Textes de Thierry Maulnier

Action Française, ami de Maurras,
Un des Rédacteurs en chef de « Je suis Partout »

Ayant eu quelques problèmes à la libération.

 

Aux bons Pères

Mes bons pères, Messieurs les prêtres des Eglises Chrétiennes, voici donc ce que vous venez de découvrir : la parole divine (a t on encore le droit de dire divine ?), la parole divine des Evangiles était bonne, mais elle a été empoisonnée tout prêt de la Source, détournée de son sen sens par les ratiocinateurs  théologiens, par les serviteurs du pouvoir, par les démagogues de l’imagerie pieuse, par l’Eglise historique souillée de toutes les impureté temporelles. Sous la conduite de l’Eglise, le christianisme a dévié très tôt du bon chemin pour aller vers l’imbécillité, la servilités ou le fanatisme. Il a encensé et justifié toutes les tyrannies, il s’est fait tyran lui même, massacreur d’Ariens, de Musulmans, de Juifs, de Cathares, massacreur catholique de réformés , massacreur réformé de catholiques, inspirateur des Dragonnades, bénisseur des bouchers avides Cortes ou Pizarre, complice des commerçants, dispensateur d’opium au peuple, inventeur de faux dogmes, propagateur de toutes mystifications qui ont fait depuis 20 siècles le jeu des possédants et détourné les pauvres de la sainte révolte, fomentateur de guerre et briseur de grève. Vous avez découvert que quand même les création qui ont fait sa gloire, même à Chartres, même à Cluny – pourquoi ce luxe ?- même à Cîteaux – pourquoi cet ascétisme mutilant- même avec St Vincent de Paul et cette charité qui n’est que la plus sournoise façon de refuser la justice, l’histoire de votre Eglise, l’histoire de votre foi n’avait été qu’une longue suite d’erreurs, ou plutôt un seul erreur, une énorme et scandaleuse erreur, la trahison systématique, l’inversion bimillénaire  du vrai message évangélique et de ce jeune prophète, barbu comme notre jeunesse, qui fut sans doute crucifié, qui ne ressuscita sans doute pas, de cet annonciateur de Karl Marx venu un peu trop tôt.

 

Mais, mes bons pères, messieurs les prêtres, cette Eglise. Fourvoyée depuis sa naissance, cette bimillénaire erreur devenu Eglise, c’est elle qui vous a appelés, c’est elle qui vous a donné son enseignement, c’est librement que vous avez choisi d’aller vers elle, c’est elle qui vous qualifie pour parler au monde, elle qui vous a donné vos fonctions, et les titres qui vous confère une autorité particulière. Si vous n’êtes pas de ceux qu’elle a mandaté, vous n’êtes rien, vous n’êtes rien que par elle.

 

Cet amoncellement, cette montagne de cruautés, de compromissions, d’hypocrisies, de complicité, cette montagne bimillénaire d’erreurs que vous dénoncez aujourd’hui, c’est la chaire d’où vous vous adresser au monde. Si votre Eglise est ce que vous dites, vous êtes vous même discrédité ou du moins sans crédit particulier. Votre parole est celle de n’importe qui

 

L’Eglise et le sexe

Charles Maurras me (Thierry Maulnier) disait un jour

«  Depuis le stupide XIX eme siècle, le quatrième commandement a pris, aux yeux de l’Eglise,  une place une importance vraiment disproportionnée »

Pourquoi l’Eglise tient elle le sexe pour rival ?Veut elle donner asile à toux ceux que le sexe effraie ou déçoit ?

 

L’Eglise et le plaisir

Pourquoi cette longue bataille mené par l’Eglise contre le plaisir (sexuel, sensuel, intellectuel même) ?

Il n’y a pas de puritanisme dans les Evangile et le misogynie de St Paul n’explique pas tout. Sans doute le plaisir sensuel, même sous les formes de la danse, du spectacle, des excès de table et de boisson  ; apparut il très tôt comme un rival. C’était une erreur. Les sens et la foi ont des domaines différents. Les sens ne peuvent pas combler le désir de l’absolu. Ce n’était pas de l’interdit jeté sur eux que la religion pouvait attendre sa victoire mais de la déception, de la satiété et de l’insatisfaction que sont au bout du chemin.

 

Système politique

Ni le droit divin, ni la volonté majoritaire, ni la force, ni la morale ne fondent légitimement la souveraineté. La souveraineté des Etats ne se légitime pas par des fiction mais par sa nécessité. Ce qui est nécessaire est légitime. Le danger est que l’Etat, se faisant juge de la nécessité, fixe ainsi-ou plutôt ne fixe pas-les limites de son pouvoir.

 

Textes transmis par Richard jrap (VR) 25-11-2000

 

 

Réponse d'Enzo
 

J'ai lu avec beaucoup d'attention le texte de Thierry Maulnier, que Richard a attaché a un de ses récents messages.

J'admets d'avoir une connaissance quasiment nulle de cet auteur, comme, du reste, du mouvement dont il faisait partie, mais il faut que j'admette aussi d'avoir tiré de cette pièce une impression complètement négative, à part une sincère admiration pour la prose si brillante et belliqueuse qu'il utilise.

En particulier, bien reconnaissant que l'écrit remonte aux années 30-40 de notre siècle, comme Richard affirme (mais, dans un certain sens, ce placement temporel du document pourrait être une aggravante pour son auteur, parce qu'il aurait du bien avoir sous ses yeux, par exemple, tous les ravages que le Communisme et le Nazisme étaient en train de faire alors en Europe, et l'Eglise n'avait certainement pas donné sa bénédiction ni à l'un ni à l'autre, que je sache...) je trouve absolument inadmissible que:

 

1.le Christianisme, et avec lui l'Eglise qui le représente, puisse être inculpé d'avoir "encensé et justifié toutes les tyrannies" et, en plus, de s'être fait "tyran lui-même, massacreurs d'Ariens, de Musulmans, ,de Juifs, etc., etc. ).Si on admet ça, on oublie volontairement le rôle de protection et de soutien que l'Eglise a toujours recouvert pour la protection de plus pauvres et de plus faibles partout dans le Monde, et pas seulement à faveurs des Chrétiens, face à la prépotence du pouvoir politique et économique (faut il oublier ce que l'Eglise représente aujourd'hui dans les Pays du Tiers Monde, surtout en Afrique, et elle déjà représentait au temps de Maulnier?).

Tous les crimes dont Maulnier parle ont été commis par le pouvoir politique, via son bras militaire, pour des raisons essentiellement économiques et de puissance, en les camouflant par des victoires du Christianisme afin d'obtenir l'appui de l'Eglise. Même l'Inquisition, plus que par l'Eglise, fut un moyen d'épuration promu et dirigé par les Gouvernements absolus de l'époque, lesquels, en utilisant cette dernière (voilà la faute de l'Eglise, avoir parfois été trop remissive aux vouloir des Rois!) justifièrent de cette façon l'élimination des dissidents intellectuels. S'il y eut une faute, je le répète, dans le comportement de l'Eglise, c'est de n'avoir pas toujours levé avec véhémence son opposition contre ces actes, même si des raisons d'opportunité assez aisément compréhensibles ont empêché parfois que tout ça puisse avoir lieu, même quand les Chefs de l'Eglise l'auraient de tout coeur désiré (le Pape, en fin de compte, n'a jamais eu des divisions pour se défendre, même si quelqu'un - Staline- semblait le croire!).

En conclusion, si l'Eglise a parfois ignoré les violences commises en son nom, elle n'a jamais incité à les commettre et la faute que Maulnier lui attribue me semble plus une faute dont quelques hommes de l'Eglise doivent répondre comme individus, pas l'Eglise comme Institution (pas tous les ecclésiastiques ont été des Saints martyrs style Thomas Beckett, il est bien evident!)

 

2.notre Seigneur Jésus Christ "ce jeune prophète barbu" ('????!!!!!), selon Maulnier, puisse être comparé a Karl Marx.Notre Salvateur n'a jamais parlé de révoltes sociales et de révolution pendant son passage sur cette Terre. Il a parlé de justice, bien sur, même si la justice est un concept qui va bien au delà des raisons ou divisions sociales et économiques, parce qu'elle est liée surtout au respect de la dignité humaine et l'homme juste, en définitive, est celui qui ne fait pas aux autres ce qu'il ne voudrait pas que le autres fissent à lui. Le Rédempteur, en outre (le Fils de Dieu, et Dieu lui-même, pas un prophète comme Iasaia ou Elia, perbacco!), a bien distingué entre les compétences du Royaume des hommes et celles du Royaume des Cieux. "Donnez à et à Dieu ce qui est de Dieu et à César ce qui est de César"....).

 

3.le sexe puisse être considéré comme un rival pour l'Eglise. Elle le reconnaît, au contraire, comme une composante fondamentale de la nature de l'homme et donc voulu et béni par Dieu parce que seulement par le sexe on peut procréer. C'est l'usage erroné du sexe et son exploitation forcenée qu'en ont toujours faits quelquesuns entre les hommes, en le liant de plus en plus strictement au plaisir, par contre, qui ont contraint l'Eglise à distinguer entre le "bon" et le "mauvais" sexe.La vision de Maulnier, selon laquelle le mot sexe serait pour l'Eglise synonyme de dépravation et donc de péché est complètement erronée.

 

4.le plaisir, selon l'auteur, soit considéré un ennemi par l'Eglise. C'est un aspect fondamental lui-même de la nature humaine, par contre, et le Christianisme le reconnaît, mais il n'y a aucun doute qu'à la base de l'agir

de l'homme se trouve une échelle de valeurs dont l'Eglise a pleine conscience. Si la recherche du plaisir devient prééminente, par exemple, sur les autres composantes du chemin humain sur cette Terre, si cette recherche, en outre, risque de faire oublier aux hommes leurs devoirs et les autres buts qu'ils doivent accomplir pendant leur vie, si, en conclusion, la "faim" pour elle-même du plaisir risque de faire passer en seconde place l'évolution intellectuelle, le devoir de solidarité vers les autres et même la santé physique et psychologique de l'être humain, alors c'est là que l'Eglise intervient, en donnant son signal d'alarme et, dans les cas les plus graves, mettant son veto. Et Elle a tout le droit de faire ça, ou non?

 

5.les systèmes politiques puissent être pensés comme se basant sur la nécessité. S'il était vrai ce que Maulnier affirme, c'est-à-dire que la "souveraineté des Etats ne se légitime pas par des fictions mais par sa nécessité" alors n'importe quelle situation de crise ou de catastrophe provoquée par la nature ou le genre humain, pourrait donner lieu et justifier n'importe quel changement institutionnel, si celui-ci était censé (mais par qui, et selon quels critères?) être la meilleur façon pour faire face à cet état de besoin. Nous avons vu, dans l'histoire, ce qu'a porté tout ça (Révolution française, Nazisme, Fascisme, Communisme, surgis tous par des situations troublées dans les Etats et les sociétés où ils naquirent et toujours considérés par leurs fondateurs et souteneurs comme les instruments la meilleure pour résoudre les crises).La Souveraineté, donc, doit nécessairement se poser sur des valeurs reconnues comme telles par plusieurs générations, des valeurs qui doivent se référer à une réalité supérieure à l'homme, des valeurs, en fin, que nous voudrions les plus chrétiennes, donc humaines et justes, possibles. Une référence à Dieu et à ses lois, à l'Infini et à la Vérité, est toujours nécessaire.

 

Je me demande, enfin, et je demande pardon à tous qui me lisent pour l'ignorance que je démontre, si un auteur pareil pouvait vraiment être considéré monarchiste, parce que le fait de renier a priori la présence des valeurs qui sont à la base d'un système politique comme celui de la Monarchie, en le baissant, par conséquent, à une situation de pure nécessité, signifie baisser, sinon renier, l'idée même de Monarchie.

 

 

Texte de Enzo Gasparini Casari"  (VR) 27-11-2000

 

Réponse de Ber.Bre

 

Sur ce genre de thème, j'aime beaucoup l'approche de Joseph de Maistre, dans son écrit sur l'Inquisition Espagnole.

1°) il n'y a rien à reprocher à cette Inquisition espagnole; les faux témoignages qui abondent au XVIII s sont l'¦uvre d'ennemis de l'Espagne, qui cherchent à la salir par ce que nous appellerions de nos jours une désinformation.

2°) elle n'a rien à voir avec celle de même nom, fondée par les Papes,et confiée aux Dominicains et aux Franciscains, puis à l'ordinaire;L'espagnole est d'origine purement royale.

3°) A l'époque où se situent ces faits, les seuls hommes de vraie culture, capables d'instruire avec réflexion un procès, sont nécessaires des clercs. Certes, il existe des officiers royaux de judicature,  mais juste capables de faire ce que font nos modernes "conciliateurs de justice" : des juges de paix au rabais, chargé de tenter de concilier,  pour soulager des Tribunaux...

 

Ce n'est que peu à peu que l'Etat peut se dégager de l'emprise de l'Eglise, sur ces fonctions. En France, sous les Mérovingiens, le problème était le même: l'Evêque était, gouverneur, cons comte et même chef de guerre ... D'abord, il a même fallu faire admettre aux grands vassaux, qu'il n'y avait pas que l'impôt du sang qui soit assez noble pour être service de l'Etat. Puis leur faire admettre que les Maîtres de cavalerie, les Reitres, les Suisses,...... payaient cet impôt du sang.... Que Jeanne d'Arc était aussi noble qu'eux, même lorsqu'elle n'était pas au combat et se contentait d'engueuler les soudards (nobles ou non)qui faisaient de grasses plaisanteries.(type de grasses plaisanterie, à mon sens, pour RICHARD, le brave homme qui cherchait à soutenir la Loi salique en parlant de l'impossibilité pour une femme d'être reine du fait de ses règles...; à propos, la Navarre n'est devenue terre salique, qu'après la réunion de sa couronne à celle de la France : logique, non ?)

 

Je pense que sur notre liste, personne ne souhaite en revenir à cette société, où le seul recours est l'Evêque, qui doit donc tout assumer : police de base,. défense contre les sauvageons, contre les villes ennemies, justice intérieure, protection des juifs locaux contre les emprunteurs agacés, surveillance des quinquets nocturnes .... tout cela entre 2 pater, et la préparation d'une homélie pour une confirmation.

Ce serait nier la tradition, c'est-à-dire l'évolution conduite par l'expérience, par l'empirisme organisateur. La coutume elle-même, en tant que source du Droit, impose comme règle juridique, de faire abstraction, et de ne pas appliquer celles de ses règles coutumières qui seraient mauvaises.

Prétendre trouver dans le passé une société modèle, à laquelle revenir, est aux yeux de Bonald, de Maistre, ou d'Auguste Comte, aussi stupide que créer une société abstraite, ex nihilo, du type révolutionnaire.

Notre société est la résultante de nombreux faisceaux convergents ou non. Parmi ces éléments, nous devrons d'ailleurs tenir compte de l'actuel passage sous la démocratie.

Loin de moi, l'idée de magnifier le passé, même si j'estime certains hauts faits, ou certaines entreprises, ou certaines modélisations anciennes.

 

Cela étant, ces lignes de Maulnier paraissent une "revanche" sur la condamnation portée par ROME à l'encontre de MAURRAS. C'est de la bouillie pour les chats.

La condamnation de MAURRAS par ROME aurait pu être évitée, si MAURRAS avait su comprendre que la "politique" de ROME menait cette dernière à chercher le point faible de sa doctrine, pour "cogner".En fait, sur des motifs plus importants, bien auparavant, par "politique aussi sans doute"ROME n'avait pas condamné le gallicanisme, ni critiqué BOSSUET, ou FENELON.On a préféré critiquer PORT ROYAL (et sans doute à raison), mais il y aurait eu aussi un peu de positif à trouver à PORT ROYAL, malgré son côté manichéen.

 

Texte de (VR) 27-11-2000