On a bronze plaque - 1793 La Mancelière

 

Le jeudi 1 mars 2001, VR reçut transmis par REMBARRE le message suivant d'un Anglois ami des Chouans :

 

(…) Not far away from where we live is a small hamlet ; La Mancelliere, wherein there is a tiny chapel which unfortunately is fast falling into a state of disrepair, in fact in the last 6 months with all the rain we've had

one side has fallen in. The opposite side, which won't be long before it too suffers the same fate, bears a bronze plaque measuring approx.. 70cm.x 50cm. with the following inscription :

 

"AU MANOIR DE LA MANCELLIERE, EN 1790,

 DE CONCERT ENTRE LE COMTE DE NOYAN

ET LE MARQUIS DE LA ROUERIE,

FURENT JETEES LES BASES DE LA CONJURATION BRETONNE.

__  __

A PROXIMITE D'ICI, A LA CLAYE, LE 22 NOV. 1793,

LES CAVALIERES DE LA ROCHEJAQUELIN

APRES AVOIR BOUSCULE LA COLONNE DE WESTERMAN ATTAQUERENT VICTORIEUSEMENT LES BATAILLIONS DE KLEBER ET MARCEAU MASSES DEVANT LA BOUSSAC

ET PERMIRENT LA RETRAITE DES BRETONS ET DES VENDEENS DE DOL A ANTRAIN.

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

I am concerned for the welfare of this plaque & am tempted to go & unscrew it from the wall before it gets buried & damaged under a pile of granite, but this is paramount to theft . Nobody else seems concerned about the fate of the chapel or the historical evidence it supports, it's tragic to see the the way much old property is left to crumble.

Has the plaque any real interest, & if I do go & "save" it, should I come clean & give it to someone, or would you recommend leaving it to suffer its eventual fate.

Do the names listed mean anything to you ?

 

Vexilla Regis sortit son Gonfalon et se mobilisa, le Lieutenant proposa une croisade, S. de B. proposa un appel sur Radio Courtoisie et une campagne de sauvegarde. Dans une première phase, il s'agit d'examiner diverses mesures possibles de sauvegarde et de déterminer, tant la situation exacte de la plaque que sa signification précise, tous plongèrent sur leurs cartes et leurs grimoires, et Richard partit en reconnaissance sur le terrain.

 

Le 3 mars, Montgarnaud (VR) (Semper sans reproche) nous indiqua ce qui suit, un peu étonné que La Rouerie, le "colonel Armand", précurseur de la Chouannerie bretonne, ne semble davantage connu des Cyberchouans :

 

Bref résumé d'après la notice de Roger Dupuy (Université de Rennes) dans le Dictionnaire historique de la Révolution française du camarade Soboul :

Armand-Charles Tuffin, marquis de La Rouerie

(Fougères, 13 avril 1751 - La Guyomarais, près de Lamballe, 27 janvier 1793)

 Sous-lieutenant aux Gardes Françaises, il combat en Amérique où il précède La Fayette. Obtient la croix de Cincinnatus.

En 1788, au premier rang  des protestataires contre  les édits de Lamoignon, il fait partie de la délégation envoyée par la noblesse bretonne auprès de Louis XVI, ce qui lui vaudra d'être temporairement embastillé. Au printemps 1789, il proteste contre le projet de doublement du Tiers aux Etats Généraux et se félicite du refus de la noblesse bretonne d'y envoyer ses députés.

Emigrant au début de 1791, il passe en Angleterre puis rejoint Coblence. Il obtient des Princes une lettre favorable à la création d'une "Association bretonne" regroupant par diocèses les partisans du Roi. "il s'agissait de créer des comités de sympathisants dans les principales villes de la province et d'en gagner les garnisons, maréchaussées et gardes nationales". Il reçut un brevet de commandement et des commissions en blanc pour ses futurs subordonnés. Leur manque de discrétion, notamment au château de la Rouerie (situé à Saint-Ouen-la-Rouerie près d'Antrain [Ille-et-Vilaine]), attira l'attention des "autorités" républicaines. Le 31 mai 1792, le château est fouillé mais La Rouerie a filé. Un mandat d'arrêt est lancé contre lui et ses amis le 6 juillet. Malade, La Rouerie meurt le 27 janvier 1793, six jours après le Roi, au château de La Guyomarais, près de Lamballe [Côtes-d'Armor]. Il est trahi par un certain Valentin-Magloire Chèvetel (médecin qui avait soigné sa femme) qui, connaissant le lieu où était enterrée la liste des conjurés, fera procéder à une dizaine d'arrestations.

La Mancellière (ce n'est pas une commune, mais sans doute un hameau avec château) se trouve près de Dol-de-Bretagne [Ille-et-Vilaine]. Le comte de Noyan était seigneur de La Mancellière et avait la réputation d'être très charitable. Il était beaucoup plus âgé que La Rouerie, et c'est lui qui composa les statuts de la Conjuration.

 Voir surtout l'ouvrage de Christian BAZIN, Le marquis de la Rouerie. De la guerre américaine à la conjuration bretonne, Perrin, 1990, 291 p.

 Je suis étonné  que nos amis bretons laissent tomber en ruine ce genre de monument. Mais à qui appartient-il ? A la commune, à un propriétaire privé ? Quoi qu'il en soit, sauver cette plaque et cette chapelle est d'intérêt public. Les Américains connaissant leur histoire vouent une grande reconnaissance au marquis de La Rouerie, puisqu'il fut un de leurs plus précoces libérateurs (avant La Fayette).

Petit trait à l'attention de M. Séguy (VR) : comme environ 25% des officiers de l'Ancien Régime, La Rouerie était maçon. Il avait été initié  à la loge "La Parfaite Union"  du Régiment Royal Roussillon Cavalerie, qui se trouvait en garnison à Fougères [Ille-et-Vilaine] de 1774 à 1776. Associé libre en 1776, Il portait le grade de "maître écossais"  (Bibl. nat. de France, Manuscrit FM2.12), d'après mes notes prises sur place.

 

 

Richard jrap (VR) renchérit le 4 mars :

 

Pour compléter les informations de notre ami sur le colonel Armand, voici quelques détails sur la vie de ce Grand Breton :

 

La vie du marquis de la Rouërie est un véritable roman d'aventures.

A la suite de déboires amoureux avec une chanteuse d'opéra, il entre a la Trappe pour la vie... mais il ne tarde pas à en  ressortir. De retour a Paris, il devient le plus élégant des mauvais sujets... Ses succès féminins ne se comptent plus, pas plus que ses querelles et ses duels Ayant blessé grièvement le comte de Bourbon Busset, cousin du Roi (…)  il fait une tentative de suicide pour éviter les lettres de cachets, puis fuit a Genèvre avant de partir pour l'Amérique où il arrive fin avril 1777, bien avant Lafayette. Il participe activement à la guerre d'indépendance en commandant une troupe d'irréguliers. Il aime ce genre de combat : liberté totale d'action  , guerre de surprise.. la guérilla sans hiérarchie, sans ordres précis.. Le Marquis est Breton... Sous son  nom de guerre, le colonel Armand, il plait a tous par sa simplicité, son courage et sa ténacité.

 Après la guerre d'Amérique, il quitte le dernier le nouveau monde décoré de la croix des Cincinnatus, ayant  un ami américain et 50 000 F de dettes...

Il rentre en Bretagne et attend. 

Il se trouve parmi les membres les plus exaltés pour défendre le parlement de Bretagne à Versailles en 1788.. Il défend les prérogatives de sa province..(Il est breton :) )  Après avoir présenté les remontrances de la noblesse bretonne au Roy, et pour avoir reprocher a Louis XVI d'avoir violé le traité d'union d'Anne de Bretagne et de Louis XII; il est embastillé le 15 juillet. Il restera un mois à la Bastille...avant de renter en Bretagne et d'entreprendre la modernisation de son château.. Il se prépare a la lutte contre les français...

 De nouvelles amours avec une comédienne du Français sont interrompues par la politique.. Les +tats Généraux sont convoqués.  Mais la noblesse bretonne refuse de s"y faire représenter. ..

En juin 1791, il rencontre le comte d'Artois a Coblence. Et le Prince refuse de le recevoir.. (comme d'habitude... ) il obtient de Calonne l'autorisation de créer l'Association de la Conjuration Bretonne...

 Rentré en Bretagne, la Rouerie pose les premiers principes de la conjuration :

1 Rester au pays et lutter

2 Recruter, armer des hommes et se livrer a une guerre d'embuscades contre la révolution

3 Désigner un chef pour chaque diocèse de Bretagne.

 Il crée un Conseil composé de 6 commissaires et d'un secrétaire choisi parmi la noblesse, la bourgeoisie ou le clergé breton. Ce conseil est chargé de faire appliquer dans chaque diocèse les décisions qu'il prend .

Les aristocrates bretons ne tardent pas à rejoindre ce chef :

Gervais Tuffin, son cousin;

le chevalier de St Gilles;

Duval;

Colin de la Contrie;

l'abbé de Frettigné

sont les premiers et forment l'encadrement..

Puis arrivent :

Aimé du Bois Guy,

Limoëdan qui sera impliqué dans l'attentat de la machine infernal en 1800

Le chevalier de Tinténiac, futur intermédiaire entre les bretons et les vendéens

Les deux frères la Haye de St Hilaire;

du Pontavice,

Pontbriand;

Charles André de Bouteilliers;

et d'autres plus âgés qui font une propagande active tels :

Monsieur de la Guyomarais

et le comte de Noyan au château de la Mancellière près de Dol...

Pratiquement toute la noblesse bretonne fait partie de la conjuration du Marquis..

La Rouërie est mandaté officiellement par les princes qui lui allouent 15 000 livres... Le comte d'Artois finit par se souvenir des Bretons et est obligé de faire quelques promesses après la victoire : redonner à la Bretagne ses prérogatives, son autonomie, ce qu'il ne tiendra jamais... même étant Charles X... (…)

Le marquis mobilise en promettant  :

Le retour de la Constitution Bretonne et  de rendre  à l'église ses véritables pasteurs... 

Il  fait afficher sur les places publiques des villages son manifeste :

"Vous, Bretons, mes chers amis, je peux vous aider a recouvrer vous même les anciennes franchises et les anciens droits qui étaient à la fois le rempart le plus solide de votre liberté politique et religieuse, comme le plus sûr garant de votre paix intérieure et prospérité qu'elle produit"

Les paysans prennent les armes.. la chouannerie est inventée...

Malheureusement un traître s'est glissé parmi les proches du Chef de la Conjuration... Un bourgeois..; le docteur Chévetel... Celui ci va dénoncer la conjuration dont les membres sont  pourchassés. Le Marquis se réfugie à la Guyomarais, et malade, il fait appel a son médecin .. Chévetel... qui le dénonce une nouvelle fois.. le Marquis se cache dans une ferme des alentours puis meurt de saisissement en apprenant la mort du Roi...

Enterré clandestinement dans les bois de la Guyomarais, l'emplacement de sa tombe est découvert par Chévetel qui exhume le cadavre, coupe la tête du marquis et la  jette au pieds de Monsieur et madame de La Guyomarais.

Les Châtelains sont transférés a Paris où ils périssent sous la Guillotine le 18 juin 1793 en compagnie des principaux lieutenants du Colonel Armand..;

Aujourd'hui, le manoir de la Guyomarais est intact  et dans le bois, un tertre de pierre recouvre la tombe de l'initiateur de la chouannerie, que domine une croix de fer dont les bras portent les Hermines de Bretagne et les Lys de France. On peut lire :

30 janvier 1793

Marquis de la Rouërie

"le mal qui l'emporta fut la fidélité"...

Voila relatée brièvement l'histoire de cet homme.   Ceci nous éclaire sur les différences entre l'épopée de la Grande Armée Catholique et Royale Vendéenne et la Chouannerie...

La Chouannerie est un mouvement aristocratique et l'on se bat pour retrouver une liberté politique, pour le parlement de Bretagne, pour l'autonomie de la province, pour notre Duc  et pour la liberté religieuse car les bretons ont horreur que l'on vienne se mêler de leur foi .

En Vendée, le mouvement est populaire, on se bat d'abord pour Dieu et les prêtres, et le Roy, et l'on va chercher les aristos pour commander...

C'est une nuance qui a son importance.. car la république a volontairement confondu  les deux mouvements et a désigné tous les combattants sous le nom de Chouans pour  assimiler les Vendéens à la noblesse. la Convention se donnait  des prétextes pour massacrer et tuer puisque  finalement elle éradiquait l'ancienne classe dirigeante...  Ce concept  a été repris ensuite dans  toutes les publications républicaines; L'on peut dire aujourd'hui que  la république a transformé l'Histoire.. la République a fait du Révisionnisme !

 

 

Le 8 mars, Montgarnaud (VR) (Semper sans reproche) nous précisa ce qui suit :

 

Quelques précisions sur le lieu où se trouve La Mancelière (avec un seul "l") : il s'agit de la commune de Baguer-Pican, située à quelques kilomètres à l'est de Dol-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine). Le château est passé par mariage, en 1705,  dans la famille des Ranconnet de Noyant, d'où le comte de Noyant qui rédigea pour La Rouërie les statuts de la Conjuration bretonne. J'ignore quel est l'état du manoir, et si la chapelle en ruine (évoquée à propos de la plaque) est celle du château.

Comme le Mont-Saint-Michel se trouve à une quinzaine de kilomètres de La Mancelière, un voyage sur place permettrait de conjuguer l'hommage à un haut lieu de la Chrétienté avec le souvenir de l'endroit où naquit la Résistance à l'oppression révolutionnaire.

 

Le 10 mars 2000, REMBARRE écrivit : Merci à tous pour les éléments concernant La Mancelière. Mais je crois que  cela a été en vain car les anglois n'ont pas répondu.

 

Mais les Vexilla Regis ne renonçèrent pas : le 23 mars, Claude Cosson (VR) fit rapport d'expédition :

 

Un conseil, n'allez pas à la chapelle du Manoir de La Mancelière, ou préparez vos mouchoirs..... ou vos truelles! Les photos jointes vous donneront une idée de son état de délabrement. La plaque de bronze. dont parle l'anonyme cousin anglois, a été posée par le "Souvenir Breton" en 1984.
J'ai bien peur que l'huile de coude et la meilleure volonté ne soient pas suffisantes. La charpente est soutenue par un échafaudage providentiel maintenant indémontable semble-t-il, quant à l'étayage de l'abside, il n'a pas suffit à retenir la poussée du mur. Prions pour que les restes patientent encore suffisamment, le temps de trouver une solution.

      

 

 

 

 

Le 24 mars, le Lieutenant contacta différents sites Internet faisant mention du Souvenir Breton.

 Parmi ceux-ci le site  http://museepaysderetz.free.fr/ , (ce site mérite  d'ailleurs une visite, faites le détour) qui mentionne à l'occasion d'une exposition :"Rafig TULLOU, rennais installé en PAYS NANTAIS, sculpte, illustre, grave, s’investit dans les revues KAD et SKOED, et fonde LE SOUVENIR BRETON ( KOUN BREIZ). On lui doit la statue de NOMME à BAIN-SUR-OUST, et la plaque commémorative de PONTKALLEK, place du BOUFFAY, à NANTES." Le 27 mars 2001, Monsieur Henri Mignonneau, créateur et gestionnaire du site des Amis du Pays de Retz répondit aimablement que le dossier serait présenté au conseil d'administration de son association.

 

Le 28 mars 2001, Paul Turbier (VR) intervient :

 

    L'état de délabrement apparent sur les photos ne veut pas dire que la situation soit désespérée.       Tout dépend de l'équilibre de plusieurs facteurs :
1  - L'intérêt historique du monument.
2  - Sa valeur sentimentale
3  - Sa valeur architecturale.
4-  Son environnement.
5  - Les ressources qu'il est possible de réunir.

            D'après le photos, les points 1 et 3 devraient bigrement être forts car le point 2 semble bien faible. Si le point 5 est très favorable, tout est possible, c'est de la technique.

Mais la réponse adéquate est peut-être ailleurs.

            Je connais dans ma région, une petite chapelle qui fut détruite par un incendie. Faute d'un budget suffisant pour la reconstruire à l'identique, on a seulement conservé quelque pans de murs en les mettant en valeur par un environnement soigné. Le résultat reste émouvant et il est encore possible d'y célébrer des messes.

            Quelques murs évocateurs bien éclairés, une pelouse soignée et un autel en plein air sont une trace non négligeable d'un passé qui ne peut pas ressurgir en l'état.