Petite histoire de la laïcité

Message de Bertrand Lambert, 25-12-2003

 

Voilà un document que l'on me fait suivre, et qui me semble intéressant pour la culture des plus jeunes d'entre nous. Factuel. Concret. Un Rappel de faits. Eclairage signifiant, et élément de compréhension de base sur toute la sociologie politique et électorale française au 20° siècle.

 

 Petite histoire de la laïcité


 Ci dessous un document que vient de m'envoyer un ami et qui peut  éclairer les membres de notre forum  sur la laïcité et sa soi-disant neutralité...


 Petite histoire de la laïcité, vous avez dit neutralité ?


 Qu'est-ce donc que la laïcité devenue dogme de notre République, qu'un premier ministre comme Juppé place au même niveau que les "vertus" Liberté, Egalité, Fraternité. Est-ce la neutralité comme certains l'enseignent? et respecte-t-elle la liberté des  consciences? ou, au contraire, est-elle belliqueuse et taxe t'elle tout acte de foi en Dieu et en Jésus-Christ "d'obscurantisme religieux" ?


Est-ce un espace qui permet à toutes les religions de s'exprimer librement ou est-ce la propagation de l'athéisme ?


 Nous ne répondrons pas directement à ces questions mais nous allons laisser parler les hommes et les faits. Chacun en tirera les conclusions qui s'imposent.


 Les hommes


     a.. Arago (1786-1853), député de 1830 à 1848, ministre de la guerre et de la marine du gouvernement provisoire de 1848 : "L'Eglise et la religion doivent être détruites. Va-t-en, crucifix qui depuis 1800 ans tiens le monde sous ton joug ! Plus de Dieu, plus d'Eglise ! Nous devons écraser l'infâme. Or, l'infâme n'est pas le cléricalisme, c'est Dieu ! Nous devons éliminer de la France toute influence religieuse, sous quelque forme que ce soit."


     b.. Jules Ferry (1832-1893), ministre de l'instruction publique, président du Conseil, président du Sénat. "Nous voulons organiser une humanité sans Dieu..." "la République est perdue si l'Etat ne se débarrasse pas de l'Eglise, s'il ne se désenténèbre pas du dogme des esprits." "La révolution française ne sera terminée que le jour où l'ultramontanisme ne pourra plus empêcher qu'elle ne soit terminée".


    c.. Paul Bert (1833-1886), ministre de l'instruction publique, organisateur de l'enseignement primaire : "Non, le prêtre n'est pas, ne saurait être un citoyen. Lui donner cette qualité, ce serait restreindre la liberté de tous, mettre en péril la société." "Nous ne parlons pas le même langage, nous, les fils de la révolution...et d'autre part les champions et les défenseurs de l'Eglise catholique puisqu'elle seule est en cause dans ce débat."


    d.. Léon Gambetta (1838-1882), président du Conseil en 1881 : "Le catholicisme, voila l'ennemi !" "Nous avons l'air de combattre pour la forme du gouvernement, pour l'intégrité de la constitution. La lutte est plus profonde : la lutte est contre tout ce qui reste du vieux monde, entre les agents de la théocratie romaine et les fils de 89". Gambetta évoque ici la démocratie. Dans son esprit, elle n'est ni un système ni un régime mais une forme de combat idéologique.


     e.. Georges Clemenceau (1841-1929), président du Conseil en 1917 : "Depuis la Révolution, nous sommes en révolte contre l'autorité divine et humaine." "Rien ne se fera dans ce pays tant qu'on n'aura pas changé l'état d'esprit qu'y a introduit l'autorité catholique".


     f.. René Viviani (1863-1925), député de 1893 à 1902, ministre du travail, de l'instruction publique, Président du Conseil en 1914 : "les congrégations ne nous menacent pas seulement par leurs agissements, mais par la propagation de la foi." "Il s'agit de voisr qui l'emportera de la société fondée sur la volonté de Dieu et de la société fondée sur la volonté de l'homme."


     g.. Jean Jaurès (1859-1914) "le Christianisme, parce qu'il contient un principe d'autorité es la négation des droits humains et un principe d'asservissement intellectuel"; "le premier devoir de l'homme est de refuser l'obéissance à Dieu et de le considérer comme son égal".


 Toutes ces citations montrent que le laïcisme est, plus qu'une simple volonté anti-religieuse, une volonté anti-catholique. La république a été dans cette optique l'arme institutionnelle de combat contre tout ce qui incarnait en France l'Eglise catholique.


 Les faits

     a.. 1850 : la loi Falloux fixe les limites de l'aide financière des collectivités locales aux écoles privées dans son article 69 qui passe inaperçu à l'époque.


     b.. Février 1879 : la guerre est déclarée. Jules ferry, à peine arrivé au ministre de l'instruction publique dépose deux projets de loi contre l'enseignement catholique. L'un écartant du conseil supérieur les personnes étrangères à l'instruction publique (dont les ecclésiastiques), l'autre dirigé contre les facultés catholiques dont l'article 7 concerne les trois niveaux d'enseignement : "Nul n'est admis à diriger un établissement public ou privé, de quelque ordre qu'il soit, ni à y donner l'enseignement s'il appartient à une congrégation non autorisée." Au premier rang des congrégations non autorisées figure celle, prestigieuse, des Jésuites que les républicains exècrent. "oui, c'est à elle, déclare Jules Ferry à propos de la compagnie de Jésus, que nous voulons arracher l'âme de la jeunesse française."


     c.. 1879 : les processions sont interdites dans la plupart des villes et beaucoup de campagnes.


     d.. 1880 : Ferry ordonne par décret la dispersion des jésuites. 261 couvents sont investis par la force publique, 5643 religieux sont expulsés. Les congrégations "tolérées" ont trois mois pour demander une autorisation.


     e.. 1882 : L'instruction religieuse est supprimée dans les écoles publiques.


     f.. 1883 : suppression des aumôneries militaires.


     g.. 1884 : vote de la loi instituant le divorce.


     h.. 1884 : suppression des prières publiques au parlement prévues par la Constitution de 1875.


     i.. 1886 : les religieux sont interdits d'enseignement dans le public (il y avaient encore 3403 frères et 14958 soeurs).


     j.. 1893 : les fabriques paroissiales se voient soumises à tous les règlements d'Etat. Elles seront ainsi expropriées plus facilement par la suite.


     k.. 1900 : poursuites engagées contre les religieux de l'Assomption.


     l.. 1900 : M. de Lanessan, ministre de la marine défend aux vaisseaux de guerre de prendre le deuil le vendredi saint, comme c'était prévu par les règlements.


     m.. 1901 : loi sur les associations. Les Congrégations doivent déposer une demande d'autorisation. Ces demandes seront examinées une par une par le Parlement et pourront être acceptées ou refusées. Or, en violation formelle de la loi, les demandes formulées par les Congrégations d'enseignement et de prédication sont rejetées en bloc, sans examen.


     n.. 1902 : Emile Combes ordonne la fermeture de 120 écoles catholiques fondées après la loi de 1901 et de 2800 écoles catholiques fondées avant.


     o.. 1903 : suppression du personnel religieux dans les hôpitaux de l'armée de terre.


     p.. 1903 : Le Général André, ministre de la guerre, défend aux soldats la fréquentation des Cercles Militaires Catholiques. C'est lui qui fera établir des fiches pour les officiers avec les mentions "VLM" pour "Va à la messe" et "VLM AL" pour "va à la messe avec un livre" !


     q.. 1903 : suppression de l'ambassade de France au Vatican.


     r.. 1903 : loi interdisant l'enseignement à toutes les congrégations sans exception, même celles qui existaient depuis plus d'un siècle. C'est la fermeture de 15874 écoles.


     s.. 1903 : Combes fait abattre de nombreux calvaires, il interdit tout symbole religieux dans les lieux publics.


     t.. 1904 : l'affaire des fiches. Le général André, ministre de la guerre, fait établir par le Grand Orient de France des fiches sur les officiers (25000 au total) afin d'éliminer de l'armée "ses éléments réactionnaires et cléricaux". La France devra ainsi se passer de ses meilleurs officiers pendant la première Guerre Mondiale.


     u.. 1905 : loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, condamnée fermement par le pape St Pie X.


     v.. 1907 : 5500 séminaristes et prêtres ayant déjà accompli leur service militaire sont rappelés illégalement sous les drapeaux. Fermeture forcée de nombreux séminaires.


     w.. 1907 : pendant trois mois, le gouvernement considère comme un délit de dire la messe et la police inflige des milliers de procès verbaux aux célébrants.


     x.. 1908 : la loi de dévolution arrache à l'Eglise ses séminaires, ses presbytères, l'argent de ses fabriques...la propriété étant attribuée aux mairies des communes.


 Voilà comment en l'espace de trente ans a été liquidé l'héritage social chrétien de l'Etat forgé pendant treize siècles. C'est un renversement transformant l'Etat en une machine de guerre contre l'Eglise, alors que dans la tradition française, l'Etat a pour mission de protéger l'Eglise et les pauvres. Le laïcisme est donc la volonté de couper complètement la société de Dieu, du sacré. Cette volonté est consacrée par les institutions à la fin du XIXème siècle. Cela est sans précédent dans l'histoire, non seulement depuis Jésus-Christ, mais depuis l'histoire antique : jamais on n'avait évacué de la cité toute référence religieuse.