ROYAUTE ET DEMOCRATIE, DEBAT.

 

Texte de Lohic :

 

Voyez-vous je n'ai pas eu besoin d'attendre le retour de la monarchie pour  verser "quelques gouttes de sueur"(faute de sang) pour notre beau pays. J'ai  quand même certaine notion patriotique et si je me suis "engagé

personnellement" auprès d'un Prince ; je n'en ai pas moins "aussi et avant"  servi 18 ans dans la Marine Nationale : la "Royale" (ça tombe bien...). Ce qui m'a d'ailleurs amené -en voyageant de par les mers- à me rendre compte qu'en effet nous ne vivions pas si mal que cela en France ainsi que dans les autres démocratie européennes...J'ai eu l'occasion par exemple d'aller en Arabie où la religion est omniprésente, en Egypte où c'est l'armée qui est "partout", dans des pays africains où la dictature s'appelle là-bas "république" / etc., etc., etc. ... Croyez-moi ; cela ne me donne pas envie de tester un de ces 3 styles de régimes... remix version "Monarchie absolue".

 

La Démocratie a certes ses failles mais ce régime reste à mes yeux le + humain. Il est bien évidement dommage que la corruption le déprécie ; mais là aussi "aucun" régime hélas n'en est exempt...

Et puis justement, le Roi ne doit-il pas s'écarter de toute "tentation gouvernementale" pour rester "pur" de toute corruption et représenter ainsi plus sûrement l'unanimité de ses sujets ? C'est ce que je crois et je dirai même que l'histoire et l'évolution des peuples nous l'a montré puisque toutes les monarchies absolues se sont effondrées.

 

En résumé, Le Souverain doit rester un principe de représentation de l'Etat... pour lequel je serai fier de verser sueur et sang(pas seulement par devoir mais j'ose le dire : par amour de mon Roi).

Quant à la démocratie, c'est la représentation du peuple. Elle mène la politique de l'état et si cela ne vous plaît pas tous les jours ; dîtes vous qu'il peut y avoir "Mille et Une Choses" qui ne plaisent pas à chacun d'entre nous... mais que ce n'est pas une raison pour "brimer" 95 % des français par une "dictature souveraine".

 

Texte de "LO LO" (VR)  03-01-2001

 

Réponse de Paul Turbier :

 

Voilà que mon année internet s'ouvre sur deux communications intéressantes, l'une signée LoLo (pour Lohic, ce me semble), la seconde venant sous la plume d'Alexis-La Cause (n.d.r. : voir "Débats" :"Réformes, assemblées,fiscalité ").

 

En préambule, je dirais à Lohic que je ne vois pas dans VR autant de nostalgiques de la royauté absolue qu'il en semble en apercevoir. La monarchie du style de celle qui fut en vigueur jusqu'en 1790, encore que ses résultats sur le long terme soient impressionnants, n'est plus possible. Les temps passant, les mentalités ont changé, les usages aussi, les convictions religieuses, autrefois très monolithiques, se sont diluées, le peuplement de pays est en bouleversement et le terrain est donc différent. Il est clair que le passé est passé. On ne resservira plus la soupe dans les mêmes écuelles.

Mais je ne suis pas un non plus un nostalgique de la démocratie telle que je la vois s'exercer partout depuis bientôt trois siècles et je ne rêve pas d'un quelconque replâtrage à coup de compromis qui mettrait sur un trône factice une potiche-alibi plus ou moins sympathique.

 

 On peut prendre le problème de plusieurs façons. Voyons-en deux.

L'une, condescendante, consiste à dire à un éventuel futur roi: voici la part que nous vous octroyons, et voilà le trône que nous vous réservons, s'il vous plait "sissite panier".  Vous n'aurez aucun pouvoir mais vous garantirez néanmoins la conservation du système. Avec quels moyens? Aucun, ils sont au peuple. Ah bon!.

 La seconde, implorante, est de demander : quels moyens et quels leviers considérez-vous nécessaires pour  garantir le maintien les conditions dans les quelles nous allons pouvoir vivre en commun avec une culture qui nous soude et un art de vire qui nous réunit étant entendu que le peuple reste seul souverain et que vous ne jouirez d'aucune prérogative particulière. Retour au cas de figure précédent. Question subsidiaire, qui parle au Roi ? Des représentants auto-proclamés? Des élus ? des désignés d'office ? Autre obscurité. Eclairez moi.

 

 Revenons aux hypothèses d'Alexis (constitution) ou de Lohic (Démocratie couronnée). Elles ont toutes deux un point commun . Elles sont appuyées sur la représentation indirecte du "peuple" par députation. On est là au coeur du problème. Dès lors que le suffrage tente de départager des candidats qui,  sont par définition auto-proclamés, le ver est dans le fruit. Le principe d'expression du peuple par délégués élus  est fondamentalement pervers car c'est précisément là que l'usurpation gîte, et que le serpent pervers de la candidature pond ses oeufs..

 

Comment ça prétend marcher, ces systèmes ? 

Un se présente, propulsé par lui-même ou par un parti à sa botte, et dit aux autres : je vais parler pour vous, faites-moi confiance.  Les autres croient (les pôvres!) qu'il va dire tout haut et mieux qu'ils ne le feraient eux-même, ce qu'ils pensent tout bas. Mais, maldonne. L'élu une fois installé, se préoccupe des ses intérêts, de ceux des commanditaires occultes qui ont finacé sa campagne, ou d'une idéologie dont il est l'esclave. Il gratte dans le sens du poil pour être réélu, c'est la définition même de la démagogie. Les places étant bonnes, il y a foule d'arrivistes et d'ambitieux aux portes des chambres dites représentatives et tout va en quenouille. Est-ce là un système plus "humain" comme le dit, non sans candeur, LoLo.

 

Chers correspondants monarcho-démocratophiles, jetez un oeil sur n'importe quelle représentation élue d'une démocratie quelle qu'elle soit et dites-moi si elle vous parait représentative du peuple qui l'a installée, à quelle échelle que ce soit, locale, régionale ou nationale. Je ne parle pas du niveau européen car on arrive là dans des régions ou l'absurde le dispute au comique. Arrivistes de tous poils, plusieurs chemins, même combat. Aucune élection sur candidature n'a jamais garanti la compétence, ni même la possibilité de compétence ce qui disqualifie le procédé. Aucun avocat n'assume la peine dont son client à écopé, les conseilleurs ne sont jamais les payeurs. C'est toujours le mandaté qui boit et le mandant qui trinque. L'imposture électorale est de nos jours tellement ressentie  que les quorums qui sont atteints dans les différentes consultations électorales sont partout ridicules, sauf dans les démocraties soviétiformes, bien entendu. Demandez à monsieur Bush ce qu'il en pense.

 

 Or, ce que nous souhaitons, au fond du fond, c'est que chacun en ce qui le concerne, puisse bâtir en paix et en sécurité la vie qui lui vaille la peine d'être vécue. Bien sûr, comme tout le monde, j'ai ma petite idée sur la question et je refais le monde tout les matins en me rasant. C'est là ma part de rêve. Je n'ai cependant pas la recette de la potion magique, tout juste quelques points d'appui. en voici quelques uns.

Pour la Royauté qui vient, car elle viendra, il faudra certes impliquer le peuple dans les affaires qui le concernent car son adhésion massive est indispensable pour durer. Mais comme tout groupe a besoin de chef et que plusieurs chefs = pas de chef, il en résulte qu'un seul jouissant de la confiance devra remplir une mission qu'il ne brigue surtout pas, celle de prendre les décisions arbitrales (et non pas arbitraire) finales. Il le fera d'autant mieux qu'il y sera préparé de tout temps comme pour un sacerdoce. C'est le roi, fils de Roi et père d'un futur Roi.

 

Mais comme par ailleurs les problèmes qui se posent à tous prennent place dans des perspectives temporelles et spatiales très diverses, on trouvera probablement avantage à faire appel à son arbitrage que pour certains d'entre eux, et il trouvera de sont côté avantage à déléguer largement tout ce qui n'est pas strictement l'affaire de tous (pas de la majorité à 49/51). L'absolutisme est donc un faux problème et une mauvaise querelle, la démocratie représentative une fausse solution.

 

Les incroyables progrès des moyens de communications ouvrent des perspectives vertigineuses pour l'expression directe des opinions (placet permanent) ou pour la représentation dans des assemblées de contrôle (validation des budgets). C'est là que la monarchie est décidément la seule possibilité d'avenir et de progrès possible. Chers Alexis (la Cause) et Lohic (LoLo), je suis tout prêt à vous faire une rediffusion de ce que j'ai déjà publié sur le sujet, au cas où vous n'auriez pas vu la première. Il n'est que de me faire signe ou de consulter les archives.

 

Texte de Paul Turbier (VR) 03-01-2000

 

 

Réponse de Luc Delaborde :

 

Je lis dans votre mail que vous voulez un roi "garant de la démocratie et des libertés de ses sujets"...

 

Je pense qu'il y a là deux visions distinctes et irréconciliables de l'exercice du pouvoir : il vous faut en choisir une, et renier l'autre, sans quoi vous n'aurez ni cohérence, ni réel pouvoir. Alors examinons ces deux possibilités.

Premier choix : la démocratie. Nous savons tous ce que cela donne aujourd'hui, comment les votes sont truqués, comment nos hommes politiques nous mentent, ou nous jettent de la poudre aux yeux, comment ils s'entendent comme larrons en foire pour conclure des marchés plus que douteux, etc. La démocratie, au sens actuel, c'est à dire l'élection par le peuple au suffrage universel de représentants censés gouverner le peuple pour son bien se solde par un échec cuisant. Le rêve était beau, mais il n'a pas tenu la route. En effet, la méthode de base -on l'accommode ensuite à la sauce que l'on veut, ou qui porte le mieux- consiste à dire : "Votez pour moi, je suis le meilleur, seul, je peux vous emmener à la prospérité" (sous-entendu : les autres sont des taches, des incapables). Pour cela, il faut primo trouver l'argent pour faire sa pub, ce qui a toujours été, le financement des partis n'ayant été réglementé qu'il y a peu de temps (quelques années au plus). Deusio, il faut faire sa publicité, à grand renfort de télévision, de radio, d'émissions publiques, de débats, de rencontres, de serrages de mains, de bains de foule. Cela revient à donner un programme assez fade pour qu'il soit acceptable par le plus grand nombre, sachant que, selon la théorie de Rousseau,  ceux qui ont voté contre ont voté contre leur propre volonté, et contre leur raison, mais qu'ils voulaient en fait ce qu'a voulu la majorité. Tertio, une fois élu, il faut gouverner en louvoyant pour satisfaire tous ceux qui ont financé le parti, qui ne sont pas forcément d'accord entre eux sur tous les points.

 

De plus, si nous pouvons répondre à des questions qui nous touchent de près ("Voulez-vous une station d'épuration à côté de chez vous ?"), comment pouvons-nous prétendre résoudre une équation à multiples inconnues, qui touche au droit international, à la diplomatie étrangère, à la finance au niveau planétaire, à la stabilité du pays? Je prends par exemple les problèmes en Palestine : avez-vous le culot de dire que vous avez une solution à ce problème ? Sachant que cela touche tous les domaines précités, plus d'autres, sûrement, que je n'entrevois pas ou guère... Moi, j'avoue humblement que non! Et je ne pense pas qu'un type qui sache faire des sourires et embrasser des bébés, mais qui n'ait fait que l'ENA, en soit capable. Alors, la démocratie, oui. Mais à l'échelon local, à un échelon que nous pouvons modifier, que nous pouvons appréhender facilement, nous, en tant qu'individu faisant partie d'une communauté ; que cet échelon local soit la commune ou la corporation, pour reprendre un terme vieillot.

 

Maintenant, prenons le deuxième choix : les libertés. Croyez-vous que la démocratie en ait le monopole? Alors à quoi bon se dire royaliste? Maintenant, il importe de définir la liberté, or c'est un sujet vaste et philosophique. Je peux définir dans un premier temps deux types de libertés : celles que l'Etat octroie et garantit à ses administrés, et celles que les administrés prennent. Dans la première catégorie, on trouve bien entendu les libertés personnelles, du style liberté d'opinion, liberté de religion, même la liberté de vivre sa propre sexualité comme on l'entend, du moment que cela se fait entre adultes consentants. Dans la seconde catégorie, on trouve la liberté de rouler trop vite, la liberté de frauder fiscalement, de prendre un flingue et de tirer au hasard dans la rue... Celle-là, tout le monde l'aura compris, doivent être réprimées sévèrement, selon un mode crescendo à mesure des récidives, et selon une hiérarchie dans l'horreur atteinte par le délit ou le crime (par exemple, la pédophilie étant condamnée de manière plus sévère que le vol). De l'autre côté, la république aujourd'hui, nous étouffe, en obligeant les entreprises à ne faire travailler leurs salariés que trente-cinq heures par semaine (un patron peut avoir besoin de personnel supplémentaire, mais s'il n'a pas de quoi les payer, il ne pourra pas les engager, d'où il est stupide et sado-masochiste de le forcer à le faire), en interdisant, après l'avoir légalisé, la vente de farines animales (ce qui n'est pas un mal, mais qui aurait dû être fait depuis longtemps, et qui n'entre tout de même pas dans les compétences normales de l'Etat), etc. On pourrait en citer encore long! Vous trouvez que c'est ça, la liberté?

 

De plus, sous l'Ancien Régime, on votait plus et mieux qu'aujourd'hui. Le roi ne prenait pas une décision sans consulter ses barons, et maires ne faisaient rien dans leurs villes sans consulter les habitants. Les gens se chargeaient de ce qu'ils pouvaient maîtriser ; les corporations défendaient ce qu'elles pratiquaient chaque jour, à savoir leur métier... Les baillis, envoyés du roi, n'avaient pour mission que de surveiller la bonne application des lois royales, qui ne touchaient qu'au droit public, le droit civil de l'époque étant coutumier ; vers le 16ème siècle seulement, ils s'approprièrent la Justice, par dérivation de leurs fonctions. Je ne vois pas en quoi le roi limitait les libertés... Alors, un roi, oui, mais s'il n'a qu'un pouvoir plus ou moins fantoche comme en Angleterre, en Belgique ou en Espagne, je ne vois pas vraiment l'intérêt, sauf peut-être celui d'une période transitoire, d'acclimatation, comme l'a dit le Lieutenant. (n.d.r. : voir  "Monarchie constitutionnelle ?" en rubrique "Politique".)

     La "Monarchie absolue et de droit divin" fait appel à plusieurs références. Le droit divin ne signifie que de manière symbolique, vous l'aurez compris, que la colombe du Saint-Esprit descende sur le roi lors de son sacre : il s'agit d'une mission divine confiée par Dieu à un homme. Il s'agit principalement, du point de vue politique de la chose, d'un garde-fou, d'une barrière faite pour que le roi ne puisse pas dépasser les limites posées dans le Décalogue. Il s'agit de règles morales naturelles, au-delà desquelles le roi n'est plus le roi, mais un simple dictateur. En ce qui concerne la vision catholique (le roi étant le Lieutenant du Christ sur terre), je suppose qu'Ivan ou Paul vous en parleront mieux que moi... L'absolutisme de la monarchie, en revanche, ne signifie pas "L'Etat, c'est moi!", ni une quelconque baliverne de ce genre. Il signifie que le roi n'est qu'un homme, et qu'il ne peut, en tant que tel, connaître les réponses à tous les problèmes politiques auxquels il sera confronté durant son règne. Ainsi, il se fait conseiller par des hommes de qualité, de terrain, des techniciens capables de résoudre ces problèmes de manière pragmatique, et les résout lui-même en tenant compte de l'intérêt du pays et de celui de ses sujets. Il n'y a donc aucune position d'arbitre, puisqu'il agit en tant que père : je suppose que jamais vous n'avez, si vous avez des frères et/ou des soeurs, voté pour savoir quel ami inviter à dîner le soir, ou pour savoir où vous iriez passer vos vacances, ni pour savoir qui des membres de votre famille la dirigerait pour la journée... C'est du même modèle dont je parle.

Je suis partisan d'une monarchie absolue de droit divin, puisque c'est son intitulé officiel, quoique je ne l'envisage pas sans une part de démocratie, au niveau local. Je suis catholique traditionaliste, ce qui ne m'empêche pas de respecter les autres religions, ou même de penser que chacun vit sa religion comme il l'entend (tradis/charismatiques), dans la mesure où il est en accord avec la doctrine de l'Eglise. Je ne suis pas nationaliste, dans le sens où la monarchie n'est pas la représentation d'une nation (mot inventé par la Révolution), d'un tout unique et sans faille, mais la réunion de provinces parfois disparates (quel rapport entre la Bretagne, la Corse et la Franche-Comté?), ce qui ne peut mener qu'à un Etat décentralisé, ayant trouvé son équilibre entre le fédéralisme et le régionalisme, voire une formule propre à lui-même qu'il nous reste à inventer. En ce qui concerne la religion, Mgr Etchegary a rappelé il y a peu que les religions protestantes et orthodoxes n'étaient pas les "soeurs" de la religion catholique, mais ses "filles" : elles sont effectivement dérivées de cette dernière. Il y a lieu de les respecter, sans aucun doute, mais je ne vois pas le mal qu'il y a à essayer de les convertir, et de leur faire retrouver la Vraie Foi. Si les tenants de ces religions refusent de reconnaître cela, c'est après tout leur problème, ils en répondront au jour du Jugement Dernier. J'ai peur de mal m'exprimer : je ne crois pas que les Croisades soient d'actualité (même si je blague parfois en en parlant comme du "bon vieux temps"), mais si nous aimons vraiment notre prochain, nous voulons pour lui le meilleur, et à cette fin, nous lui devons de lui faire découvrir la Foi qui sauve, la seule... Sinon, quel genre de catholicisme pratique-t-on ?

 

Vous nous reprochez de ne pas avoir peur d'être confondus avec l'extrême de l'extrême droite... Pourquoi aurions-nous peur ? Au mieux, ils sont démocrates, comme le FN, au pire, nationalistes, comme le GUD, ou d'autres mouvements... Or, je viens de le dire, nous ne sommes ni l'un ni l'autre. Il faudrait avoir une culture politique bien faible, ou être particulièrement bouché, pour oser soutenir cela après mon courrier. Ou ne rien vouloir entendre...

 

Texte de Luc Delaborde (VR) 04-01-2001