédia.

    Un livre ambitieux, incontournable, exigeant intellectuellement. Brillant et implacable. Essentiel dans la lutte contre le totalitarisme.

 

Le Lieutenant, le 21 août 2003.

 

Ayant reçu de Serge (merci Serge) un remarquable petit recueil de nouvelles de Michel Perrin intitulé « La Nuit du 4 au 15 » (A.M.P. Editions, 1995 ISBN 2-911005-00-7,112 pages), je ne puis m'empêcher de vous parler des ce bijou. Dès le moment où on l'a en main, le plaisir éclôt : simple de présentation mais harmonieux, d'agréables caractères aérés sur un beau papier mat et doux, quelque illustrations minuscules d'une plume minimaliste mais bien inspirées (une croix, un téléphone, un jeton). Dès la lecture de la biographie de l'auteur sur les rabats de couverture, on découvre tout un petit univers d'humour et de raffinement déjanté (si, si, le mariage est possible), l'auteur descend du sire de Joinville par son père, du cardinal de Richelieu par sa mère, on découvre qu'il a écrit des romans maritimes sous le pseudonyme de Claude Farrère et l'on apprend tout sur sa vie mouvementée d'aventurier de héros et d'escroc, jusqu'à la note de fin qui nous apprend que cette biographie est certifiée rigoureusement inexacte. A la lecture de sa bibliographie riche de pastiches ("monnaie de singe") et de portraits réels et imaginaires ("profils perdus") ou de "notes sans portées" qui me font rêver qu'il serait Brigneau ou son frère, le plaisir continue, et le fait est assez rare pour être signalé, c'est un de ces rares livres qui vous déjà amusé, enchanté et fait rêver avant de l'avoir lu !

Et il faut le lire ! Vous saurez comment Grégoire XIII a roulé le diable pour sauver une âme. Vous rêverez de guillotine. Vous saurez comment vous débarrasser de votre femme sans trop de secousses, comment les directives d'un évêque conciliaire peuvent envoyer une vielle demoiselle pieuse ad patres. Vous découvrirez une histoire d'ogre revisitée par la nouvelle morale, le chemin qui mène à Rome, le mensonge vrai, l'instruction sans public et le ministère des otages, tout un programme.

Et surtout vous redécouvrirez que l'on peut être léger sans être creux, immensément cultivé sans être ennuyeux ni pédant, très drôle sans grossièreté et aussi une langue française de toute beauté avec un sens aigu de la formule toujours juste même si elle est cocasse.

 

Hervé le Francien, 23-07-2003 :

 

Saint Thomas d'Aquin : "Petite somme politique"

Anthologie de textes politiques traduits et présentés par Denis Sureau.

Ed. Pierre Téqui. 210 pp. ISBN: 2-7403-0512-5

En 4e de couverture :

Dans la préface de ce recueil, Richard Dubreuil montre parfaitement l'intérêt d'un tel ouvrage :

"Les dirigeants politiques oublient trop souvent que leur fonction tire sa seule légitimité de la poursuite du bien commun. Beaucoup gagneraient à lire cette "Petite somme politique" : les textes qu'elle rassemble datent tous du XIIIe siècle et pourtant, ils sont d'une brûlante actualité. Saint Thomas d'Aquin s'y révèle un "politologue" et un constitutionnaliste avisé.

Sa réflexion, élaborée dans une période troublée, articule les découvertes de la raison aux vérités de la foi. Elle forme la base de la doctrine sociale de l'Eglise catholique et rapporte des réponses pertinentes aux problèmes des sociétés contemporaines."

Le travail minutieux de Denis Sureau est d'un intérêt remarquable : le regroupement en un recueil unique permet une consultation aisée, et rendra de grands services aux étudiants en philosophie et en sciences humaines, aux responsables politiques, économiques, syndicaux et associatifs, ainsi bien entendu qu'à tous ceux qui s'intéressent à la conception chrétienne de la politique.

- Hervé

 

Le Lieutenant, le 21 août 2003.

Dominique Venner a écrit un fort intéressant livre « Histoire et tradition des Européens, 30000 ans d’identité » paru aux éditions du Rocher en 2002 (ISBN 2 268 04162 X - 274 pages - 18,5 EUR).

Ce livre se penche sur la question posée par de récents débats sur VR sur ce qui fait une identité : ethnie, culture ou religion ?

Partant des convergences linguistiques qui déterminent un large groupe d’humanité partageant l’usage de langues dérivées d’un tronc commun dit indo-européen, Venner observe une grande convergence d’archétypes ethniques, culturels et mythiques dans ce groupe, à travers l’espace et le temps. On retrouve le même type de héros spécifiquement européen dans les mythologies grecques, latines, nordiques, celtiques, de l’antiquité au présent en passant par le moyen âge arthurien et courtois.

Venner examine l’héritage grec, romain, la chevalerie, l’amour courtois, le rationalisme et les dérives actuelles.

Le livre est très intéressant, et soulève de salutaires réflexions ; tout au plus pourrait-on reprocher à l’auteur proche de la nouvelle droite, de ne pas ouvrir une place suffisante au christianisme qui n’apparaît que comme partie de l’héritage romain et est présenté souvent comme en opposition à certaines réalités héritières d’idéaux païens, alors que celles-ci, comme la chevalerie, pourraient être estimées comme ayant justement réalisé une synthèse de ces idéaux catholiques et païens.

De nombreux sujets sont abordés. La religion l’est du paganisme au catholicisme et au nihilisme moderne : dieux et sacralité en toutes choses (paganisme), Dieu unique hors du monde désacralisé (christianisme), Dieu justifié par la raison (St Thomas d’Aquin), jusqu’à la raison se croyant affranchie de Dieu (de Hobbes à Marx).

Pouvoir royal ou impérial, origines de la noblesse, germes de la décadence sont abordés.

Respect de l’autre, ordre, hiérarchie des valeurs, recherche de l’harmonie, répartition des fonctions de souveraineté, de force martiale et de (re)production, personnalisation du pouvoir, stoïcisme, virtus et dignitas, esprit de découverte, enracinement et créativité, sont caractérisés.

Un survol éblouissant des grands penseurs européens Homère, Héraclite, Platon, Althusius, Evola, Mircea Eliade, Polybe, Vico, Pareto, Catherine de la Guette, Nietzsche  et tant d’autres est réalisé qui assurera l’essentiel d’une érudition que l’éducation publique actuelle n’assure plus.

Un indispensable condensé de notre tradition européenne authentique, une façon d’être unique devant la vie, la mort, l’amour et le destin.

Et pour finir, un extrait qui répond déjà implicitement à la question posée au début de  cette note de lecture :

« Chaque peuple porte une tradition, un royaume intérieur, un murmure des temps anciens et du futur. La tradition est ce qui persévère et traverse le temps, ce qui reste immuable et qui toujours peut renaître en dépit des contours mouvants, des signes de reflux et de déclin.

Réponse naturelle au nihilisme, la tradition ne postule pas le retour à un passé mort. Elle ne plaide pas pour les quenouilles ou les calèches. Elle ne postule pas une théorie politique ou sociale. Elle est ce qui donne un sens à la vie et l’oriente. Elle porte en elle la conscience du supérieur et de l’inférieur, du spirituel et du matériel. …

 [Elle] est l’expression la plus haute et quasi « divine » d’une grande communauté charnelle et historique. Elle est son être éternel. Elle lui donne ses principes, ses vérités permanentes, capables de traverser les fluctuations temporelles. …

Le primordial n’est pas le primitif. Il s’appréhende dans la durée. La tradition est une strate profonde, une assise spirituelle, un cadeau des dieux. Pas plus que la langue, elle n’est une création volontaire.

Sans que nous le sachions, elle continue de vivre en nous. Comme un leitmotiv musical, elle est le thème conducteur. Elle est fondatrice. Elle est ce qu’il a de plus ancien et de plus proche. Elle est la traduction d’une façon unique d’être des hommes et des femmes devant la vie, la mort, l’amour, l’histoire, le destin. Elle porte les principes qui transcendent la vie, la pensée, les actes. »

 

Remi.Chateauneu, le 7 décembre 2003 :

 Gourévitch (Jean-Paul), /La France africaine. Islam, intégration, insécurité : infos et intox/, Paris, 2000.  (ISBN 2842280660), (16,09 feuros)

 L'auteur est un universitaire connu et reconnu.

Il précise tout d'abord le sujet de son ouvrage : "Notre travail sur la France africaine ne prend pas seulement appui sur les perspectives démographiques. C'est aussi l'analyse d'une France qui s'africanise, c'est-à-dire qui adopte des comportements et des modes de vie très proche de ceux des Africains qu'ils ont, en partie, importés chez nous." (p. 13). Il cite aussi (p. 15) Julien Dray : "Beaucoup de jeune impliqués dans des violences urbaines sont des blacks et des beurs." (in /Etat de violence/, Edition 1, 1999. Il nous apporte des précisions amusantes : "Les blacks représentent aujourd'hui, immigrés, nationaux et binationaux confondus une mouvance d'environ 6 millions de personnes." (p. 17) ce dont les Africains ont conscience. Ainsi, Abdou Diouf : "Vous risquez d'être envahis demain d'une multitude d'Africains qui, poussés par la misère, déferleront par vague sur les pays du Nord. Et vous aurez beau faire des législations contre l'émigration, vous ne pourrez pas arrêter ce flot car on n'arrête pas la mer avec ses bras... Ce sera comme des hordes que vous avez connues dans votre Moyen Âge." (Interview au Figaro du 03/06/91, cité p. 17). Malgré tout, les chiffres de la population africaine reste peu connu, il explique ainsi (p. 35) que le recensement de 1999 n'a pu se faire des les banlieues chaudes...

Mais en tant que bon universitaire, lui peu donner des chiffres. Des chiffres calculé à la main par des étudiants qui se déplace et, à propos des "4000" de La Courneuve, il peut dire que "De 28 % d'habitants étrangers selon les catégorisations administratives, on arrive ainsi à 85 % de jeunes d'origine étrangère (en comptant les DOM-TOM) et à 90 % de non-métropolitains dans la même résidence."Il devient donc clair qu'"En matière d'immigration et notamment d'immigration africaine, le XXIe siècle va se caractériser par un certain nombre de basculement de l'autre côté des lignes de partage habituellement considérées comme des garde-fous." (p. 65) Cela s'explique par le contexte démographique mondial : "La population mondiale augmente de 80 millions par an dont 76 millions dans les pays en voie de développement." (p. 71).

Sur la criminalité, il cite beaucoup de chiffre (sources à l'appuie). Je n'en citerai que deux : en 1997, les violences urbaines ont fait 15 morts et 1923 blessé parmi les "jeunes" et 1228 blessés chez les policiers... (p. 209) La même année, il y a eu 324 affrontements avec la police à Rouen.

 

Paul le hérisson, le 8 décembre 2003 :

Le massacre fait noire et fait funeste

La grand' maison qui fut maison de Dieu.

Ô justice du Ciel ! moins tu fus prompte,

Plus tu es lourde à ce peuple coupable !

Par tes secrets desseins fut éveillée

L'ire dans ces coeurs pieux, et déchaînée.

Ce temple qu'autrefois il profana,

L'impie païen de son sang le lava.

Le Tasse [traduit par Orcel (Michel)], Jérusalem libérée, Paris, 2002, XIX, 38. (ISBN 2070409767) (9,41 xeuros). Cette traduction magnifique d'un des plus importants textes de l'Occident est disponible en Folio pour un prix bien modique. Chacun devrait réfléchir à l'actualité étrange d'un texte écrit il y a plus de quatre siècles...

 

Flo Ams, 6-01-2004.

Un bon bouquin pour les longues soirées d'hiver : "Retour au réel", de Maxime Laguerre, chez Dualpha. (ISBN :2-912476-94-1, 29 feuros)

C'est un essai très audacieux sur l'antagonisme de "l'inné contre l'acquis". En gros, Laguerre nous expose que ce ne sont pas l'idéologie et l'éducation qui modèlent le genre humain, mais bien la lente adaptation du patrimoine génétique de chaque être humain, en réaction aux spécificités de son milieu de vie. Lequel millieu de vie est déterminé par toutes sortes de paramètres matériels: le climat, la géographie, la technologie, etc. Et de conclure que ce n'est pas l'éducation qui "forme" l'humanité, mais le "progrès" matériel, issu d'inventions qui nous facilitent le vie. De sorte que par exemple, des africain et des occidentaux n'ont aucune chance de vivre sur le même pied d'égalité dans une société "métissée", pour la bonne et simple raison qu'ils sont trop différents du point de vue de la génétique. L'adaptation des uns par rapport aux autres prend des siècles, et l'éducation n'y peut rien changer. Dans le même ordre d'idée, il ne sert strictement à rien d'essayer de soigner les "maladies mentales" comme la pédophilie par exemple, ce genre de penchants étant inscrit dans les gènes et non pas dans un quelconque défaut d'éducation.

Ce point de vue est très intéressant car il prend totalement à contre-pied les théories des "lumières" sur l'éducation, la "vertu" inculquée par le biais de l'école obligatoire et unique, etc, etc. Bref, il rappelle que, contrairement à ce que l'on veut croire de nos jours, l'humain est avant tout un produit de la NATURE, une sorte d'animal dont le comportement est dicté par le patrimoine génétique, et certainement pas le résultat d'une quelconque éducation. Si tel était le cas, alors il y a bien longtemps qu'il n'y aurait plus ni guerre, ni criminalité, ni aucune déviance d'aucune sorte dans le monde dit "éduqué".

Réflexions du schtroumpf du Roi, 9-01-2004 :

Réponse à la louche je n'ai pas le temps d'argumenter, mais les nombreuses occurences du mot "nature" dans votre mail me semblent intéressantes à relever.

Et si ce qui est en train de nous arriver, à nous occidentaux, et ce contre quoi il se découvre tant de résistances, c'était justement que nous sommes en train de mettre à la casse cette idée de "nature" ? Du moins au sens où on la met classiquement - en fait depuis la sophistique athénienne - dans un rapport que l'on peut dire dialectique (encore une fois il y faudrait plus de précisions et de nuances) avec la culture et qui se faisant modèle en retour ce que nous appelons "nature", et qui depuis le XVIIIe siècle n'est jamais que la création sans le créateur ?

Ou, si l'on préfère et pour faire une formule, ce qui est toujours facile, est-ce que la nature de l'occident ce n'est pas d'être une culture ? et n'est-ce pas l'un des traits qui le distingue radicalement des autres civilisations ?

 

Paul le Hérisson, 15-01-2004 :

Jean-Yves Pranchère, « Qu’est-ce que la royauté? Joseph de Maistre », Vrin, 1992, «  Pré-Textes  ».128 p., 11 x 18 cm. ISBN : 2-7116-1108-6. 6 xeuros

Que la royauté soit un objet de réflexion philosophique ne va pas de soi. Il est tout d’abord douteux qu’il y ait une essence simple de la royauté. Les idées, les légitimations et les réalités de la royauté sont multiples et diverses. Il n’y a en effet rien de commun entre l’actuel roi de Suède et Philippe le Bel, ou entre Ivan le Terrible et Louis XVIII. Aucune de ces royautés ne correspond à une même idéologie, ni à une même réalité sociale ou politique.

De là un certain flou qui affecte l’idée de royauté. Cette obscurité tient peut-être avant tout à ce que le phénomène de la royauté lui-même ne semble plus constituer un objet essentiel de la réflexion politique. C’est que l’époque contemporaine a connu l’avènement et le triomphe de deux principes, dont la combinaison définit idéalement la démocratie moderne : le principe démocratique, qui affirme l’égalité des hommes et la souveraineté du peuple, et le principe libéral, qui affirme l’inaliénabilité des droits et des libertés individuelles.

 

Michel Séguy, 13-02-2004 :

Le Goff, « le Saint et le Roi » (FICHE DE LECTURE)

("Héros du Moyen Age, le Saint et le Roi", éd Gallimard, 1.344 pages, 28,50 euros)

PARIS, 13 fév (AFP) - Un de nos plus grands historiens, le médiéviste Jacques Le Goff, raconte, dans son fameux style si vivant, les exceptionnelles figures de Saint François d'Assise et de Saint Louis, dans un volumineux recueil paru à l'occasion de son 80ème anniversaire, célébré en janvier.

"Il me semble qu'à travers ces textes, qui concernent la sainteté et la royauté, on peut non seulement s'approcher de ces personnages supérieurs et exceptionnels que sont le Saint et le Roi mais aller au coeur du fonctionnement de la société médiévale", écrit Jacques Le Goff dans une préface inédite.

Le livre, qui paraît dans la collection Quarto (couverture souple) de Gallimard, rassemble des textes déjà parus. Il comprend, outre le Saint Louis (1996) et le Saint François (1996) "Reims, ville du sacre" et 10 articles réunis autour de trois thèmes: "Le Roi dans l'occident médiéval", "La cour royale" et "Ordres mendiants et villes". L'ouvrage s'achève avec "Du ciel sur la terre, la mutation des valeurs du 12ème siècle au 13ème siècle dans l'Occident chrétien".

Saint François d'Assise a vécu de 1181 à 1226. Il a été canonisé, ce qui est exceptionnel, deux ans après sa mort, en 1228. Saint Louis (Louis IX, Roi de France), né en 1214, est devenu roi en 1223 à l'âge de neuf ans et il est mort en 1270. Ils ont "marqué leur place et leur pouvoir sur l'espace et le temps", selon l'historien.

Les deux hommes, explique-t-il, ont beaucoup de traits en commun, en raison notamment de leur personnalité individuelle. Dans "une société de larmes et de pleurs" qui professait "le mépris du monde", le rire était critiqué, voire condamné ou banni. Avec eux deux, nous voyons "le rire éclater au sommet de la société", assure-t-il en précisant que "François est un saint qui rit" et que "le roi se libère et libère son entourage par le rire".

Il rappelle qu'à partir du 4ème siècle, "l'installation en Occident d'une nouvelle religion, le christianisme, et d'un nouveau système politique et social, la société médiévale, entraîne un changement profond des dieux et des héros" et une "nouveauté révolutionnaire: le monothéisme remplace le polythéisme".

C'est ainsi qu'au 13ème siècle, siècle de Saint François d'Assise et Saint Louis, le Saint et le Roi sont au zénith de l'Europe chrétienne, écrit-il.

En 1999, Quarto avait déjà regroupé plusieurs livres de Jacques Le Goff sous le titre d'"Un autre Moyen Age".

 

Le Lieutenant, 29-05-2004.

Pierre Monnier « Ferdinand Furieux », L’Age d’Homme, 1979.

Grâce à Serge indirectement (merci Serge) car un  de ses livres lui était dédié, j'ai découvert Pierre Monnier. J'ai lu "à l'ombre des têtes molles" et "les pendules à l'heure", ouvrages remarquables pour découvrir l'entre deux guerres (période souvent méconnue) et les temps qui ont suivi et suis plongé dans son extraordinaire "Ferdinand furieux" consacré à Céline. Cet ouvrage contient 313 lettres de Céline, mais surtout le texte de Monnier sur son ami le docteur Destouches. C'est extraordinaire ! Il Avez vous lu Céline ?  Si oui, lisez "Ferdinand furieux" vous y découvrirez un complément indispensable. Si non, si vous comptez lire Céline, lisez d'abord "Ferdinand furieux" v vous serez prêt à lire Céline et à découvrir des richesses qui vous auraient peut-être échappé autrement. Si vous n'avez pas le temps de lire Céline, lisez "Ferdinand furieux" au moins vous ne serez pas passé à coté d'un monstre de la littérature française sans en avoir appris quelque chose.

Je ne résiste pas à l'envie de vous envoyer un gros extrait du livre de Monnier et c'est incroyablement riche, il y a tout dans ce texte, une soupe à la fourchette ! Il y a la France, la tradition, le peuple, la religion et la subversion et l'homme.

L’extrait est disponible sous forme acrobat ici. Ce message a entraîné une discussion sur la noblesse et Céline car il en aurait fait partie !

 

Hervé le Francien, 6-10-2004.

Tiré du Figaro (http://www.lefigaro.fr/litteraire/20040930.LIT0031.html)

Les malédictions de l'intellectuel de droite PAR PAUL FRANÇOIS PAOLI [30 septembre 2004]

Pour être un intellectuel, est-t-on nécessairement de gauche ? Ceux qui appellent, au lendemain de la Première Guerre mondiale, à la naissance d'un «parti de l'intelligence» sont, bien entendu, convaincus du contraire. Le 26 juin 1919, dans L'Humanité, Romain Rolland, Henri Barbusse et Jules Romains avaient accusé les écrivains français, en premier lieu Maurice Barrès, d'avoir «dégradé la pensée» en l'enrôlant au service de la patrie. La riposte ne se fera pas attendre. Le 19 juillet, l'intellectuel catholique Henri Massis publie, dans Le Figaro, un manifeste signé par 54 écrivains qui affirment que la cause de la France se confond avec celle de la civilisation. Et que c'est trahir la seconde, que de négliger la première.

Parmi les signataires : Charles Maurras et l'historien royaliste Jacques Bainville, le philosophe thomiste Jacques Maritain, autre Daniel Halévy, ou le romancier Francis James. L'Action française, qui a mis en veilleuse son antisémitisme d'avant-guerre, est alors à l'apogée de son influence, et Maurras, qui a soutenu la politique d'union sacrée de Clemenceau, jouit d'un prestige inégalé auprès d'écrivains aussi différents que Bernanos, Montherlant, Malraux, mais aussi de Proust et de Gide – le journal de celui-ci en témoigne. «Positiviste» mais solidaire de l'Eglise catholique, antiromantique en littérature mais prônant le «coup de force» en politique, la «synthèse» maurrassienne, malgré ou à cause de ses contradictions, séduit très largement au-delà des cercles royalistes. Cependant, la fascination que cette pensée exercera sur toute une intelligentsia aussi rétive au marxisme qu'elle l'est au libéralisme allait être entamée par la montée en puissance du fascisme. Cela à partir des années 30.

Bien que farouchement opposés au germanisme et au racisme hitlérien, Maurras et Bainville soutiennent, comme Churchill et une grande partie de la droite européenne, le régime de Mussolini, quand Bernanos rejoint Jacques Maritain dans son refus de pactiser avec le totalitarisme avant de rompre définitivement avec l'Action française lorsque celle-ci approuvera la rébellion franquiste. Enfin, en soutenant la révolution nationale du maréchal Pétain, Maurras placera les disciples du nationalisme intégral devant une posture intenable : être inconditionnellement fidèle au vainqueur de Verdun tout en refusant la collaboration avec l'Allemagne honnie. Histoire ô combien tragique, mais par trop simplifiée ! De Jean-Pierre Azéma à Pierre Milza, les historiens, qui font aujourd'hui autorité en la matière, ont montré l'opposition de fond existant entre les droites radicales durant cet épisode fatidique.

Si des écrivains fascistes comme Lucien Rebatet et Drieu la Rochelle, seront des hitlériens déclarés, un certain nombre de nationalistes proches de l'Action française ou des Croix de feu du colonel de La Rocque, ont rejoint la résistance dès 1940. Et la vérité oblige à dire qu'il y eut, à Vichy, des intellectuels de la droite libérale, et non des moindres. Ainsi de l'ambassadeur François Poncet, dont la revue Autrement consacrée aux Intellectuels et l'Occupation 1940-1944 retrace la trajectoire, de la participation au gouvernement Poincaré au soutien à Pétain... Si l'analyse de cette période est cruciale, c'est que Vichy a durablement sapé la légitimité de la droite après la guerre. Devenues suspectes en politique, un certain nombre de valeurs dites «réactionnaires», scepticisme quant à l'idée de progrès, mépris de l'égalitarisme ou rejet de l'art «engagé», allaient trouver refuge en littérature. Marqués à des degrés divers par l'influence maurrassienne, Jacques Laurent, Roger Nimier, Antoine Blondin entre autres, allaient, sous l'estampille des «Hussards», jouir des honneurs de la réprobation.

Quant aux intellectuels que l'engagement ne rebute pas, ils n'auront d'autre alternative que de soutenir de Gaulle, ou de se marginaliser politiquement. Dans le premier cas de figure, le libéral Raymond Aron tiendra, avec Mauriac et Malraux, la dragée haute au PCF et à Sartre, quand les héritiers critiques de Maurras se regrouperont autour de la Nation française, hebdomadaire fondé par le philosophe Pierre Boutang en 1956. Un journal qui a beaucoup de style et à la rédaction duquel participèrent des personnalités aussi différentes que les historiens Philippe Ariès et Raoul Girardet, Roger Nimier ou Gabriel Matzneff, mais qui se scindera en camps opposés durant la guerre d'Algérie, avec d'un côté ceux qui, menés par Boutang, rejoignent de Gaulle, et, de l'autre, les radicaux qui soutiennent l'OAS...

De Dreyfus à Vichy et de Vichy à l'Algérie, depuis toujours en somme, la droite non libérale butte sur un problème insoluble : trouver un «débouché» politique qui ne soit pas réductible à une restauration passéiste ou à des complaisances fascistes. D'où le compromis acceptable qu'allait représenter le caractère «quasi monarchique» (Pierre Boutang) des institutions de la Ve République pour les disciples les plus réalistes de Maurras, comme Boutang ou l'historien Raoul Girardet. A contrario, la dilution du gaullisme politique allait favoriser l'émergence de sensibilités étrangères à la filiation péguyste et barrésienne de la droite française : une «nouvelle droite» antichrétienne et anti-occidentale regroupée autour du Grece (Groupe de recherche sur la civilisation européenne) d'Alain de Benoist et, sur le versant opposé, un néolibéralisme aux références anglo-saxonnes. Courants qui allaient nourrir le provisoirement fameux Club de l'Horloge et inspirer certains intellectuels du Front national, dans les années 80.

Erudit qui se réclame de Georges Sorel, de Proudhon, mais également de Rousseau et de Carl Schmitt, Alain de Benoist n'est pas le diable et sa réflexion a suscité l'intérêt d'intellectuels aussi peu suspects de fascisme que l'ancien résistant Julien Freund, ou le spécialiste des mythes indo-européens Georges Dumézil. Pour autant, comme l'a montré Pierre-André Taguieff, les équivoques liées à l'antisémitisme sont loin d'avoir été levées chez ceux qui se réclament de l'héritage de la «nouvelle droite».

Et aujourd'hui ? Si les écoles maurrassiennes ou «néopaïennes» ont cessé d'influer sur la vie politique, la pensée de droite est-t-elle pour autant défunte ? Si l'on en croit Daniel Lindenberg, dont le livre Les Nouveaux Réactionnaires a fait grand bruit l'an dernier, les leitmotivs «réactionnaires» seraient partout et feraient même courir un risque à la démocratie. Bigre ! Aussi marqué du sceau du ridicule soit-t-il, le livre de Linderberg n'en a pas moins relevé un fait indéniable : la critique de l'égalitarisme chère à Tocqueville et à la pensée réactionnaire, a bel et bien trouvé un écho chez des intellectuels venus de la gauche, tels Marcel Gauchet et Jacques Julliard. «J'ai découvert qu'il y avait une vérité profonde dans la pensée contre-révolutionnaire, c'est le seul antidote à la démocratie», écrit même, un brin provocant, Jacques Julliard, qui se définit comme «social-démocrate à 52 pour cent et anarchiste et réactionnaire à 24». Comme si, depuis la tragédie de Vichy, les idées de droite, pour devenir honorables et avoir droit de cité, devaient être adoubées par des intellectuels moralement irréprochables, puisque de gauche. Malédiction ironique ou revanche de l'histoire ? Un peu des deux sans doute......

Les Intellectuels et l'Occupation, 1940-1944 Dirigé par Albrecht Betz et Stefan Martens Autrement, 352 p., 19,95 €.

Sur la nouvelle droite de Pierre-André Taguieff Galilée, 425 p., 27,44 €.

Le Choix de Pascal de Jacques Julliard Desclée de Brouwer, 323 p., 21 €.

 

Yrieix-Eloi de Pourceaugnac, 7 mars 2005 :

Je viens de finir un livre passionant et très bien écrit :

CLOVIS. LE FONDATEUR - Godefroy Kurth - TALLANDIER - BIOGRAPHIE

Prix alapage.com : 23,75 ? / 155,79 FRF  

 -- que j'ai trouvé dans une librairie très grand public de Brive et que vous devez pouvoir trouver aussi en France...   ;-)

Et surtout, que je recommande chaudement à tous les conjurés. C'est une réédition de l'original, paru courant XIXe, écrit par un belge très érudit ayant puisé dans les sources germaniques, francophones et latines ainsi que dans les traditions légendaires, la toponymie. En y ajoutant les sources diplomatiques wisigothes et ostrogothes et les correspondances des évèques de toute la Gaule (Saint Rémy, Saint Avit, Sidoine Apollinaire).

D'abord Kurth analyse froidement et preuves à l'appui la déliquescence de l'empire romain, son vide moral, le cynisme de ses élites, le désespoir du peuple qui ne fait plus d'enfants et les combats épuisants des derniers empereurs et généraux contre des francs pleins de vie et de courage. Seule l'Eglise se dresse sur ces ruines.

Puis, remettant la légende à sa place, l'auteur nous montre ensuite Clovis, un roi de grande classe dialoguant avec des évèques de grande classe et créant avec eux la France par la fusion des francs et des gallo-romains et chassant les ariens.

Un livre roboratif, profondément chrétien et royaliste ; ça fait du bien.

Yrieix de Pourceaugnac

gentilhomme limousin

fidèle du duc d'Anjou