La Hyre, 25 janvier 2005

 

Bonjour à vous tous,
Trouvé sur <<www.conscience-politique.org>>
Texte plein de bon sens sur les dessous des aides internationales, ceux qui en profitent et ceux qui les subissent...
   Rien de bien novateur, mais l'auteur (prof d'économie) décrypte et décortique bien le système délétère.
LaHyre,
          "Dieu & le Roy"

   In hoc signo vincemus.

 



"Un désastre de l’aide internationale est en cours"

 

Thomas J. DiLorenzo (6 janvier 2005) – prof. D’économie au Loyola College.

Source : Institut Mises.

 


En se réveillant du désastre du tsunami en Indonésie, les gouvernements du monde entier ont fait ce qu’ils font toujours : envoyer de l’argent pour faire face au problème. Dans ce cas, l’argent est qualifié de " aide internationale ".


Les milliards de dollars (ou équivalent dans d’autres devises) qui seront envoyés à l’Indonésie, l’Inde, le Sri Lanka, et d’autres zones dévastées sont censés apporter du bien ; il devrait être impossible de dépenser tout cet argent sans qu’il en résulte un bénéfice pour les victimes du désastre. De fait, les chaînes d’actualité télévisée diffusent déjà largement des scènes d’hélicoptères et de cargos américains déchargeant du matériel de toute sorte.


Les politiciens vont évidemment politiser ce désastre comme ils le font avec tous les évènements mondiaux, de façon à accumuler plus de pouvoir et à confisquer plus de richesses à leurs citoyens. Plus précisément maintenant qu’ils ont pris goût à se faire photographier comme des Mère Thérésa internationales, volant au secours de tout le monde, partout, aussi longtemps que tout est payé par les infortunés contribuables sur les revenus de leur dur labeur, ils sont enclins à devenir les champions des dépenses d’aide internationale toujours plus élevées. Pour cela, ils doivent absolument ignorer la vérité au sujet de l’aide internationale : depuis plus d’un demi siècle, elle a été complètement inefficace, voire contre productive, pour stimuler la prospérité.


Peter Bauer (Lord Bauer) à voué toute sa carrière à étudier les lois des conséquences non intentionnelles de l’aide internationale et beaucoup de ses conclusions ont été résumées dans son livre : " The Development Frontier " en 1991.


Tout d’abord, note Bauer, l’aide internationale n’est pas une aide mais un transfert de richesses. Et ce n’est précisément pas un transfert aux pauvres et à ceux qui en ont besoin, mais aux gouvernements. Ainsi, le principal résultat de l’aide internationale a toujours été d’agrandir le champ d’intervention et la taille de l’état, ce qui se termine toujours par diminuer la prospérité et affaiblir la liberté des peuples. Pire encore, elle conduit à la centralisation du pouvoir gouvernemental, car les transferts vont toujours vers le gouvernement central du pays receveur.


Comme tous les programmes gouvernementaux, celui des aides internationales s’appuie sur une série de mythes qui a pris corps dans une classe intellectuelle étatiste. Le plus remarquable de ces mythes est que le développement économique des pays sous-développés dépend de l’aide internationale. C’est faux. Comme Bauer l’écrit : " les réussites économiques dépendent de facteurs personnels, culturels, sociaux et politiques… et les politiques des…. dirigeants… C’est déconsidérer les peuples du Tiers Monde que de dire que… contrairement à ceux de l’occident ils ne seraient pas capables de réussir sans aide ".


La théorie du cercle vicieux de la pauvreté a tenu le haut du podium pendant des décennies grâce à Paul Samuelson, qui racontait que les pays pauvres avaient besoin de capitaux pour se développer mais pas de ressources à épargner qu’elles puissent investir en capital. Mais comme Bauer le remarque justement, "  cette hypothèse est réfutée chaque fois qu’un individu, une famille, un groupe, une communauté ou un pays émerge de la pauvreté sans avoir eu de ressources de départ… En effet si l’hypothèse était juste, le monde en serait resté à l’âge de pierre ".


Les marchés privés de capitaux ont toujours investi dans les pays pauvres là où elles voyaient une possibilité d’utilisation productive du capital. C’est bien pourquoi les USA ont été endettés depuis leurs commencements jusqu’au début des années 20. Comme le conclut Bauer : "  L’aptitude à emprunter ne dépend pas du niveau des revenus mais de la conduite responsable de l’emprunteur et de sa capacité à utiliser les fonds de façon productive. " (une caractéristique des économistes Samuelsoniens a toujours été leur détachement de la réalité historique, parallèlement à leur virtuosité mathématique).


Puisque les aides internationales vont d’un gouvernement à un autre, elles se détournent inévitablement des activités productives vers les activités de demandeurs de rente entraînés à récupérer les fonds gouvernementaux. Cela crée une gigantesque machine de charité, en d’autres termes, avec tout ce que cela implique de corruption que de telles choses entraînent toujours. Ce type de corruption conduit souvent à des conflits armés pour le contrôle de l’organisme de charité dans beaucoup de pays du Tiers Monde. Et comme de plus en plus de ressources sont dédiées aux chercheurs de rente et non à la production et à l’entreprenariat, les pays receveurs s’enfoncent dans la pauvreté. S’il y a une cause au cercle vicieux de la pauvreté, c’est bien l’aide internationale.


L’aide internationale permet aussi aux états interventionnistes corrompus de maintenir leur politique économique contre productive et même désastreuse. Les gouvernements qui retardent la croissance économique par des taxes élevées, des dépenses et des emprunts injustifiés, une réglementation excessive, du protectionnisme, l’inflation, le contrôle des prix, la collectivisation des régions, et une corruption notoire, échappent à la révolte des citoyens si l’aide internationale permet de mettre un peu de nourriture sur suffisamment de tables pour maintenir les masses satisfaites.


Bauer a constaté que beaucoup de gouvernements receveurs d’aides sabotaient volontairement leur économie afin d’en obtenir davantage. C’est très mauvais pour leur économie mais cela consolide leur pouvoir politique et les enrichit en même temps.


Comme toutes les formes de dépendance, les aides internationales renforcent le comportement chez les receveurs, qui consiste à dire que les causes de pauvreté sont incontrôlables, et donc qu’ ils doivent dépendre des dons des autres pays plutôt que de leurs propres entreprises. Les aides créent donc un problème gigantesque de danger moral.


Regardons le cas de la Micronésie. Comme l’écrivit David Osterfeld dans : prosperity vs. Planning : how Government Stifles Economic Growth. : l’appauvrissement de la Micronésie a été un résultat direct de l’aide internationale. Les USA ont monopolisé la Micronésie en 1945 après sa libération des japonais. Tout investissement étranger a été découragé parce qu’ils voulaient diminuer le nombre de travailleurs bon marché, comme l’admettent des officiers de la US navy. Donc on a fourni au peuple de la nourriture gratuite, des vêtements et autres… Le résultat fut la faillite de tout le commerce local et l’incitation à ne plus travailler du tout.


Osterfeld rapporte les dires d’un politicien micronésien : "  nous n’avons ni techniciens, ni plombiers, ni électriciens parce que les américains s’occupent de tout… "


Les donneurs d’aide ne sont pas toujours motivés par des impulsions charitables. Il est bien connu que ces aides ont longtemps fait partie des politiques de protectionnisme américaines : le protectionnisme chez soi permet aux politiciens d’acheter les votes des industriels protégés et de leurs employés, même s’il faut bloquer les importations de certains pays du tiers monde quitte à dévaster leur économie. Une fois l’économie dévastée, les mêmes politiciens jouent les anges héroïques et envoient de l’aide à ces pays sous forme d’argent et en nature.


Si l’aide prend par exemple la forme de tracteurs agricoles, les politiciens se dotent d’une nouvelle opportunité pour s’acheter des votes (et solliciter des dons pour leurs campagnes électorales), en faisant payer par l’impôt des tracteurs américains. Ainsi, politiciens et fabricants de tracteurs sont les véritables bénéficiaires de l’aide.


A certains moments l’aide en nourriture s’est révélée désastreuse notamment en Afrique mais aussi ailleurs. Envoyer gratuitement des millions de tonnes de grains et autres nourritures ont fait chuter les cours des denrées agricoles dans le pays receveur, poussant les fermiers locaux à la faillite et créant encore plus de dépendance vis-à-vis de l’aide extérieure. Les fermiers ont alors émigré vers les villes pour y trouver du travail, faisant grimper le prix de la nourriture en ville, se qui se traduisait souvent par un blocage des prix, créant une pénurie et appelant à davantage d’aide.


Parfois cette calamité a pu être évitée parce que les dirigeants politiques des pays receveurs ont purement et simplement confisqué les denrées et les ont revendues sur le marché international, en empochant au passage le bénéfice et en le plaçant sur un compte en Suisse.


L’aide internationale a aussi été cause d’investissements en capitaux inappropriés et de surinvestissements, en raison d’erreurs de calcul. Avant de faire un investissement en capital il est d’usage de peser le pour et le contre, pour savoir si oui ou non, l’investissement est judicieux. Mais quand l’argent arrive par le biais de l’aide internationale, il n’y a rien à perdre. Il y aura toujours un bénéfice puisque quelqu’un d’autre paie la facture.


En conséquence il y a une chance nulle ou très faible que ces investissements tombés du ciel ne bénéficient au consommateur et ne soient rentables. Ils sont simplement considérés comme un moyen d’enrichissement rapide pour un petit nombre de gens bien placés proches du pouvoir politique du pays receveur. Ainsi a-t-on vu construire un pont suspendu sur un chemin de fer inexistant, d’immenses raffineries dans des pays qui n’ont jamais eu de pétrole, d’énormes silos… inaccessibles aux fermiers et un certain nombre d’autres éléphants blancs, écrivit Osterfeld.


Comme l’a noté Robert Higgs dans son livre devenu classique Crisis and Leviathan, les aides d’urgence se traduisent toujours par un pouvoir accru des gouvernements aux dépens de la liberté et de la prospérité. Une fois l’urgence passée, on ne réduit jamais le poids et le champ d’intervention de l’état au niveau où il était avant l’urgence. Ainsi la crise et sa résolution dans l’urgence – ou la perception qu’on en a – est une des principales causes de la croissance des états Leviathan.


C’est tout aussi vrai dans le cas des aides internationales en cas d’urgence, tels que les récents évènements en Indonésie. Cette catastrophe naturelle a déjà entraîné un grossissement de la bureaucratie américaine de l’aide internationale, et de tels bourgeonnements vont continuer pendant des années, avec tous les effets indésirables et même désastreux qui sont inhérents à toutes formes d’aides étrangères.


Par Thomas J. DiLorenzo (6 janvier 2005) – prof. D’économie au Loyola College.

Source : institut Mises.

janvier 2005