Royaliste et fasciste, impossible ?

Débat sur VR fin avril 2004.

 

 

Marie Fauquet. 28 avril :

Il y a deux semaines, ce sujet avait été soulevé après qu'on a trouvé chez un groupe nazi un drapeau royaliste.. ce qui désolait pas mal de vexillarégiens, dont moi bien sûr. Alors je pose la question aux fascistes de la liste (je sais qu'il y en a ). Royaliste et fasciste, est-ce possible? Voilà pourtant l'analyse que j'en ferais grâce à des auteurs que personne ne me contestera j'espère, et de faits historiques..

Différence principale à mes yeux, la relation individu-Etat.le régime fasciste ne ressemblerait-il pas plutôt à ce que Maurras reproche à la démocratie et au jacobinisme ?

-         mépris du peuple, qui n'est là que pour l'Etat ; massification et uniformisation niveleuse par le bas

-         supprimer les corps intermédiaires entre l'Etat e l'individu, l'enfant appartient à l'Etat avant sa famille !

-         confusion du sacré et du politique ; pire, l'Etre Suprême est un humain !

-         « aliénation de chaque associé avec tous ses droits à la communauté » de Rousseau

L'Allemagne nazie supprimera tous les länder, ramenant tout à l'Etat, c'est à dire Hitler : quel rapport avec cette « France hérissée de libertés »de l'Ancien Régime (Funck- Brentano), par le fait même des privilèges des provinces ?

Certes, le fascisme est une réaction anti-démolibérale, anti-marxiste et nationale, mais le fascisme est et se veut révolutionnaire. « Nous devons parler de la Révolution permanente, parce que l'expression exerce une influence mystique sur les races » (Emil Ludwig, Entretiens avec Mussolini)

. Jacques Bainville le dit."le fascisme est avant tout une révolution."

Le nazisme est dès l'origine fondé sur la religion exclusive de la race, et ne se gène pas pour « s'opposer » d'emblée aux Eglises et à toutes les traditions.

 D'ailleurs, comme dirait Maurras, "une politique se juge à ses résultats".

Est cela que vous voulez pour la France?  Ma grand-mère a fui l'Allemagne de l'après guerre, je crois savoir de quoi je parle.

Voilà donc pourquoi je vois une impossibilité fondamentale et idéologique à être fasciste et royaliste.

D'ailleurs, amis fascistes, qu'avez trouvé dans ce régime d'enviable pour la France, ou même tout simplement d'humain?

Bien amicalement à tous,

Marie

 

 

Pierre de Meuse, 28 avril :

Vous avez certes raison dans votre formule. Cependant pour être objectif, il faut tenir compte de plusieurs éléments:

- d'abord le fait que le fascisme s'est voulu une copie du communisme, mais contre lui, ce qui lui a donné une position de seul opposant radical au communisme. En quelque sorte le fascisme apparaissait dans les année 40-60 comme un anticommunisme absolu, non parce qu'il était à l'opposé du communisme, mais parce qu'il s'opposait à lui par le mêmes moyens que ceux que le communisme utilisait lui-même.

- ensuite, si le fascisme est né du socialisme et du mazzinisme, il s'est retourné vers une théorie aristocratiste héroïsante dès 1920. Et le national-socialisme, lui, est né des théories de Herder, Gentz et Fichte, qui sont les versions allemandes de la contre révolution. Il en résulte un caractère ambigu, composite, de ces mouvements qui ne peuvent être compris que dans leur contexte historique.

- de même, si les fascismes sacralisent le pouvoir, c'est en quelque sorte un retour à la conception pré-révolutionnaire du pouvoir. Je ne pense pas que Hitler ou Mussolini aient quoi que ce soit à voir avec Rousseau.

- enfin, vous opposez avec raison révolution et contre révolution. Cependant, la révolution ayant triomphé dans une mesure que ses promoteurs eux-mêmes ne pouvaient prévoir, le retour aux principes d'un ordre véritable constituerait une révolution plus immense que toutes les révolutions que nous avons connues.

En conclusion, je dirai qu'il est absurde de se dire fasciste aujourd'hui, que l'on soit royaliste ou non, mais qu'il est dangereux pour nos idées de diaboliser le fascisme. Rendons ce régime à l'Histoire.

 

 

H.de F., 28 avril :

Ce qu'il y a eu de bien ? Acquis sociaux qui faisaient pleurer les Français STO qui y avaient droit, transformation d'un pays ruiné en puissance de premier rang, fin du chômage, fin de la décadence morale, plus de respect de l' Eglise que sous la racailleuse IIIe Republique, respect des femmes, création d'un système de commerce international équitable, élimination sociale des parasites... et plein d'autres choses encore !

 

Marie Fauquet , 28 avril :

Respect de l'Eglise? par l'Etat certainement pas! et vous êtes obligé de comparer avec la République.. mauvais signe!

respect des femmes, création d'un système de commerce international équitable, expliquez moi ça venant d'un pays comme l'Allemagne nazi, je ne vous suis pas!

élimination sociale des parasites... si vous partez de cela, je ne vois plus à quoi servirait de discuter...

Vous n'avez pas répondu à toute ma question. Qu'y voyez vous d'humain? Cela vous est-il égal? D'autre part, il s'agit tout d'abord du principe du régime... (et je le répète, les résultats après étaient catstrophique, pour ceux qui me ressortiraient ma citation de Maurras)

 

H. de F., 28 avril :

Par le biais du troc qui excluait les grosses banques juives du racket sur le commerce international, d'où leur acharnement à rayer l'Allemagne de la carte...

Et par pitié, informez-vous et ayez du nazisme une autre image plus conforme à la réalité et non les clichés de la propagande de guerre ploutocratico-communiste....

 

Olivier, 28 avril :

Pour aller plus loin : le national-socialisme était un vaste paganisme anti-chrétien. Il suffit de lire les catholiques allemands contre Alfred Rosenberg, dans son livre "Mythe du XXe siècle". Eugénisme, stigmatisation de la race... cette vision n'a pas le message de notre Seigneur. Dieu n'est pas le "Got" de cette mystique.

De même, nombreux sont nos frères chrétiens (de Rome ou "séparés") persécutés par vos idoles : sans parler d'Edith Stein, les apparitions de Heede de 1937 seront pourchassées par le gauleiter local, les polonais dans les camps, ...)..

Et pour finir : Mit brennender Sorge : Avec un soucis brûlant, sans mentionné le mot national-socialisme, le pape condamne la doctrine. Comme une semaine plus tard le communisme. Pie XI. Le racisme n'est pas chrétien, comme - je vous le rappelle - l'antisémistisme.

lisez ! http://membres.lycos.fr/lesbonstextes/pximitbrennendersorge.htm Disponible aussi chez Téqui.

Olivier.

 

Marie Fauquet, 29 avril :

Cela me paraissait tellement évident que je ne l'ai pas précisé. Mais il le sait sans doute, puisque par deux fois il a éludé ma question "qu'y voyez vous d'humain?". Il n'y a rien de chrétien bien sûr. Je me suis déjà bien renseigné sur "l'affaire Pie XII", mais ne sais où trouver ce fameux encyclique. L'antisémitisme n'a rien de chrétien non plus, oui, mais beaucoup me paraissent l'oublier ici !Que pensez vous de "élimination de parasites dans la société allemande"?

 

H. de F., 29 avril :

Les parasites dont je parlais n'étaient pas les juifs mais les profiteurs... ce que dans les camps on appelait les "triangles noirs", et j'ai parlé d'élimination SOCIALE et non d'élimination PHYSIQUE.... sur laquelle, jeune Marie, vous seriez gréée en cette période d'avant-bac de procéder à quelques révisions...

 

Vincent DS, 29 avril :

Elimination sociale dans les CAMPS ??? Vous avez une drôle de conception de la différence entre social et physique...

…Cordialement

Vincent DS

 

H.de F., 29 avril:

Je parlais des triangles noirs, pas des Juifs. ...

Les camps ne résolvent rien. C'était une pratique courante à l'époque, les Américains, les Français, les Anglais faisaient pareil. Voici ce que j'en dis au sujet de la "repentance par le travail" :

Schématiquement, on distingue deux conceptions, que l'on peut résumer « de gauche » et « de droite », nouveau champ de bataille dans le duel éternel entre la thèse de l'inné (plutôt de droite) et celle de l'acquis (plutôt de gauche). La première, dite «Rousseauiste », prétend que l'homme est bon par nature et que la société le corrompt, thèse résumée par Charles Darwin : «Si la misère du pauvre n'est pas causé par la loi de la nature, mais par nos institution, grand est notre pêché ». C'est une conception virtuelle, philosophique, évanescente. Si elle est vraie, alors il faut multiplier la prévention. Appliquée massivement en France avec un échec cuisant, cette politique vise à faire du criminel une « victime », voire « un malade que la société doit soigner et non punir ». La dérive potentiel d'une telle idéologie est amplifié par la fausse science qu'est la psychiatrie dont on a vu les ravages qu'elle fit en URSS avec l'enfermement des « criminels par la pensée » dans les asiles psychiatriques au motif qu'ils étaient « des fous que l'on doit soigner »([1]). La seconde, dite « déterministe », constate que l'homme est mauvais par essence, à peine amélioré par la société, et que les criminels ont généralement « ça dans le sang ». C'est une conception fondée sur la science et l'observation, terre à terre, concrète. Si elle est vraie, alors il faut accroître la répression, légaliser la peine de mort pour mettre hors d'état de nuire ceux qui ont été jugés « irrécupérables ». Paradoxalement, si la seconde idéologie a amené à la guillotine et à la chaise électrique, la première a amené à l'ouverture des bagnes et autres camps de concentration, de droite comme de gauche, où le criminel devait «racheter » ses crimes par la souffrance.  Cette parodie de pardon chrétien sans justement la présence de Dieu n'amena que sadisme et abomination, les noms de Cayenne, Biribi, Dachau ou Kolyma résonnant encore dans la mémoire collective, enfers terrestres où, entre le bagnard et le maton, le plus criminel des deux n'était pas toujours celui que l'on pensait.

 

Vincent DS, 29 avril :

Eh bien voilà un discours qui me semble beaucoup plus cohérent sur une liste telle que la nôtre : droite et gauche renvoyée dos à dos car générant les même totalitarisme, du fait qu'elles puisent à la même source, même si les uns sont rousseauistes, et les autres sont voltairiens.

 

 

Annelysdefrance, 28 avril :

Chère Marie,

A mon avis aussi, on ne peut être "fasciste" au sens propre du terme (partisan du type de société prônée par Mussolini et ses adeptes) et royaliste, puisque ces deux types de sociétés sont antinomiques et ont, en Italie, abouti à l'effacement complet du roi.

Encore moins peut-on être nazi.

En revanche, "fasciste" est devenue une injure courante chez les gens de gauche et de la fausse droite, désignant quiconque n'adopte pas leur propre vision marxiste ou crypto-marxiste de la société.

Comme les injures venant de vos ennemis sont plus flatteuses qu'autre chose, on peut se flatter d'être "fasciste" en ce sens. A mon avis, ceux qui le font ont tort, il faut laisser aux mots leur véritable sens si on veut être compris.

Cela dit, la nouvelle que l'on aurait trouvé un drapeau royaliste chez un adhérent d'un groupe nazi mérite qu'on la prenne "cum grano salis" : la police et la justice comme la presse sont coutumières de ce genre d'amalgame ; une perquisition dans un groupuscule plus ou moins nazi a pu être étendue jusqu'à des royalistes sans aucun rapport avec les idées nazies et les objets trouvés chez les nazis ont pu être mêlés à des objets trouvés chez les royalistes, pour la photo ... et l'amalgame.

Il est aussi possible qu'un royaliste ait possédé, à titre de collection ou de documentation, des textes ou objets relatifs au nazisme sans y avoir le moindrement adhéré.

Il se peut aussi, malheureusement, que de jeunes royalistes mal informés et mal formés se soient laissé séduire par des thèses qui n'ont rien de royaliste. Mais ce n'est pas l'hypothèse la plus probable.

Amitiés

Anne

 

Marie Fauquet, 28 avril :

On peut se flatter d'être insulté par ses ennemis pour ce qu'on est, pas ce qu'on est pas. et je considère qu'il est urgent nos adversaires et ceux qui pourraient pourtant ne pas l'être soient au courant de ce qu'on est vraiment. l'utilisation du terme fasciste n'importe comment autant que l'amalgame que l'on en fait avec nous sont très dangereux et doivent être combattus, pas souffert avec le sourire du mépris... cela ne combat rien devant des ennemis comme les nôtres, qui ne sauraient pas l'interpréter.

J'espère que la désinformation de toute la jeunesse surtout est encore réparable!

 

Bertrand Lambert, 28 avril :

Tranquilisez - vous! Sauf erreur de ma part, il n'y avait dans cette nébuleuse, ni nazillons, ni royalistes. Mais un superbe montage fliqué, pour venger le maire de Châteauroux, qui est et a été ridiculisé par une équipe de jeunes, qui ne se laissaient pas impressionner! Cela, c'est une leçon exemplaire! Comment on se fait piéger par les RG! A retenir... Ce serait d'ailleurs la même chose avec les gauchos, et cela ne doit pas manquer à H IV!

Pour le reste, Bravo pour vos lectures, et les commentaires!

Bon retour de vacances!

 

Fressinet, 28 avril :

Le problème lorsqu'on traite les royalistes de fascistes, c'est que les premiers oublient leur combat pour se défendre mordicus d'être des fascistes. D'affirmation d'une idée on passe à la négation d'une autre.

A mon avis, ceci fut une des erreurs principales de l'Action Française, à force de se défendre d'être fasciste elle n'est plus rien du tout. Lors de la saisie de Chateauroux, j'ai vu sur le site des manants du Roi, un édito qui clamait contre les fascistes qui font du tort au mouvement royaliste. Or ils se trouve que c'est une manip, et que deux fusils de chasse ne constitue pas une menace pour l'état.

Ayant approche le site des manants du Roi sans préjugé, la vue de ce texte et les rebondissement de cette histoire m'a fait classer ce mouvement comme des looser salonards. Ceci dit, je n'ai rien contre les individus du mouvement que j'ai rencontre, disons simplement que leur combat ne m'intéresse pas et que je ne souhaite pas m'associer a eux.

Fressinet

 

Montgarnaud, 28 avril :

La création de l'Action française est antérieure au fascisme.

 

annelysdefrance, 28 avril 2004 :

<<<A mon avis, ceci fut une des erreurs principales de l'Action Francaise, a force de se defendre d'etre fasciste elle n'est plus rien du tout.>>>

Si bizarre que cela puisse vous paraître, l'AF n'a été accusée d'être fasciste que quand elle n'a pratiquement plus existé, laminée qu'elle avait été par "l'épuration" et l'hégémonie des communistes dans le pays après 1945 (grâce, entre autres, à De Gaulle...)

Si mes souvenirs d'AF sont bons, elle n'a d'ailleurs pas perdu son temps à se "défendre d'être fasciste" ; jene me rappelle aucune campagne consacrée à s'en défendre. Ce n'est certainement pas à cela qu'elle doit "de n'être plus rien du tout" (ce qui n'est d'ailleurs pas tout à fait exact), mais tout d'abord aux conséquences de la condamnation par Pie XI, qui en a écarté un certain nombre de pieux catholiques, mais qui surtout a permis aux progressistes, modernistes et marxistes de s'infiltrer dans l'Église de France plus vite et plus qu'ailleurs. Quand les dirigeants de l'AF ont été emprisonnés, le journal confisqué, il ne lui restait pas beaucoup de forces. Ces forces ont pourtant été, notamment au Quartier Latin, les premières et un temps les seules à s'opposer à la domination des communistes.

Il n'y a, je pense, presque aucun royaliste d'aujourd'hui qui ne doive une bonne partie de sa pensée et de sa doctrine à ces "petits restes" de l'Action française ou tout au moins aux ouvrages et à la pensée des grands dirigeants de l'AF d'avant la guerre de 39-40..

Il est bien certain que ce n'est pas l'actuelle AF, surtout divisée, qui est en mesure de créer autour d'elle un mouvement de l'ampleur de celui que suscitait l'AF du premier tiers du XXème siècle. Mais cette réduction des possibilités de l'AF ne peut pas être attribuée (ou alors si peu) au fait qu'elle se soit défendue d'être fasciste.

Cordialement

Anne

 

Montgarnaud, 28 avril 2004 :

L'AF a surtout été accusée d'être fasciste après le 6 février 1934, insulte reprise par le Front populaire, amalgamant les royalistes avec les autres mouvements patriotiques ("Croix de feu", etc.) sous le terme de "ligues factieuses".

 

H. de F., 28 avril :

De toute façon, avec les gueusards, tant qu'on est pas des leurs, on est fasciste. Moi j'ai changé d'optique et je leur dis : "oui je suis fasciste et je vous em....de"

 

Bertrand Lambert, 28 avril :

Ils ont tout simplement parlé d'un sujet qu'ils ne connaissaient pas... Auraient-ils connu Paul Thore qu'ils n'auraient pas raconté de conneries... Dans son entourage, il y avait, il y a de tout... Mais, sauf erreur de ma part, pas de fachos...

Quand au montage fliqué, c'est tellement évident, qu'il est attristant de voir des gens se faire piéger sans être complices du piège....

Explication: De vieilles rancunes électorales autour de la mairie de Châteauroux (Saint Maur est en quelque sorte un faubourg), de son Conseil municipal, et des farces joyeuses dont le maire a été - dans son immense connerie - le dindon, tellement souvent...

Autre explication: Un immense pouvoir franc-mac dans cette région, (La rédaction locale de la Nouvelle République à Châteauroux est 'aux ordres') qui date d'après les guerres de religion, et de l'émergence subite de petits bourgeois enrichis avec les biens nationaux, qui en ont tout de même honte (celà se sait, il y a de véritables dynasties), et qui s'accrochent à ce qui les a protégés.... D'ailleurs je n'ai jamais vu un coin, où l'on savonne autant la planche aux extérieurs qui viennent travailler, qui travaillent, et qui réussissent...

Longue analyse sociologique et historique à faire...

N'en voulez pas aux manants, ils ne savent pas...

 

Annelysdefrance, 28 avril :

On peut difficilement avoir du nazisme une excellente image. Même si on reconnaît que le gouvernement du IIIème Reich a connu quelques succès, économiques et militaires notamment, avant de s'effondrer, effondrement dû certes à la coalition liguée contre lui, mais aussi à ses faiblesses intrinsèques, celle de tous les gouvernements totalitaires ramenant tout au culte de l'État et de son chef.

Ce qui n'a rien, mais alors rien à voir avec le royalisme.

Anne

 

 

Le Lieutenant, 28 avril :

La réponse à la possible conciliation ou non entre fascisme et royalisme dépend beaucoup de la définition de "fascisme" qui est un mot fourre-tout.

On peut toutefois évoquer les aspects communs suivants :

Tant royalisme que fascisme sont enracinés dans le terreau national et la tradition d'un peuple.

Les fascismes ont toujours surgi comme une réaction de membres d'un peuple dont la nation était mise en danger par la subversion (qui était historiquement marxiste.) Il s'agit d'une action et d'une réflexion visant à la sauvegarde de son identité et à adopter les réformes nécessaires à sa survie.

Les fascismes ne sont pas universels mais chacun est spécifique à une nation donnée comme les royautés. Comme les royautés, ils battissent sur le passé en le transformant et non en en faisant table rase comme les régimes marxistes.

Comme les royautés, ils sont soucieux de la sauvegarde de leur identité nationale et de leurs peuples et en appellent à l'autorité d'un chef qui agit en s'imprégnant de la substance de son pays et est porte seul la responsabilité de sa décision même s'il y a eu consultation préalable de personnes ou d'assemblées.

Ils sont soucieux des intérêts indigènes et de l'indépendance vis-à-vis de l'étranger. Le bien-être social de leurs populations est un de leurs soucis majeurs.

Ce qui différentie fascismes et royautés est l'origine de la légitimité de leur chef. Pour le roi elle est transcendante et le roi est responsable devant Dieu, dont les commandements limitent son action et l'orientent vers le bien. Pour le chef fasciste elle est immanente et le chef tient compte dans l'élaboration de sa politique des valeurs, de l'héritage culturel et du génie propre de son peuple auquel il est donc attentif.

Dans leur contenu, l'héritage d'un peuple se confond ou découle dans une large mesure de sa religion et des mythes qui ont forgé son imaginaire. Suivre patrimoine culturel, philosophique et instinctif d'un peuple comme le fait un chef fasciste ne mène pas nécessairement à des conclusions différentes que de suivre la volonté divine exprimée par l'héritage religieux de la nation comme le fait le Roi.

Dans les deux cas c'est cette volonté de se plier à un héritage qui forge la légitimité du régime et fonde sa popularité. Cette popularité était immense dans les deux cas et certainement plus importante que celle que l'on rencontre dans les régimes démocratiques où les dirigeants ne sont que très rarement perçus comme des pères.

Plus transcendante, la royauté est mieux protégée contre les excès et accepte moins que la fin justifie les moyens. Plus immanent, le fascisme est d'avantage soucieux du peuple, plus à l'écoute de ses valeurs, et aussi soucieux son bien-être. N'oublions pas que les régimes fascistes ont toujours été très sociaux. Cela a résulté de la constatation que la route ne pourrait être barrée aux marxistes sans résoudre les injustices sociales qui étaient très fortes à l'époque, mais pas seulement de cette constatation : soucieux de l'identité nationale, les fascismes ont toujours mis en avant ce qui est commun à un peuple et refusé ce qui divise une nation comme la lutte des classes. Le corporatisme qui prend en compte les intérêts communs d'un groupe au lieu d'exacerber les conflits internes entre catégories est une caractéristique du fascisme et était un pilier de la société royale traditionnelle également.

La royauté par son aspect transcendantal assure plus de mesure dans l'exercice du pouvoir et plus de prudence dans sa politique; le long terme y est mieux assuré et la transmission héréditaire du pouvoir une garantie de longévité.

Le fascisme par son immanence est plus prioritairement soucieux de son peuple et des aspects sociaux, ce qui limite les risques de révolution, mais la longévité du régime est liée à la difficulté d'assurer une succession au chef.

Le livre, ardu à lire, de Merel "Fascisme et Monarchie, essai de conciliation du point de vue catholique" est exemplatif à cet égard et conclut que si la Monarchie française avait introduit d'avantage d'immanence dans son concept, elle aurait revêtu des caractéristiques propres d'un régime "fasciste" et la révolution de 1789 n'aurait pas eu lieu.

En ce qui me concerne, ayant vécu dix ans dans le Portugal de Salazar qui a  gouverné fort semblablement à ce qu'aurait pû faire un Roi, je suis convaincu qu'un régime fasciste qui prend en compte l'héritage catholique européen ne diffère pas tant d'une royauté.

Il me semble qu'être royaliste ou fasciste présente de nombreuses similitudes, un certain parallélisme et des complémentarités. Il n'y a à mon sens que peu ou aucun antagonisme, mais je parle bien sûr des fascismes réels et pas des monstres totalitaires inventés par la propagande de leurs ennemis et l'antagonisme sera d'autant plus faible que les régimes considérés seront plus imprégnés de l'héritage chrétien.

 

Marie Fauquet : 29 avril :

Certes il faut faire attention à la diversité des fascismes. Je vous parle de ceux qui ont poussé assez loin le modèle pour qu'on puisse en tirer des conséquences. Mais je reprendrais quand même deux points contestables à mes yeux dans votre argumentation:

 "Comme les royautés, ils sont soucieux de la sauvegarde de leur identité nationale et de leurs peuples et en appellent à l'autorité d'un chef "

"Dans les deux cas c'est cette volonté de se plier à un héritage qui forge la légitimité du régime et fonde sa popularité." Soucieux de leur identité, mais surtout de conserver ce qu'ils en veulent. Je revient au problème des Eglises (je parle pour l'Allemagne). Ne faisaient-elles pas partie de leur identité?L'héritage a-t-il été conservé?

"Le fascisme par son immanence est plus prioritairement soucieux de son peuple et des aspects sociaux" Je trouve vos régimes "sociaux" un peu trop sélectifs dans leur socialisme. D'ailleurs, être social dans une monarchie, est ce créer des jeunesses fascistes ou hitlériennes?

Pour le reste, je reconnais qu'il y a des points communs. Mais les différences ne sont pas à l'avantage du régime "fasciste". J'utilise le mot à son sens premier que lui a donné Mussolini, le premier à se dire "totalitaire" aussi.

 

Bertrand Lambert, 29 avril :

Non, Marie, pas de points communs!

Fascisme: ce n'est pas un mot anodin. Fasciste non plus.

Déjà les nationalismes n'ont pas le même contenu... Les dialogues social encore moins, Les hiérarchies et les priorités encore moins, les fondements philosophiques et politiques encore moins, etc. etc.

Fasciste n'est pas Fachos, insulte sans contenu réel ou précis mise à la mode par les cocos depuis 80 ans, entretenu par eux jusqu'aux années 60, puis passée dans le langage courant (démocrates chrétiens, puis soixante-huitards, puis extrême gauche contemporaine, puis n'importe qui) sans avoir davantage de contenu, et ne portant qu'à disqualifier les cibles.

Ces cibles sont multiples, et même quand elles sont passées par le royalisme, (Georges Valois, le plus connu), elles n'y sont pas restées, et plus, elles n'ont eû de cesse que de le condamner et le combattre....

Au sens propre, il n'y a jamais eû de fascisme en France, tout au plus des totalitaires rouges ou roses,  et les totalitaires 'de droite' n'ont jamais été que des individus isolés...

 

Le Lieutenant, 29 avril :

L'aspect social du fascisme est fort occulté actuellement, mais il n'en fut pas moins très marqué. Le national socialisme comme son nom l'indique fut fort socialiste et attira de nombreuses personnalités cette mouvance. Il s'agit ici d'un mélange de fascisme et de socialisme et à mon avis c'est volet socialiste qui est à l'origine de la plupart des faits qui lui sont reprochés car on ne peut établir l'égalité qu'en décapitant tout ce qui dépasse comme en URSS ou en rendant viable la notion d'égalité (qui est toujours fausse) de tous les nationaux par la marginalisation du concept en les déterminant comme supérieurs à d'autres groupes. Les acquis sociaux de national socialisme ont été nombreux, des crèches aux croisières pour ouvriers en passant par la VW qui survécut au régime. Mais le national socialisme est à part du fascisme et je ne m'y attarderai pas plus.

On retrouvera dans l'entourage du maréchal de nombreux hommes issus de milieux sociaux, dont des dissidents de l'AF proches de milieux de nationaux-syndicalistes (il faut lire à l'ombre des grandes têtes molles de Pierre Monnier pour avoir une vue originale (au sens étymologique du terme) sur l'entre deux guerres et la réalité des mouvements ultérieurement classés sous l'étiquette fasciste.

En Espagne aussi les fascistes étaient les plus sociaux chez les nationalistes, de Ledesma Ramos que l'on qualifie parfois de national bolchevik, à José Antonio Primo de Rivera qui prônait un service social à assurer par les jeunes de familles riches.

Les moins socialistes ou même sociaux ont probablement été les plus catholiques, de Franco dont une constante politique a été la marginalisation de la Phalange à Salazar dont la politique a été si pas non sociale du moins plus conservatrice. Et pour répondre à votre question sur les jeunesses fascistes, Salazar créa un scoutisme obligatoire sur le modèle organisationnel de la Hitler-Jugend, et ce fut très social. La Mussidade, ce mouvement mêlant scoutisme et éducation dont l'idéologie était nationale, corporative et catholique fut un facteur important de brassage social et l'outil de base de la détection et l'éradication de l'analphabétisme fort répandu dans l'entre-deux guerres au Portugal. Je confesse que petit louveteau de St Louis des Français à Lisbonne, j'enviais fort la Mussidade avec ses véhicules et roulantes prêtées par l’armée, la dauphine de l'aumônier et les casseroles des mamans ne soutenaient pas la comparaison.

Quant à la religion dans l'héritage allemand, il est certain que le mouvement National socialiste a donné une prépondérance à l'héritage païen sur l'héritage chrétien, mais l'aile païenne n'était pas seule (elle ne parvint par exemple pas à faire retirer les crucifix des écoles) et le régime signa des concordats avec l'Eglise qui ne cessa jamais de fonctionner normalement, la surveillance se limitant à l'aspect politique et non au religieux proprement dit. La foi religieuse très forte de Léon Degrelle (Avez vous lu son "Mon chemin de Saint-Jacques" ou "Je te bénis, ô belle mort " recueil de poésies inspirées par Sainte Thérèse d'Avila ?) n'a jamais trouvé que compréhension et sympathie chez Hitler, par exemple, (bien que ses propos privés indiquent souvent indifférence et mépris pour la foi chrétienne – voir « libres propos sur la guerre et la paix » Flammarion 1952 & 54-.)

 

Paul Turbier, 30 avril :

Je suis déjà intervenu sur ce sujet mais la lecture des dernières interventions m'amène à un petit codicille.

1- A propos des réalisations du nazisme et en particulier du système de protection sociale. Un de mes oncles, prisonnier de guerre détaché comme ouvrier boulanger " en ville ", en faisait, comme de  dit H de F, un grand éloge. Comme j'étais très jeune, j'écoutais, extasié. Aujourd'hui, j'ai sur les différents systèmes qui ont le même objet une vue quelque peu différente. Je les considère, sécu en tête, comme des arnaques déresponsbilisantes, financées par des prélèvement obligatoires qui ne sont que des rackets légalisés. Cette étatisation de la santé est proprement socialo-communiste et sert à fidèliser une clientèle d'ilotes. Les assureurs professionnels savent très bien couvrir ce risque comme il le font pour bien d'autres calamités existentielles, et les cas limites qu'ils ne peuvent couvrir (insolvabilité, maladie lourdes gravissimes ) sont seuls du ressort de la solidarité nationale. Le Roi, si par bonheur nous en avions un (un vrai), laisserait l'hôpital s'occuper de charité, celle-ci comme une autre..

2- A propos de la contamination par propagande plouto-machin. Je redis que la propagande X ou Y me laisse complètement froid et ne me sert pas de référence. J'essaie seulement de juger les arbres à leurs fruits. Le royalisme en France s'étend sur une durée de 9 à 15 siècles (en fonction du point de départ)  avec un progrès quasi-constant du royaume. Aucun système dirigé par un lideur. (maxime ou minime, c'est à la carte), un maine-fureur, un timonier, un conducator, empereur et autre doutché n'approche une telle solidité.  Et ce n'est pas fini. Je suis de plus atteint d'une francolâtrie aigüe dont rien, jusqu'à ce jour n'a pu me guérir, mais qui m'empêche de regarder ailleurs comment la soupe est faite. Qu'ils la mangent, voire s'en régalent, ceux qui habitent là-bas, c'est leur problème et le mien est ici.

3- Je serais bien incapable de claquer les talons devant qui que ce soit mais j'accepte volontiers de m'incliner devant le Roi, lieutenant sur terre de qui vous savez. Je vis seulement dans l'espoir d'apercevoir le commencement d'un renouveau sans lorgner dans aucun rétroviseur, ni me focaliser sur un prétendant qui ne prétend à rien. Je fais modestement ce que je peux là où je suis et avec mes petits bras pour pousser le landeau royaliste et pas un autre..

Paul T.

 

Le Lieutenant, 17-05-2004 :

Suite à la discussion sous rubrique, je me suis plongé dns la plaquette de Jean Madiran "le Principe de Totalité" qui est assez ardue pour un non philosophe mais apporte une bonne distinction entre ce qu'est une royauté et un pouvoir totalitaire et une "démocrassie".

On y lit :

«          Hors de tout contexte doctrinal, la formule: la cité est pour l’homme pourrait être aussi dangereuse, quoique d’une autre manière, que la formule: l’homme est pour la cité. Celle-ci tendrait à absorber le personnel dans le social, c’est-à-dire à réduire en esclavage la personne humaine. Celle-là tendrait à faire de la personne le tout suprême, ayant en soi sa cause et sa fin. -- On peut dire que la cité est ordonnée à l’épanouissement de la personne humaine, à la condition d’apercevoir en même temps que l’épanouissement de la personne humaine n’est pas à lui-même sa règle supérieure et unique. La personne humaine n’est pas telle que tout se rapporterait à elle et qu’elle-même ne se rapporterait à rien. « Tout est à vous, mais vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu ». Dire que la cité est pour la personne s’entend dans le contexte doctrinal de l’ordination à Dieu de l’une et de l’autre. La cité n’est pas ordonnée à l’égoïsme, à l’orgueil, à la volonté de puissance de la personne.

            L’opposition entre la personne et le bien commun est une fausse opposition: car le bien commun est le bien commun des personnes, ou alors il n’est plus un bien commun. La vraie question est que le bien commun que l’on nous présente comme tel soit véritablement le bien commun. Dès que l’on entend que le bien commun est le bien commun des personnes, on entend inévitablement du même coup, comme l’énonce Pie XII, que c’est un bien principalement moral et comportant avant tout les conditions nécessaires au respect des droits et de la dignité des personnes qui composent la société. La cité n’est pas au service de l’égoïsme ou de l’orgueil personnel, elle est au service de ce bien qui est commun aux personnes qui la composent: coopérer mutuellement à se diriger vers les fins auxquelles elles sont ordonnées, par l’exercice des droits qui y correspondent. Et chaque personne est au service de cette mutuelle coopération: sous ce rapport, dans cet esprit et en ce sens, la personne individuelle est ordonnée et subordonnée à la communauté.

            Il n’est pas de bonne méthode d’opposer soit, d’une part, la dignité de la personne à la volonté de puissance de l’État, soit, d’autre part, la dignité et la finalité de l’État à l’égoïsme et à l’orgueil de la personne. On aboutit à exalter unilatéralement soit la toute-puissance d’un État qui n’est plus ordonné au bien commun des personnes (c’est-à-dire qui n’est plus subordonne a la loi naturelle), doit la valeur suprême d’une personne humaine qui n’est plus ordonnée à rien d’autre qu’à elle-même.

            Dire que la vraie question est celle-ci: que le bien commun que l’on nous présente comme tel soit véritablement le bien commun des personnes, c’est rappeler que la communauté politique est un tout accidentel et non un tout substantiel. Le bien commun de la communauté politique n’est pas le bien propre d’un tout substantiel, comme dans le cas d’un organisme physique, le corps humain par exemple; il ne se réalise donc point dans l’humiliation, la persécution, l’aliénation des personnes individuelles. Le bien commun temporel est « le bien des touts substantiels que sont les membres de la société », et « il n’est le bien de ces touts substantiels qu’en tant que ceux-ci sont les membres de la société ». (Charles De Koninck, op. cit., p.56). Dans le totalitarisme, ce n’est pas la primauté du bien commun qu’il faut nier: c’est la primauté d’un bien non réellement commun, ou non véritablement bien, qu’il faut mettre en cause. »

Je mettrai toute la brochure à votre disposition sur le site des textes.