QUELQUES REFLEXIONS SUR LA QUESTION ROMAINE

 

A son retour de Rome, Cardinal Dubois a déclaré   « Nous avons un grand Pape. Mussolini est un génie, et le Roi d'Italie est un souverain très intelligent +.

 

L'archevêque de Paris. a sans doute voulu exprimer, par cette phrase lapidaire, toute sa satisfaction que lui cause la solution de la question romaine.

Il est certain que le Vatican et le palais Chigi peuvent à juste titre s’enorgueillir de cette performance diplomatique.

Le Pape Pie XI et Benito Mussolini ont enfin réussi à liquider la situation fausse et pénible qui a pendant environ soixante ans empoisonné les rapports entre le Royaume d’Italie et l’Eglise Catholique. Ils ont dissipé le fâcheux souvenir du 20 septembre 1870, qui assombrissait le ciel de Rome.

L’événement est important puisqu’il clos tout un chapitre d’histoire et inaugure une ère nouvelle.

Il est inutile de s’attarder aux détails du traité bi-latéral qui règle les relation entre l’Etat Italien et la Papauté. Il nous suffit de constater que le nouveau statut confère une absolue souveraineté juridique et politique au Saint-Siège.

Désormais, celui-ci se trouve donc en mesure de participer aux grand conseils internationaux à titre de puissance souveraine. Il peut , si cela lui convient, demander sont admission à Genèvre et demander un siège au Conseil de la SDN.

La Papauté est le plus grande puissance spirituelle et morale qui soit dans  le monde, et elle devient aussi, maintenant un pouvoir temporel. Comme deux cent millions de catholiques suivent les directives du Pontife en matière religieuse, morale, sociale voire politique, on se rend compte de l’influence que pourra exercer le nouvel Etat

Certains s’étonnent que la souveraineté temporelle ait été basée sur un territoire étroitement limité. Sans envisager que le Saint-Siège  pût rentrer en possessions des anciens Etats de l’Eglise, ils attendaient la concession d’une étendue moins restreinte

Nous estimons que les deux parties ont preuve d’un sens avisé en se tenant aux termes de la Loi des Garanties.

 Le destin a rendu à la Papauté un .réel service en lui enlevant  son ancien domaine temporel; elle a eu ainsi la chance d'échapper à la tâche de gouverner les hommes au moment où cette tâche allait devenir de plus en plus difficile.

On ne voit pas très bien, par exemple un  gouvernement   pontifical aux prises avec  une séquelle d'administrés socialistes ou communistes, sans compter les autres désagréments inévitables.  Peut- être même la Papauté n’aurait  elle pas atteint le degré de prestige dont elle jouit dans le monde si elle n’avait été débarrassée des vicissitudes inhérentes à toute juridiction temporelle effective.

La Curie Romaine va  profiter de ces avantages pour continuer avec vigueur la politique qu’elle poursuit depuis la Paix.

 

 

Chacun connaît l'orientation très nette que le Pape actuel et le cardinal  Gasparri ont imprimée à la barque de Pierre.

Le Pontife romain entend que l'Eglise catholique achève son adaptation aux circonstances nouvelles que la guerre a créées, et il souhaite, en particulier, présider activement à l'évolution qui tend à faire intervenir, dans règlements internationaux. les principes de la coopération et de la solidarité.

 

 

Nous ne voulons ni critiquer ni louer: nous nous bornons à constater des faits.

De plus en plus, le Vatican tend à dépasser non seulement le plan national,  mais celui de l'Europe; il essaye de s’élever au rôle de tuteur mondial de façon, comme le remarque M. Pierre Dominique, à ne  se laisser enfermer  pas plus dans les conflits entre races que dans les luttes entre nations.

A cet égard, la création des clergés  de couleur, la nomination d'évêques exotiques sont des symptômes caractéristiques, et cette politique  cadre d'ailleurs tout à fait  avec  le caractère d’universalité qui est le propre de l"Eglise catholique, comme son nom  m^me l’indique.

Ces tendances- si contraire aux nationalismes- se sont heurtées, ici et là, à des résistances dont nous n’avons pas à parler. Ce qu’on peut dire, c’est qu’elles ne paraissaient pas s’accorder avec les directives du fascisme italien.. A certains moments, des frictions sévères se sont produites entre les deux pouvoirs romains, et l’on a pu craindre, parfois d’irréparables dégâts.

Les points de vue respectifs semblaient de jour en jour plus irréductibles…. Puis, comme par miracle, les deux diplomaties ont réussi à chasser ces nuages et à trouver un terrain d’entente.

C’est le triomphe de cette subtilité romaine dont M. Wickham Steed nous a révélé les traits frappants dans son fameux livre « Through thirty years +

Quant à Mussolini, il a remporté là un éclatant succès, peut-être le plus grand qu’un homme d’Etat italien puisse mettre à son actif depuis les exploits du Comte Cavour.

Le Duce a agit en vue des intérêts de son pays ; il a compris les immenses bienfaits que l’italianité  pourrait tirer de cette  nouvelle situation  spécialement dans les régions du Proche Orient, pour ne parler que de celles là. Il a  certainement repris à son compte la phrase

du cardinal Ceretti : : « Tout ce qui est catholique est italien +. ". ,

 

Mais c’est précisément dans  cette interprétation que gît   un danger sérieux pour l'autorité morale du Saint-Siège. Le Vatican ne risquera pas de  perdre cette universelle référence dont il est l’objet s’il paraît vouloir favoriser l’expansion d’une puissance particulière ?

 

Des soupçons de dépendance naîtront  .. certainement  chez les nations, qui à tord ou à raison, se croiront lésées.  Comment  la Curie romaine fera t -elle face à ces difficultés, qui s’annoncent déjà dans le monde diplomatique.

 

Toute médaille a son revers, mais les habiles techniciens du Saint –Siège sont trop avertis pour n'avoir pas pris  les précautions nécessaires,  après avoir pesé pour et le contre.

 

le rôle de la France sera particulièrement , et  il faut souhaiter  que ses  représentants soient à la hauteur de leur tâche. Il leur faudra, dans l’intérêt même du pays , savoir  s’élever au-dessus de certains  préjugés anticléricaux qui, dans l:s circonstances actuelles, constitueraient plus que .jamais un anachronisme dangereux.

                                                                       Michel d’Amphernet – le Phare de La Loire 1932

Texte transmis par Richard (VR) le 26 octobre 2001.