Envoyé par dom eymerich le 5-12-2005 :

 

Je m'accuse!

 

Par Émile Zona

 

(Autochtone européen de 36 ans)

 

Monsieur le Président,

 

Me permettrez vous, de vous exposer, par le biais de quelques mots jetés sur le papier, mon sentiment de profonde injustice ressentie à la lueur des évènements qui viennent d'embraser les banlieues de cette République que vous présidez.

 

J'ai vu, de visu ou à travers l'écran de ma télévision, des cohortes à l'allure étrangère, incendier des voitures et des lieux de savoirs ou de

cultes. J'ai entendu les réponses de vos ministres, au-delà du couvre-feu instauré dans certains quartiers, autant que les promesses de discrimination positive effectuées depuis longtemps.

 

Le fils d'ouvrier, issu d'un milieu modeste, que je suis, ne peut dès lors réprimer une sourde colère !

 

Ainsi donc, un jeune de banlieue pourra intégrer un Institut de Sciences Politiques ou bénéficier d'un parrain issu d'une grande école pour lui permettre d'avoir le Baccalauréat et réussir son cursus. Que n'ai-je pu bénéficier d'une telle aide, moi dont les parents se saignaient pour me donner les moyens d'avoir mon baccalauréat et qui ai échoué de quelques

points au concours d'entrée de cet institut en province. Ma vie en aurait été changée.

 

Ainsi donc un jeune de banlieue peut, dans la région parisienne, par le biais de l'armée, bénéficier d'un passage de permis et peut-être d'un emploi. Que n'ai-je pu bénéficier d'une telle aide, moi qui aie dû économiser, me priver d'argent de poche et en appeler à mes parents pour pouvoir me payer les cours nécessaires à l'obtention du fameux ticket rose.

 

Ainsi donc, un jeune de banlieue pourra bénéficier d'un réseau d'associations sportives, et d'équipements et stades rénovés. Que n'ai-je pu, avec les jeunes de mon quartier bénéficier de tels équipements ? Cela nous aurait évité de jouer derrière ce garage entre gravas et gravillons où le long de cette autoroute où subsistait le seul espace vert.

 

Ainsi donc 20.000 emplois liés à la fonction publique seront créés pour les jeunes de banlieues. Que n'ai-je pu bénéficier d'une telle mesure ? Cela m'aurait évité de connaître les aléas de l'ANPE, du RMI et l'Allocation sociale de solidarité.

 

Ainsi donc, un jeune de banlieue pourra bénéficier des avantages des zones franches lorsqu'il créera son entreprise. Que n'ai-je pu bénéficier de telles aides, moi qui suis aujourd'hui en train de faire les chèques pour mon Urssaf et mes cotisations obligatoires.

 

Monsieur le Président de la République,

 

Dois je en vouloir à mes parents de s'être impliqués dans mon éducation et d'avoir jouer leur rôle en m'indiquant ce qu'était la Loi et l'Ordre ? Dois je leur en vouloir de n'avoir jamais mendié quoique ce soit pour nous venir en aide et de m'avoir inculquer le sens de l'effort et de la discipline ?

 

Monsieur le Président de la République,

 

Lorsque j'entends les mesures prises par votre gouvernement, lorsque j'entends certains Ministres évoquer la nécessaire discrimination positive, je pense aux 3 mots « liberté, égalité, fraternité » que l'on croise de moins en moins sur les frontons des mairies.

 

La liberté n'est désormais plus la même pour tous puisque certains peuvent mettre les quartiers à feu et à sang (je pense aux deux morts victimes d'agressions) et d'autres restent des délinquants parce qu'ils téléphonent dans leur voiture où qu'ils ont le malheur d'exprimer une sensibilité identitaire.

 

L'égalité n'est plus puisque désormais, à la lueur de mon existence, je sais qu'il y a des jeunes plus « égaux » que moi dans la République.

 

Quant à la fraternité, la société marchande l'a mise en pièce pour instaurer l'individualisme consumériste et la seule subsistance de cette valeur est celles des « bandes » dans les quartiers.

 

Monsieur le Président,

 

Je m'accuse, en me regardant dans la glace, de supporter tout cela et je m'accuse presque finalement de respecter la Loi lorsque je vois que dans certains quartiers, le crime a payé.

 

Mais j'accuse, surtout, une classe politicienne de gauche, comme de droite, de me faire me sentir de plus en plus exclu, étranger, discriminé et même victime d'un certain racisme au cœur de ma propre région, au cœur de mon propre pays.

 

Et vous, Monsieur le Président, de quoi vous accusez vous ?