Raciste ?

 

Message de Paul le Hérisson, 8-12-2003.

 

Tout d'abord, je pense que les mots ont une existence indépendante de celui qui les prononce* et qu'un imbécile peut avoir des paroles sages comme un sage dire des imbécillités. Je n'ai jamais aimé le "d'où parles-tu" des étudiants de 68. Cette phrase - peut-être citée de façon perfide, peut-être mal comprise par moi, etc. - ne peut guère être autrement interprétée que comme une acceptation de l'argumentaire adverse et c'est en cela qu'elle m'a parue stupide et démagogique.

Pour ce qui est des sous hommes, je crois que vous vous méprenez sur ce que je pense. Je ne suis pas persuadé qu'il y ait une différence génétique majeure entre une petite ordure algérienne violant des gamines dans les caves et frappant les personnes âgées et Saint Augustin. Plus, je ne suis absolument pas persuadé que, si la différence génétique entre le saint et l'ordure était attestée, ce soit là l'explication de la différence de comportement.

Je ne suis pas raciste par raison c'est-à-dire pour ronronner, je le deviens par réaction. Il ne me viendrait pas à l'esprit de faire acception de la race, de la religion ou des préférences sexuelles dans mes relations intellectuelles. L'homme qui pense n'a sans doute pas de race. Celui qui marche dans la rue, si. Quand vous êtes dans la rue, que vous marchez au long d'une voie passante que pensez-vous face à l'immense merde qui nous submerge ? quelles sont vos réflexions quand une dizaines de "sous hommes" (comme vous dîtes) crachent par terre en braillant ? qu'avez-vous dans la tête quand vous voyez une gamine de 13 ans habillée comme ne le ferait pas une putain de bas étage se pendre au bras d'un nègre** de 25 ans au regard méprisant et au verbe haut ("fils de putes, les keufs'ta mère" etc.) avec sur le dos plus d'argent en vêtements que vous n'en n'avez jamais eu en livre dans votre bibliothèque ?

Quels autres sentiments avez-vous que la peur, le mépris et le dégoût ?

Quelle autre possibilité que la haine ?

Quelle autre possibilité que la haine...

Dans 20 ans, dans 30 ans, ce qui restera de France aura probablement disparu et moi j'aurai sans doute quitté ce pays en emmenant tous ceux que j'aime et qui auront pu s'arracher à la terre et aux morts. La démographie des pays du Sud et la lâcheté des gouvernements européens auront toutes deux fait leur oeuvre.

Il est probable que si je vis à Savannah, GA ou à Phoenix, AZ, j'ai des voisins noirs, arabes, asiatiques ou n'importe quoi d'autre, mais ce ne seront, alors, que des voisins pas les vers grouillant dans les plaies gangrenées de ce que certains continuent à appeler France (plus par convention sociale et par habitude que pour d'autres raisons plus réfléchies, d'ailleurs).

Ce seront des voisins, pas des ennemis.

Il est peut être temps d'accepter qu'il y a un temps pour tout y compris pour la haine et de dire avec le psalmiste : Je les hais d'une haine parfaite, ce sont pour moi des ennemis. Ps 139, 19.


Paul le Hérisson


* Comme les oeuvres d'art qui sont ce qu'elles sont indépendamment de la signature ou de leur époque de création. Ce qui n'enlève pas, d'ailleurs, qu'elles prennent une plus grande ampleur si l'on en connait le contexte.

** Quand je lis Edouard Glissant, je lis un grand poète et un grand penseur de la littérature qui, par ailleurs, se trouve être noir. Si je le croisai, je ne croiserai pas un noir (de même que s'il était blanc, je ne croiserai pas un blanc), je croiserai un homme. Quand je croise le genre de singe dont je parle plus haut, je croise un nègre et je deviens raciste. C'est comme ça, je n'y peut rien et je suis le premier à me sentir coupable.