Un épisode de la saga "La culture c'est comme la confiture…" (17-12-2000)

 

LE PENDENTIF

 

Nicolas Masvaleix (VR) ayant écrit le 16 décembre 2000 :

 

Je joins une image. C'est un pendentif que j'ai acheté aujourd'hui. Ma myopie aggravée m'avait d'abord fait prendre cela pour une fleur de lys toute simple, avec simplement une barre inhabituellement large et peu débordante au resserrement des pétales. Mais à bien y regarder, on reconnaît à cet endroit un motif curieux, un peu effacé, et cela évoque une couronne. ...

 

Et pour cause, il s'agit, les distingués héraldistes de la liste l'auront reconnue au premier coup d'oeil, de la couronne de Saint-Etienne de Hongrie, avec sa croix penchée, ses pendeloques héritées des couronnes byzantines, et les "petits personnages" ne sont autres que les plaques d'or émaillées surmontées de pierres qui ornent cette couronne.

 

Après vérification, il n'y a semble-t-il que trois personnages qui aient réuni la couronne de Saint-Etienne et les lys : Charles-Robert, Louis 1er et Sigismond de Luxembourg gendre du dernier, formant la branche capétienne hongroise, issue de la branche d'Anjou issue elle même de Louis VIII.

 

Cette aventure capétienne de Hongrie allant de 1308 à 1437. Et bien sûr, même si ce Lys semble un peu ancien, il est exclu qu'il remonte à une date aussi ancienne.

 

D'ou la question sur laquelle je bute, et que je propose à la sagacité des membres de la liste : d'où peut bien venir ce lys chargé de la couronne de Hongrie ?

 

Il me semble difficile que les Habsbourg qui montent sur le trône de Hongrie après 1437 aient conservé les lys. Je n'ai trouvé aucun élément en ce sens... quelqu'un saurait il quelque chose des armes hongroises des Habsbourg et d'une éventuelle survie des lys dans celles-ci ?

 

Y aurait-il eu une sorte de résurgence des lys lors des poussées du nationalisme magyar du siècle dernier, lesquelles contestèrent fortement les Habsbourg ?…

 

Le Schtroumpf à lunettes répondit

 

Cher Nicolas,

 

Intéressante découverte, je me suis illico plongé dans mes grimoires, plus pour compléter mon insondable ignorance que dans l'espoir réel de pouvoir répondre à la question. Hélas de réponse point ne trouvai, mais indiscutablement je puis confirmer ce dont personne ne doute, il s'agit bien de la couronne de Saint Etienne, tous les détails y sont.

 

Mes amis quelle histoire cette couronne, si j'en crois Della Meth-Cohn (je n'invente pas le nom) dont j'achetai un livre à Buda il y quelques années lors d'un déplacement professionel en Hongrie.

Je ne résiste pas à la tentation de jouer (à nouveau) le schtoumpf à lunettes et à étaler mon savoir ; plus on l'étale plus cela devient de la culture et on en sort grandi si on ne s'étale pas dedans, essayons de ne point chuter.

 

"Les joyaux de la couronne hongroise, …  L'importance symbolique de ces objets l'emporte largement sur leur étrange beauté médiévale.  Pour les Hongrois, ils représentent leurs débuts comme état européens en l'an 1000, lorsque le pape Sylvestre II envoya la couronne à Istvàn, faisant de ce simple prince le roi apostolique de la Hongrie.  Selon une légende, la croix aurait été tordue pendant le difficile voyage depuis Rome jusqu'à Esztergom, la ville du couronnement; le chrétien de fraîche date qu'était Istvàn aurait pris pour acquis que les croix tordues étaient la règle et porté fièrement la couronne telle qu'elle était.  Des experts ont démontré que cette couronne n'est pas celle que porta Istvàn mais le résultat de la fusion de deux couronnes byzantines.  Mais, quelle qu'en soit l'origine, la couronne devint bientôt le symbole âprement contesté du pouvoir légitime.  Après la victoire des Turcs à la bataille de Mohàcs en 1526, le sultan vola la couronne et l'offrit à son allié, Jean Zapolya, qui gouvernait la Transylvanie.  A sa mort en 1551, sa femme Isabelle fut contrainte de reconnaître la succession des Habsbourg mais brisa la croix avant que de remettre la couronne à Ferdinand.  Durant les longues années que dura la domination des Habsbourg, la couronne fit des allées et retour entre l'Autriche et la Hongrie (et même une fois tomba, ce qui expliquerait la croix tordue); en 1849, les joyaux disparurent pendant quatre années; un Hongrois loyaliste les avait enterrés dans un fossé en Transylvanie.  Lorsqu'elle eut été retrouvée, la couronne fut coiffée par François-Joseph puis, en 1916, pour la dernière fois, par l'empereur Karl.  Dans les derniers jours de la guerre, des membres en fuite du gouvernement soutenu par les Nazis emportèrent les joyaux en Autriche, où ils persuadèrent un prêtre de village de les cacher dans une boîte de carton.  Le prêtre, préoccupé par les conséquences de son geste, finit par avouer à un général américain (qui se trouvait être d'origine hongroise) l'existence du trésor caché.  Les joyaux disparurent une fois encore, jusqu'en 1965, date à laquelle les Américains admirent qu'ils conservaient les joyaux à Fort Knox comme "la propriété du peuple hongrois".  Après des années de pressions de la part du gouvernement communiste, résolument anti-monarchiste, le secrétaire d'état américain Cyrus Vance rendit les joyaux à Budapest en 1978."

L'importance symbolique accordée à la couronne comme symbole de légitimité, s'accorderait bien avec l'hypothèse de son usage plus récent en association avec le Lys pour contester les Habsbourg.

 De plus vérifiant la présence, des capétiens en Hongrie, dont Nicolas Masvaleix estime justement la durée, j'ai trouvé avec plaisir (?), en confirmation des affirmations de Gérard de Villèle et des dictionnaires consultés ensuite, qu'il existe bien des rois élus, les barons hongrois ayant élu Roi en 1458 le fils du régent Hunyadi, Mathias Corvin.

Schtroumpfement vôtre.