RELIGION Face à la dégradation du sacré et à la perte identitaire de l'Occident Chrétiens, réveillez-vous !

 

PAR HENRI, COMTE DE PARIS *

[22 mars 2004]

 

Ces jours derniers, dans le courrier, deux lettres ont attiré mon attention. L'une en provenance d'un jeune Français au pays massaï, l'autre d'un pasteur de la région de Reims. Appels au secours pressants. La dégradation du sacré et la perte identitaire de l'Occident est une réalité devenue inquiétante.

 

Parfois, il est bon de faire un retour en arrière afin de mieux percevoir les réalités du présent et retrouver peut-être ses racines. Sous les apparences éclatantes des splendeurs de la Renaissance, dans les premiers temps de ce renouveau, l'Eglise catholique romaine vacille sur ses bases. Son désir de régenter les princes est de plus en plus mal perçu par ceux-ci. Aussi lorsque le pape Boniface VIII revendique en 1302 la souveraineté mondiale dans la bulle Unam Sanctam, Philippe Le Bel, roi de France envoie son ministre Nogaret s'emparer de la personne du Pape et le séquestrer en Avignon. Les légistes français fondent alors les prémices de la théorie séparant les pouvoirs entre l'Eglise et l'Etat, base de notre future laïcité. Le grand schisme d'Occident a commencé.

 

Préoccupé par le maintien de son pouvoir temporel, l'Eglise néglige un autre pouvoir qui commence à lui glisser hors des mains, celui de la transmission du savoir, l'éducation. Les universités soutenues par les princes et les rois deviennent peu à peu autonomes et les théories les plus iconoclastes pour l'époque sont véhiculées grâce à l'imprimerie, invention du génial Gutenberg.

 

Par ailleurs, la croissance de la France, de l'Autriche, de la Russie et celle de Rome n'ont pu s'accomplir sans l'intervention d'un paramètre «capital», l'essor financier de la bourgeoisie, prémices d'un système d'échan ges commerciaux libres que l'on nommera plus tard capitalisme. Les vastes dessins politiques ont besoin nécessairement de leviers financiers... . Les Kruger sont là !

 

Nous parvenons à l'émergence d'une civilisation qui se voulait universelle fondée sur le matérialisme historique, mais également sur la recherche du profit pour le profit. Cette façon de concevoir le monde s'est définitivement ancrée au cours de la Première Guerre mondiale dans les faits et dans les esprits. Deux idéologies en apparence contradictoires, le socialisme et le capitalisme allaient tenter, l'une comme l'autre, de dominer le monde.

 

En reprenant la phrase de Malraux «le troisième millénaire sera spirituel ou ne sera pas», je pense qu'il serait temps de nous immerger dans ce devenir. Mais de grâce ne confondons pas les symboles et ne mélangeons pas la notion de religion avec celle du spirituel.

 

Pour nous déculpabiliser de nos ignorances face aux diverses religions qui ne sont pas d'ailleurs plus enseignées dans nos lycées et collèges, ni peut-être même au séminaire, le monde politique pactise tantôt avec des sectes, tantôt avec des intégristes de tout bord un peu comme un homme ivre ne sachant à quel réverbère se raccrocher croyant trouver ainsi une sorte de lumière politiquement apaisante.

 

Récemment j'ai relu le Coran. L'islam, «c'est écrit», se veut une religion universelle. Tous doivent y adhérer, soit par la force, soit par choix, et pour cela toute ruse ou tout mensonge peut être employé. De ce fait, la guerre offensive est légitime pour tout croyant musulman. D'ailleurs les légistes islamistes ont partagé le monde en deux. D'un côté les pays d'islam «dar al islam», de l'autre les pays de guerre «dar al harb» appelés également «dar al kurf» pays de «mécréance». Un jour ou l'autre, ces derniers devraient passer totalement sous domination musulmane.

 

C'est pourquoi la loi contre le voile est tant honnie par les intégristes islamiques. Ils ne peuvent admettre une quelconque limitation à leur volonté d'expansion et de conquête. Alors on aura beau nous expliquer que nous ne sommes pas en croisade, les faits sont têtus et frappent à nos frontières. L'Occident se trouve, hélas, et bien malgré lui entraîné dans la dixième croisade. Et notre Eglise manque dramatiquement à ses devoirs et dévie de ses axes originels. Elle fait du social au lieu de nous expliquer comment sauver notre âme. Elle ne nous enseigne plus la justice divine ou la paix des coeurs. Elle ne nous indique pas les arguments humains ou théologiques à opposer à l'islam. En nous rappelant, par exemple, le rôle essentiel de la Femme dans la construction de notre spiritualité...

 

Pourtant de-ci de-là, de timides lueurs d'espoir nous tiennent en haleine et nous permettent de croire en l'avenir de notre civilisation chrétienne. La Russie par exemple qui n'est pas encore redevenue la Sainte Russie se rapproche par petits pas de son essence profonde.

 

Et lorsque la France aura compris que toute reconstruction ne peut aboutir que si l'on emploie le ciment des valeurs sacrées - je parle de nos racines spirituelles - alors peut-être nous sera-t-il possible d'intégrer les diverses composantes des peuples de France dans une acceptation volontaire de nos lois, mais aussi de tous nos acquis historiques, ce que nous appelons notre civilisation chrétienne qui sait fédérer la différence comme la dignité d'autrui, mais qui ne peut accepter l'apostasie.

 

* Duc de France.

Transmis par le Schtroumpf du Roi, 22 mars 2004.

 

http://www.lefigaro.fr/debats/20040322.FIG0298.html
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