POUR UN ROI POLITIQUE

 

Le schtroumpf du roi

15-01-02.

 

Après l’épisode de l’AR, il semble que certains veuillent reprendre quelques actions, remonter des structures.

 

J’avoue un certain malaise, et n’être pas prêt à refaire quoi que ce soit sans quelques garanties fondamentales sur les buts que l’on se propose et les moyens d’y parvenir.

 

« Ramener le roi », « restaurer la monarchie » « restaurer la royauté », etc. Passons sur les termes qui tournent tout cela vers le passé et exclusivement lui pour ramener l’ordre des anciens jours, encore que ce soit très désolant. Je commence sans doute à m’habituer à ne pas arriver à expliquer que devant les changements qui se préparent, nous allons au devant de problèmes radicalement nouveaux, qui jamais ne se sont posés dans les termes où ils vont nous être posés, et que si le passé peut toujours être intéressant et riche d’enseignements, attendre quelque chose d’une « restauration » de ce qui a existé voilà deux siècles, même un peu amendée, confine à la maladie mentale.

 

Mais au delà de cet aspect, que signifient tous ces mots ?

 

J’ai tendance à croire, naïf enfant que je suis, que la royauté c’est le roi. Que l’important est de ramener le roi sur son trône, peu importe finalement les conditions : déjà le roi, sacré à Reims, comme disait sainte Jeanne d’Arc, peu importe que l’avortement continue, que durent les contributions et qu’on ne rase pas gratis. Ce serait un premier pas vers le reste, le pas indispensable pour aller ensuite vers le reste.

 

Il m’apparaît de plus en plus que pour beaucoup, la royauté ce n’est pas le roi, mais pour qui un système religieux, pour qui un système idéologique, pour qui un système économique, moral, ou je ne sais quoi encore sur lequel le roi serait la jolie cerise rouge posée en dernier pour décorer. Pour certains même une sorte de mystique vague qui devrait inspirer toute la vie sous peine de se dénaturer si elle s’accommode un peu de ce qui est.

 

J’avoue me perdre un peu dans ces choses diverses et parfois contradictoires.

 

J’en étais là de mes réflexions quand la formule rappelée par Anne récemment  « il ne prétend pas, il est », même si je comprends ce qu’elle veut dire, m’a comme d’habitude un peu fait bondir.

 

D’abord qu’est-il ? RIEN. Désolé de devoir dire cette évidence mais aujourd’hui l’un ou l’autre prétendant n’est strictement rien. Pour quelques milliers de personnes il représentent sans doute quelque chose, mais il n’y a pas de roi en France. Les raisonnements juridiques, religieux ou quels qu’ils soient ne changeront pas le constat politique. Comme disait ce bon Mitterrand, qui s’y connaissait un peu en la matière, « la politique est une question de rapport de forces. » C’est à dire ni de spiritualité, ni d’histoire, ni de droit, ni de généalogie ni de rien d’autre : de force. Et pas de force spirituelle ou je ne sais quelles carabistouilles : force veut dire force militaire, argent, influence et autres choses de cet ordre bassement terre-à-terre.

 

Alors s’il se contentent d’être sans prétendre, on n’en sortira jamais. L’action culturelle ou je ne sais quelle en expliquant que le roi doit rester au dessus de la mêlée ne méconnaît que cette petite réalité toute contingente : il n’y a pas de roi. Je veux bien que les réalités contingentes soient méprisables, mais il me semble quand même que cela pose un léger problème…

 

Et puis cette figure du roi arbitre, pur, chargé seulement d'incarner et de rappeler les grands principes, peut-on me dire quand elle a existé avant la révolution ? (la française, en précisant en passant que c’est la seule dont on parle encore, et il faudra bien là aussi faire avec)

 

Qu’on veuille bien me dire lequel de nos rois a régné dans ce rôle d’icône ou de potiche bien propre à contenter les courtisans qui tournent autour des non-prétendants-qui-sont, mais à peu près impropre à tout autre usage ?

 

Si nous voulons avoir une chance qu’un prince monte sur le trône de ses descendants plus que de remonter sur le trône de ses ancêtres, il serait temps qu’un de nos princes prenne un rôle clairement politique. Avec tout ce que cela implique : imagine-t-on que les rois qui ont forgé le royaume capétien l’ont fait en gardant les mains pures ? ils ont eu besoin d’argent, de soldats, d’hommes de main, d’intrigues, de vols et de meurtres parfois. Et bien peu de nos rois qui ont eu un rôle déterminant se sont reposés sur d’autres de leur tâche politique (encore était-ce sur un Richelieu pour Louis XIII, c’est à dire pas sur ler premier venu). Et ils l'ont fait petit à petit sans exiger tout tout de suite ou rien.

 

Seulement, faisant de la politique (et plus des rêvasseries de restauration) il faudra faire des concessions provisoires, accepter des arrangements bancals, ne reculer devant aucune tractation ; et – ce que seule la royauté peut apporter – avoir confiance dans une volonté durable, qui s’incarne dans un homme et sa descendance, et qui seule peut justifier ces manœuvres politiques provisoires parce que cette volonté incarnée, elle, sera durable et obstinément poursuivie.

 

« Politique d’abord » disait Maurras. Si sur des points secondaires ou particuliers je le trouve un peu dépassé, ses réflexions fondamentales comme celle-là méritent de nous inspirer encore très largement. Et de grâce, Messeigneurs, vous aussi : « politique d’abord », même si cela bouscule les habitudes, les mondanités et les courtisans en place. Si j'osais pousser un peu l'argument, je dirais que nous n'avons pas besoin d'un roi de cérémonie ou de commémoration, mais d'un "roi-bandit", plus roublard encore que les politiques corrompus qui nous gouvernent.

 

Je n’irai donc sans doute à aucune des cérémonies commémoratives, car ces cérémonies où l’on se rend avec carton d'invitation de l’IMB ou de l’IMRF pour assiter à des messes ou dépôts de gerbe qui durent depuis si longtemps sans autre résultat que de contenter quelques vanités et flatter quelques habitudes, eh bien ces cérémonies m’agacent en démontrant que l’on prend le problème très exactement à l’envers.

 

Il me semble qu'autrefois le cadavre du roi mort était assez vite oublié à Saint-Denis et qu'on fêtait plus les anniversaires de la naissance d'un petit dauphin que les anniversaires de la mort des prédécesseurs. Une conversion (au sens étymologique) vers l'avenir plutôt qu'un regard maniaque de déploration vers le passé, est-ce trop demander ?

 

Paul Turbier

17-01-02

    Tout ce que je lis sur VR m'intéresse (ou presque tout) mais le petit débat sur le rôle politique du Roi me parait essentiel.

    Quand je vois le peu d'empressement des princes à prendre la tête des troupes alors que, d'évidence, les temps sont favorables, j'en conclu que l'aventure ne les intéresse pas et qu'il va falloir se décider à leur forcer la main ou à les oublier. Le temps dorénavant nous est compté, car ce n'est pas dans une vingtaine d'années, quand les principales villes de France seront sous contrôle islamique; qu'il faudra sortir du bois.

    Le danger de cet immobilisme est, lorsque les évènements graves seront là, de voir surgir un aventurier beau parleur qui aura beau jeu de ramasser la mise (Napo IV ?).

    Que reste-t-il à l'horizon des actions possibles ?

    Deux choses :

        - Signaler notre présence.

        - Adjurer notre prince (Chacun le sien, pour le moment(*)) d'agir, de nous dire qu'il est prêt..

        - Propager quelques idées simples comme celles d'une VRAIE liberté  et d'une VRAIE Justice, une VRAIE souveraineté que seul un Roi peut promouvoir et garantir (Très facile à "papillonner").

    Le reste est dans la main de la providence.

 

Paul T.

 

(*) les providentialistes peuvent toujours adjurer les deux simultanément en appelant ainsi une sorte de Jugement de Dieu.