La Turquie dans l'Europe ?

Message d’Annelysdefrance, 15-12-2004.

 

Je reçois d'un correspondant, sur un autre forum, l'affirmation suivante, que je vous adresse, suivie de ma réponse :


 »Je pense que Jacques CHIRAC adopte la meilleure des solutions concernant la Turquie ! Je ne vois pas au nom de quoi, la Turquie ne pourrait pas rentrer dans l'Europe si celle-ci respecte les critères définis ! L'Europe ne doit pas être un club Chrétien, car c'est cela dont il s'agit ! Insérer la Turquie pourra être fabuleux pour l'Europe ! »


Même si l'on admet que "l'Europe ne doit pas être un club chrétien", ce qui est d'ailleurs exact aujourd'hui qu'elle est peuplée d'une forte minorité de musulmans et d'une majorité de gens qui ne sont chrétiens que de nom, il y a de nombreuses raisons pour rejeter l'entrée de la Turquie dans l'Europe :


la première c'est que la Turquie n'est tout bonnement pas en Europe pour 95% de son territoire. C'est, cela a toujours été un pays d'Asie mineure. Il y a donc une anomalie évidente à vouloir en faire un pays "d'Europe" ;


la seconde, c'est que les seuls rapports que la Turquie a entretenus avec l'Europe, pendant des siècles et jusqu'à une date toute récente, ont été des rapports de conquête et de guerre, de guerre atroce. Lisez donc Victor Hugo : "Les Turcs ont passé là, tout est ruine et deuil.  Chio, l'île des vins, n'est plus qu'un sombre écueil." Les pays des Balkans en ont gardé le terrible souvenir. Il a fallu les victoires de Lépante et de Vienne pour que la Turquie cesse de menacer l'ensemble de l'Europe ;


la troisième, c'est que la Turquie est l'un des pays dont la paix intérieure est menacée par le problème kurde (problème qu'elle partage avec d'autres pays) : quel est l'intérêt de l'Europe d'intégrer un pays menacé de guerre civile ?


la quatrième, c'est que la Turquie a, à ses frontières, des pays en état de belligérance ouverte ou larvée : Iran, Irak, Arménie, Syrie. Quel est l'intérêt pour l'Europe de se créer des frontières communes avec ces pays ;


la cinquième, c'est que la Turquie n'est pas seulement un pays musulman. C'est, à l'heure actuelle, un pays gouverné par un parti islamique, que seul le poids de l'armée peut empêcher de faire appliquer la "charia". Or la prééminence de l'armée dans ce pays est précisément un des points qu'il faudrait que la Turquie abandonne pour pouvoir répondre aux critères d'entrée dans l'Union européenne. On se trouverait donc dans le cas où la Turquie adhérerait à l'UE, dans le dilemme suivant : laisser l'armée imposer sa loi (contrairement à toutes les "valeurs européennes") ou laisser l'islam imposer la charia (ce qui serait tout aussi contraire aux "valeurs européennes", notamment à cause de l'infériorité de la femme figurant dans la charia). C'est là tout notre passé "commun". Tout ce qui a fait l'Europe depuis la Grèce et Rome jusqu'aux valeurs chrétiennes, est totalement étranger à la Turquie ;


la sixième, c'est que la Turquie non seulement ne reconnaît pas le génocide arménien, mais fait du seul fait de le mentionner sur son territoire un crime puni de longues années de prison ;


la septième, c'est que la Turquie ne reconnaît pas formellement la République de Chypre, membre de l'UE, malgré le tour de passe-passe inventé par les fervents de l'adhésion de la Turquie, tour de passe-passe qui consiste à passer la question sous silence, silence considéré comme une approbation ;


la huitième, c'est que la Turquie, avec toutes ses différences, serait dès son entrée dans l'Europe le pays le plus important de celle-ci, par son nombre de députés au Parlement européen et surtout par son nombre de voix à la Commission. Quelques années après, elle serait sans doute (en raison de sa forte natalité, alors que la natalité des autres pays d'Europe est descendue au-dessous du seuil de renouvellement des populations e aussi parce que ses lois lui permettent d'intégrer dans sa population les turcophones vivant hors de son territoire) en mesure de constituer à elle seule une minorité de blocage capable d'empêcher l'ensemble des autres états de prendre quelle mesure que ce soit qu'elle n'approuverait pas ;


La neuvième, c'est que si Istanbul et dans une moindre mesure Ankara, ainsi que les villes côtières touristiques, sont relativement prospères, la quasi totalité du pays est dans un état de pauvreté, et aussi d'ignorance, presque total. Si bien que l'intégration de la Turquie obligerait tous les autres pays à diminuer leur niveau de vie de façon importante pour apporter à ce pays les conditions nécessaires pour s'intégrer économiquement ;


La dixième... mais je m'arrête là, cela suffit.


Quels avantages nous promet-on en retour de tant d'inconvénients ? outre l'avantage, douteux pour les chrétiens européens, de cesser d'être un "club chrétien" ? la promesse - dont on ignore totalement si elle pourra être tenue - d'un état pacifique et stable entre l'Europe et les pays d'Asie mineure en état de belligérance permanente et des avantages économiques pour certains, avantages que la baisse générale du niveau de vie des peuples européens ne saurait compenser.


Alors non, je ne suis pas d'accord avec vous, Monsieur xxx.


Amitiés à tous

Anne

Vive le Christ-Roi ! Vive le roi !

 

Et une observation de Pierre de Meuse, le 19-12-2004 :

Annelys écrit : " il y a de nombreuses raisons pour rejeter l'entrée de la Turquie dans l'Europe"

Mais, comme le dit notre ami François Dupont, la raison principale est que l'identité turque, par sa définition même, exclut son appartenance à l'Europe. En effet, il existe une loi turque qui date de 1930 et qui stipule que toute personne ethniquement turque, quelle que soit sa nationalité, peut obtenir sur simple demande d'être déclarée turque. Si l'on regarde la carte, on voit que, de la Mongolie au Turkestan chinois, en passant par une partie de l'Iran, de l'Afghanistan et de l'Asie russe, d'immenses populations parlent une langue turco-tatare.