Trois critères de la modernité           

 

 

 

Le Schtroumpf à lunettes entendit Guillaume préciser ce qui suit à l'occasion d'un débat sur VR et trouva cela instructif pour cultiver les vexillorégiens et donc adapté à votre rubrique préférée : la culture c'est comme la confiture….

 

 

"J'entends par "modernité" l'évolution qui s'est produite dans les mentalités du monde occidental à partir du XVIe siècle et surtout à partir des Lumières. Jean-Claude Barreau (…oui, mais on peut s'en servir), dans L'Illusion de l'an 2000, a donné trois critères de la modernité :

 

1) L'idée que le changement est possible. Autrement dit, que la tradition peut être remise en cause. Il y a là une ambiguïté : après tout, les prophètes de l'Ancien testament contestent l'application stricte de la Loi, le Christ aussi. Mais les Lumières ont fait un tout autre usage de la contestation de la tradition, en attaquant l'idée même de tradition, c'est-à-dire la transmission de génération en génération des acquis de la Révélation divine et de la sagesse humaine. Or, oui à l'amélioration des sociétés, oui au progrès matériel, oui à l'examen des consciences individuelles. Mais non au grand chambardement de l'ordre des choses et au changement pour le changement, à l'instabilité qui caractérise nos sociétés modernes.

 

2) L'esprit critique (je dirais plutôt l'esprit de critique, car l'esprit critique est légitime) et le rationalisme (opposable à l'usage naturel de la raison). C'est-à-dire la divinisation de la raison humaine, portée au pinacle. La divinisation de la science, indispensable en soi, mais devenue la mesure de toute chose et censée tout expliquer. La prétention à tout expliquer par la raison humaine, et à désacraliser l'univers. Le matérialisme en est une conséquence.

 

3) Enfin et surtout, l'individualisme. L'individu opposé à la personne (refrain connu). L'individu qui trouve en lui-même sa vérité. L'individu existant pour lui-même, séparé de la communauté et de son prochain, dont le but ultime est la recherche du bonheur, mais d'un bonheur coupé de toute réalité surnaturelle et sans fin exaltante. Alors que le christianisme, qui a réussi de nombreuses synthèses, a notamment réussi celle de la liberté et de l'accomplissement de la personne, d'une part, avec sa nécessaire communion avec les autres personnes, avec Dieu et dans l'harmonie de la Création (sur le modèle de la Trinité), la modernité isole l'individu et atomise la société. Paul Ricoeur (on me pardonnera volontiers de citer un protestant, socialiste, du moins c'est ce qu'il dit, de surcroît ?) a montré comment la démocratie était le point ultime de cette atomisation de la société, puisque tout organicisme familial et social disparaît dans l'expression démocratique du vote individuel."

 

Transmis par Guillaume (VR) 16-02-01.