Une doctrine,

surtout pas !

 

 

"Que répondre alors à une question innocente du genre : "Vous, les royalistes, que proposez-vous ? ". Cette question m'a été effectivement posée."

 

 

Ce que j'ai dit, c'est que je ne pensais pas possible de définir une doctrine commune qui aille au-delà de "le roi, c'est bien". Sinon, je pense que nous nous diviserons à l'infini jusqu'à ne former qu'une myriade de micro-sectes... Un peu comme est déjà le mouvement royaliste, si vous voyez ce que je veux dire !

Mais pour aller plus loin, je ne pense pas que l'idée même de doctrine soit adaptée. Justement, le royalisme n'est en aucun cas une doctrine (contrairement au maurrassisme, par exemple). A la question qui vous est posée, il me semble parfaitement inadapté de répondre à partir d'une doctrine. Il n'y a pas de "solution royaliste" au problème du monde. Il y a l'inverse la conviction que le problème du monde n'a pas de solution unique issue d'une doctrine, ni même de solution tout court. Si l'on voulait définir l'attitude de nos rois à partir de critères doctrinaux, ce serait un portrait parfaitement incohérent auquel nous aboutirions. Le royalisme est une posture par rapport au monde, elle est une attitude de compréhension, pas une doctrine qui encadre la réflexion. Le royalisme est la forme que prend la pensée de droite en France et dans la plupart des pays européens, mais la droite n'est en aucun cas une doctrine ! La différenciation commune entre la gauche et la droite en termes doctrinaux, justement, ne permet pas de comprendre ce que je viens de dire mais si l'on comprend la droite dans sa généalogie comme une adhésion à la Création (à l'ordre du monde, si vous préférez) et non une rébellion contre celle-ci, il me semble que tout devient clair.

Pas de doctrine : un sentiment. Pas de doctrine, mais des réponses à chaque fois uniques, adaptées et libres de tout a priori idéologique.

La droite, c'est le particulier ; la gauche, c'est le général. La première répond à la question qu'on lui pose, la seconde donne la réponse qu'elle croit vraie à toute question. La gauche a parfois de très bonnes idées, mais en général, elles sont singulièrement mise en oeuvre à contretemps...

Je voudrais citer un exemple qui rendra peut-être plus claire mon obscure prose, c'est à propos de H. P. Lovecraft, l'auteur de fantastique américain. Un de ses biographes (Sprague de Camp, je crois) disait que HPL haïssait les hommes en général et était impuissant à simplement être indifférent à chaque homme en particulier. HPL était un antisémite furieux, il s'est marié à une juive ; HPL détestait les gros bras, il était un ami de Robert Howard...

 

On pourrait continuer par bien d'autres exemples. La pensée de droite est là :

la haine du général, l'appréhension à l'égard de l'inconnu, la méfiance à l'égard de l'homme, les préjugés de race ou de classe mais la compréhension

 du cas particulier, la confiance dans le voisin, dans l'ami, l'ouverture d'esprit face à chaque culture prise individuellement...

La gauche, c'est tout l'inverse :

on emm... le monde en criant amour ! fraternité ! paix universelle ! droit de l'homme ! et l'on massacre, on asservit, on méprise son voisin, on trahit son ami...

L'homme de droite est intolérant, mais il ne condamne personne. L'homme de gauche fait de la tolérance un idéal absolu, mais il ne peut admettre que vous pensiez ceci ou cela et vous corriger.

Je crois que c'est là une grande différence et elle n'est aucunement doctrinale.

 

Donc, à la question que l'on vous pose, ne répondez pas en tant que royaliste mais en homme qui pense par lui-même et c'est tout. Le royalisme ne dit rien de l'économie, rien de la politique internationale et rien des moeurs... Mais vous, en tant que personne honnête et intelligente, si.

Je voudrais revenir sur ce que j'avais écrit il y a quelques temps à propos de Russel Kirk, le grand penseur du conservatisme américain. Je me souviens que mis à part Anne, il n'y avait pas eu beaucoup de réactions. Il s'agissait d'une définition en six points de ce qu'était la pensée conservatrice. J'avais annoncé que je m'y ralliais sans condition et je voudrais savoir ce que vous en pensez et ce qu'en pensent les membres de VR. Voici ces six points, ces six canons :

 1) croyance en un ordre moral et transcendant,

 2) goût du pluralisme social,

 3) sens de la hiérarchie,

 4) amour des coutumes et des traditions,

 5) culte de la propriété privé,

 6) méfiance à l'égard du réformisme (pas des réformes) et attachement au principe de continuité historique.

 Ce n'est là en aucun cas un corpus doctrinal, mais quelques aspects du regard qu'il me semble que nous devrions porter sur le monde.

 

Paul le Hérisson

Message du 23-09-2002.