Urgence éternelle d’une élite intransigeante !

message transmis par Dom Eymerich, le 10 janvier 2004.

 

« Où sont donc les dix mille Coptes ? »

par Frère Gérard, ancien Père Abbé du Barroux  ( Les Amis du monastère, Lettre n° 108 ).

 

Récemment, en Egypte musulmane, un court métrage avait été donné dans une salle de cinéma où l'on pouvait voir le Fils de Dieu ridiculisé et traîné dans la boue. Immédiatement, 10 000 jeunes Coptes s'étant mobilisés étaient descendus dans la rue pour
protester. Et le gouvernement avait interdit le film. En France, - hélas ! - face à des représentations de ce genre, on est en droit de s'interroger : «  Nos 10 000 Coptes, où sont ils ? »

 

C'est tout le problème des élites. Les élites ( pas toujours reconnues comme telles ) sont l'honneur et le ferment d'une civilisation. Première caractéristique : elles ne le savent pas. Deuxième caractéristique : elles créent l'évènement. Certes, nous avons de bons jeunes gens pieux et zélés, issus de bonnes familles ; ils font des pèlerinages, ils entrent à Saint-Cyr et parfois au séminaire. QUOI DE MIEUX ?

 

Nous avons une élite morale, une élite priante et c'est ce qui nous permet d'espérer. Mais ce qui nous manque, c'est le ressort, c'est L'INTRANSIGEANCE. L'homme debout qui dit : NON ! Une élite, c'est le petit nombre au départ, massif à l'arrivée. C'est l'intelligence des Grecs, des chevaliers qui se croisent à la voix de Saint Bernard, les Vendéens de l'Armée Catholique et Royale, les Cristeros du Mexique. On a remarqué que dans «  L'Enfer «  de Dante, les palaces les plus brûlantes sont réservées à ceux qui, aux périodes de crises morales, se sont maintenus dans la neutralité. Or, nous sommes à  la fois à une époque de neutralisme et de gémissement.

 

L'aplatissement des Valeurs.

 

Il est certain que tout est programmé de nos jours pour paralyser ce sursaut et assurer le triomphe de la médiocrité. Il y a quelque temps, Gustave Thibon nous avait raconté une bonne histoire. Invité à  Marseille pour participer à un débat public sur la Chevalerie, il avait en face de lui un écrivain fort connu, qui s'évertuait à démontrer, non sans talent d'ailleurs, que la Chevalerie se réduisait en somme à un fait de sociologie, ce qui est très à la mode. Ainsi, disait-il, dans le Haut Moyen  Age en proie à des guerres continuelles, les fantassins plus fortunés que d'autres achetaient un cheval, ce qui du haut de leur monture leur valait un certain prestige ; peu à peu, ils devinrent «  chevaliers ». Ensuite, la légende s'en empara, ainsi naquit le mythe de la Chevalerie.

L'auditoire médusé restait bouche bée.

 

En guise de réponse, Gustave Thibon, prenant son accent le plus provençal qu'il put ( il n'avait pas besoin de se forcer beaucoup. ), mit les rieurs de son côté : «  Ah ! Voilà l'explication ! Si je comprends bien, c'est le cheval qui fait le chevalier ; ainsi la Foi jurée à son suzerain, le courage de ne jamais reculer, la défense de la veuve et de l'orphelin, tout ça, eh bien, ça vient du cheval !!! ». A la misérable tentation d'expliquer le plus par le moins, on répondra par le dessein arrêté de toujours partir d'en haut. D'en haut, c'est-à-dire des aspirations et des nobles désirs que l'homme porte éternellement en lui-même.

 

La noblesse d'âme.

 

Sigmund Freud a occulté toute une partie des motions dont l'âme humaine est le théâtre pour ne s'occuper que de celles moins avouables que nous a laissées le péché originel. Mais si vous grattez l'écorce pourrie des êtres les plus disgraciés, vous apercevrez - parfois en négatif - une immense soif de Vérité, de Grandeur, et de Beauté. Parce que l'homme est de soi, par sa nature, créé pour le bien et il ne se tourne vers le mal que par l'inclination de sa nature déchue. Il existe donc une attirance foncière vers le haut, e tout l'art spirituel consiste à nous orienter dans cette direction, à nous convaincre que nous sommes fils de  Roi, héritiers du Royaume, grands par le don immense de la Grâce divine. C'est sans doute cela qui fait la valeur de l'élite et qui lui permet d'aspirer à ce qui dépasse les forces humaines !

 

La condition nous en est dictée par une tradition très ancienne qui plonge ses racines dans le paganisme antique ; donnons lui un nom : c'est la prédominance de l'âme. Voici ce qu'en disait Sénèque à son ami Lucilius : «  Cherchons quelque chose qui ne se détériore pas  de jour en jour et à quoi rien ne puisse faire obstacle. Et quelle est cette chose ? C'est l'âme ! J'entends une âme droite, bonne et grande. On ne saurait la nommer qu'en disant : c'est un dieu qui s'est fait l'hôte d'un corps mortel. Cette âme peut tomber dans le corps d'un chevalier romain, comme dans le corps d'un affranchi, d'un esclave. Qu'est-ce qu'un chevalier romain, qu'est-ce qu'un affranchi, un esclave ? Des noms issus de l'orgueil ou de l'injustice. Du plus humble logis on peut s'élancer jusqu'au ciel. DEBOUT DONC ! Façonne ton être ; rends le, lui aussi, digne de Dieu. «  ( Sénèque, Lib, IV, litt. 31 ).

 

Ensuite, l'esprit qui inspire les élites les incline à la bienveillance et à la compassion pour ceux qui souffrent : préférer le bien de la communauté à son bien propre, ce qui implique une certaine distance vis-à-vis de soi-même et le désir de transmettre l'héritage ; car, disait Ernst Jünger, «  c'est dans les cours nobles que la souffrance du peuple trouve son écho le plus puissant. «. Mais, dirons-nous maintenant : qu'est-ce qu'une âme sans corps ?

 

Un peuple qui se dresse.

 

L'Histoire des nations est remplie de remontées spirituelles qui forment, plus que les dynasties et les monuments, l'essence même de leur patrimoine. Dans une page célèbre, Charles Péguy a chanté l'événement toujours attendu d'un peuple qui se dresse contre les humiliations et les abaissements. A ceux qui nous objectent que nous avons trop démérité pour qu'un tel sursaut se produise, nous répondrons que le XIVième siècle, qui avait précédé celui de Jeanne d'Arc, ne méritait pas mieux que le nôtre : c'était l'époque des «  rois maudits », l'avènement d'une monarchie étatique, entourée de légistes sans scrupules annonçant Machiavel.

 

Sans doute, il semble pour l'instant que nul sursaut ne soit prévisible. Mais il y a des milliers de gens qui prient, qui peinent, qui fondent des familles, des écoles, des paroisses ( les trois piliers de la Civilisation. ). Plus qu'un relèvement unanime, il semble que telle soit la Grâce propre de notre temps : «  une sorte de grande beauté tragique de femme qui garde une forteresse. Une de ces tragiques châtelaines qui gardait le château intact pour le  seigneur, le maître, pour l'époux ». ( C. Péguy ).

 

Et nous voilà revenus à notre point de départ. L'élite que nous appelons de nos voeux doit - avant de monter plus haut ! - se consacrer humblement aux obscurs devoirs quotidiens comme Jésus à Nazareth. Comment cela ? Blaise Pascal nous l'enseigne en trois lignes : «  Faire les petites choses comme grandes, à cause de Jésus-Christ qui les fait en nous et qui vit notre vie, et les grandes comme petites et aisées à cause de Sa toute-puissance. «. Faire du bon pain, comme Jeanne à Domrémy filait la quenouille. Et comme Jésus faisait ses charpentes. Avoir de grandes intentions et les réaliser dans la perfection du détail caché et vulgairement quotidien.

 

 

Frère Gérard, O.S.B.

Abbé émérite

 

Sanctifiez chaque seconde de votre vie quotidienne, car là se trouve l'Heure de Dieu pour tous ceux qui espèrent et veillent, prient et travaillent, et se tiennent toujours prêts à répondre à l'Appel !

 

Espérez divinement, contre toute tentation de désespérance humaine !

 

Car il y a toujours de l'Espoir !

 

Miles Christi ! Toujours plus haut !