de la valeur des actes et de leur récompense

Texte transmis par Macgama (VR) 06-02-2002

 

CROIX DE SAINT LOUIS

 

Extraits de "Les gendarmes de la contre-révolution" de Jean-Michel CADENAS aux Éditions Régionales de L'Ouest.

 

Pourtant, dès 1815, à l'abdication de l'Empereur, la joie est grande. Les drapeaux ressortent des cachettes, les Vendéens exhibent fièrement les cocardes blanches et les Sacrés-Coeurs.

 

Chacun s'imagine que le Roi saura reconnaître les sacrifices de ses fidèles combattants.  Mais Louis XVIII déçoit, ce ne sont pas les petites fleurs de lys en argent qu'il distribue comme de menus cadeaux qui réconfortent les vieux soldats.

 

                  D'ailleurs, n'a-t-il pas fait aussi Chevalier de Saint-Louis le sanguinaire Général Républicain Turreau... et anobli le Général Lemoine responsable du massacre des Chouans et Émigrés survivants du débarquement de Quiberon? Même l'Adjudant Général de Cavalerie Hermet qui participera à toutes les campagnes de la Révolution contre l’Armée Vendéenne sera fait Gentilhomme de la Chambre de Louis XVIII et deviendra Aide de Camp de Charles X.

 

           En fait, dès la première Restauration, les frères de Louis XVI ne rendent pas aux anciens Chouans la justice qu’ils attendent.  Ceci explique peut-être en partie l'absence des Paysans-Soldats lors des rassemblements de 1815 et de 1832.

 

           Après des années de guerres et de souffrances, les Chouans sont rentrés dans l'ombre, amers et oubliés.

 

                  Dans ses mémoires, le Chef Chouan Gourlet ne manque pas d'écrire : « ce ne sont jamais les fidèles sujets qui manquent aux Rois, mais les Rois qui manquent aux fidèles sujets ».

 

           Aussi, lorsqu'à l'issue des Cent-Jours, une commission est créée par le monarque pour allouer pensions et récompenses aux combattants blancs, les Généraux et les Chefs de Légion conscients de l'ingratitude des Princes à l'égard des combattants ont à cœur de faire reconnaître les sacrifices de leurs soldats.

 

Le Lieutenant-Colonel de Foucault, secrétaire-rapporteur de la Commission de 1815, insiste beaucoup dans son rapport, afin d'assurer une répartition équitable des confirmations de grades et des récompenses.

 

Il estime que l'on ne peut comparer les campagnes des Émigrés avec celles des Soldats de l'intérieur (1) :

 

« Si on ne reconnaît pour brevets réguliers que ceux qui, ayant été donnés par divers Chefs des Armées Royales, ont depuis été confirmés par Sa Majesté ou par Son Altesse Royale le Lieutenant-Général du Royaume (un certain nombre d'officiers royalistes ont eu le soin de confirmer leurs brevets en Angleterre), on commettra une injustice révoltante en enlevant à des Officiers qui ont couru pour le service du Roi les dangers les plus imminents, se sont échappés en petit nombre aux périls de la guerre la plus meurtrière qui ait eu lieu depuis longtemps, la juste et noble récompense de leur dévouement et des services éminents qu'ils ont rendus... Il en résultera une égalité de récompenses pour des services d'un mérite si différent ...

 

Le Royaliste de l'Ouest qui n'a cessé de porter les armes pour son Roi et de servir sa cause activement, en lui sacrifiant, avec la plus grande abnégation, sa vie, celle de sa femme et de ses enfants, sa fortune, recevra la même récompense que celui qui, tranquillement, dans un département de l'intérieur a été censé pendant tout le cours de la révolution commander le Parti Royaliste, qui n'y a jamais pris les armes, ni tiré un coup de fusil.

 

Pour établir le travail des Vendéens d'une manière régulière, pour proportionner la récompense au mérite, il faut établir une échelle d'avancement graduée comme pour les Émigrés mais basée sur d'autres principes...

 

        Dans une armée régulière, on peut supposer que tous les Officiers, à quelques exceptions près, ont fait le même service et couru le même danger.  Dans une guerre irrégulière telle que la Vendée, il y a une énorme différence entre le service de deux Officiers, aux yeux d'un monarque qui veut que les récompenses soient sagement distribuées.

 

  Le Chef de Division de la prétendue Armée de l'Orléanais ou du Limousin ne peut pas être comparé au Chef d'une Division de Vendéens, de Bretons ou de Manceaux qui n'ont cédé que quand ils ont été écrasés, et qu'on n'a vaincus qu'en les détruisant. En un mot, la position géographique du point où l'Officier a commandé peut déjà donner une idée des services qu'il a rendus ».

 

  Le 31 Mars 1814, le Roi créé la Première Commission pour examen des grades, pensions et emplois des anciens militaires, présidée par le Comte Maréchal de France Pérignon.  Plusieurs Lois de finances prévoient la dotation du fond de secours pour les militaires allocataires de pensions royales.

 

  Par ailleurs, le Roi approuve le 20 Septembre 1816 la proposition du Maréchal Comte de Beurnonville de donner 150 épées, 100 sabres et 300 fusils aux militaires des Armées Royales qui se sont faits remarquer par leur dévouement mais qui n'ont pas assez de service pour obtenir la Croix de Saint-Louis.

 

Le mémoire récapitulatif des demandes de pensions est le suivant :

 

Armées des Princes

 

-      2 641 pensions d'officiers (974 accordées)

-      103 pensions pour les veuves

-      4 418 Croix de Saint-Louis (2 990 accordées)

 

Armées Royales de l'intérieur

 

-     356 pensions d'Officiers

-    7 pensions pour les veuves

 

-      245 Croix de Saint-Louis

-      4 Croix d'officier de la Légion d'Honneur

-      303 Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur

-      14 Lettres de Noblesse

-        des lettres de remerciements ont été remises aux combattants, mais n'ont pas été comptabilisées.

 

 

(1) L'Armée Royale formée en Angleterre a quant à elle l'éternel problème de la préséance entre les Nobles, chacun revendiquant le commandement en fonction de son rang.  Le Prince de Condé dut résoudre ce problème.  Ce qu'il fit en inscrivant au Registre d'Ordres le 30 Juillet 1792 :

 

« L'attitude militaire que prend à présent la Division aux ordres de Son Altesse Royale ne permettant plus aucune variation dans les Compagnies et dans leurs Commandants, Monseigneur a décidé que tous changements d'une Compagnie à l'autre seront désormais interdits, que les Commandants ne pourront plus être changés par l'arrivée de ceux qui arriveront à l'avenir, qui prendront la queue de la Compagnie dans laquelle ils seront admis quel que soit leur grade et leur ancienneté avant que Monseigneur n'en ordonne autrement... ».