Ralliements

Message de Paul Turbier, 11-10-2002.

 

Je mijote en ce moment de susciter un harcèlement respectueux mais déterminé vers les princes pour qu'ils se montrent davantage non pas à leurs fidèles, mais au monde républicain, à l'ensemble du pays. C'est l'objet d'un message auquel quelques-uns ont réagi et que j'avais intitulé "comité de lecture".

    Frédéric pose en retour une question apparemment embarrassante en disant "le Prince?  lequel?".  " Bonne question, merci de l'avoir posée, je vais y répondre" (citation libre du député Machin). Mais auparavant; je ferais la remarque suivante: il ne s'agit pas tant de rallier les royalistes aujourd'hui dispersés ( biens que dispersés, ils sont déjà convaincus) que d'amener des républicains à l'idée royale ce qui est un autre combat.

    Foin de détours et contours, voici ma réponse : celui qui se montrera.

    Mon analyse personnelle des évènements graves que nous vivons est qu'une convulsion dramatique est inéluctable peut-être même à court terme et que lorsque l'inévitable affrontement se produira, les politiciens républicains fuiront comme des rats et, lâchement, appelleront au secours un homme providentiel. Depuis 1802 ("déjà Napoléon, perçait sous Bonaparte..") jusqu'à Charles de Gaulle en passant par Philippe Pétain, ils ne savent rien faire d'autre.

    Il n'y a pas, actuellement d'homme politique ou simplement de notoriété qui ait la stature providentielle. Des hommes de convictions identitaires ont espéré et espèrent encore dans JMLP,  ou PhdV (ce fut mon cas) mais ceux-ci se sont enfermés dans une logique partisane qui, forcément divise alors qu'il aurait fallu rassembler.

    L'idée royaliste peut en revanche fournir une solution, la solution, nous en sommes tous convaincus mais notre Roi n'est hélas pas visible, de plus quasiment muet et surtout triple. ( Un seul Roi en trois personnes distinctes) Les regards dans le rétroviseurs de l'histoire font que certains disent : " c'est Lui !" ce à quoi d'autres répondent " Ignare: mécréant, c'est L'autre" . d'autre enfin affirment " Mais non, vous n'y ëtes pas , c'est celui-là, voici son os (virtuel)".

    SdR lorsqu'il nous honorait de sa prose a usé des tonnes de toner pour dire que ces disputes étaient byzantines puisque l'invasion mortelle a commencé. Nous sommes le dos au mur et il ne s'agit plus de voir celui qui devrait  mais de reconnaître celui qui peut. Qui peut quoi ?  Rallier sous l'étendard royal.

    Passons la revue de détail sous l'angle d'une aptitude au ralliement.

    1- Louis de Bourbon.

    Jeune et séduisant, il peut rameuter les dames et les demoiselles mais ce ne sera pas suffisant. Lui même n'exprime pas de conviction nette. Il a dit, voici quelques années, qu'il pourrait rendre des services dans la représentation symbolique du royaume. Son hispanité est, quoi qu'on argumente, un lourd handicap. J'ai connu un de ses fidèles dont la fidélité a fondu comme neige au soleil, à la chaleur d'un accent madrilène on ne peut plus discernable. J'ai également rencontré une légitimiste convaincue qui, peut-être lasse d'attendre, se demander si, tout comptes faits, il ne faudrait pas regarder ailleurs (Jean...).

    On n'est pas sortis de l'auberge.

    2- Henri, comte de Paris et Cie

    Le seul qui ait une notoriété grand public. Mais il fricote un peu avec la Gauche Républicaine (Mitterrand, franc-maçonnerie) et prépare une république couronnée plutôt qu'un royaume. Bof!.  Même des orléanistes à qui on parle d'Henri semblent douter puisqu'ils vous répondent  : Jean. C'est dire la confiance interne. Mais qui est Jean dans la rue? Ses supporteurs disent de lui : " il est bien, Jean!". Doit-on comprendre qu'Henri est mal ?.

    3- Charles-Edmond.de Bourbon.

    JJ le traite de menteur

    C'est probablement un homme de coeur, mais pas vraiment d'action. J'ai une lettre de lui assez émouvante mais d'une tonalité négative ("nous sommes malheureux et injustement traités"). En l'absence de preuves scientifiques de sa filiation, rien que la droiture un peu geignarde de son caractère me ferait reconnaître en lui l'indiscutable descendant de Louis XVI (Mon Dieu, nous régnons trop jeunes !). Mais il est peu ou pas connu. Si j'interroge mes amis non royalistes en leur demandant qui est Charles-Edmond de Bourbon, la seule réponse que j'obtiens est une paire d'yeux écarquillés.

    Il espère coiffer ses cousins par un expertise médico-scientifique.

   Quoique nous en pensions dans nos fors intérieurs, ils ont tous en commun une parcelle de légitimité de l'Histoire et nul autres, si valeureux seraient-ils ne pourrait faire triompher la cause sans cet adoubement de l'Histoire. Des Rois ont fait la France, leurs fils la sauveront. Voilà ce qui peut être répondu à la question républicaine "pourquoi Lui?"

    J'entends déjà les cris des purs : "un Roi ne se choisit pas, il est." Soit! Mais alors, qu'il soit ( En attendant, et à défaut, je me contenterais bien d'un Charles Martel.).

    Mettez-vous dans la peau d'un électeur républicain moyen qui vote sans grande conviction en étant au fond persuadé que son vote est inutile. Lui et ses semblables sont le gros du bataillon qui soutient la gueuse. Comment voulez-vous qu'il puisse un jour crier "vive le Roi" du haut de sa barricade alors que nous sommes sûr qu'il criera " Vive Machin" ou " Vive Truc" . Il sait qui sont Machin et Truc mais il ne sait pas qui est le Roi. Il est convaincu car on le lui a dit et redit; qu'il était mort et qu'il devait le rester.

    Le drame du Royaume en 2002 est que le Roi semble ne pas oser dire : "Je suis, là ; Voici ce que je peux faire pour vous. Espérez, car je vous aime!". Un mélange de concret (la vie ordinaire du Royaume) et de sentimental (L'Amour du Roi pour ses sujets)   Le mot "aime " est magique car aucun politicard ne peut le prononcer sans faire hurler de rire. Ils ne s'y risquent guère. L'un des signes à quoi on peut reconnaître le Diable est justement que le mot Amour lui écorche les badigoinces.

     Nous autres, humbles sujets, qui nous empêche d'appeler à cors et à cris l'agitation du panache blanc et de nous promettre, dès qu'il sera aperçu, de le suivre. Car ce panache agité sera le signe de la Providence.

    Comment verront-nous le panache ? Un livre, un manifeste solennel, une présence d'abord rare puis de plus en plus fréquente dans les médias, un signe fort (mariage à Reims par ex), bref une manifestation publique. Voilà déjà ce que, en ce qui me concerne, je recevrais comme un signal de ralliement.

Et je me rallierais.

 

Paul T.