Le Courrier de l'Alliance royale : Sommes nous démocrates ?

 

Le Mardi 8 Août 2006, O. Turbier a écrit:

      Le Courrier de l'Alliance a écrit :

Présidentielle : le Parti socialiste contre la démocratie

François Hollande, Secrétaire général du Parti socialiste, vient d'interdire aux élus socialistes d'accorder leur parrainage à d'autres candidats que celui du parti. Il veut ainsi verrouiller l'élection présidentielle et la réserver aux grands partis, empêchant ainsi le débat d'idées et le renouvellement politique si nécessaire à la France.

L'Alliance royale condamne cette manoeuvre anti-démocratique qui vise à confisquer l'expression des Français au profit des partis idéologiques.

     Quelque chose m'échappe dans ce communiqué. En quoi être conte la démocratie a-t-il quelque chose de choquant pour un royaliste ? En quoi une manoeuvre anti-démocratique est-elle gênante, toujours pour un royaliste ?

     Les magouilles électorales de M.Hollande devraient être un excellente occasion de souligner les contradictions internes d'un camp républicain pris en flagrant délit de totalitarisme léniniste. Une bonne lettre ouverte, tartinée avec une louche d'humour, permettrait au bon peuple dont on se paye la tête depuis 217 ans, d'écarquiller les yeux et peut-être d'apercevoir la lumière, la vraie, pas les lumières, leurs lumières.

    Paul Turbier

 

Le Mardi 8 Août 2006, Pierre Van Ommeslaeghe répond:

Bonsoir,

cela fait partie de ce que j'appelle l'aïkido du langage : retourner les concepts de l'adversaire contre lui. L'Alliance royale développe le concept de démocratie équitable pour l'opposer à la fausse démocratie de la République. Elle souligne que les partis politiques idéologiques sont néfastes pour la démocratie. La prochaine version de la plate-forme politique développera ce thème.

Au-delà de l'aspect tactique de ce positionnement (se présenter comme anti-démocrate entraîne un réflexe quasi pavlovien des Français qui empêche d'entendre le reste du discours) il n'est pas faux de dire que la royauté est plus démocratique que la République.

Ci-dessous un texte paru dans le Bulletin n°31 de l'Alliance où j'analyse ça :

Sommes-nous démocrates ?

 Cette question mérite d'être posée du fait, d'une part, de l'opposition traditionnelle entre royauté et démocratie et, d'autre part, de la charge émotionnelle que véhicule la notion de démocratie et de son flou conceptuel.

Il faut commencer par se pencher sur ce dernier point, sur ce que signifie "démocratie", afin de savoir de quoi on parle. Pour beaucoup de nos concitoyens, démocratie signifie liberté. Nul ne peut être contre la liberté, surtout pas l'Alliance Royale. Mais cette signification résulte d'une confusion. Liberté et démocratie ne sont pas synonymes. Il faut donc revenir au sens exact du mot. Nos propositions étant institutionnelles, reprenons la définition que l'on trouve dans la constitution de la Vème république : "gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple".

Que la démocratie soit le gouvernement du peuple, cela ne la caractérise pas. Tout régime politique, en tant qu'il est politique, est un gouvernement du peuple [note : par peuple il faut entendre ici l'ensemble de la population nationale du pays. Cette précision est d'importance car nous verrons que ce n'est pas toujours cette définition qui est sous-entendue dans toutes les occurrences de "peuple" dans la formule républicaine]. La république donc, mais aussi la dictature, l'aristocratie comme la royauté sont des gouvernements du peuple.

Par contre tout régime politique n'est pas pour le peuple. Tout régime n'est pas ordonné au bien commun, à l'intérêt général [note : nous ne distinguerons pas ici ces deux notions]. Ainsi le despotisme, s'il est bien un gouvernement du peuple est un régime qui vise l'intérêt du despote. Il n'est pas pour le peuple. Aristote distingue d'ailleurs les régimes politiques légitimes de ceux qui ne le sont pas en ce que ceux-ci visent le bien propre du gouvernant quand ceux-là visent le bien commun. Ces régimes peuvent être la république, l'aristocratie et la royauté. Là encore ce critère n 'est pas déterminant pour savoir si le régime est démocratique. Ou, ce qui revient au même, ces trois régimes sont démocratiques selon les critères du gouvernement du peuple, pour le peuple.

Reste le dernier critère : le gouvernement par le peuple. Notons déjà qu'insidieusement le sens du mot a changé. Si les deux occurrences précédentes désignaient l'ensemble de la population française, cette troisième ne désigne, implicitement, que les électeurs. En effet, les mineurs ne font pas partie de ce peuple puisqu'ils ne participent pas au gouvernement, pas même, dans notre constitution, à travers leurs parents qui ne sont considérés que comme individus, pas comme parents. Et avant 1945 les femmes en étaient exclues. Comme dans la constitution c'est de la majorité du Parlement qu'est issu le gouvernement, on pourrait même dire qu'aujourd'hui le peuple est composé des électeurs ayant voté pour cette majorité. C'est d'ailleurs le sens de la célèbre formule de Paul Quilès en 1981 à l'adresse de l'opposition : "vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires". Ce peuple à géométrie variable est en fait une construction légale. C'est la loi qui détermine le peuple : sans les femmes avant 1945, avec après; sans les 18-21 ans avant 1974, avec après. Il fut même un temps où il fallait payer des impôts pour en faire partie. A l'extrême limite, il suffirait que la loi dise que le peuple c'est le roi (ce qu'il est symboliquement) et nous pourrions dire, avec la même mauvaise foi que les républicains, que la royauté est le gouvernement par le peuple.

Mais nous ne voulons pas être hypocrites et ne changeons pas le sens des mots subrepticement selon ce qui nous arrange. Examinons donc la question de savoir si la royauté, et la république, sont ou non un gouvernement par le peuple, au même sens que dans les deux précédents critères.

Pour ce qui est de la république, nous avons souligné que la constitution même réduit le gouvernement à la majorité des électeurs puisque c'est de la majorité du Parlement qu'est issu le gouvernement. Or les députés sont surtout issus de certaines catégories socioprofessionnelles : professions libérales (médecins, avocats...), fonctionnaires (énarques, enseignants...). Ce sont donc eux qui gouvernent, pas le peuple. Si nous poursuivons encore l'analyse, nous pouvons même dire qu'ils ne gouvernent pas pour le peuple, mais pour ceux qui ont permis leur élection et qui permettront leur réélection : médias, lobbies, financiers. D'autre part, au niveau local, là où se posent concrètement les problèmes, là où ils se résolvent, là où il serait le plus légitime que le peuple gouverne, c'est trop souvent le gouvernement, au niveau national, à travers la fonction publique et les subventions, qui détient le vrai pouvoir. Aménagement du territoire, politique culturelle, aide sociale, tout passe du national, qui décide, au local qui reçoit. Assurément, bien qu'elle l'affirme, la république n'est pas un gouvernement par le peuple. Elle n'est donc pas démocratique.

L'Alliance Royale, prônant la dévolution du poste de chef de l'Etat à un roi, semble ne pas être non plus démocrate. Cependant elle distingue le domaine régalien du domaine de la politique publique. Et ce n'est que dans le premier domaine qu'elle veut donner la primauté au roi. C'est que dans ce domaine, le gouvernement par le peuple n'est pas possible et empêcherait un tel> gouvernement dans l'autre domaine. Les questions de défense, de diplomatie, souffrent de la publicité qui leur est donnée; réclament des compétences particulières, une vision sur le long terme dégagée des passions; la justice demande de l'impartialité. Toutes choses incompatibles avec la discussion publique induites par un gouvernement par le peuple. Il est donc nécessaire, pour le bien du peuple, pour sa sécurité et sa liberté, que ces fonctions soient assurées par un chef de l'Etat souverain. Et le souverain, c'est le roi.

D'autant que cette souveraineté dans le domaine régalien permet alors, dans le domaine de la politique publique, un réel gouvernement par le peuple. Grâce à la représentation sincère tout d'abord, qui permet d'avoir un Parlement, responsable de l apolitique publique, à l'image du peuple. Du peuple réel, même les enfants, puisque nous proposons que les mères de famille forment un collège électoral. Les enfant aussi seraient donc représentés à travers leurs parents. Grâce aussi à une décentralisation réelle, où les collectivités locales, elles aussi représentées au Parlement, auraient un pouvoir réel, notamment dans le domaine social, et ne serviraient de simple tremplin pour des ambitions nationales.

Nous pouvons donc dire, sans hypocrisie bien que cela semble paradoxal à priori, que l'Alliance Royale est un parti démocrate; que la royauté est démocratique, beaucoup plus même que la république qui n'a de démocratique que l'apparence. La royauté, c'est la démocratie réelle.

 

Emrys Myrdyn le 10 août 2006 :

Cher ami,

D'accord avec votre approche, je me permets de soulever un point complémentaire, qui me paraît important.

Je pense qu'il est utile de pousser l'analyse jusqu'à l'article 3 de cette constitution.

La notion de souveraineté est constante depuis la révolution. Sauf erreur de ma part, à l'exception du cas d'une constitution jamais appliquée, la souveraineté a toujours été définie comme nationale et non populaire.

Cette définition signifie que la souveraineté ne se restreint pas au peuple, mais à lui augmenté de ses ancêtres et de ses descendants.

Cela a trois conséquences qui vous intéressent :

Il est implicitement légitime que les représentant du souverain soient désignés par une fraction restreinte de ce qui représente la souveraineté. Vous le dites déjà et cela va dans votre sens, comme l'idée de démocratie intégrale et directe a heureusement été abandonnée, toute représentation est légitime, du moment qu'un équilibre est trouvé pour garantir les libertés des citoyens (ici, je ne confond pas la liberté avec la licence, je ne développe pas, ce n'est pas le sujet).

La souveraineté a une dimension historique qui se superpose assez bien à la notion d'hérédité. Un collège populaire le représente mal et moins bien qu'un concept dynastique. Bien sûr, cette idée n'est pas du tout à la mode, mais paradoxalement, les valeurs d'écologie, de préservation du patrimoine et de bonne compréhension de nos racines qui la sous-tendent sont très prisées. Le tout est de trouver le magicien qui parviendra à parer celle-là des vertus de celles-ci.

Cette notion de souveraineté nationale permet sans difficulté de faire le lien entre les embryons institutionnels qui faisaient le relais entre le Roi et le peuple et la notion de démocratie, ce qui légitime le concept royal, sinon sa forme ancienne. Le « par le peuple » que vous destituez par une pirouette est ici déstabilisé par la Constitution elle-même. La nation ne se réduit pas au peuple et encore moins à un collège électoral, ce qui relativise sa légitimité par rapport à un Roi.

 

Emrys Myrdyn