SAMEDI 21 FEVRIER 2004


     LA MORT PROGRAMMEE DE J.E.T.


 Peu nombreux sont ceux qui connaissaient « J.E.T ». Il est temps de les informer sur une  aventure extraordinaire avant qu'elle ne disparaisse sous les décombres de l'interminable exception française.


 On connaît assez bien en revanche le drame des prisons ; elles sont surchargées et beaucoup sont indignes d'un pays se prétendant civilisé. La promiscuité est la source de terribles maux. Au 1er juillet 1999, il y avait  57 844 détenus, dont  20 143 provisoires et ceci pour bien moins de places. Depuis les chiffres s'aggravent sans cesse.


 Les détenus provisoires sont gardés dans des conditions bien plus mauvaises que les prisonniers jugés et reconnus coupables ; en particulier, ce sont eux qui se trouvent dans les prisons les plus surchargées. Les jeunes qui pour une première faute y sont incarcérés risquent d'être tout aussitôt pollués par les truands chevronnés et de ne sortir de prison que pour y retomber.


 Il y a dix sept ans, l'Amiral Brac de la Perrière a pensé qu'on pouvait les sauver à condition qu'ils acceptent la rude discipline d'une reprise en main de type militaire avant leur libération. Avec le concours de l'armée dont l'expertise en fait de direction des hommes est connue et l'accord de l'administration pénitentiaire obtenu à grand peine tant les pesanteurs sont lourdes dans ce pays, l'association « J.E.T » prit naissance.


 Elle accueillait dans des établissements des volontaires trois mois avant leur libération. Bien entendu les candidats étaient jugés dignes de l'expérience par l'administration pénitentiaire. Fait notable : les établissements étaient ouverts ce qui réhabituait les stagiaires à la liberté non sans courir le risque d'évasion. Au bout de  ces dix sept ans l'association ayant  réussi et grandi comptait quatre de ces établissements.


 Ils remettaient les stagiaires "debout", par un programme extrêmement dense et contraignant, en s'efforçant aussi de les reclasser à la sortie. « Remettre debout » cela voulait dire que certains arrivaient sans savoir lire, sans savoir se lever tôt le matin, sans aucune idée de la  morale courante, sans aucun métier, sans aucune habitude  de la vie en société.


L'association  était animée par d'anciens officiers de marine qui apportaient le haut niveau moral et intellectuel de cette arme. L'encadrement était assuré par des gradés de tous rangs et de toutes armes mis à la disposition de l'association par le ministère des armées, d'accord avec celui de la justice. Pour cet encadrement l'aventure était exaltante ; il fallait accepter un challenge incroyable et partager sans interruption pendant trois mois la vie des stagiaires ;  certes, les 35 heures n'avaient pas leur place



 Les succès ont été au rendez-vous. Il y eût fort peu de fuite pendant les stages malgré la porte grande ouverte. Après la sortie, il y eût certes des rechutes mais un bien plus grand nombre de réussites, beaucoup d'anciens stagiaires refaisant leurs vies normalement. Les dirigeants ont reçu des témoignages parfois extraordinairement émouvants de remerciements venant de jeunes délinquants sauvés et  réinsérés grâce à eux. .


 Beaucoup de pays étrangers ont envoyé des observateurs pour tirer parti d'une expérience probablement unique au monde. C'était peut-être la seule réalisation dont il était légitime de dire que « le monde entier pouvait nous l'envier »  Elle prouve que, même dans la déroute actuelle et avec les pouvoirs publics aussi médiocres qu'il sont depuis longtemps en France, des privés déterminés et courageux peuvent créer des issues aux situations les plus dégradées.


 Il est mit fin à l'entreprise cette année pour de prétendues raisons d'économies. Trois centres seront fermés et le dernier repris par le ministère de la justice. Bien entendu personne ne peut croire aux misérables raisons d'économie alors que le pouvoir disperse aux quatre vents le peu de monnaie qu'il n'a pas. Chacun est obligé d'imaginer les vraies raisons qui éventuellement se surajoutent.


 L'entreprise reposait sur la morale, sur l'effort, sur la vérité, toutes données que les politiques ne peuvent apprécier, car elles les renvoient à leur propre médiocrité. .


 Il y avait accord entre deux ministères. La République Fromagère repose en grande partie sur une guerre incessante entre ministères, administrations et organismes de toutes sortes et cet accord était peut-être une anomalie dans la jungle des jeux personnels au plus haut niveau. J.E.T. a-t-il été victime de cette guérilla incessante où des millions d'énergies se perdent inlassablement ? La justice qui tarde tant à installer le bracelet électronique a-t-elle été jalouse du succès de l'armée ?


L'institution militaire est fort loin des chefs syndicalistes vrais maîtres de la justice dans ce pays et tout simplement parce qu'elle donne l'exemple de l'effort et du travail bien fait.


Quelle que soit la cause réelle de l'arrêt de J.E.T. il montre que ce régime non seulement détruit tout le tissu français mais n'est même  pas capable de  maintenir et amplifier ses trop rares succès.


Le futur et nécessaire pouvoir libérateur que la France attend aura bien du travail.


 MICHEL DE PONCINS