Ordre ce bataille pour la décennie

 

Message de Jean-Michel Lehaire, 2 Septembre 2004.

 

Je crois que tous les royalistes apprécieront l'analyse de Jacques Bompard pour un militantisme adapté à notre époque et aux conditions auxquelles nous sommes confrontées.

Je vous laisse en juger et en débattre.

Cordialement,

jml.

 

Source

http://www.esprit-public.info/

Discours de clôture de Jacques BOMPARD pour l'UDT 2004.

 

 

 

 

Chers amis, chers camarades,

 

Ce qui sépare le combattant politique du simple citoyen, qui ne fait pas de politique et parfois s'en vante avec toute la candeur du vaniteux qui se croit supérieurement malin, c'est que le militant refuse de subir les événements mais veut, au contraire, les infléchir.

 

Le simple citoyen remet son sort entre les mains d'autres hommes, à la bienveillance de la Providence ou au hasard, et il se satisfait plus ou moins parfaitement de cette existence de bouchon de liège. Il flotte sur l'océan de l'histoire, montant avec la vague, descendant avec elle et parfois se noyant, avec la même entière et superbe méconnaissance des événements.

 

Le militant politique, lui, a un cap, s'y tient et met tout en oeuvre pour parvenir au port. Il peut se tromper mais, du moins, a-t-il le mérite de réfléchir, d'analyser, de soupeser les choses et de les accepter ou de les refuser. Outre le bonheur de sa famille, le salut de son âme s'il est chrétien, le militant politique a un but dans l'existence. Pour nous, il est clair : nous croyons en la nation, en la famille, nous pensons que ces deux institutions sont à la base de notre civilisation. Nous croyons donc en la France, nous croyons aussi à la civilisation européenne. Nous, nous voulons à leur service.

 

Cette France, cette civilisation, sont en danger mortel. Autour de nous, depuis plusieurs décennies, plus rien ne vacille car tout tombe : chute de la patrie, chute de la famille, chute de la morale, destruction de nos racines. Tout ce qui est laid et dégradant parade au coeur de nos cités, tout ce qui est noble, pur, racé, est dénigré, vilipendé, quand ce n'est pas interdit par les lois.

 

Jamais, dans les temps modernes, l'on est descendu aussi bas et aussi vite. Jamais, il n'a pesé sur une nation et sur une civilisation un aussi effroyable danger. Jamais un peuple n'a semblé aussi indifférent à sa propre disparition.

 

Alors, dans ces véritables heures sombres de notre histoire millénaire, à quelle victoire pouvons-nous, devons-nous prétendre ?

 

Voilà vingt ans que le mouvement national attend, espère, la victoire aux Présidentielles. Un peu comme l'on voudrait mettre une cerise sur un gâteau... mais le gâteau n'existe pas ! Car il n'y a jamais eu beaucoup de farine, ni beaucoup d'oeufs dans le mouvement national. Quand à la crème, elle s'est résumée à quelques postes de députés qui n'ont jamais permis de débloquer le mouvement.

 

Voilà vingt ans aussi que l'on nous dit que les Français vont se réveiller, que cette fois ils ont compris, qu'on va voir ce qu'on va voir ! Et, en général, on voit, en effet, que les Français à 90% n'ont pas envie qu'on les empêche de rêver, on constate qu'ils préfèrent les marchands de sable. C'est qu'ils ont le sommeil lourd les Français. Et ils aiment ça ! Les dernières fois qu'on les a sortis de leur sommeil de plomb, ce fut pour vivre la débâcle de 1940. Cela a duré quelques semaines... Et puis à 90% les Français se sont rendormis en demandant au Maréchal Pétain de donner de sa personne. Juste le temps d'une sieste de quatre années, de rêver à quelque plantureux dîner acquis sans marché noir, et le Français s'est réveillé résistant et libéré sous De Gaulle. Et depuis il dort.

 

On peut lui prendre ses colonies. Il dort. On peut détruire son agriculture. Il dort. On peut ravager son industrie. Il dort. On peut l'envahir, il dort. Et lorsqu'il ne sommeille pas, il est jouisseur, bavard et sceptique. C'est qu'il a le ventre plein le Français. Et puis aussi qu'il est de moins en moins Français. Certes, pour quelques millions parce qu'ils viennent d'être naturalisés très fraîchement. Chaque année, en effet, la république rafle 120.000 étrangers et leur distribue notre nationalité avec une carte de sécu, de R.M.I., d'A.P.L. et de C.M.U. Mais il n'y a pas que ces Français de papier, à qui on ne peut raisonnablement pas reprocher de ne pas se sentir de chez nous puisqu'ils n'en sont pas. Il y a bien plus grave. C'est que des millions de "bons Français", comme l'on disait autrefois, des millions de nos compatriotes n'ont plus rien de Français.

 

Ces millions d'hommes et de femmes se sentent citoyens du monde. Là aussi, il s'agit d'un rêve, d'une anesthésie de l'intelligence et de l'instinct. Ils sont des millions à être persuadés que la France a toujours été envahie, que l'invasion c'est donc l'avenir puisque c'est le passé, que nous avons été très cruels, que ^pour cela nos ex colonisés sont chez eux chez nous. Des millions de Français sont donc devenus pire que des bêtes, puisqu'ils n'ont plus d'instinct, plus de tripes. Ils sont devenus virtuels. Ce sont des individus, des atomes éclatés. Gavés de démocratie, ils vomissent avec une écoeurante bonne conscience un nihilisme bon chic bon genre, une petite déjection idéologique, un goutte à goutte régulier, provenant de millions d'individus et irriguant tout le corps social de notre peuple, souillant son âme, paralysant ses muscles, engourdissant son cerveau.

 

Certes, les Français ne sont pas, dans leur grande majorité, réellement responsables de cette dramatique évolution des mentalités. Les vrais coupables sont les hommes politiques qui, depuis des décennies, leur mentent, les trahissent et par ces mensonges et ces trahisons, les éloignent de la chose publique, leur inculquent le mépris de l'engagement et le goût du renoncement.

 

Un peuple trahi par ses chefs, en décadence... voilà où nous en sommes... Je ne force pas le trait. Au contraire, je résume. Face à cette situation, qui peut croire que nous vaincrons sans efforts, qui peut croire qu'un mouvement politique qui s'est transformé au fil des années en une sorte de Fort Chabrol pourra vaincre en 2007 ? Qui ne voit pas, qui ne peut pas voir qu'avant toute chose, avant toute victoire, mais aussi avant toute bataille sérieuse, le mouvement national n'a pas l'impérieux besoin d'une vaste, d'une profonde réforme intellectuelle, morale, organisationnelle mais aussi spirituelle ? Cette réforme est nécessaire. Sans elle, pas de salut mais toujours et encore les mêmes espoirs vains, les déceptions, le désespoir et l'accablement.

 

Avançons-nous un peu sur la question de la réforme intellectuelle qu'il y a à mener dans la mouvance nationale. Certaines illusions mériteraient d'être dissipées, nettoyées, détruites. Ainsi, celle qui consiste à croire et à faire croire qu'il suffirait de changer quelques hommes du système pour que tout s'arrange pour la France, pour que l'avenir soit meilleur pour les Français. Mais à quoi peut servir de changer l'ouvrier, le contremaître, et même l'ingénieur, si la machine reste la même ?

 

Productrice de décadence, génératrice d'atonie nationale. Le système n'a pas besoin des hommes politiques pour mener à bien parfaitement son oeuvre de mort.

Les hommes politiques sont une caution, une illusion. Ce sont des compères. Ils sont là pour faire croire au peuple qu'ils ont choisi librement des chefs alors qu'ils n'ont désigné que des fonctionnaires de la chose publique. Le système qui se prétend démocratique ne l'est pas. Le système qui prétend obéir à la volonté du peuple ne repose sur aucune base mais est tenu par le haut, par l'Argent. Pas l'argent du travail, pas l'argent du capital honnête qui fait fructifier l'intelligence et l'énergie, non, l'argent apatride, l'argent spéculateur, l'argent nomade, l'argent au service de l'argent. Cela était vrai déjà il y a cent ans. Les techniques modernes de communication et de transport n'ont fait que pousser dans ses conséquences concrètes ce qui était en germe dès le XIXe siècle.

 

Dans ces conditions, croire que l'on changera tout, en élisant 300 députés, 300 sénateurs, voire un président de la république, c'est vendre une chimère et c'est mentir. Le redressement implique d'abord un changement interne, un changement cardinal de notre organisation politique et sociale, un changement qui est la condition absolue de notre victoire.

 

Cette indispensable réforme organisationnelle interne est très simple à mener à bien si on en a la volonté... Je parle de l'organisation d'un mouvement de libération nationale. L'époque des Duce est terminée. Celle des Grands Timoniers aussi. Le Führer, le Danube de la Pensée, le Caudillo, le Conducator, tout cela c'est fini et heureusement. Le mouvement national n'a pas besoin d'un chef. Il a besoin de centaines de chefs. Il a d'abord besoin non d'une structure pyramidale sur le modèle du parti politique sous la IIIe, la IVe et la Ve République, mais d'une structure souple, empirique, dynamique. Vous le savez, je défends l'enracinement militant local. C'est le seul qui témoigne d'une vivacité d'implantation. C'est donc ces bases locales, largement autonomes, qui doivent être le mouvement national. Elles en constituent naturellement la souche vivante, elles en sont les cellules qui lui donnent vie.

 

Je rêve d'un mouvement où être responsable d'une commune de 2.000 habitants, y avoir implanté une section dynamique, être capable d'y diffuser des tracts, d'y monter une liste, d'y avoir des élus, serait plus prestigieux, plus important, que d'être membre d'un comité central qui ne centralise rien ou d'un bureau politique où le bavardage aimable le dispute aux considérations opportunistes.

 

Ces sections communales pourraient, en fonction de leur géographie, s'entraider, mener des actions à bien, sans qu'il soit besoin pour autant qu'existe même un responsable départemental. Le département a été créé voilà deux siècles à une époque où se déplacer au chef-lieu de canton était une équipée. Dans la France d'aujourd'hui, un bureau directeur régional constitué des meilleurs chefs de sections élus par leurs pairs suffirait peut-être à tracer des axes, à définir des stratégies, à créer de l'action.

 

Car je crois en la décentralisation. Je ne sais pas comment Paris peut décider efficacement la manière dont il faut militer à Nice ou à Lille. S'il s'agit de faire du matériel de propagande générique comme il existe des médicaments génériques, pourquoi pas ? Mais un tel matériel éloigné des événements, quelle que soit sa qualité n'est pas le plus efficace. Ce qui est efficace, ce qui frappe, c'est le tract qui arrive dans la boite aux lettres deux jours après un événement. Et ce tract là, seules les sections communales peuvent en sentir la nécessité et traduire ce besoin en acte en un temps record.

 

Une précision : pour moi, le combat local n'est pas que municipal. Il est également départemental et régional. Prendre le pouvoir dans une de ses assemblées n'est pas un rêve. Encore faut-il, là encore, le vouloir vraiment. Encore faut-il être implanté dans cette région. Encore faut-il connaître ses habitants, y disposer d'un vaste réseau d'élus locaux. Encore faut-il y présenter des candidats crédibles, qui travaillent le terrain, un terrain qu'ils connaissent parce qu'ils y vivent. J'ai le regret de le dire mais ces conditions ont rarement été remplies par le mouvement national.

 

Ce travail local, quel que soit son échelon, suppose évidemment une décentralisation des moyens financiers. Un Quartier Général à Paris avec une petite armée de fonctionnaires n'offre aucun intérêt sauf pour ceux qui ont besoin de jouer aux généraux. Cet argent englouti dans du décor, dans du théâtre, manque cruellement en province. Et en politique militante, la province commence aussi dans les rues de Paris puisque la fédération de Paris est logée à la même enseigne que celle de Dordogne. C'est-à-dire : débrouillez vous...

 

L'argent du mouvement national, et notamment le financement public, doit aller dans les caisses des sections locales. L'argent en politique c'est le sang à la guerre. Pas d'argent, pas de tracts, moins d'initiatives.

 

Pour conclure sur ce point, je dirai donc qu'avant de vouloir réformer la fiscalité en France, il faut d'abord réformer la répartition des financements au sein du mouvement national. Si l'on n'est pas capable de l'un, comment, qui pourrait croire que l'on sera capable de l'autre. Avant de prétendre rénover la France, il faut être capable de faire évoluer le mouvement national avec exigence dans un but d'efficacité.

 

Il y a donc, dans mon esprit, prioritairement, un combat local à mener. Il y a également des combats thématiques. Combat social, combat syndical, combat environnemental, combat des consommateurs, combat agricole etc etc... Ils devraient l'être par le biais de sections nationales regroupant tous ceux que leur métier, leurs connaissances, leurs inclinaisons poussent à s'impliquer. Ces sections thématiques devraient bénéficier, elles aussi, au même titre que les sections géographiques, et en fonction de leurs résultats concrets, des mêmes financements du mouvement. Là encore, ce serait une nouveauté.

 

Il s'agirait, bien sûr d'un travail de longue haleine, commencé souvent humblement, de manière souterraine. A quoi bon chercher la publicité ? On l'a vu il y a six ans avec les Front nationaux syndicaux. Une large couverture médiatique. Et puis, rien... Le vide. Tout simplement parce que l'on ne cherchait que le bruit.

 

Permettez-moi de développer, très brièvement, un exemple d'un combat thématique. Le combat social.

 

Imaginons le mouvement national investissant dans l'achat d'un local dans une ville. Pas un local pour que dix convaincus s'y retrouvent entre eux, mais un local ouvert, où le plus souvent possible, on accueillerait les Français en détresse et notamment les adolescents, à qui l'on parlerait aussi, bref, à qui on apporterait un peu de chaleur humaine. Dans ce même local, dans un coin, un enseignant de chez nous. Il y en a, plus qu'on ne le croit, ferait du soutien scolaire pour des jeunes français, tous les mercredis après-midi. Un autre jour, ce serait une assistance sociale à la retraite qui tiendrait permanence pour recevoir des mères de famille en difficulté, leur donner des conseils. Et ainsi de suite... Vous imaginez l'impact d'un tel travail ? Multiplié un jour par cinq villes, puis par vingt ? Il ne manque pas de compétences dans le mouvement national. On y trouve, au contraire, de tout. Ce qui manque c'est la fédération des compétences, ce sont les projets. Or, tout cela est du ressort du mouvement national qui est, en quelque sorte, la centrale de toutes les énergies nationales même si elles ne s'emploient pas dans le même parti.

 

Or, le mouvement national ne fait pas ce travail. Pire ! Il n'en a même pas l'idée ou alors de temps à autre comme un gadget, le temps d'une campagne électorale, pour se donner un genre.

 

Ceci étant dit, qu'on me comprenne bien. Je ne suis pas contre un centre directeur. Je suis contre la centralisation. Je ne nie pas la nécessité d'une direction, mais je prétends que celle-ci doit être concertée, collégiale. Au modèle du César imperator, je préfère celle de l'aristocratie militante. Une direction qui laisse de l'autonomie car l'autonomie en politique est source d'action, de vie. Le centralisme, lui, n'engendre pas, il entraîne sclérose, apathie. On le voit d'ailleurs aussi dans le rôle des permanents. Il faut des permanents. On en a besoin pour un certain nombre de tâches administratives ou rédactionnelles. Mais il en faut un minimum car pour l'action politique rien ne remplace l'enthousiasme du bénévole.

 

Pour amener de la vie dans un mouvement, il faut donner des responsabilités. Il faut des chefs. Le mouvement national a besoin de colleurs d'affiches, de distributeurs de tracts mais il a aussi et surtout besoin de chefs nombreux. Etre un chef, ça ne se décrète pas. Ca se prouve, ça se mérite. Etre chef, ce n'est pas être nommé responsable par une centrale et donner des ordres. Etre chef, c'est montrer l'exemple, c'est aller plus loin. Etre exigeant d'abord avec soi, pour pouvoir l'être avec les autres. Etre chef, ce n'est pas être élu sur une liste à une élection, ce n'est pas siéger dans une assemblée. Etre chef, c'est avoir groupé autour de soi des hommes et des femmes qui vous suivent parce que vous leur indiquez le nord. Et cela doit être vrai à tous les échelons de la responsabilité. Etre chef, c'est aimer chaque membre de l'équipe comme l'on aime ces pairs, comme l'on aime les membres de sa famille.

 

Or, des chefs, le mouvement national en manque cruellement aujourd'hui. Tout n'est pas de sa faute dans cette grave absence. L'époque est au ver de terre, pas à l'aigle. Le seul mot de chef est ressenti comme une insupportable offense aux bonnes moeurs républicaines, comme un ignoble blasphème au catéchisme des droits de l'homme et de l'amibe. Dans une jeunesse que l'on bourre de drogues, que l'on éduque à coups de sonos, il n'est pas toujours aisé non plus de trouver une relève. Mais tout de même... la vérité est là : le mouvement national n'a jamais cherché à créer, former, développer sa propre élite. Je dirai même que sa direction a souvent eu peur du germe de ce qui aurait pu être cette élite. Certes, il y a des hommes admirables au sein du mouvement national. Des hommes énergiques, avec des volontés puissantes, des hommes forts qui, dans leur secteur, travaillent bien pour la cause. Mais cela se fait le plus souvent malgré le mouvement national. Or, celui-ci ne pourra jamais vaincre s'il n'est pas en ordre de bataille comme une armée et une armée, ce sont des soldats et un état-major, mais c'est aussi et surtout un corps nombreux de sous-officiers et d'officiers. Le mouvement national a besoin d'officiers. Tôt ou tard, il faudra bien se résoudre à créer cette élite.

 

Le XXe siècle a été l'âge des masses. Ce n'est plus le cas. Les masses mastiquent devant la télé. Pour les détourner de ce mirage hypnotique, il faudrait beaucoup de travail sur le terrain. C'est là la mission, au plein sens du terme, de notre élite militante Le nombre n'est pas la force. On peut être mille et faibles. La force est dans l'intensité, la résolution, la concentration, la volonté, l'énergie. Elle est aussi dans la discipline et dans la fraternité de l'esprit de corps.

 

C'est là que nous rejoignons la nécessaire réforme spirituelle du combat national. Certes, nous voulons la baisse des impôts. Mais nous ne sommes pas des boutiquiers. Nous ne sommes pas des libéraux. Certes, nous voulons une France française et une Europe européenne. Mais nous ne sommes pas le coeur plein de haine même si nous avons souvent la nausée.

 

Nous sommes d'abord mus par une force positive, l'idéal. Nous croyons qu'il existe des choses supérieures à nos petites existences. Nous observons une hiérarchie. Nous aimons notre peuple, son histoire. Vercingétorix, Clovis, c'est un peu notre famille, Henri IV, Louis XIV, ce sont un peu nos pères. Même lorsqu'ils sont moins beaux, moins vastes, les paysages de notre pays nous charment comme aucun autre parce qu'il y a un secret entre eux et nous. Ils sont à nous, ils sont nous. Nous avons un lien charnel avec nos aïeux, leur sang est notre sang, et nous avons poussé sur cette terre de France, elle a nourri notre âme, formé notre être. Nous ne sommes pas des nomades mais des hommes enracinés, avec une identité. Nous ne sommes pas un atome mais un maillon d'une chaîne. Et c'est pour cela, si nous y songeons un peu, que nous ne sommes jamais seuls... Nos ancêtres marchent avec nous. Il y a une mystique nationale et nous inclinons nos individualités face à elle.

 

Nous devons tirer une force de cette mystique. Elle peut nous grandir, nous permettre de voir un peu plus loin que nos simples existences. Ce qui nous différencie de beaucoup de nos concitoyens, ne nous rend pas forcément supérieurs mais nous oblige aujourd'hui à certains devoirs avant, peut-être, demain de nous donner quelques droits.

 

Il n'est pas facile de croire en la France, de croire en Dieu, de croire au monde européen, dans une époque où l'Europe est une étable où l'on élève le Veau d'or, où l'Eglise catholique compte en son sein ses plus implacables ennemis et où la France est bannie des pensées et des actes de ceux qui, démocratiquement et républicainement, la dirige. Au contact de cette boue, il est difficile de ne pas sombrer, comme la plupart de nos contemporains dans le consumérisme, c'est-à-dire le matérialisme, c'est-à-dire, au fond, le nihilisme. Et notre plus grand ennemi est bien ce dernier. Le nihilisme est pire que le communisme, il n'a besoin ni de blindés, ni de commissaires politiques pour entrer partout, pour tout noyer sous sa visqueuse mêlasse... Le nihilisme, c'est la vie en rase mottes, c'est l'existence sous bocal, c'est un monde sans vrais hommes. Le nihilisme, c'est "le tout vaut tout", c'est le "à quoi bon", c'est le "c'est toujours ça de pris", c'est le " profitons-en ". Ce n'est pas une idéologie, c'est le néant, la mort.

 

C'est pour cela qu'il nous est si difficile de vaincre, d'attirer à nous. Parce que nos compatriotes, écoeurés par les mensonges et les trahisons des politiques, ne veulent qu'une chose : qu'on leur fiche la paix ! Dieu, que ce soit Jésus, Bouddha ou Odin, ils s'en foutent ! La France, à moins qu'elle ne joue en finale d'un quelconque jeu de balle, ils s'en foutent ! Ne comptent que la hausse de leur salaire, le soleil de leurs vacances, les appétits de leurs corps, bref, que cet horizon étroit et clos dont ils sont le centre éphémère et qu'ils appellent leur vie. Dans ces conditions, on comprend mieux que l'immigration ne soit vraiment un fléau que lorsque l'on vole votre voiture ou que le crime ne frappe votre famille. A ce moment là, on vote. Et puis on attend que d'autres fassent le travail. Quitte à les critiquer si d'aventure, ils le faisaient un peu rudement...

 

Mais si l'on y réfléchit bien, tout cela est, au fond, normal. Les saints, les héros, les chefs, les âmes exemplaires, à chaque génération, sont l'exception. Autrefois, ces exceptions accédaient au rôle de chef de village, de chef de troupes, de chef de peuple, de chef d'empire. Aujourd'hui, le chef est un monsieur qui a été élevé en batterie scolaire durant un quart de siècle avant de sortir de Sciences-Po et de l'E.N.A.

 

Puis, bien sûr, lorsqu'il s'agit de chefs éminemment démocratiques et républicains, l'école du mensonge a sélectionné l'élite des corruptibles, les meilleurs dans le pire... Un Chirac, un Juppé, sont l'élite du système républicain. Ils ne l'ont pas perverti, ils en sont au contraire, les fruits les plus authentiques, les plus purs, les mieux calibrés.

 

Le problème auquel nous sommes confrontés, c'est donc l'abaissement moral de tout un peuple. On ne peut plus parler de la France à quelqu'un qui s'en fiche. Or, la majorité de notre peuple s'en fiche. C'est ainsi. Et il faudrait encore de grands malheurs pour que cet égoïsme fasse place à des sentiments plus généreux.

 

A ces Français qui ne croient plus en rien, qui doutent de tout, on ne peut pas parler le langage du système, on ne peut pas servir une bouillie tiède, douce et digeste. Seul l'électrochoc de la vérité peut permettre d'en sortir certains de leur torpeur.Il faut donc dire et redire partout et toujours la vérité. Mais cela ne peut pas se faire par la propagande de masse. On ne convainc personne par un seul tract ou une affiche, ni même par un journal à la parution irrégulière. Seule la force d'une présence active, répétée, patiente peut peser sur les consciences et les esprits. Le militant de demain doit être un missionnaire. Par sa parole, par son exemple, il peut éveiller ce qu'il y a de meilleur chez l'autre. En politique politicienne, on peut tricher. Mais au fond, nous, nous ne faisons pas de politique. Nous menons un combat de libération nationale et internationale. Si nous trichons, nous perdons. Or, tricher, c'est faire les choses à moitié, c'est militer à temps partiel, c'est s'engager aux heures creuses. Bien sûr, toutes les bonnes volontés sont à prendre. Mais au-dessus d'elles, il faut des cadres qui donnent tout, qui ont conscience d'appartenir à un ordre militant. Des chefs militants qui portent toujours en eux la France et son peuple. Des hommes qui veulent faire l'histoire et ne plus la subir.

 

Pour former de tels cadres, le mouvement national ne pourra se satisfaire de simples universités d'étés ou de journées de formation. Une école de cadres est nécessaire. Le mouvement national a besoin de son Saint-Cyr, de son Saint-Maixent. Un endroit où l'on puisse juger des compétences mais aussi et surtout jauger les caractères. Un lieu où l'on formerait des hommes capables au même moment, à mille kilomètres de distance, sans concertation, d'aller dans le même sens parce qu'ils auront reçu la même boussole.

 

Certains en m'écoutant peuvent se dire : il exagère. Le mouvement national a obtenu depuis vingt ans des résultats considérables. Il dispose de centaines d'élus qui, certes, sauf exceptions ont autant de pouvoirs qu'un écolier, mais qui tout de même représentent nos idées dans les enceintes des conseils régionaux. Le travail politique qui a été ainsi mené nous promet des lendemains qui chantent, au pire, des surlendemains. Je suis désolé pour ceux qui penseraient ainsi mais j'estime qu'ils n'ont pas saisi que le combat a changé de nature. Un combat qui serait pensé et mené comme seulement un combat électoral, politique au sens de des institutions de la Ve République, est un combat vain, et donc inutile. Il ne s'agit plus de battre la gauche, d'empêcher l'arrivée de ministres communistes dans un gouvernement, de garder nos colonies ou de défendre nos agriculteurs. Il s'agit d'un combat total pour sauver notre peuple de sa disparition programmée pour ce siècle.

 

Jean Raspail dans un magnifique article paru dans le Figaro du 17 juin dernier a parfaitement résumé la situation. Je le cite :

 

"Les Français de souche", matraqués par le tam-tam lancinant des droits de l'homme, de "l'accueil à l'autre", du "partage" cher à nos évêques, encadrés par tout un arsenal répressif de lois dites "antiracistes", conditionnés dès la petite enfance au "métissage" culturel et comportemental, aux impératifs de la "France plurielle" et à toutes les dérives de l'antique charité chrétienne, n'auront plus d'autre ressource que de baisser les frais et de se fondre sans moufter dans le nouveau moule "citoyen" du Français de 2050. Ne désespérons tout de même pas Assurément, il subsistera ce qu'on appelle en ethnologie des isolats, de puissantes minorités, peut-être une quinzaine de millions de Français - et pas nécessairement tous de race blanche - qui parleront encore notre langue dans son intégrité à peu près sauvée et s'obstineront à rester imprégnés de notre culture et de notre histoire telles qu'elles nous ont été transmises de génération en génération. Cela ne leur sera pas facile. Face aux différentes "communautés" qu'on voit se former dès aujourd'hui sur les ruines de l'intégration (ou plutôt sur son inversion progressive : c'est nous qu'on intègre à "l'autre", à présent, et plus le contraire) et qui en 2050 seront définitivement et sans doute institutionnellement installées, il s'agira en quelque sorte - je cherche un terme approprié - d'une communauté de la pérennité française. Celle-ci s'appuiera sur ses familles, sa natalité, son endogamie de survie, ses écoles, ses réseaux parallèles de solidarité, peut-être même ses zones géographiques, ses portions de territoire, ses quartiers, voire ses places de sûreté et, pourquoi pas, sa foi chrétienne, et catholique avec un peu de chance si ce ciment-là tient encore".

 

Et disant cela, Raspail nous montre la voie. Certes, le combat politique doit être mené, toujours et encore. Il est la vitrine électorale. Mais le combat le plus important est celui de la structuration de notre communauté, de son développement, de son armement psychologique, moral, spirituel et politique pour faire face aux grandes menaces. Je le dis clairement : mieux vaudrait demain une communauté d'un million d'hommes et de femmes, avec ses écoles, ses collèges, ses lycées, ses réseaux d'entraides matériels etc....que cinq millions d'électeurs amorphes et seulement 2 000 militants dans toute la France. Ce million attirerait à lui comme un aimant tous ceux qui ne veulent pas se dissoudre dans le grand magma universaliste.

 

Avant de songer à la Reconquista, il faut une armée. Cette armée, ce ne peut être que dans notre communauté que nous pouvons la trouver. Créons-là, renforçons-là. Là est le chemin, là réside l'espoir.

 

Oui, nous aussi Européens, comme le monde noir, comme l'Asie, comme les indiens des Amériques, nous avons droit à l'existence, sans culpabilisation, sans courber la tête parce que nous serions aux dires de nos ennemis des racistes, des esclavagistes, des colonialistes. Nous n'avons d'excuses à présenter à personne. Ce n'est nullement notre faute si nos aïeux étaient forts, volontaires, travailleurs et ingénieux, s'ils se sont lancés à la conquête du monde et si sur tous les continents on pliait le genou devant eux. Ce n'est pas notre faute, si nos peuples d'Europe ont inventé la roue, envoyé des hommes sur la lune et construit les cathédrales. Mais ce serait notre faute, notre faute entière, irrémédiable, si aujourd'hui nous cessions le combat ou si nous nous contentions de le mener gentiment, en banquetant de temps à autre entre nous. Je suis persuadé que la victoire est possible. Mais avant elle, il faudra faire en notre sein une révolution des pratiques et des perspectives. Elle se fera fatalement sous la pression des événements dans dix ans ou dans vingt. Alors, commençons-la tout de suite. Gagnons du temps. Nous en avons si peu. Je ne vous dis pas : ayons une guerre d'avance. Mais arrêtons d'avoir une guerre de retard. Chaque année que nous passerons à organiser le mouvement national sur la base de la construction d'une communauté comptera. Mais chaque année que nous aurons laissé filer, sans travailler à cette nouvelle organisation, comptera double ou triple et comptera contre nous.

 

Voilà esquissés à grands traits les points de passage vers lesquels le mouvement national devra se diriger s'il veut un jour peser sur les événements au point de les créer. C'est une longue route, c'est un combat bien plus complexe que celui que nous avons mené depuis 20 ou 30 ans. Ce nouveau combat, nouveau car adapté à notre époque, exige de l'imagination, de la souplesse, de l'enthousiasme aussi. J'espère que très bientôt nous en écrirons ensemble les premières pages.

 

Tout est possible ! La victoire est possible ! Nous en avons fait la preuve ici depuis dix années. Marie-Christine Bignon le fait depuis trois ans à Chauffailles et bien sûr notre prédécesseur, Pierre BERNARD à Montfermeil nous a montré le chemin. Nous pouvons tous demain le prouver partout en France. Portés par le même idéal, chacun doit mener le combat sur son territoire, un combat de résistance, un combat de reconquête, notre combat ! Pour la France, pour la civilisation européenne, pour notre peuple ! 

 

 

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