Les illusions sur la possibilité de séparer l'homme de son passé et sur la puissance transformatrice attribuée aux lois.

 

Message de Paul Turbier du 4 février 2005.

Commentaires sur un texte transmis par Texte transmis  par Emrys et tiré de La révolution française et la psychologie des révolutions - Gustave Le Bon, 1912, édité en 1912 et réédité jusqu'en 1929, tirage épuisé.

(Note du Webmestre : ce livre est accessible sur le remarquable site de http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html).

 

« - Les illusions sur la possibilité de séparer l'homme de son passé et sur la puissance transformatrice attribuée aux lois.

Un des principes qui servirent de base aux institutions révolutionnaires fut que l'homme est facilement séparable de son passé et qu'une société peut être refaite de toutes pièces avec des institutions. Persuadés, d'après la lumière de la raison, qu'en dehors des âges primitifs devant servir de modèles, le passé représentait un héritage de superstitions et d'erreurs, les législateurs résolurent de rompre entièrement avec lui. Pour bien marquer cette intention, ils fondèrent une ère nouvelle, transformèrent le calendrier, changèrent les noms des mois et des saisons.

Supposant tous les hommes semblables, ils pensaient pouvoir légiférer pour le genre humain. Condorcet s'imaginait émettre une vérité évidente en disant " Une bonne loi doit être bonne pour tous les hommes comme une proposition de géométrie est vraie pour tous. "

Les théoriciens de la Révolution n'entrevirent jamais, derrière les choses visibles, les ressorts invisibles qui les mènent. Il fallut tous les progrès des sciences biologiques pour montrer combien étaient lourdes leurs erreurs et à quel point un être quelconque dépend de son passé. À cette influence du passé, les réformateurs de la Révolution se heurtèrent toujours sans jamais la comprendre. Ils voulaient l'anéantir, et furent anéantis par elle.

La foi des législateurs dans la puissance absolue attribuée aux institutions et aux lois assez ébranlée à la fin de la Révolution, fut à ses débuts complète. Grégoire disait à la tribune de l'Assemblée constituante sans provoquer aucun étonnement : " Nous pourrions, si nous le voulions, changer la religion, mais nous ne le voulons pas. " On sait qu'ils le voulurent plus tard, et on sait aussi combien misérablement échoua leur tentative.

Les Jacobins eurent cependant entre les mains tous les éléments de succès. Grâce à la plus dure des tyrannies, les obstacles étaient brisés, les lois qu'il leur plaisait d'imposer toujours acceptées. Après dix ans de violences, de ruines, d'incendies, de massacres et de bouleversements, leur impuissance se révéla si éclatante qu'ils tombèrent sous la réprobation universelle. Le dictateur réclamé alors par la France entière fut obligé de rétablir la plus grande partie de ce qui avait été détruit. La tentative des Jacobins pour refaire la société au nom de la raison pure, constitue une expérience du plus haut intérêt. L'occasion ne sera probablement pas donnée à l'homme de la répéter sur une pareille échelle.

Bien que la leçon ait été terrible, elle ne semble pas cependant suffisante à beaucoup d'esprits, puisque de nos jours encore, nous voyons les socialistes proposer de refaire de toutes pièces une société d'après leurs plans chimériques. »

 

    Voilà un texte de Gustave LeBon qui semble écrit de fraîche date. Ce constat de jeunesse nous démontre que le jacobinisme n'est pas mort  et que l'illusion idéologique qui est la sienne produit encore du fruit. Simplement, le temps passant, le jacobinisme contemporain qui n'a rien renié, ni rien oublié redécouvre les blocages qui entravent sa marche et tente de les faire sauter. Ces blocages sont la famille, milieu conservateur, au bon sens du terme, et la religion.

    Aujourd'hui la religion, quelque peu noyautée, paraît bénéficier d'une accalmie mais  la famille est en plein dans le collimateur. Les lois qui sont promulguées pour en saper les fondements sont trop nombreuses pour qu'on tente d'en dresser une liste, même non exhaustive. Gageons que la mission parlementaire de la famille qui vient d'être crée sera le canon des prochaines salves. La civilisation (culture, langue, littérature, musique, arts, art de vivre) est une cible relativement récente et contre laquelle les actions sont plus insidieuses. L'invasion tolérée de la négro-culture américaine, l'apologie multi-médiatique des cultures immigrées sont des armes d'attaques passives extrêmement dangereuses car elles atteignent les cibles fragiles que sont les enfants et les jeunes gens. Je suis douloureusement frappé de voir l'aveuglement de beaucoup de nos fils et filles devant des comportements mortifères contre lesquels ils n'ont aucune réaction. Semblables à la tarentule, ils semblent prêter complaisamment le flanc à l'aiguillon de la guêpe tueuse.

    Gustave le Bon nous donne une indication encourageante et nous dit que les attaques contre de tels rocs sont vouées à l'échec. En effet ils reposent sur des comportement immémoriaux que leur ancienneté rend impossible à déboulonner. On fera des lois pour y parvenir mais aussitôt jetés aux travers d'une porte, ils reviendront par la première fenêtre entrebâillée. Il n'est que de voir la vitalité retrouvée de l'Eglise russe après 70 ans de bolchevisme pour se convaincre de la justesse de l'analyse. Je veux ardemment croire que le mécanisme décrit par le docteur puisse encore fonctionner. C'est probablement le cas en ce qui concerne la famille, mais je crains fort  que la médecine auto-curative soit peu efficace contre l'atteinte civilisationnelle. Il y a aura ça et là des carrés de braves pour résister mais la masse bêlante ira joyeusement à l'abattoir.

Il faudrait un réveil ; puisse-t-il ne pas être trop tardif.

Paul T.